Meat and salt and sparks – Rich Larson

Une nouvelle d’une redoutable efficacité

meat_salt_spark_larsonRich Larson est un grand voyageur, mais il est actuellement basé en Alberta. Spécialisé dans les nouvelles de SF, cet auteur est extrêmement prolifique (c’est le recordman du nombre de publications dans ce domaine en 2015), mais très peu traduit en français (deux seulement, dont une cette année). Celle dont je vais vous parler aujourd’hui est disponible gratuitement (en anglais) sur cette page du site de Tor. Et croyez-moi, mais si vous lisez la langue de Shakespeare, vous ne perdrez vraiment pas votre temps avec ce texte, qui commence comme une « banale » science-fiction d’enquête dans un univers Biopunk (également inspiré par David Brin), avant de virer à une SF transhumaniste de très grande qualité sur la fin. Je n’ai d’ailleurs pas pu m’empêcher de remarquer que Meat and salt and sparks était un des textes gratuits les plus mis en favoris (et de loin) par les visiteurs du site, ce qui en dit long sur sa qualité.

Contexte, base de l’intrigue, personnages

Milieu du XXIe siècle. Al Huxley, policier à Seattle, est sur une nouvelle affaire : une jeune femme, Elody, a tiré dans la tête d’un homme dans le métro. Rien ne semble la lier à la victime, et elle est dépourvue de tout antécédent criminel. Elle fait partie d’une nouvelle culture, les echogirls (ou boys), c’est-à-dire des gens qui se « louent » à un correspondant électronique, qui leur dit où aller, ce qu’il faut faire ou dire. Son cas est extrême, puisqu’il semblerait qu’elle ait été lié au dit correspondant en permanence depuis six mois. Il va donc falloir le retrouver pour connaître le motif du meurtre (et l’identité du marionnettiste).

Jusqu’ici, me direz-vous, tout cela est bien classique. C’est parce que je ne vous ai pas encore parlé de la policière avec qui Huxley fait équipe, Cu. Car celle-ci est… une femelle chimpanzé, upliftée / élevée comme dirait David Brin. C’est-à-dire rendue plus intelligente par des moyens scientifiques (cybernétiques, génétiques, chirurgicaux, etc, l’auteur n’a évidemment pas le temps de s’étendre sur la question dans un texte de trente pages). C’est même le seul membre de son espèce (la raison en sera expliquée), ce qui en fait une curiosité et une sorte de célébrité. À un point tel qu’elle préfère d’ailleurs opérer en télétravail.

Je vais rester très discret à propos de la suite de l’intrigue, mais disons juste qu’elle est liée, d’une certaine façon, au passé de Cu.

Analyse et ressenti

À lire ce texte, on conçoit aisément que l’auteur soit apprécié, et on voit qu’il a du métier dans la forme courte : non seulement son style est à la fois agréable et d’une redoutable efficacité pour monter un univers crédible et une intrigue passionnante en quelques dizaines de pages, mais en plus toute la partie finale est à la fois assez originale par rapport à un certain cliché / trope SF ET elle est pleine d’émotion (et même d’émotions diverses, devrais-je dire). Je ne décerne pas souvent la distinction (enviée) de roman culte d’Apophis aux nouvelles, mais là c’est à mon avis largement mérité.

On remarquera aussi que bien qu’inspiré par Brin, la nouvelle de Larson fait du néo-chimpanzé un traitement assez différent (je dirais plus proche de Robert J. Sawyer), notamment dans sa façon de se servir de la résolution des crimes pour mieux appréhender la nature humaine. Le point de vue spécifique du singe est d’ailleurs bien distinct de celui de son partenaire humain en terme de couleur émotionnelle, et parfaitement rendu. Et bien sûr, la façon dont cette création artificielle s’insère (ou pas) dans la société humaine est profondément différente de celle décrite par Brin. J’y verrais presque l’amorce de ce qui est beaucoup plus développé par Adrian Tchaikovsky dans Dogs of war (à paraître cette année en français), même si là aussi dans une perspective très différente.

L’intrigue est moins prévisible qu’il n’y paraît : j’avais partiellement deviné (l’auteur donne un gros indice à un moment), mais j’avais fait trois hypothèses, et si l’une d’elles était la bonne… ce n’était pas celle sur laquelle j’aurais parié ! (même si là aussi, ça rejoint assez un autre auteur).

Bref, je vous recommande vivement cette nouvelle, à la fois efficace, riche et pleine d’émotion. 

Niveau d’anglais : facile.

Probabilité de traduction : je dirais faible vu que l’auteur ne semble pas beaucoup intéresser par chez nous (pour l’instant ?).

***

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18 réflexions sur “Meat and salt and sparks – Rich Larson

    • D’autant plus que sur Tor (notamment, on peut aussi citer Clarkesworld, par exemple), le niveau moyen de ces nouvelles gratuites est franchement élevé, et que la plupart du temps, le niveau d’anglais utilisé est franchement accessible.

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  1. Je vais lire ça ! L’uplifring, c’est un sujet que je connaissais assez peu. À part demain, les chiens et Eclipse Phase, je ne crois pas avoir croisé cette thématique ailleurs ! Alors qu’elle a du potentiel : proposer un point de vue extérieur (et le classique rapport créature/créateur)

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  2. Je partage ton enthousiasme pour cette nouvelle. J’aime beaucoup RIch Larson, auteur dont la quantité de récits ne sa fait pas au dépens de la qualité, et j’espère que ta conclusion sera démentie. Il est aussi à l’aise dans les textes émouvants (Meshed ou Ice) que beaucoup plus durs (le très gore Extraction Request, avec son extraterrestre cauchemardesque, ou The Ghost Ship Anastasia, qu’il vaut mieux ne pas lire pendant la digestion, comme le Kameron Hurley et pour les mêmes raisons)
    Des liens :
    Meshed : http://clarkesworldmagazine.com/larson_02_15/
    Ice : http://clarkesworldmagazine.com/larson_10_15/
    Extraction Request : http://clarkesworldmagazine.com/larson_01_16/
    http://clarkesworldmagazine.com/larson_01_17/

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  3. Ping : The ghost ship Anastasia – Rich Larson | Le culte d'Apophis

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