The angel of Khan El-Khalili – P. Djèli Clark

Poignant

clockwork_CairoIl y a un an et demi, je vous ai parlé d’une novella et d’une nouvelle (respectivement The haunting of Tram Car 015 et A dead Djinn in Cairo) signées P. Djèli Clark (dont je vous avais aussi présenté un texte qui n’avait rien à voir avec ces deux là, The black god’s drums), qui se déroulaient dans un Caire uchronique des années 1910, dans lequel les humains coexistaient avec des créatures de légende (et avec la magie, l’alchimie) qui avaient pénétré dans notre monde lorsqu’un demi-siècle plus tôt, un mystique / savant fou soudanais avait utilisé d’étranges machines pour percer un passage vers de surnaturelles dimensions. Par analogie avec un contexte similaire d’Uchronie de Fantasy créé par notre Pierre Pevel national, j’avais même surnommé cet univers « Le Caire des merveilles ». Eh bien figurez-vous que ce dernier fait un retour dans l’actualité plus tonitruant qu’un millier de vuvuzelas, puisque d’une part, nous apprenons que le roman pleine taille (par opposition à une novella) qui était annoncé depuis quelques temps a désormais un titre (A master of Djinn), un résumé (où on s’aperçoit qu’il mettra en scène Fatma el-Sha’arawi, la protagoniste de A dead Djinn in Cairo) et une date de sortie (le 11 mai 2021). Et mieux encore, l’Atalante confirme l’achat des droits des trois textes cités plus haut (plus des négociations portant sur deux autres, non précisés), avec une sortie en VF prévue à partir du 2e trimestre 2021 (si tout va bien).

Il se trouve qu’il y a une troisième nouvelle, The angel of Khan El-Khalili, qui se déroule dans cet univers et que je n’avais pas eu l’occasion de lire jusqu’ici. L’annonce de la sortie prochaine du roman m’a donné envie de combler cette lacune, et de vous en parler aujourd’hui. Cette nouvelle est au sommaire d’une anthologie, Clockwork Cairo, mélangeant justement Égypte et engrenages / dirigeables / vapeur / magie, bref « Steampunk / Clockpunk » ou, comme ici, Uchronie de Fantasy. Si sa couverture ne paie pas de mine, en revanche la présentation intérieure est bien plus soignée, vu que chaque nouvelle est précédée d’une illustration en noir et blanc pleine page de fort bonne facture. Il n’est d’ailleurs pas exclu que je vous reparle de certains de ces autres textes à l’avenir.

Intrigue, personnages

Le Caire, 1912. Khan El-Khalili est le (par ailleurs tout à fait réel) plus grand souk de la ville. La jeune Aliaa, à peine quinze ans, ouvrière dans le textile, s’y rend pour y rencontrer une Ange, qui se fait appeler Seeker (chercheuse). Rappelons qu’après l’ouverture du tunnel interdimensionnel, les Djinns ont débarqué les premiers, qu’ils se sont parfaitement intégrés dans la société humaine, mais que les Anges (ou du moins des êtres qui se présentent comme tels, bien que les théologiens aient de gros doutes sur la question) ne sont venus qu’après et vivent, tout au contraire, en reclus. L’une d’entre eux, cependant, peut être rencontrée au cœur de la nuit, dans des souterrains sous le grand bazar. Rappelons aussi que ces anges ont tout du fantasme de mangaka fou : ces êtres réputés éthérés, fragiles, sont engoncés dans une carapace protectrice, une armure dotée de nombreux bras et ailes mécaniques.

Aliaa cherche l’Ange de Khan El-Khalili pour lui demander d’accomplir le Miracle (avec un grand « M ») seul capable de sauver sa sœur ainée, Aisha, mourante du fait de graves brûlures, et pour laquelle ni la science ni la magie ne peuvent plus rien. En échange, Seeker demande qu’Aliaa s’engage à payer un prix, mais sans connaître sa nature à l’avance, ce qu’elle ne peut évidemment qu’accepter. Et ce prix sera terrible !

Mon avis

Ah, les amis, quelle merveille, une fois de plus ! L’écriture de P. Djèli Clark est un enchantement sans cesse renouvelé, et l’univers à l’atmosphère et aux fondamentaux uniques qu’il a forgé me prend une fois de plus dans les rets de son sortilège. Sans compter que comme pour les deux autres textes courts déjà parus s’inscrivant dans ce « Caire des merveilles », l’auteur n’en oublie pas pour autant les thématiques de fond, centrées sur les ignobles conditions de travail des (jeunes) ouvrières, sous-payées parce que femmes et, pour certaines, mineures, soumises à des cadences de travail infernales et au risque d’accidents du travail qui indiffèrent les contremaîtres, pour qui seul le rendement et les quotas comptent.

L’histoire racontée par Clark, surtout dans une nouvelle aussi courte, est poignante, la psychologie de la protagoniste soignée, et une fois de plus, il se débrouille pour nous balancer du sense of wonder par paquets de douze (avec un rare sens de la formule, voire de la poésie, et du mystère, qui plus est), notamment quand l’Ange déclare :

You mortals are such frail things. Motes floating among more worlds than you can possibly imagine. Yet your souls hold the weight of stars. If only you knew…

Notez une particularité étonnante de ce texte : il est écrit à la deuxième personne du singulier, ce qui est, ma foi, fort inhabituel, mais fonctionne ici très bien.

Bref, en un mot comme en cent, voilà un texte brillant de plus par un écrivain qui l’est tout autant. Notez cependant que comme A dead Djinn in Cairo, The angel of Khan El-Khalili est une nouvelle à l’atmosphère sombre, en tout cas plus que The haunting of Tram Car 015, où l’humour et plus de légèreté étaient présents.

Niveau d’anglais : aucune difficulté.

Probabilité de traduction : voir l’introduction.

***

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5 réflexions sur “The angel of Khan El-Khalili – P. Djèli Clark

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