La cinquième saison – N.K Jemisin

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Tout simplement brillant

cinquieme_saisonLa cinquième saison est le premier roman de la trilogie Les livres de la terre fracturée, par Nora K. Jemisin (vous trouverez un point biographique succinct dans cette autre critique). Ce cycle est exceptionnel car les tomes 1 et 2 ont obtenu les prix Hugo 2016 et 2017, une succession qui ne s’était pas produite depuis longtemps. D’ailleurs, les networks américains ne s’y sont pas trompés, puisque cet univers va faire l’objet d’une adaptation télévisée.

Je n’avais jusqu’ici lu qu’un seul roman de l’auteure, qui ne m’avait pas vraiment convaincu, notamment à cause de son incapacité à me faire vivre l’émotion ressentie ou générée par ses personnages. De plus, j’ai souvent répété que les prix Hugo récents (post-2010, à l’exception de celui attribué à Liu Cixin) ne me semblent pas relever du même niveau de qualité que ceux attribués avant cette date (ce qui fait qu’ils me rendent méfiant), et je dois avouer ne pas être très en phase avec les choix de publication du directeur de collection de Nouveaux Millénaires (je parle ici des inédits, pas des rééditions). Bref, je suis allé vers La cinquième saison un peu à reculons… et j’ai adoré. Je l’ai dévoré. Et plus je le lisais, plus je trouvais ça brillant, et ce sur de multiples plans. Alors, prix Hugo mérité, un vrai chef-d’oeuvre, cette fois ? Carrément. Si vous n’avez qu’un roman de SFFF à lire en cette rentrée littéraire, que ce soit celui-là !  

Genres, ressemblances *

Fractured, Lunatic Soul, 2017.

Signalons tout d’abord qu’il est plutôt ardu de classer ce livre : dans les remerciements, N.K. Jemisin le qualifie de roman de Fantasy, alors qu’il est estampillé Science-Fantasy sur le net et que très honnêtement, après avoir achevé le tome 1, je suis plus à l’aise avec cette dernière classification qu’avec celle de l’auteure. Tout simplement parce qu’à part la présence de l’Orogénie (voir plus loin), tout ramène à deux sous-genres de la SF : l’apocalyptique et post-apocalyptique d’une part, et celle de la Terre mourante d’autre part (voir cet article et celui-là si besoin). Donc, je pense qu’au moins sur ce roman inaugural du cycle, l’étiquette de Science-Fantasy (voire de SF) est plus pertinente que celle de Fantasy tout court.

Outre le fait qu’il y a des ressemblances avec les livres relevant des deux sous-genres cités plus haut, il y en a aussi avec des romans moins évidents de prime abord : par exemple, le fait de tenir les tremblements de terre en laisse évoque tout de même (et pas qu’un peu) l’Ogion d’Ursula Le Guin, que ce soit dans Le sorcier de Terremer ou, surtout, dans la nouvelle Les os de la terre du recueil Contes de Terremer (et au passage, un des élèves qui tourmente Damaya à l’école d’Orogénie -de « magie »- s’appelle… Jaspe). De plus, le pouvoir des Gardiens d’annuler l’Orogénie, voire de la retourner contre l’Orogène, ressemble, pour moi, de façon suspecte à celui des Mord-Sith, dans le cycle L’épée de vérité (vous savez, celui publié par l’écrivain préféré de la rédaction d’Elbakin  :D). Enfin, il faut avouer qu’il y a quelques points communs entre le Fulcrum et le Bene Gesserit, ne serait-ce que le programme de reproduction dirigée devant produire plus d’Orogènes ou des spécimens plus puissants.

Nuclear winter is coming *

*It’s the End of the World as We Know It (And I Feel Fine), R.EM., 1987.

(Je signale l’existence en fin de roman de deux appendices très utiles, dont un glossaire : je vous conseille fortement de les lire avant, vous vous faciliterez la vie. Non pas que La cinquième saison soit cryptique, mais disons qu’on ne vous balance pas toutes les clefs d’un coup, ce qui peut déstabiliser certains).

Nous sommes en présence d’une planète qui est peut-être la Terre (c’est ce que laissent à penser certaines allusions dispersées dans le récit) ou peut-être pas, éventuellement celle du lointain futur (mais ce n’est pas certain), possiblement même plusieurs centaines de millions d’années (bien que la survie de l’espèce humaine sur une aussi longue durée -surtout sans évolution morphologique significative- soit douteuse). Les continents se sont réunis pour en former un seul, unique, similaire à la Pangée de nos cours de géologie ou à la Pangée ultime qui se formera dans un quart de milliard d’années. Ce supercontinent, appelé (ironiquement) le Fixe est en fait secoué sans arrêt par des tremblements de terre plus ou moins puissants, surtout sur ses côtes ou sur les zones où deux plaques tectoniques se rencontrent (et comme le disait un de mes philosophes préférés, Y. Noah, « attention les secousses »). De plus, à intervalles plus ou moins réguliers (plusieurs siècles, minimum), a lieu l’éruption d’un supervolcan ou celle de provinces ignées type Trapps de Sibérie (ou tout autre événement volcanique et / ou sismique de grande envergure), qui entraîne un hiver « nucléaire » (selon l’expression consacrée), des pluies acides et une acidification des océans, un ensemble de phénomènes connu sous le nom de Cinquième saison (un terme qui a des réminiscences aztèques, selon moi). Ce qui signifie que pendant quelques années au mieux, quelques décennies parfois, et presque un siècle une fois, les rayons du soleil sont bloqués, ce qui entraîne l’arrêt de la photosynthèse, donc la mort des herbivores, puis celle des carnivores et des humains. Et ça, c’est sans compter les retombées de cendres irrespirables, les pluies acides qui rongent jusqu’au métal (auquel les communautés riches préfèrent la pierre), l’atmosphère saturée de dérivés soufrés toxiques, etc. Et encore, ça présuppose que vous avez survécu à l’éruption ou aux séismes initiaux (et ça fait un gros « si »).

Inutile de dire qu’avec tout ça, une civilisation technologique ne fait pas long feu, et, de fait, des centaines de milliers de ruines étranges parsèment le Fixe (le supercontinent : vous suivez, oui ?), issues de cultures ou d’empires antérieurs désormais oubliés. On les considère comme des pièges meurtriers, et les communautés (abrégées « comms ») modernes s’empressent de les inonder ou de les enterrer. Pourtant, il y a une catégorie de reliques du passé contre lesquelles on ne peut rien : les obélisques, de titanesques monolithes volant à haute altitude et se déplaçant lentement. Donc on se contente de les ignorer.

Pour survivre à une Cinquième saison, il n’y a pas cinquante solutions : il faut jouer au survivaliste. Si, si. N.K. Jemisin dote même ses personnages du célèbre Sac d’évacuation, plus connu des aficionados sous son acronyme anglais de BOB (bug-out bag), que tout adulte doté de deux neurones devrait posséder chez soi. Dans la grande tradition du post-apo, nous avons donc droit à des Comms fortifiées, où on laisse entrer ceux qui peuvent être utiles et d’où on expulse ceux qui ne le sont pas. On y trouve un point d’eau, des réserves de nourriture et d’armes, qu’on espère suffisantes pour traverser la saison. Et ce d’autant plus que les prédateurs rôdent, déracinés appelés hors-comm se faisant pour certains brigands, voire même impériaux à la recherche de ressources supplémentaires ! Bref, il y a deux concepts capitaux pour la survie : la préparation et la discipline. Y compris dans l’application impitoyable des règles.

Au centre du continent, dans la zone la plus stable, centrée sur l’énorme ville de Lumen, l’empire Sanze est encore plus organisé que cela. En effet, il existe des individus, appelés Orogènes, qui peuvent manipuler l’énergie cinétique et thermique, et donc calmer une secousse tellurique ou museler un volcan en formation. Il est de tradition, dans la cambrousse, de les zigouiller dès qu’on les repère (ce qui se produit par exemple lorsqu’ils se mettent en colère et font un usage instinctif de leur pouvoir). Mais chez les Sanze, on a eu une autre idée : on les recueille lorsqu’ils sont enfants (de gré ou de force), on les protège, on les entraîne, et ils rejoignent le Fulcrum, un ordre d’Orogènes impériaux. Grâce à un maillage de fortins appelés Nœuds, contenant chacun un Orogène, on peut maintenir la stabilité géologique de l’Empire, qui a donc pu traverser plusieurs Saisons, renforcer et faire perdurer sa puissance. En dehors du Réseau, par contre…

Si les Orogènes impériaux du Fulcrum ne sont pas tués à vue et ont, au contraire, un certain statut, ils ne sont pas libres pour autant : cette pseudo-liberté est entourée de chaînes. Chacun d’eux se voit attribuer un Gardien, qui n’est ni un Orogène (mais l’enfant de l’un d’eux), ni un Fixe (nom donné aux humains normaux), et qui a le pouvoir d’annuler, voire de retourner contre lui le pouvoir de son « protégé ». Car ces individus sont profondément paradoxaux, à la fois aimants et terriblement, impitoyablement cruels avec leurs pupilles. De plus, la question se posera de savoir qui surveille les Gardiens…

J’ai été carrément bluffé par l’univers : certes, ses fondations peuvent paraître classiques (post-apo, survivalisme, Terre mourante, le Fulcrum qui n’est qu’une école de « magie » à la Roke / Poudlard déguisée, présence de castes en fonction de l’utilité de la personne -Costauds, Dirigeants, Reproducteurs, Innovateurs, Résistants, et ainsi de suite -, etc), mais d’une part Jemisin a tiré d’une façon très minutieuse les conséquences de ses hypothèses de départ (par exemple, les tremblements de terre incessants ont évidemment une incidence sur l’architecture -rien de haut, rien en surplomb- et sur les endroits où on vit -pas sous terre, pas sur les îles sous la menace constante des tsunamis-), et d’autre part le contexte bâti, même s’il n’est pas complètement original, se révèle solide comme un roc et passionnant.

Personnages, structure, narration

Nous suivons trois points de vue en alternance (pas égale, deux d’entre eux sont largement prépondérants par rapport au troisième), ceux de trois femmes (ou fillette) qui sont aussi trois Orogènes. La principale est Essun, dont le mari vient de tuer leur fils de trois ans parce qu’il venait de montrer les premiers signes d’Orogénie, avant de s’enfuir avec leur fille (également une Orogène, comme sa mère), et ce alors qu’une Cinquième saison vient tout juste de se déclencher. La mère éplorée se lancera à la poursuite du meurtrier, avec la ferme intention de lui faire payer son crime.

Nous suivons aussi Damaya, une enfant conduite au Fulcrum afin de lui permettre d’échapper à la vindicte populaire et de mettre ses capacités au service des Sanze. Enfin, nous marchons dans les pas de Syénite, une quatre-anneaux (les Orogènes impériaux sont classés par grade, de un à dix anneaux -portés aux doigts-, en fonction non pas tant de la puissance brute que du degré de contrôle fin qu’ils sont capables d’appliquer : même un bébé Orogène peut déplacer une montagne, mais déplacer un seul rocher, en revanche, est nettement plus compliqué) qui est placée sous les ordres d’un mentor prestigieux, Albâtre, le seul dix-anneaux au monde. Sa mission sera double : l’assister dans la libération du port d’une ville côtière, obstrué par des coraux, et concevoir avec lui un enfant qui héritera de sa colossale puissance.

Ces personnages sont très puissants et bien construits, particulièrement Essun. L’ensemble des trois forme un trio de protagonistes assez inoubliable, la marque, selon moi, d’un très bon livre sur ce plan précis. Et cela ne s’arrête pas aux personnages principaux, puisque la plupart des secondaires sont également fascinants, de Hoa à Antimoine en passant par Albâtre ou le Gardien Schaffa.

Chacun de ces trois points de vue vous permet d’explorer une partie de cet univers : la vie dans les petites communautés et la survie des Orogènes « sauvages » (surnommés péjorativement « Gêneurs ») pour Essun, l’enseignement dispensé par le Fulcrum pour Damaya (ses secrets, sa dureté), et enfin le statut et le travail d’un Orogène impérial pour Syénite.

La narration, côté Essun, est très immersive : elle vous prend à témoin, elle vous parle d’une façon telle que vous vivez ce qu’elle vit. Je dois dire que sur ce plan, ce roman est complètement différent de The killing moon, où j’avais trouvé l’écriture de Jemisin nettement moins bonne. Quoi qu’il en soit, l’immersion et la narration sont ici exceptionnelles, et pas seulement en terme de style. Disons qu’il y a une grosse subtilité là dedans, mais que malgré le fait que l’auteure va vous donner deux types d’indices différents pour deviner le truc, celui-ci va probablement vous échapper, du moins jusqu’à ce qu’elle lâche l’info (en deux temps) et que vous secouiez la tête en disant « je me suis fait avoir comme un bleu ! ». J’aurais dû deviner le truc, mais non, j’étais tellement fasciné par ce roman que je me suis laissé porter, sans réfléchir. Je crois bien n’avoir croisé cette combinaison de subtilité extrême et de côté retors dans la narration qu’une fois, et c’était… chez Guy Gavriel Kay, dans Les lions d’Al-Rassan, excusez du peu !

Et attendez, chers lecteurs, les attraits et atouts de ce roman ne s’arrêtent pas là !

Thématiques 

Car la subtilité n’est pas que dans la narration, et l’intérêt pas que dans l’univers : c’est peut-être sur le plan des thématiques et surtout dans la manière de les exploiter qu’est le principal atout de La cinquième saison : je pense que vous aurez déjà déduit de ce que j’ai résumé plus haut que le thème central du roman est la stigmatisation, l’intolérance, l’épuration ethnique, la discrimination, etc. Vous pourriez remplacer « Orogène » par un quelconque nom d’ethnie, de religion ou d’autre groupe persécuté au cours de l’histoire, et vous auriez sensiblement le même roman à ce niveau précis. Car, aussi illogique que cela paraisse, alors que les Orogènes devraient être traités comme des Nababs et avoir une position dirigeante dans les Comms de la périphérie du Fixe, pas protégées par le réseau de Noeuds et les Orogènes Impériaux, ils sont en fait tués dès qu’on se rend compte de leur nature. A l’inverse, dans les régions équatoriales / centrales du continent, dans l’empire Sanze, on les exploite sans leur demander leur avis (et en leur demandant de dire merci, vu qu’on leur évite le lynchage aux mains des sauvages), et s’ils désobéissent ou sont incompétents, on les tue (ou pire, vous verrez ça dans le bouquin…), les Gardiens étant sans pitié aucune et très efficaces dans l’application de leur sacerdoce.

A ce stade de ma critique, il est d’ailleurs temps d’émettre deux avertissements, un sur un problème qui n’en est en réalité pas un, et un autre sur un vrai souci potentiel pour certaines catégories de lectrices et lecteurs : d’abord, certains pourraient voir une incohérence dans le fait qu’une bonne partie de la population du Fixe tue les seuls qui pourraient les protéger ; en réalité, il y a une explication derrière cela, dont le fait que cela serve à installer une dichotomie mort / survie entre Orogènes « sauvages » et impériaux recueillis par le Fulcrum (les gêneurs n’ont donc que deux sorts possibles : servant -mot poli pour esclave- impérial ou bête traquée, mais ils ne peuvent jamais être eux-même, ni les Gardiens, ni le bon peuple qui guette la moindre manifestation d’Orogénie ne leur en laissent la latitude). D’une façon plus générale, il est d’ailleurs important de souligner que toutes les incohérences que vous pourriez remarquer n’en sont en fait pas, car la clé ne vous sera fournie que plus tard dans le roman (voire dans le cycle).

D’autre part, il faut bien préciser qu’il s’agit d’un livre dur, et pas seulement à cause du contexte apocalyptique (et post-apocalyptique) : certains actes, accomplis par les Gardiens ou le Fulcrum, peuvent choquer certaines âmes sensibles, je préfère prévenir (c’est d’autant plus vrai lorsque cela concerne Damaya, qui est juste une fillette). De même, les discriminations infligées aux Orogènes ou la reproduction dirigée imposée à Syénite peuvent révolter certains d’entre vous, mais elles ne sont pas faites pour choquer gratuitement, plutôt pour dénoncer un système inhumain (tellement que la loi statue explicitement que les Orogènes ne sont pas des êtres humains). Et pas seulement sur l’aspect discriminatoire ou dans la façon de déshumaniser les Orogènes (en les appelant Gêneurs, pour commencer) afin d’en faire de simples outils, de guerre, biologiques (au passage, le traitement de la caste d’usage des Reproducteurs est-il finalement si différent de celui des Orogènes du Fulcrum ?) ou de contrôle de la géologie.

Car ce qui caractérise les sociétés du Fixe est aussi leur dogmatisme exacerbé : pour survivre aux saisons, la sagesse accumulée par l’expérience lors de Saisons précédentes est conservée sur des tablettes de pierre (seul matériau impérissable), formant une science appelée Lithomnésie. Et tout ce qui n’est pas sur les trois tablettes n’existe pas ou ne vaut rien, en gros. Autant dire que ça ne laisse que peu de place aux innovations (à part à la rigueur militaires) ou à la contestation… Pourtant, Syénite et Essun auront l’occasion de voir qu’en réalité, bien des dogmes ne valent rien ! La mnésie, et donc la civilisation avec elle, est figée, il est interdit de la modifier, car d’après ses experts, cela aboutit invariablement à un désastre. Pourtant, une des thématiques connexes du roman est : d’autres modèles sont possibles !

Ce que j’ai beaucoup apprécié, c’est que ces nobles thématiques ne sont pas assénées avec de gros sabots (comme je le craignais avec Jemisin, qui a parfois la délicatesse d’un bulldozer) mais au contraire avec une grande intelligence et subtilité. Et c’est peut-être ce point qui achève de faire de ce très bon roman un vrai chef-d’oeuvre, totalement digne de son prix Hugo. La seule minuscule critique que je pourrais faire, totalement anecdotique (mais vaguement agaçante), concerne un usage à mon avis abusif de l’italique, mais bon, clairement pas de quoi transformer l’ouvrage en cale ou en combustible.

Notez que si la lecture « ethnie / religion / idéologie » persécutée est évidemment celle à faire en tout premier lieu, elle n’est pas la seule possible : replacez « Orogène » par « Mutant », Fulcrum par « projet de militarisation / contrôle des Mutants » et vous avez sensiblement le même livre. Au passage, le fait qu’ils découvrent souvent ce qu’ils sont en blessant ou en tuant quelqu’un ramène aussi aux mutants chez Marvel ou bien à des magiciens comme ceux présentés par Stephen Aryan dans Mage de guerre (avec leurs effets poltergeist). Et comme dans ce dernier roman, hop, c’est la mort ou l’école de magie.

En conclusion

Sur des bases qui n’ont pourtant à priori rien d’original (une science-fantasy post-apocalyptique / de la Terre mourante où une caste de « magiciens / mutants » appelés Orogènes est discriminée), N.K. Jemisin bâtit un univers et un roman exceptionnels, en terme de cohérence, de richesse ainsi que de subtilité dans la narration et le traitement des thématiques (centrées sur la discrimination, la stigmatisation, le dogmatisme, etc). L’intrigue et la découverte progressive de ce supercontinent ravagé par l’activité sismique et volcanique, qui anéantit quasiment à intervalles réguliers (les fameuses cinquièmes Saisons -en réalité des hivers « nucléaires »-) la civilisation et l’humanité, se révèlent passionnantes. Mais c’est sa narration d’une très grande qualité (dans le style, l’immersion et la structure) qui achève de faire de La Cinquième saison un vrai chef-d’oeuvre, méritant totalement son prix Hugo et à lire absolument, un alliage d’une pureté inégalable entre dépaysement et réflexion.

Pour aller plus loin

Si vous souhaitez avoir un deuxième avis sur ce livre, je vous conseille la lecture des critiques suivantes : celle de Blackwolf (concernant la VO) sur Blog-o-livre, celle de Cuné sur Cunéipage, de Lutin sur Albedo, de Lune,

 

41 réflexions sur “La cinquième saison – N.K Jemisin

  1. Voilà une critique qui fait envie, tu vends bien le truc mais je persiste à penser que ce n’est pas pour moi.
    Le côté Fantasy même Science Fantasy me rebute, l’Orogénie ne va pas passer dans mon esprit hermétique. Ca va pas le faire. 🙂
    Mais je pense qu’il devrait plaire au plus grand nombre… 😉

    Aimé par 1 personne

  2. Pingback: Chroniques des livres éligibles au Prix Planète-SF 2018 : A à K (par titre) - Planète-SF

  3. Je suis totalement convaincue par ta critique.
    Ce qui m’aiguillonne vraiment sur le coup, c’est quand tu mentionnes combien tu es bluffé par l’univers présenté. Et comme tu n’es ni un novice ni un lapin de 6 semaines, cela fait mouche, surtout que tout est plus ou moins « recyclé »! Et puis des personnages bien construits, des thématiques bien dosées, une narration intéressante…. BINGO!
    Pour Jemisin, elle m’avait agréablement surprise avec les 100 000 royaumes, et justement sa capacité à délivrer un univers intéressant avec du déjà fait! Quel livre avais-tu ?
    Je vais me consoler avec celui-ci puisque je ne parviens pas à oter le DRM de ma version payée 16€ de la Bibliothéque de Mount Char!
    Merci pour REM!

    Aimé par 1 personne

    • Il y a effectivement pas mal de concepts ou de termes à assimiler dans ce tome introductif, mais je pense que les suivants seront beaucoup plus fluides. De plus, j’ai vu bien pire que ça en terme d’immersion dans un univers dense et autre.

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  4. Sacré critique !
    Tu as bien fait de prévenir les lecteurs potentiels de l’aspect terriblement dramatique de ce livre.
    Parce que, dans les deux tomes suivants, The Obelisk Gate et The Iron Sky, l’histoire est toujours aussi belle, mais l’ambiance est encore plus triste qu’à un enterrement de bébé chiot. Une trilogie à lire pendant qu’il fait encore beau 🙂

    Aimé par 1 personne

    • Merci ! Oui, de mon côté, j’ai le cuir épais, mais je préfère toujours avertir les lecteurs plus sensibles que moi en cas de livre particulièrement noir et / ou explicite. Cela leur évite des déconvenues, voire les traumatismes.

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  5. Pingback: « Syénite se demande à quoi sert de détester un fou. Ce n’est pas comme s’il allait s’en apercevoir, de toute manière. » – Cunéipage

  6. Pingback: La 5° Saison de N.K. Jemisin – Albédo

  7. Lu désormais. Rectification : dévoré.
    Je suis tout à fait d’accord avec ta critique, même si je ne vais pas le qualifier de chef d’oeuvre, car ce n’est que le premier tome, mais c’est vri qu’il en prend la voie. Je me suis vraiment régalée, j’aurais pu dire tant de chose, et je ne savais pas à quel niveau je devais mettre mon curseur….
    Il y a effectivement un truc que je n’ai absolument pas vu venir, et ta comparaison avec Kay est judicieuse, en revanche, l’autre si, en fait, c’est une question que je me posais… Dans tous les cas j’ai été enchantée par la structure narrative surtout avec Essun et vous. Vraiment bon.

    Bref, je salue ta superbe critique qui non seulement enthousiaste mais qui rend complément mon sentiment.

    Aimé par 1 personne

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