Hors-série Une heure-lumière 2021

Quatre est le nombre !

Pour la quatrième année consécutive, le Bélial’ vous propose, à partir du 20 mai, pour l’achat de deux titres de la collection Une heure-lumière en version papier (le but étant de soutenir les libraires -je précise que l’opération est aussi évidemment valable sur le site de l’éditeur lui-même-), un Hors-série gratuit qui ne sera disponible que par ce biais et seulement dans la limite des stocks disponibles. L’objet ayant une dimension collector (s’échangeant même sous le manteau entre certains blogueurs de ma connaissance  😉 ), s’il vous intéresse, il ne faut pas traîner.

Et cela tombe bien, puisque la maison mammésienne vous propose, en parallèle, trois alléchants nouveaux titres de la collection (nous reparlerons de deux d’entre eux prochainement), dont un excellent texte de Greg Egan, À dos de crocodile. Écrivain qui est d’ailleurs le sujet de l’édito d’Olivier Girard, qui souligne que chacun des trois Hors-série précédents mettait à l’honneur un auteur phare du Bélial’. Ce qui fait que, logiquement, la désormais traditionnelle nouvelle qui est au centre de ces Hors-série émane de l’australien. Un texte de 55 pages, tout de même (les plus observateurs d’entre vous remarqueront d’ailleurs que le petit article donnant la parole à l’illustrateur ou aux traducteurs de la collection n’est, cette fois, pas présent, probablement du fait de la combinaison de la taille de la novelette d’Egan et de celle, chaque année croissante, du catalogue qui clôt l’ouvrage), traduit avec brio par Feydrautha du blog L’épaule d’Orion. Pour l’anecdote, je ne peux m’empêcher de goûter l’ironie du fait qu’Egan ne sait sans doute pas que son texte a été traduit par un type qu’il a bloqué (tout comme votre serviteur, au passage) sur Twitter  😀

Un château sous la mer *

* One of us, Joan Osborne, 1995.

Début de la seconde moitié du XXIe siècle (à la louche, et d’après quelques indices donnés dans le texte). Une quinzaine d’années auparavant, les parents des quadruplés Linus, Rufus, Caius et Silus (les plus éveillés d’entre vous auront remarqué que tous ces noms se terminent par « us », « nous » en anglais) sont à bord du Physalia, un navire qui sert de QG à une secte transhumaniste visant à créer un esprit de ruche, devant donner à l’Homme les clefs de la conquête de la galaxie. Au passage, le nom du navire n’a pas été choisi au hasard par l’auteur : les physalies sont en fait des colonies comportant quatre types de polypes (et d’ailleurs, je me suis posé la question de savoir si un texte aussi centré sur le chiffre quatre n’avait pas -entre autres- été choisi parce qu’il devait justement figurer dans le quatrième Hors-série de la collection). Les enfants sont donc reliés par un lien neural, qui ne leur permet pas une communication « télépathique » permanente (ni quelque chose qui ressemble à la Bande d’Affinité chez Peter Hamilton), mais qui fait que lorsqu’ils s’endorment puis se réveillent, les souvenirs de leurs trois autres jumeaux ont été ajoutés aux leurs (la façon dont chacun les organise ou l’angle sous lequel il les interprète est d’ailleurs fort astucieux). Vous remarquerez qu’à part le fait que le procédé a une base scientifique et passe par internet, vous n’en saurez pas plus à son sujet, ce qui me fait donc dire que cette novelette (que je trouve très Peter Watts-ienne, à la base) relève de la récente tendance qu’à l’auteur à glisser de l’ultra-Hard SF qui l’a fait (re)connaître à quelque chose de beaucoup plus léger, entre ce que j’appelle de la « light Hard SF » voire, dans certains cas, pratiquement… de la Soft SF. Si, si. Même si, de temps en temps, l’australien nous balance encore du lourd, histoire que nous n’oublions pas qui est le BOSS.

Évidemment, ce genre de petite expérience ne peut rester ignoré des autorités, qui font fermer la boutique à la secte et emprisonnent les parents des quadruplés. Quinze ans plus tard, ceux-ci sont étudiants, et dispersés un peu partout sur la planète (Caius est à Bonn, Silus à Londres). Linus, lui, est en Australie, et un beau matin, ses souvenirs disparaissent du pool commun, il ne répond pas aux appels téléphoniques, etc. Rufus se rend sur place pour enquêter, et découvre que son frère s’est rendu, apparemment de son plein gré, en… France. Et il vous faudra lire ce Hors-série pour connaître la suite !

Il s’agit incontestablement d’un texte habile, magnifié par la traduction très intelligente du camarade Feydrautha (observez les registres de langue employés pour chacun des frères, par exemple), et thématiquement plutôt riche (comme me le faisait remarquer ledit traducteur, on peut se demander dans quelle mesure Egan, dont on ne sait presque rien de la vie -on ne sait même pas quelle tête il a, pour commencer-, pourrait avoir une fratrie dont il s’est éloigné, physiquement ou sur le plan de la communication, et si Un château sous la mer ne constituerait pas une allégorie ou une lamentation sur cet évènement). La fin ménage un sacré renversement de perspective, même si elle est si cryptique que j’ai du la relire trois fois ET en discuter avec Feyd pour être sûr d’avoir tout / bien compris (et encore, comme il le dit, il se pourrait qu’il y ait des couches d’interprétation -y compris allégoriques- supplémentaires). Mais (parce qu’il y en a un), j’avoue être resté un peu sur ma faim, parce que j’attends toujours beaucoup d’un texte d’Egan sur le plan scientifique (alors qu’il ne s’agit ici PAS d’une Hard SF), et peut-être plus encore sur celui du vertige, des implications trans- / post-humanistes et philosophiques de la science exploitée. Et là, nous sommes finalement sur quelque chose de plus terre à terre, même si c’est permis par un procédé technologique qui, lui, ne l’est pas. Mais fondamentalement, ça a été déjà exploité en SF, et si vertige il y a, il relève plus de ce que l’on pourrait trouver dans d’autres genres ou sous-genres littéraires que dans de la Hard SF Eganienne. Sans compter que la faible longueur du texte fait qu’Egan n’a pas le temps de développer les thèmes sociétaux qui auraient pu l’être (la façon dont les enfants issus du Physalia s’insèrent dans la société est vaguement évoquée, mais pas assez, à mon sens) dans une novella ou mieux, dans un roman pleine taille. La thématique de l’identité, de l’individualité, ainsi que celle des relations dans une fratrie où, si l’on est physiquement identique, on peut en revanche être psychologiquement extrêmement différent de ses jumeaux, sont, par contre, pleinement exploitées, à mon sens.

Un château sous la mer est, en fin de compte, une lecture tout à fait intéressante, même si cette novelette souffre de la comparaison avec À dos de crocodile, qui paraît en parallèle.

Pour les pauvres âmes qui ne pourront mettre la main sur l’ouvrage (à la splendide couverture signée par Aurélien Police), sachez que le catalogue de la collection qui le clôt comprend un aperçu de plusieurs titres à venir en UHL, à savoir Symposium Inc. d’Olivier Caruso (dont la nouvelle à paraître dans Bifrost 103 ne m’a absolument pas convaincu -c’est un pâle ersatz de Summerland d’Hannu Rajaniemi, en beaucoup moins bien et avec un style pénible-, mais je garde l’esprit ouvert), Les simulacres martiens d’Eric Brown, Une année dans la ville linéaire de Paul Di Filippo, L’album de mariage de David Marusek, et Sur la route d’Aldébaran (curieusement présenté sous son titre VO) d’Adrian Tchaikovsky (et d’ailleurs hop, retour vers le futur, vous pouvez déjà lire sa critique sur le Culte, qu’est-ce que je suis fort tout de même !). Je signale par ailleurs que la VO de la nouvelle d’Egan incluse dans ce hors-série est lisible gratuitement sur cette page 😉

Une heure-lumière sur Le culte d’Apophis

Vous souhaitez profiter de l’opération, obtenir le Hors-série, mais vous ne savez pas quoi acheter dans la collection ? Vous trouverez ci-dessous un récapitulatif de tous les Une heure-lumière chroniqués sur ce blog ! (les critiques de plusieurs autres sont à venir dans les jours / semaines à venir).

Cookie monster – Vernor Vinge

Un pont sur la brume – Kij Johnson

L’homme qui mit fin à l’histoire – Ken Liu

Cérès et Vesta – Greg Egan

Poumon vert – Ian MacLeod

Le regard – Ken Liu

24 vues du Mont Fuji, par Hokusai – Roger Zelazny

Le sultan des nuages – Geoffrey A. Landis

La ballade de Black Tom – Victor Lavalle

Retour sur Titan – Stephen Baxter

Les attracteurs de Rose Street – Lucius Shepard

Helstrid – Christian Léourier

Les meurtres de Molly Southbourne – Tade Thompson

Waldo – Robert Heinlein

Abimagique – Lucius Shepard

Dragon – Thomas Day

Le fini des mers – Gardner Dozois

Acadie – Dave Hutchinson

L’enfance attribuée – David Marusek

Le temps fut – Ian McDonald

La survie de Molly Southbourne – Tade Thompson

Les agents de Dreamland – Caitlin R. Kiernan

Vigilance – Robert Jackson Bennett

La chose – John W. Campbell

À dos de crocodile – Greg Egan

Pour aller plus loin

Si vous souhaitez avoir un deuxième avis sur cet ouvrage, je vous recommande la lecture des critiques suivantes : celle de la Yozone, celle de FeydRautha en personne sur la VO de la nouvelle,

***

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15 réflexions sur “Hors-série Une heure-lumière 2021

  1. Mais qu’est ce que vous avez fait à Greg Egan pour qu’il vous bloque ? Oo
    Après la lecture de ta chronique j’ai hâte de découvrir ce hors série tout en craignant de passer à côté si déjà toi tu as eu du mal à bien comprendre la fin..

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  2. Me suis un peu calmé sur les UHL, les 20 premiers c’était achat automatique et de belles découvertes mais avec des auteurs récurrents qui font pas partie de mes préférés et pas mal de déceptions dans les derniers que j’ai lu, j’ai l’impression que la collec s’est… Dé-diversifié ? Mais du coup j’ai pas lu les derniers, donc c’est peut-être biaisé

    Aimé par 1 personne

    • Je ne les lis pas tous automatiquement non plus, et de moins en moins au moment de leur sortie (même si là, je viens d’en acheter 5 – plus le HS- d’un coup 😀 ). Dans les prochaines sorties, je suis, par exemple, méfiant envers le Caruso (j’attendrai les premiers retours et on verra), et pas spécialement intéressé par le Di Filippo, à priori.

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