The soldier – Neal Asher

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La Culture de Banks passe du côté obscur ! 

the_soldier_v2_asherJe vous ai déjà un peu parlé de Neal Asher dans le tout premier épisode de l’œil d’Apophis, mais cet auteur anglais de science-fiction est si prolifique que je n’ai même pas commencé à aller au-delà de la surface de sa bibliographie. Prolifique, mais très peu traduit : seulement trois romans sur une vingtaine. Outre Voyageurs, qui n’a rien à voir avec le cycle qui nous occupe aujourd’hui, deux autres romans en faisant partie l’ont été par Fleuve Noir : L’écorcheur (le premier tome du sous-cycle Spatterjay) et Drone, un des stand-alone.

Car ce livre, bien qu’il soit le premier d’un cycle, Rise of the Jain, est en fait le seizième (si, si) d’un énorme meta-cycle, Polity (démarré sous forme de nouvelles il y a vingt ans), qui compte trois autres cycles et quatre stand-alone, tous se déroulant dans le même univers. The soldier étant, dans la chronologie interne de ce contexte, le plus avancé.

Vous vous demandez probablement si The soldier est lisible sans avoir lu aucun des quinze autres romans, et la réponse est oui : l’auteur vous fournit tous les éléments pour suivre son histoire même sans rien savoir de la Polity. Qu’on pourrait résumer en une phrase : la Polity, c’est la Culture de Iain M. Banks, mais dans une version sombre, Hard SF, extrêmement militarisée (avec des combats violents et spectaculaires), nerveusement rythmée et conservatrice au lieu de progressiste. Et ça dépote ! 

Univers (cycle) *

* Lobsterland groove, Roine Stolt, 1998.

La majorité d’entre vous a au minimum entendu parler (par exemple sur ce blog) du cycle de la Culture du regretté Iain M. Banks, consacré à une civilisation centrée sur des Intelligences Artificielles (IA) bienveillantes guidant les humains. La Polity peut être plus ou moins décrite de la même façon, sauf que la façon d’arriver à un résultat identique est extrêmement différente, et que le comportement de ces IA là n’est pas vraiment celui montré chez Banks. Chez Asher, les IA sont parvenues au pouvoir parce qu’au moment où les humains effectuaient leur premiers vols interstellaires (via des propulseurs U-spatiaux primitifs), elles ont mené à bien la « Guerre Tranquille » (rien à voir avec celle de Paul McAuley -par contre, je serais curieux de savoir si l’auteur s’est inspiré de la « Guerre fleurie » Mexica-), en prenant le contrôle à bas bruit des réseaux, des armes, en se constituant en corporations générant de l’argent pour payer des mercenaires, bref en s’emparant de tous les leviers du pouvoir, avant de signifier aux humains, en substance, « C’est nous les tauliers, maintenant, entérinez cet état de fait ou ça va être la boucherie ». Alors tout de suite, j’en vois, au fond de la classe, qui hurlent au Skynet-isme, mais en fait, ce n’est pas ça du tout. Despotisme éclairé, dictature bienveillante, main de fer dans un gant de velours, « c’est pour votre propre bien » (l’auteur parle de confisquer subrepticement un pistolet chargé à un fou), chacun qualifiera le nouveau paradigme comme il le veut, mais le résultat est là : les IA (et particulièrement leur chef, Earth Central -oui, c’est presque aussi pourri comme nom que Skynet-) ont effectivement œuvré pour le bien de l’Humanité (et pas à son extermination)… la plupart du temps. D’ailleurs, j’en profite pour faire remarquer que la notion d’humain « normal » a disparu depuis des siècles, puisque chacun d’entre eux bénéficie d’au moins quelques améliorations cybernétiques, nanotechnologiques, génétiques, etc.

Outre la façon de parvenir à un pouvoir beaucoup moins ambigu que chez Banks (où les IA dirigent tout de même plus depuis les coulisses), les IA asheriennes sont aussi nettement plus hardcore : si quelque chose ou quelqu’un se trouve sur leur chemin, elles ont tendance à tirer d’abord avant de continuer à tirer ensuite. Si celles de Banks ne crachent pas sur une petite intrigue ou un mauvais tour à jouer, dans la joie et la bonne humeur, à l’adversaire du moment, chez Asher l’IA ferait passer Machiavel pour un petit bricoleur du dimanche. Enfin, si la civilisation Culturienne peut être qualifiée de progressiste, pacifiste et de joyeusement anarchiste, en revanche la Polity est plutôt conservatrice, militariste et attachée à la hiérarchie, avec Earth Central au sommet de la pyramide.

A un moment de son Histoire, la Polity (qui s’étend sur des milliers de mondes) a croisé la route des Prador, des extraterrestres ressemblant à des crabes géants carnivores, extrêmement agressifs, xénophobes et anti-IA (ils inhibent le développement du corps de leurs fils et extraient leurs cerveaux pour s’en servir de nœuds de contrôle dans leurs astronefs). La guerre a immédiatement éclaté, et au début, les Prador ont eu l’avantage : la Polity, qui se reposait sur des téléporteurs spatiaux à trou de ver, les Runcibles, avait des vaisseaux dont le blindage était moins perfectionné. Cependant, au fur et à mesure de l’avancée du conflit, la puissance industrielle, l’avancée technologique globale et les tactiques retorses mises au point par les IA ont fait la différence, ce qui fait que les Prador sont passés à deux doigts de l’extinction. Seul un coup d’état suivi par une offre express de paix par le nouveau Roi, Oberon, a évité au Royaume Prador l’anéantissement. Que ceux qui voient dans le déroulement de cette guerre un reflet de la Guerre Idirane chez Banks lèvent la main… Mais bon, honnêtement, même si tout l’univers est fortement inspiré par celui de l’écossais, tout le cycle Polity, et ce roman en particulier, a carrément des arguments à faire valoir et n’est en rien un « sous-ceci » ou « sous-cela » sans intérêt ! 

Genres, ressemblances

La première inspiration est donc Iain M. Banks, mais, comme nous l’avons vu, dans une version qui, dans le spectre politique ou des valeurs, est totalement à l’opposé des convictions de l’écossais. Si vous avez apprécié le cycle de la Culture, il faudra vous poser la question de savoir pourquoi vous l’avez fait, ce que vous y avez trouvé qui vous a tant plu et que vous voudriez retrouver ailleurs. Si c’est l’utopie anarchiste et progressiste décrite, je pense que vous pouvez passer votre chemin, car le livre d’Asher ne vous correspondra pas forcément. Si c’est plutôt la société post-pénurie mêlant humains et IA, l’aspect purement quincaillerie SF, en revanche vous pouvez jeter plus qu’un coup d’œil au cycle Polity, vous ne le regretterez pas. Personnellement, j’ai apprécié toutes les strates de l’oeuvre de Banks, aussi bien l’utopie que la quincaillerie, mais étant donné que je cherche avant tout l’émerveillement et le dépaysement dans un livre de SFFF, j’ai été tout autant ouvert à l’univers de Neal Asher et j’ai autant apprécié ma balade chez lui que chez Banks. On peut donc aimer l’un sans renier l’autre, et inversement.

Il faut aussi préciser que Asher est allé beaucoup plus loin que Banks sur plusieurs plans : si le second n’est pas du tout intéressé par la technique et encore moins par l’armement (bien que ça se discute -nous en reparlerons dans un prochain numéro des A-Files-), le premier en revanche va très loin dans l’aspect Hard SF et militaire. Dans le premier cas, il faut traduire « Hard SF » par une forte emphase sur la technologie et la façon dont elle fonctionne, pas « respect absolu des lois physiques actuellement connues » comme chez Alastair Reynolds, par exemple. Bien qu’en terme d’ambiance ou de certains personnages ou événements, des parallèles puissent être faits avec le cycle des Inhibiteurs. Concernant l’aspect militaire, outre le fait que les combats soient vraiment extrêmement présents, les armements ou défenses utilisés sont décrits avec minutie, peut-être pas autant que chez David Weber mais en tout cas cent fois plus que chez Banks (et la variété d’armements ou de munitions utilisés a de quoi donner des orgasmes en série à l’amateur de Hard SF militaire. Je retiendrais notamment une idée assez intéressante, les projecteurs de champs de force largables comme des douilles s’ils chauffent trop. Par contre, Asher a carrément plagié les Effecteurs de Banks  😀 ). Notez que, chose très appréciable, la guerre / immunologie virale informatique a une large place dans les combats, alors que c’est quelque chose qui, de façon totalement incompréhensible, est ignoré dans 95% (minimum) des livres de SF, sauf dans (l’épouvantable) La Veillée de Newton de Ken MacLeod par exemple, ou dans (l’excellent) Suprématie de Laurent McAllister.

Le fan de Hard SF / SF Transhumaniste sera aux anges, car Asher va vraiment très, très loin : la nanotech, c’est ringard, place à la Picotech, on fait mumuse avec l’underspace, de la matière programmable / mémoire et de la pseudo-matière, on se balance des bombes de plusieurs gigatonnes et des obus de railguns hyperdenses se baladant à la vitesse de la lumière ou quasiment, on est bardé d’implants cybernétiques qui feraient passer Rhadamante Némès pour un grille-pain, on parle de créatures ayant de multiples brins ADN enserrant des cristaux de mémoire / computation quantiques, on construit une sphère de Dyson, on téléporte un trou noir de 8 masses solaires et la fabrication de singularités plus petites est un procédé industriel presque de routine, etc.

Globalement, j’ai trouvé que le ton général tirait beaucoup plus vers Alastair Reynolds, Dan Simmons (spécifiquement concernant les IA post-Moment partagé -cf la nouvelle Les orphelins de l’Hélice– ou le comportement de Némès / le ton adopté dans les scènes de combat mettant en scène Kassad), voire Peter Hamilton, que vers Banks, et son style riche, humoristique et pétillant (sauf dans L’usage des armes ou certaines parties d’autres livres de la Culture, évidemment). Non pas que l’écriture d’Asher soit pauvre (il a un sens de la tension dramatique et du rythme très affûté, notamment), mais elle est en revanche profondément différente de celle de l’écossais.

Univers (roman) *

* Makeba, Jain, 2015 (j’étais obligé  😀  ).

Dans le disque d’accrétion d’une étoile morte, il se passe des choses pas très catholiques : une faiblesse dans l’espace-temps local donne un aperçu des IA Jain, en sommeil et réfugiées dans l’Underspace, et cette zone riche en matière est littéralement infestée par des nodes issus de leur technologie. Alors non, les Jain ne sont pas de jolies chanteuses à robe à col Claudine, mais des extraterrestres épouvantablement puissants disparus, au soulagement général, il y a cinq millions d’années (comme vous le constatez, Asher est aussi peu avare en échelles spatio-temporelles vertigineuses qu’un Stephen Baxter par exemple). Mais en tirant leur révérence, ils ont laissé un cadeau empoisonné : ces fameux nodes, des machins minuscules (quelques centimètres) mais capables de prendre le contrôle de votre (très inférieure) technologie et, par pico- ou nano-technologie, de créer des machines de mort vouées à éradiquer toute civilisation non-Jain (coucou Mr Saberhagen, voire Reynolds…) avant de se mettre en sommeil ou de s’auto-détruire, ne laissant que de nouveaux nodes comme autant de graines mortelles. Le disque est radicalement différent de toutes les autres manifestations de la tech Jain dans le sens où alors que d’habitude, celle-ci a besoin d’une civilisation-hôte pour être active, ici elle l’est au sein d’un amas de matière dépourvu de vie. Il n’y a donc ici pas que des nodes passifs, mais aussi de la tech active.

Le problème, c’est que ladite technologie est si radicalement avancée (c’est une fusion parfaite du biologique et de l’inorganique) que nombreux sont ceux qui essayent d’en décoder les secrets, afin d’augmenter leur puissance, et ce malgré le danger. Jadis, une IA rebelle de la Polity, Erebus, a partiellement réussi dans cette entreprise, créant les Wormships (des machins capables d’auto-réparation et avec des systèmes hautement distribués) et ses lieutenants cyborgs surpuissants appelés Légats. Mais bon, comme les autres, Erebus s’est fait suicider (comme dirait le Mossad) par Earth Central il y a 250 ans.

Etant donné que ni les Prador, ni la Polity, ne veulent que la tech Jain 1/ s’échappe du disque, 2/ ne tombe entre les mains de l’adversaire et que 3/ celui-ci puisse accumuler de la puissance de feu à sa frontière, ils ont confié il y a un siècle les clefs de la zone à deux entités qui ont à la fois leur confiance et leur défiance (en raison d’une longue et tortueuse histoire avec les deux factions -Dragon est un personnage récurrent du meta-cycle dans son ensemble, au passage-), l’Haiman (fusion humain / IA) Orlandine et la sonde extraterrestre (en provenance des Nuages de Magellan, où sa civilisation d’origine a été détruite par la tech Jain, ce qui fait qu’il déteste cette race) Dragon. Le choix de la première était d’autant plus pertinent qu’elle travaillait jusque là sur le projet de Sphère de Dyson de la Polity, qui doit être achevé dans « seulement » 80 000 ans. Elle a donc l’habitude des megastructures, et a mis en place une sphère défensive d’énormes plate-formes aussi bien armées que la Corée du Nord autour du disque d’accrétion. Depuis qu’Orlandine est responsable de cette zone neutre et souveraine (d’après les accords Polity / Pradors), le nombre de plate-formes défensives est passé de 20 à 800.

Intrigue, personnages *

* The art of repairing, Lunatic Soul, 2018.

Tout commence lorsqu’un capitaine de cargo livre à Pragus, l’IA contrôlant la plate-forme de défense Mu surveillant le disque d’accrétion, les restes du dernier représentant d’une race (qui se faisait simplement appeler l’Espèce) massacrée il y a quelques milliers d’années par les Pradors. Malgré la structure génétique / quantique extrêmement bizarre et complexe du cadavre, Pragus décide de tenter une résurrection à la Jurassic Park, dans un laboratoire, hum, « sécurisé », ah, ah, ah. Et évidemment, le machin épouvantable qui pousse (et dont la biologie est vraiment extrêmement intéressante) prend le contrôle de la taule et commence à construire une U-porte pour accéder à sa mémoire complète, stockée ailleurs. Et la bestiole est en fait une vieille connaissance : c’est la Cliente, qui, jadis, aida la Polity à mettre au point des armes de la mort qui tue devant rendre la monnaie de leur pièce aux Pradors qui avaient zigouillé le reste de son espèce, et qui s’est fait trahir et suicider (encore) par la Polity une fois sa tâche accomplie. Vous commencez à voir le danger d’une conceptrice d’armement lâchée dans la nature, assise sur un tas d’armes et de technologies avancées de la Polity (dont sa presse gravitationnelle, qui permet de fabriquer des éléments super-denses), et avec des raisons d’en vouloir aux deux camps, ou pas ? De plus, il apparaît rapidement que Dragon n’est pas tout net dans l’affaire, et qu’il semble jouer un double jeu, notamment pour retarder Orlandine et son projet de larguer un trou noir de 8 masses solaires dans le disque d’accrétion, mettant ainsi un terme définitif à la menace Jain.

En parallèle, nous suivons Trike, qui est à la poursuite du Légat Angel, qui a enlevé, torturé et tué sa femme Ruth. Trike est assisté par le capitaine Cog, qui vient de Spatterjay comme lui (une planète où un virus fait muter les humains et leur donne une force et une résistance surhumaines -elle fait l’objet d’un autre sous-cycle-). Angel ressuscite Ruth et se rend sur la planète des Cyberat (des Cyborgs avancés), pour s’emparer d’un artefact Jain précis justement vendu par Ruth au dirigeant de ce monde, Zackander. Qui, c’est ballot, a lui aussi fait mumuse avec l’artefact, déclenchant la croissance… d’un super-soldat Jain ! Le plus étonnant est qu’Angel a du mal à comprendre ses propres réactions et motivations, qui seraient causées par une entité occupant une partie de son cerveau (à la place jadis prise par Erebus).

Alors je ne vais même pas tenter de vous parler des autres personnages ou sous-intrigues, parce qu’il y en a beaucoup : sachez juste que nous suivrons principalement la Cliente, Orlandine, Trike et Angel (avec des détours occasionnels par Blade, Cutter, Earth Central, The Wheel, etc), que les différentes lignes de l’intrigue s’entrelacent, et que malgré la richesse et la complexité de l’ensemble, ce n’est presque jamais indigeste ou ardu à suivre. On est d’ailleurs bien aidé par l’auteur, qui, par la voix des personnages, fait souvent habilement un point sur les derniers événements, ses causes et enjeux, sur qui est allié ou ennemi avec qui, et ainsi de suite.

Ces personnages (dont certains apparaissent dans d’autres livres du meta-cycle et d’autres sont nouveaux) sont invariablement intéressants, complexes, même si certains d’entre eux ou certaines sous-intrigues sont plus motivants que d’autres (c’est d’ailleurs souvent le cas -voire le piège- quand il y a alternance de divers points de vue : on s’attache fréquemment beaucoup plus à l’un d’entre eux, qu’on a hâte de voir revenir sur le devant de la scène). Paradoxalement, si celle mettant en jeu la Cliente est la plus prévisible, c’est aussi la plus passionnante à suivre. Alors que ce personnage correspond pourtant à un cliché éculé de la SFFF, à savoir l’amnésique (d’une certaine façon) qui va découvrir sur lui des choses très surprenantes (mais pas forcément pour le lecteur) en retrouvant la mémoire.

Notez que les relations entre les personnages sont également très intéressantes, car faites de méfiance, de manipulations, de double-jeu, etc. Et plus que ça, elles ne sont pas statiques, mais ont une dynamique : l’adversaire d’hier deviendra peut-être l’allié de demain, lorsque certaines révélations auront eu lieu ou que des événements inattendus forceront des ennemis jurés à coopérer. Notez aussi qu’il y a certains points communs entre différents protagonistes ou antagonistes : Ruth et la Cliente sont ressuscitées, tandis que Pragus et Angel ne sont pas capables d’expliquer certains de leurs actes car ils se sont fait suicider euh non pirater à l’insu de leur plein gré (comme dirait M. Virenque).

Style, structure

Le roman est divisé en chapitres assez grands, au sein desquels différents points de vue alternent (ils sont clairement signalés via le nom du personnage concerné) toutes les quelques pages. Ça peut paraître très haché, mais comme je le disais ça n’est quasiment jamais ardu à suivre.

L’écriture de l’auteur est extrêmement efficace, on sent effectivement qu’il y a de l’expérience derrière : le style est très clair, fluide, c’est très rythmé (John Scalzi parle de « shoot d’adrénaline directement dans le cerveau »), l’aspect Hard SF est totalement passionnant pour qui aime ce sous-genre, et l’amateur de castagne va carrément en avoir pour son argent, tant c’est hors-normes même par rapport à de la SF militaire standard. A vrai dire, il y a tellement de combats que même moi j’ai trouvé que c’était limite trop, même si l’intrigue le justifie clairement et qu’ils sont souvent courts (mais très, très spectaculaires). C’est un genre, différent de celui de David Weber par exemple, chez qui les batailles sont assez rares mais occupent parfois 80-90 pages : on aime ou pas. Mais bon, clairement, si l’aspect action en SF vous laisse froid, voire vous fait fuir, ce ne sera pas un livre pour vous.

En tout cas, Asher s’y entend carrément pour bâtir un contexte et une intrigue ambitieuse (même si, pour être honnête, c’est parfois très inspiré par des auteurs antérieurs), une vision époustouflante de la posthumanité et de technologies ou de races ultra-avancées, et que vous soyez adepte de ceci ou opposé à cela, vous auriez vraiment, vraiment tort de vous priver d’un roman pareil. C’est clairement le style de SF à « gros budget effets spéciaux », à ambition démesurée, à Sense of wonder cyclopéen, que j’aimerais lire plus fréquemment. Il y a là-dedans des combats à grand spectacle et une application débridée de la technologie qu’on ne croise vraiment, mais alors vraiment pas souvent.

En conclusion

Seizième livre du cycle Polity (mais le premier d’un nouveau sous-cycle, Rise of the Jain, et pouvant se lire de façon tout à fait indépendante même sans rien savoir de cet univers -une version conservatrice, ultra-militarisée et hiérarchisée de la Culture de Iain M. Banks-), The soldier est un roman de SF transhumaniste, Hard et militaire absolument impressionnant (pour ne pas dire orgasmique !) pour qui aime ces sous-genres. L’écriture nerveuse et efficace de l’auteur, une ambition démesurée, une riche intrigue, des personnages très intéressants et des combats qui feraient passer Michael Bay pour un petit artificier du dimanche faisant mumuse avec trois pétards dans un coin achèvent d’en faire un livre incontournable pour l’amateur de SF à grand spectacle. On conseillera cependant au lecteur peu intéressé par le pew pew ou un aspect hypertechnologique (sans parler de la mise en avant de valeurs totalement opposées à celles de Banks) de passer son chemin, faute de quoi il risque de détester cette oeuvre.

Niveau d’anglais : aucune difficulté.

Probabilité de traduction : extrêmement improbable (et si cela se fait, ce sera chez Fleuve Noir selon toute probabilité).

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18 réflexions sur “The soldier – Neal Asher

  1. « c’est la Culture de Iain M. Banks, mais dans une version sombre, Hard SF, extrêmement militarisée » j’ai eu un mini orgasme en lisant ça, mais bien sûr « Si vous avez apprécié le cycle de la Culture, il faudra vous poser la question de savoir pourquoi vous l’avez fait ». L’aspect politique de Banks est inséparable de son oeuvre. Il est (j’ai appris ça en fréquentant les auteurs anglais sur twitter) considéré comme le premier grand auteur de SF de gauche du Royaume-Uni, et en cela une figure libératrice. C’est le Che Guevara de la SF anglaise. Donc, oui, la question est importante. Et tout de même, « Le fan de Hard SF / SF Transhumaniste sera aux anges », je vais donc prendre le risque d’y jeter un coup d’oeil. De toute façon, j’essaye tant que je peux de ne pas méler politique et SF. C’est Heinlein qui m’a appris ça.

    Aimé par 1 personne

    • La précision m’a parue très importante à effectuer : j’ai vraiment conçu mon blog comme apolitique, mais là j’ai décidé de faire une exception parce qu’effectivement, les valeurs de gauche sont profondément ancrées dans l’ADN du cycle de la Culture. Il me paraissait donc très important de préciser au lecteur potentiel de The soldier, qui risquait effectivement de flasher dès le mot « Culture » que la Polity était en quelque sorte une « Culture de droite », ce qui pouvait en refroidir certains.

      Sur l’aspect Hard SF / transhumaniste, j’ai pensé à toi tout le long de ma lecture. C’est juste hallucinant de voir à quel point l’auteur va loin dans ces domaines.

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  2. Je pense que je vais déjà avancer la Culture, mais j’ai ce cycle dans mon viseur et je lui donnerais certainement sa change une fois que l’autre sera entamé !

    En fait, d’après ta chronique je crois que ce cycle à même plus de points qui peuvent me plaire sur le papier que la Culture, on verra bien :p

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  3. Comme je lis les bouquins de cet univers plus ou moins dans leur ordre de parution et que je n’en ai fini que quatre pour l’instant, je suis encore à une bonne marge avant d’arriver à cette nouvelle série. Mais ça fait toujours plaisir de voir qu’apparemment c’est toujours aussi intéressant.

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    • J’étais parti pour les lire dans l’ordre indiqué par la chronologie interne de l’univers (en commençant par Prador Moon, donc), mais vu que les sous-cycles ont la réputation de pouvoir se lire sans problème de façon indépendante, et que le résumé de ce roman me plaisait, j’ai commencé par la fin 😉

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  4. Je dissocie SF et politique, systématiquement, et j’adore la Culture pour le waouh à divers niveau qu’elle m’offre.
    Si je résume : Une Culture plus sombre et plus Hard-SF? rien que cela va me plaire. Militariste, avec des bonnes batailles, cela est fait pour moi. Des IA un peu ambivalentes, mais je vais m’éclater! du transhumanisme, un de mes dada,…
    En fait, pourquoi n’as-tu simplement pas écrit : Lutin, lis-le!!! C’est ta came!
    Bon j’ai commencé à m’acheter les Neal Asher, mais par le premier tome…

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  5. Pingback: En Mai, lis ce qu’il te plait! – Albédo

  6. En effet, il y a peu de chances que ce livre soit un jour traduit en français. Idem pour n’importe quel autre de ses livres : le dernier traduit (savoir « Drone ») a vécu un terrible crash commercial.

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    • Vu le côté farouchement anti-militariste de l’édition française, je suis même surpris que deux romans du cycle Polity aient été traduits (et encore plus qu’ils l’aient été par une autre maison que l’Atalante).

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  7. Pingback: Prador Moon – Neal Asher | Le culte d'Apophis

  8. Pingback: Guide de lecture SFFF – Découvrir la (ou progresser en) SF militaire | Le culte d'Apophis

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