The ghost ship Anastasia – Rich Larson

Délicieusement dégueulasse ! 

clarkesworld_124Après avoir lu Meat and salt and sparks du très prolifique Rich Larson, j’ai clairement eu envie de découvrir plus de nouvelles signées par l’auteur (et il y en a beaucoup). L’un des aponautes ayant eu la gentillesse de me diriger vers les textes les plus marquants, j’ai donc décidé de commencer par The ghost ship Anastasia, qu’il m’avait décrit comme dans la même veine que Les étoiles sont légion de Kameron Hurley, roman qui m’avait beaucoup déçu du fait d’un aspect strictement science-fictif très maigre (qui n’était d’ailleurs qu’un problème parmi d’autres, mais passons). Rien de tel ici : je suis venu pour voir de la SF à vaisseaux vivants, et je n’ai pas perdu mon temps ! Car tout ce que le bouquin de Hurley avait de percutant (le côté « salement organique »), la nouvelle de Larson le fait mieux, et tout ce qui était bancal dans Les étoiles sont légion (l’intrigue, le worldbuilding, etc) est ici magistralement traité. Outre la longueur, la différence essentielle entre les deux textes étant que Larson laisse de côté l’aspect féministe / social qui est au centre du roman d’Hurley.

Bref, vous risquez de voir pas mal de critiques de Rich Larson sur ce blog dans les mois à venir, car quel que soit le registre émotionnel dans lequel l’auteur opère, il fait preuve d’une impressionnante maîtrise et offre des nouvelles de grande qualité. Si vous voulez lire, vous aussi (en anglais), The ghost ship Anastasia, vous pouvez le faire gratuitement sur cette page du site de Clarkesworld (elle est parue dans le numéro 124 du magazine, en janvier 2017).

Intrigue, personnages

Nous suivons l’équipage d’un vaisseau de la société Dronyk Orbital, en route pour aller enquêter sur le fait que le « Freethinker » (l’IA, quoi…) d’un appareil minier n’a pas émis de rapport depuis sept mois. Il s’agit d’un bio-astronef semi-organique, un vaisseau vivant, cyborg aux proportions titanesques, le premier de son espèce. Durant le voyage, un accident fait que le corps de Haley, la sœur de Silas, le spécialiste en intelligence artificielle de l’équipe de sauvetage, est mort dans sa cuve cryogénique. Son esprit a été sauvegardé, mais il est capital que la mission soit menée à bien rapidement, faute de quoi tout ce qui restera de l’enregistrement, une fois revenu à la base, sera du code informatique illisible et quelques fragments de souvenirs.

Lorsque le bio-astronef est abordé, son apparence a changé, le code de son IA est bizarre, et l’équipage a disparu. Et pour cause…

Ressenti et analyse

Tout d’abord, il faut insister sur l’aspect biotechnologique de cette nouvelle, car il est vaste et riche, ne s’arrêtant certainement pas au vaisseau organique. Ensuite, il faut préciser que contrairement au roman de Kameron Hurley dont je parlais en introduction de cette critique, on a une vraie explication scientifique concernant le vaisseau minier, les IA, etc (je ne me souviens pas que le wetware ait été abordé dans le texte de Hurley, alors qu’il l’est ici, par exemple). Ce n’est pas organique juste pour choquer ou faire du crado, il y a une vraie explication derrière. Ceci étant posé, il me faut vous avertir : Les étoiles sont légion était déjà rude à lire en pleine digestion d’un cassoulet ou d’un couscous, mais là, c’est encore pire : pour être organique, ça l’est, et à 3000 %. Et puis gore, aussi. Pour autant, ça n’a rien d’une provocation un peu puérile, ça s’inscrit très logiquement dans la thématique science-fictive développée. Et clairement, en matière de vaisseaux vivants, cette nouvelle va désormais faire partie de mes références.

En plus des côtés gore et organique, il y a aussi un côté thriller, une tension, une atmosphère sombre (sauf à la fin, assez bizarrement -et j’en profite pour préciser qu’elle est franchement prévisible-), qui fait que ça plaira à certains d’entre vous mais pas forcément aux autres (même si ladite conclusion remet un peu les choses en perspective). En tout cas, je suis assez bluffé par la variété d’ambiances et de couleurs émotionnelles que Larson peut employer, même si au niveau thématique, il y a des points communs avec Meat and salt and spark.

Bref, si vous aimez les vaisseaux vivants, la SF orientée biotechnologie, qu’un peu de glauque et d’horreur ne vous fait pas peur et / ou si le roman de Kameron Hurley publié par Albin Michel Imaginaire vous a laissé sur votre faim sur le pur plan science-fictif, voilà une nouvelle menée de main de maître à ne pas rater, pour peu que vous lisiez la langue de Shakespeare.

Niveau d’anglais : pas de difficulté majeure.

Probabilité de traduction : non négligeable.

Pour aller plus loin

Si vous souhaitez avoir un deuxième avis sur cette nouvelle, je vous conseille la lecture des critiques suivantes : celle d’Anudar,

***

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7 réflexions sur “The ghost ship Anastasia – Rich Larson

  1. Je suis heureux de voir que mon enthousiasme pour cette nouvelle (une des toutes meilleures de Larson, à mon avis) est partagé. Dans le genre SF gore, Extraction Request vaut aussi le coup d’œil, mais l’histoire est beaucoup plus simple (simpliste ?). Je sors de la lecture de Dark Warm Heart qui vient d’être traduite dans la revue Solaris. Pour une fois, ce n’est pas de la SF, genre privilégié par Larson, mais de l’horreur assez classique puis qu’elle fait intervenir la figure du wendigo, Bon climat, une chute assez forte, mais je préfère la SF. Quant à la seconde nouvelle traduite en français (Les Quinze minutes de la haine, dans le fanzine Brins d’éternité), c’est à ce jour la seule que je n’ai pas aimée de cet auteur. Mais j’avoue que je déteste les textes à la deuxième personne.

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    • J’ai lu Extraction request, et tout en trouvant cette nouvelle de qualité, je me suis aperçu que je n’avais pas assez de choses à en dire pour justifier une critique complète.

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  2. Merci pour cette découverte assez gore certes mais bluffante bien que je ne vois pas l’intérêt de la matière organique à outrance dans l’espace J’ai beaucoup aimé l’atmosphère et le caractère de Silias Je viens donc d’acheter Annex de l’auteur pour voir ce qu’il est capable de faire sur 300 pages …

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  3. Ping : Painless – Rich Larson | Le culte d'Apophis

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