T’ien-Keou – Laurent Genefort

C’est presque ça

tien_keou_genefortT’ien-Keou est une nouvelle de Laurent Genefort, une des dix qui forment le recueil Colonies, à paraître dans dix jours chez le Belial’. Elle est mise à disposition gratuitement par l’éditeur, jusqu’à la fin mars 2019, soit au téléchargement, soit en lecture directe en ligne. Si vous ne connaissez pas l’auteur (moi-même, si je le connais de réputation et l’apprécie dans le podcast Procrastination, je n’ai lu de lui qu’une autre nouvelle -excellente-, Chaperon), c’est l’occasion de découvrir sa prose, avant, peut-être, de vous laisser tenter soit par Colonies, soit par la BD qui a été tirée de T’ien-Keou (qui n’est donc pas une nouvelle récente, puisque ledit album date de 2004).

Comme son nom et son appartenance à Colonies, recueil de SF, le suggèrent, T’ien-Keou explore un segment qui, s’il n’est pas rarissime, n’en est pas moins bien peu courant : celui de la science-fiction d’inspiration asiatique. Les références en sont bien connues, d’Aliette de Bodard et son univers Xuya (hophop et hop) à David Wingrove (Zhongguo) ou Liu Cixin (clic). Et justement, comment Laurent Genefort peut-il être jugé à l’aune desdites références ? Je dirais que sur le plan de l’ambiance asiatique et du respect des codes de cette sphère culturelle, l’auteur s’en est remarquablement tiré. Par contre, un point m’a complètement gâché la chute (pourtant à la base de bonne facture). Bref, j’en ressors avec un bilan en un sens mitigé (même si T’ien-Keou est par ailleurs de qualité) : si le texte de Genefort est globalement bon, il n’éclipsera pas Aliette de Bodard dans le domaine du Space Opera asiatique pour moi, et un point de nature logique de la chute m’a un peu gâché celle-ci, même si ça ne dérangera probablement pas la plupart des autres lecteurs. 

Contexte, personnages, base de l’intrigue

L’action se passe dans un lointain futur, dans un astéroïde évidé, le Guo, taillé en forme de cube pour respecter les principes du Feng Shui (j’ai d’ailleurs trouvé cette idée à la fois logique et formidable de la part de l’auteur), et abritant une civilisation de claire inspiration chinoise (là aussi, l’auteur a une réflexion très intéressante, sur le fait que la « culture de la promiscuité » chinoise rend ce peuple parfaitement adapté à la vie dans les installations spatiales, stations ou astéroïdes aménagés). Ou-I-Pai est un ex-gamin des rues… pardon, des galeries, entré au service d’un grand artiste, surnommé le T’ien-Che. Le petit, malgré ses même-pas quatorze ans, a de l’ambition, puisqu’il veut rejoindre le plus grand clan d’assassins, les Bangshan. Sauf que pour cela, il faut passer une épreuve, qui consiste à pénétrer dans la Coquille qui entoure le Palais du Yang splendide (celui des Immortels) et à y survivre aux dragons qui y patrouillent pendant un temps défini.

Son maître propose alors à Ou-I-Pai de lui fournir une arme (ce qui lui facilitera beaucoup la tâche) s’il lui ramène la seule fleur existant encore dans le Guo. Problème : celle-ci se trouve chez Li-Enlai, un paranoïaque violent, représentant une branche importante du Bangshan. En menant à bien sa mission, le gamin va trouver un autre élément qui devrait lui faciliter son épreuve d’admission dans le Clan. Sauf que celle-ci va lui réserver bien des (mauvaises) surprises !

Ressenti et analyse

Je vais diviser mon analyse objective et mon ressenti subjectif en deux axes : contexte et intrigue. Le contexte m’a complètement convaincu, car Laurent Genefort a visiblement fait des recherches / a une vaste culture concernant les civilisations asiatiques, l’ambiance et les codes chinois étant admirablement rendus. Cela a peut-être un peu moins de charme ou de pouvoir de fascination que chez Aliette de Bodard, mais en tout cas, « on s’y croirait », c’est crédible et immersif. Parce que clairement, si ce point-là avait été bancal, j’aurais eu une appréciation bien plus dure de ce texte.

Au niveau de l’intrigue, pas grand-chose à dire non plus, c’est mené de main de maître et les informations sur le monde et les tenants et aboutissants sont délivrées à un bon rythme (notamment sur la nature des dragons). Du moins jusque dans les toutes dernières lignes. Dans cette nouvelle à chute (mes préférées, et de loin), toutefois, celle-ci peut être un peu gâchée par un point de logique dont je ne peux parler sans spoiler mais où l’auteur s’auto-contredit, à mon sens, dans la dernière page. Si vous ne voulez vraiment rien savoir, passez directement au paragraphe suivant, mais je peux dire que je ne vois pas à quoi sert le point-clef de la chute vu que l’auteur parle de la *censuré* de surveillance. Si les unes existent, pourquoi créer les autres ? Bref, je ne sais pas si je chipote ou quoi, mais ça m’a sorti du récit, et au pire moment, c’est-à-dire lorsque celui-ci aurait dû avoir le plus fort impact.

Par contre, au niveau scientifique, Genefort, c’est du lourd : j’ai tiqué lorsque l’auteur mentionne le réacteur à fission-fusion de l’astéroïde, étant persuadé qu’un tel dispositif était réservé aux bombes H (et pas aux générateurs) et m’intéressant de près à la production d’énergie nucléaire depuis mon adolescence (le père de deux de mes amis était ingénieur à Cadarache). Et heureusement qu’avant de taper sur Genefort, j’ai fait mes devoirs, vu que oui, ça pourrait exister. Cela m’a même ouvert un nouveau champ mental et science-fictif sur les chaînons manquants entre la fission actuelle et les vrais réacteurs à fusion. Merci Laurent !

Bref, j’avoue que ce texte, même s’il est objectivement de qualité (voire de qualitay, comme disent les jeunes d’aujourd’hui), m’a moins plu que Chaperon, qui avait été une grosse baffe. Cela ne m’aurait pourtant pas empêché de lire Colonies si mon budget lecture n’avait pas, depuis le début de l’année, subi l’équivalent d’une frappe nucléaire. L’auteur reste un écrivain (et plus généralement un homme) érudit et capable d’une grande finesse d’analyse, et je ne doute pas que son traitement du colonialisme dans ledit recueil soit également de qualité.

Pour aller plus loin

Si vous souhaitez avoir un second avis sur cette nouvelle, je vous conseille la lecture des critiques suivantes : celle de Baroona, celle d’Artemus Dada, celle de Célindanaé sur l’ensemble du recueil Colonies, du Dragon galactique également sur Colonies, de C’est pour ma culture (sur le recueil tout entier),

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14 réflexions sur “T’ien-Keou – Laurent Genefort

  1. Content de voir que l’aspect asiatique parait cohérent pour quelqu’un qui s’y connait plus, ça augmente encore un peu plus mon respect pour cette nouvelle. ^^
    Je dois avouer que la fin m’a aussi fait légèrement tiquer sur le coup, mais à la réflexion ça ne me parait pas nécessairement incohérent étant donné le manque d’informations que nous avons.

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