The citadel of weeping pearls – Aliette de Bodard

Encore une réussite !

weeping_pearls_de_bodardThe citadel of weeping pearls est une deuxième novella faisant partie du vaste cycle de textes courts s’inscrivant dans l’univers Xuya, dont je vous parlais il y a peu dans cette critique. Et une fois encore, une enquête est au centre du récit, menée par un trio constitué par deux humains et un Mindship (je vous invite, pour l’ensemble de la critique, à vous référer à celle mise en lien plus haut pour avoir la signification / explication de certains termes spécifiques à ce contexte). Alors que le Dai Viet est sous la menace d’une invasion, la scientifique qui aurait pu lui donner les moyens de se défendre a brusquement disparu. Un Général, ancien amant de l’impératrice, sera chargé de la retrouver. Sauf qu’en fait, la source des armes recherchées par la disparue était en fait la Citadelle où s’était retranchée la fille aînée rebelle de la souveraine, une installation spatiale qui s’est évanouie il y a trente ans. Et le retour potentiel de l’héritière du trône ne semble pas plaire à tout le monde, ce qui fait que les suspects sont nombreux !

Deuxième novella dans l’univers de Xuya pour moi, et nouveau très bon moment de lecture, à vrai dire encore plus que la première fois ! Bref, c’est un cycle auquel je reviendrai avec plaisir à l’avenir. Surveillez aussi l’excellent blog de l’ami FeydRautha, il chronique également pas mal de textes de l’auteure ! 

Intrigue

Ancien général aux nombreuses et prestigieuses victoires, et ex-amant de l’impératrice Mi Hiep, Suu Noc se voit confier par cette dernière des pouvoirs spéciaux afin de mener l’enquête sur la disparition de Bach Cuc, la scientifique en chef de l’Empire, qui a brusquement disparu. Le militaire découvrira que les recherches de cette dernière étaient liées à la Citadel of weeping pearls (littéralement « La citadelle des perles en pleurs »), un groupement de vaisseaux créé il y a trente ans par la princesse Ngoc Minh, fille aînée et préférée de la souveraine, en fuite / exil pour des raisons mal élucidées, mais peut-être liées aux inquiétants pouvoirs / capacités technologiques (un doute plane) démontrés par elle et ses gens (dont la téléportation, ce qui serait la porte ouverte à des assassinats ou des attaques impossibles à empêcher). Lorsque l’impératrice a envoyé une flotte remettre au pas la citadelle rebelle, celle-ci s’est purement et simplement volatilisée, pour ne plus jamais reparaître en trois décennies.

Or, la guerre est pratiquement aux portes du Dai Viet : la Fédération Nam fait des « manœuvres » étendues à ses frontières, a de nouveaux vaisseaux plus puissants et semble avoir perfectionné une technique permettant de subvertir les Mindships de l’Empire, les transformant de personnes ayant une conscience, une famille et étant entourées d’amour à de froides machines de guerre sans âme (au passage, on a un indice sur la singularité et la puissance des Mindships : leur capacité à sauter quand et aussi loin qu’ils le veulent, ce dont sont incapables les astronefs normaux). Le seul moyen de sauver le Dai Viet est de mettre la main sur les armes ou techniques invincibles de la Citadelle avant qu’il ne soit trop tard.

Sa localisation restant inconnue, Bach Cuc travaillait sur une autre voie d’accès : il a utilisé le Mindship The turtle’s golden claw (« La griffe dorée de la tortue »), que nous allons appeler Turtle, c’est plus simple (et non, il ne s’appelle pas Sal Assante en réalité), pour explorer les couches les plus profondes des Deep Spaces, le but étant de faire un voyage dans le temps trente ans en arrière afin de retrouver la princesse et ses armes révolutionnaires. En effet, la théorie de la scientifique était que dans ces abysses, le temps fait des boucles sur lui-même, ce qui permet de se rendre à l’époque où la Citadelle était toujours là.

Dans le même temps, Diem Huong, la fille d’une jeune femme disparue avec la Citadelle, met au point, dans la Scattered Pearls Belt (l’endroit où se déroulait la novella The tea master and the detective), avec l’aide de ses collègues ingénieurs et d’une scientifique de génie, Lam, sa propre machine à voyager dans le temps. Son but à elle est simplement de revoir sa mère, dont elle a été séparée à six ans car elle et son père se sont rendus dans la Scattered Pearls Belt juste avant la disparition de la Citadelle. Or, l’enquête de Suu Noc prouve que la dernière personne à avoir vu Bach Cuc avant sa disparition inexpliquée est un certain Quoc Quang, un marchand originaire de la Scattered Pearls Belt et dont la fille s’appelle… Diem Huong. Il va donc s’y rendre, à bord de Turtle, et accompagné par une des filles cadettes de l’impératrice, la princesse Ngoc Ha (qui se trouve être la mère biologique du Shipmind du vaisseau). En effet, l’ascension météorique, les coucheries du général avec la souveraine et son côté brut de décoffrage font que Mi Hiep a préféré lui adjoindre sa fille, rompue aux intrigues de cour et plus subtile. Car le retour potentiel de Ngoc Minh ferait bouger l’organigramme, aussi bien pour les héritiers que pour les courtisans qui gravitent dans leur sillage. Les suspects potentiels dans la disparition de la scientifique Bach Cuc sont donc nombreux, et l’affaire sensible.

Structure et personnages

Nous suivons en alternance plusieurs points de vue : celui de Suu Noc alors qu’il enquête, celui de Diem Huong alors qu’elle voyage trente ans en arrière dans le temps, celui de la souveraine Mi Hiep lorsqu’elle tente de retarder l’entrée en guerre, voire d’empêcher cette dernière, et enfin celui de la princesse Ngoc Ha, qui doit gérer ses relations avec sa fille, Turtle, sa sœur, Ngoc Minh, et bien entendu la souveraine (et se coltiner Suu Noc et sa subtilité légendaire).

Ces personnages sont tous très intéressants : ils ont tous leurs failles, leurs regrets (par exemple celui d’avoir négligé Turtle pour Ngoc Ha, celui d’avoir peut-être été trop dure avec sa fille aînée pour Mi Hiep, etc), leurs espoirs (Diem Huong veut revoir sa mère à tout prix), leurs nostalgies et leurs craintes. Bref, ils sont vivants, bien construits et ont une psychologie à multiples dimensions. On remarquera aussi quelques petits points qui prêtent à sourire, comme Suu Noc, superviseur de la recherche militaire mais un béotien en sciences.

Le côté enquête aurait pu être redondant avec The tea master and the detective, mais vu qu’ici l’ambiance est différente et que cette novella n’est cette fois pas inspirée par Sherlock Holmes, ce n’est pas vraiment le cas. De même, Turtle est différente (nettement plus agressive -son shipmind est une femme-) des Mindships aperçus dans l’autre roman court.

Thématiques

Sur le pur plan science-fictif, on signalera une très bonne utilisation de la réalité augmentée (encore plus que dans The tea master and the detective), et l’introduction d’implants contenant des reconstitutions des personnalités des ancêtres, une manière high-tech d’avoir une source de conseils adaptés à la situation et de connaissances (et une galerie de personnages fascinants quand certains des vingt-quatre prédécesseurs de Mi Hiep entrent en scène !). On retiendra surtout un traitement extrêmement intéressant du voyage dans le temps, et ce sur deux plans : d’abord, le fait qu’il soit lié à des strates des Deep Spaces aussi éloignées de celles utilisées pour le voyage supraluminique que ces dernières le sont de l’espace-temps normal (Babylon 5 appelait ça Thirdspace / La cinquième dimension, même si dans le cas de la série, c’était plutôt pour des voyages supra-supra-luminiques !), et ensuite (et surtout) le fait que non seulement la création de paradoxes temporels y soit impossible (ce qui est relativement courant en Time Opera lorsque la possibilité d’obtenir des univers parallèles existe), mais que cela soit poussé à un point vraiment extrême.

En gros, l’univers est comme un ressort hypertendu, qui revient à sa position initiale quoi que vous fassiez, même si c’est bénin. Diem Huong s’aperçoit qu’en quelques heures au pire, quelques minutes ou secondes dans la plupart des cas, tout se remet en place exactement comme si elle n’était pas là et n’avait pas effectué ses actions : un bâton d’encens brûlé revient, un vase cassé se reconstitue à partir de ses morceaux, une personne à qui vous parliez oublie la conversation et votre présence. Voilà un traitement à base de « reboot » ma foi plutôt original du voyage temporel (du voyage, hein, pas de la boucle temporelle, où le reboot est le principe de base), et très intéressant. De même, à la fin, on réalise la nature d’une certaine transcendance ou post-humanité, et c’est assez bluffant.

Sur un plan plus général, c’est la relation parents-enfants et surtout la perte ou le départ d’être chers ou de relations, ainsi que la façon d’y faire face ou de les « laisser partir », qui est évoquée, et de façon émouvante qui plus est. La fin est, à cet égard, franchement réussie, je trouve, à l’égal du texte dans son ensemble. Le seul point qui m’a un peu gêné est une relative ambiguïté sur la nature des capacités de Ngoc Minh et de ses adeptes : il est assez clairement suggéré qu’elles sont de nature technologique à un moment, mais un gros doute plane le reste du temps. Alors, New Space Opera ou Science-Fantasy ? A vrai dire, peu importe, le texte est réussi et ce doute n’empêche pas de l’apprécier (en tout cas pour moi).

Au final, deuxième novella dans l’univers de Xuya, et deuxième très bonne lecture. De la singularité de l’univers à celle du traitement de certains thèmes (dont le voyage dans le temps), pourtant archi-vus, jusqu’à l’ambiance, la sensibilité du propos et des personnages très soignés, tout concourt à créer un texte très réussi, qui a bien mérité sa nomination aux prix les plus prestigieux. Attention toutefois, ce roman court me paraît être une moins bonne porte d’entrée pour découvrir Xuya que The tea master and the detective, plus didactique pour le complet débutant.

Niveau d’anglais : pas de difficulté notable.

Probabilité de traduction : faible.

Pour aller plus loin

Retrouvez les critiques d’autres textes s’inscrivant dans l’univers de Xuya sur Le culte d’Apophis : The tea master and the detective,

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6 réflexions sur “The citadel of weeping pearls – Aliette de Bodard

  1. Ping : On a Red Station, Drifting – Aliette de Bodard – L'épaule d'Orion

  2. Allez! Hop! celle-ci sera mon prochain achat. J’ai été séduite pat The détective, par son histoire et par son univers d’inspiration chinoise – ou viet-namienne ( tout çà fait d’accord d’ailleurs, cela correspond à ce que nous connaissons de nos amis). Alors, celle-ci semble tout autant emballante. Je PRENDDDSSS! (et au passage, Djoko revient! YES!)

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