Apophis Box – Janvier 2021

apophis_box_1L’Apophis Box est une série d’articles… n’ayant pas de concept. Enfin presque. Bâtie sur le modèle des « box » cadeau, vous y trouverez à chaque fois trois contenus / sujets en rapport avec la SFFF, qui peuvent être identiques ou différents entre eux, et qui peuvent être identiques ou différents de ceux abordés dans la box du mois précédent. Pas de règle, pas de contraintes, mais l’envie de créer du plaisir, voire un peu d’excitation, à l’idée de découvrir le contenu de la nouvelle Box. Celle-ci est dévoilée le 15 du mois (environ, hein, c’est pas une science exacte 😀 ). Le but étant aussi de me permettre de publier des contenus trop brefs pour faire l’objet d’un des types d’articles habituellement proposés sur ce blog ou dérogeant à sa ligne éditoriale standard, et bien sûr de pouvoir réagir à une actualité, à un débat, sans être contraint par un concept rigide.

Vous pouvez retrouver les Apophis Box précédentes via ce tag.

L’œil de Sekhmet : Le magicien quantique, par Derek Künsken

magicien_quantiqueSi vous êtes un lecteur régulier de ce blog, vous connaissez sans doute L’œil d’Apophis, série d’articles où je tente de mieux faire connaître des romans qui ont été oubliés, sous-estimés, noyés dans une grosse vague de parutions, etc. L’œil de Sekhmet (du nom de la déesse égyptienne des maladies -entre autres choses-) est un concept dérivé qui va spécifiquement s’intéresser aux livres de SFFF qui ont eu le malheur d’être publiés pendant ou juste avant (ce qui est le cas de celui auquel est consacré ce paragraphe) un des confinements liés à la pandémie de Covid-19, et qui n’ont donc, pour beaucoup, malheureusement pas eu la carrière qu’ils auraient dû avoir. Et l’un d’entre eux me tient particulièrement à cœur, à savoir Le magicien quantique de Derek Künsken, sorte d’Ocean’s Eleven de l’espace revu selon un prisme Hard SF très digeste, aux personnages très attachants et au sense of wonder époustouflant.

Si vous ne l’avez pas encore lu, je vous conseille vivement ce roman, dont la suite, Le jardin quantique, paraîtra chez Albin Michel Imaginaire en 2022 (mais dont la critique de la VO est DÉJA lisible sur ce blog : grande est la puissance de l’Apophisme !). Si vous souhaitez en savoir plus sur Le magicien quantique, ma critique (de la VO, là aussi) est à votre disposition  😉

Extension des horizons : Uchronie Futuriste, Fantasy uchronique !

Quand on pense Uchronie, on ne songe pas forcément spontanément à des vaisseaux spatiaux, des planètes extrasolaires colonisées, des IA et tout l’attirail futuriste, sauf éventuellement si le point de divergence concerne ou implique justement une étape de notre conquête de l’espace, comme dans Voyage de Stephen Baxter ou dans Vers les étoiles, l’Atompunk de Mary Robinette Kowal, dont l’aspect uchronique imagine une conquête plus précoce de la Lune, puis de Mars… et au-delà. Il existe cependant un certain nombre d’uchronies où ledit point de divergence s’est déroulé dans un passé vieux de plusieurs siècles, au minimum (parfois des milliers d’années), et où ses conséquences sont explorées jusqu’à une époque future (par rapport à l’époque de rédaction du roman et par rapport au point de divergence) parfois distante de plusieurs millénaires, dans une ère où l’Homme a conquis les étoiles.

her_majesty_s_americanDans l’univers Xuya d’Aliette de Bodard, par exemple, la colonisation de la côte Ouest de l’Amérique du Nord par les Chinois au début du Quinzième siècle a d’énormes conséquences sur la suite de l’Histoire, et la plupart des textes (nouvelles surtout, plus quelques novellae) qui s’inscrivent dans ce contexte montrent un Vingt-Deuxième siècle dominé par une civilisation interstellaire de culture Sino-Vietnamienne (ce dernier aspect se renforçant au fur et à mesure qu’on avance dans la bibliographie de l’autrice). Vous trouverez plus de (passionnants) détails à ce sujet sur son site. De même, dans Latium de Romain Lucazeau ou dans En regardant pousser les arbres de Peter Hamilton, le point de divergence concerne la Rome antique, mais ses conséquences sont explorées jusqu’à une époque d’IAs et d’hyperpropulseurs. Citons aussi Her majesty’s american de Steve White (que j’ai en stock depuis presque deux ans et demi, mais dont je devrais finir par vous proposer une critique d’ici quelques mois, si le programme est respecté), une curiosité qui combine uchronie et… SF militaire. Si, si. Le point de divergence concerne le fait que les treize colonies n’obtiennent jamais leur indépendance, ce qui fait qu’en cette fin de XXIIIe siècle, l’empire britannique règne toujours sur la Terre comme dans les mondes colonisés, merci pour lui. Comme son nom l’indique, le protagoniste de ce livre est un habitant de l’Amérique anglaise servant la Couronne dans la Royal Space Navy. Mister White a tout compris : pourquoi s’embêter comme David Weber avec des pseudos-britanniques de l’espace balançant des lasers à rayon gamma et des têtes nucléaires génératrices de lasers à rayons X à la figure de l’adversaire quand vous pouvez avoir de vrais sujets de sa très gracieuse majesté faisant la même chose, je vous le demande ?  😀

time_s_children_jacksonMais continuons à élargir nos horizons. Vous connaissez l’Uchronie de Fantasy, où l’Histoire de la Terre prend un cours différent à cause de l’existence de la magie, des fées, des dragons, etc. Vous connaissez aussi peut-être l’Uchronie de fiction, où c’est cette fois une Histoire imaginaire qui est réécrite (même si ce sous-genre n’est significativement présent que dans les Comics ou certaines séries). Cependant, l’émergence récente de la Fantasy Temporelle (qui recycle les tropes du Time Opera mais en Fantasy, pas en SF) a conduit à une nouvelle variante, qui combine, d’une certaine façon, ces deux sous-genres : non pas l’Uchronie de Fantasy, mais la Fantasy Uchronique. Et l’inversion des termes a toute son importance : dans ce tout nouveau genre de livres, l’auteur commence par montrer un monde secondaire (imaginaire) de Fantasy banal, avant qu’un événement lié à un voyage temporel n’en modifie le cours de l’Histoire et ne le transforme en uchronie. Dans Time’s children de D.B. Jackson, par exemple, un déplacement temporel du protagoniste a des conséquences épouvantables quand il transforme son royaume en une véritable dystopie.

Bref, ce que je veux démontrer est que même dans des genres a priori balisés, où on pense que tout a été écrit et que l’innovation n’est plus possible, il reste des frontières qui n’ont pas lieu d’être, des barrières à abattre, des hybrides à créer. L’avenir des littératures de genre est déjà là, aux autrices et aux auteurs de l’extraire de sa gangue  😉

Réflexion : Forger des histoires enthousiasmantes en copiant de façon éhontée des classiques est-il possible ? Mais oui ! Classique, Fantastique ! *

* Classic Fantastic, Fun Lovin’ Criminals, 2010 (j’adore ces types, j’adore ce morceau, j’adore ce clip  😀 )

Je vais tout d’abord brièvement revenir sur un des thèmes abordés dans la première Apophis Box, à savoir la réflexion sur le caractère indispensable ou pas de la lecture des classiques de la SFFF. Il se trouve que depuis, j’ai vu passer sur Twitter un débat entre auteurs, dont certains se demandaient si, pour pouvoir écrire, il fallait lire les romans d’autres écrivains… ou pas. Pas seulement des classiques, hein, mais lire tout court. Mon absolue conviction est que l’absence de lecture serait une énorme erreur. Les plus grands romanciers sont souvent avant tout d’avides lecteurs, et découvrir l’œuvre des autres ne pourra qu’enrichir la vôtre. C’est en lisant les meilleurs qu’on le devient à son tour. C’est en voyant ce qui se fait, même mal, dans un genre littéraire qu’on prend la mesure de ce qui peut encore y être accompli, que ce soit tout court ou en mieux. C’est en découvrant la prose des autres qu’on acquiert tournures de phrase, sens du rythme, de la construction de personnages intéressants, de descriptions vivantes, et j’en passe.

Mais revenons au sujet du jour : j’en ai déjà parlé, mais si rendre hommage à / copier ses classiques préférés est à la fois une tendance naturelle pour un nouvel écrivain et quelque chose qu’il faudrait sans doute éviter, il est tout de même possible, parfois, de créer quelque chose d’enthousiasmant en mélangeant pourtant de façon éhontée des ultra-classiques. Si, si. Laissez-moi vous le démontrer, à l’aide de deux exemples qui me paraissent fort significatifs, même si pour une fois, ils ne sont pas tirés des romans de SFFF (mais pas loin tout de même), mais plutôt du jeu de rôle et des Livres dont vous êtes le héros (Ldvelh). Mais bon, sachant les passerelles qui existent entre ces domaines littéraires (je me contenterai de mentionner Mnémos, Leha, des auteurs qui viennent du monde du JdR comme Mathieu Gaborit, etc), ces exemples me paraissent tout de même pertinents.

loup_ardent_1Parlons d’abord de la série de Ldvelh Loup*Ardent, singulière dans le sens où le nombre de paragraphes et de choix y est très réduit (surtout dans les deux premiers des quatre tomes) et où, donc, on a plus affaire à un court roman déguisé qu’à autre chose. Le résumé est simple : un barbare qui a tout de Conan trouve une épée ensorcelée qui a tout de Stormbringer, et est guidé (ou plutôt manipulé) par une femme qui dirige une société de Nonnes-sorcières qui a tout d’une version Fantasy du Bene Gesserit. Si, si. Pris individuellement, chacun de ces trois éléments aurait donné un pâle ersatz de l’original probablement dépourvu de tout intérêt, à part pour un grand débutant qui n’a pas lu ses classiques. La combinaison des trois stéréotypes, en revanche, donne quelque chose d’un intérêt surprenant, d’autant plus que c’est fait de façon élégante, évocatrice et fort réussie. Surtout quand l’auteur, J.H. Brennan, introduit tout un tas de twists qui renforcent encore l’intérêt de la chose : par exemple, Loup Ardent, notre pseudo-Conan, étant le fils perdu d’un très puissant sorcier (et là on pourrait faire de ce bouquin un précurseur de la Fantasy Temporelle… mais nous en reparlerons), il finit par développer des compétences pointues dans ce domaine, ce que n’a jamais fait l’original créé par Robert E. Howard, qui a le Grand Art en horreur. Et Brennan joue sur ces différences, puisque le barbare du désert des débuts de la saga se transforme, dans le tome 3, en aristocrate raffiné, magicien pointu et conseiller avisé du roi.

bloodlustAutre exemple, le Jeu de rôle Bloodlust, qui combine Conan (une fois encore), pour le contexte guerrier et Low Fantasy (pas de monstres, peu de magie, peu de non-humains), le cycle d’Helliconia (pour les caractéristiques du système solaire où se déroule l’action), celui de Dune (le peu de pouvoirs « magiques » vient d’épices) et celui d’Elric (encore !). Et c’est ce dernier qui donne le point-clef de cet univers : les dieux s’y incarnent en effet dans des armes « magiques » pour connaître les puissantes sensations ressenties par les humains (violence, désir de puissance, luxure, avidité pour les richesses, etc), et les joueurs incarnent leur Porteurs (avec un grand « P »). Vous remarquerez au passage qu’à partir de trois inspirations identiques (Conan + Elric + Dune), dosées différemment, et dont divers éléments sont exploités… ou pas, on obtient deux univers qui sont à la fois profondément différents entre eux, distincts des originaux et invariablement enthousiasmants.

Moralité : recycler des classiques quand vous êtes auteur ou autrice débutant(e) est une tendance naturelle ; vous devriez, à mon avis, éviter (un lecteur sera probablement plus intéressé par un univers original que par un ersatz de X ou de Y), mais si vous le faites, combinez-en plusieurs, cherchez un twist, bref travaillez cette matière brute pour en faire quelque chose d’intéressant. Souvenez-vous d’ailleurs que quelque part, Elric est un anti-Conan, et que donc, en subvertissant, en inversant un archétype, vous pouvez créer quelque chose qui a le potentiel pour devenir à son tour un classique de plein droit !

***

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14 réflexions sur “Apophis Box – Janvier 2021

    • Merci ! Eh bien écoute, la richesse du concept me surprend moi-même. Il n’y a quasiment pas un jour où je ne trouve pas une idée de contenu à y ajouter. Je note tout, évidemment, car sinon, avec ma mémoire de poisson rouge, ça se perdrait 😀

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  1. Tu m’as doublement vendu du rêve : avec le clip de Fun Lovin Criminal que je ne connaissais pas mais que j’ai vraiment trouvé…Fun. Et avec Ldvelh qui ravive d’excellents souvenirs. Je n’ai pas lu ceux que tu cites mais tu m’as donné envie d’en relire, pour découvrir ce que ça vaut après avoir lu beaucoup plus de fantasy.

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    • Merci ! Les Loup*Ardent sont vraiment très particuliers : système de jeu qui se rapproche d’un JdR autant qu’il est possible de le faire dans un Ldvelh, peu de choix, peu de paragraphes, mais une grande puissance narrative, tout à fait digne d’un roman, d’excellentes couvertures, et de somptueuses illustrations intérieures (celles des tomes 3 et 4 sont signées John Blanche, que tu connais sûrement pour son travail dans Sorcellerie ! ou sur Warhammer). Je viens de regarder, à part le tome 3 qui est nettement plus cher, on trouve les 1, 2 et 4 (qui dévoile les excellentes coulisses de l’intrigue, avec une fin magistrale et un épilogue fascinant) sur Amazon, par exemple, d’occasion et à un prix ri-di-cu-le. Si tu peux te les procurer, je pense que tu ne le regretteras pas.

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  2. Me souviens plus si c’est grâce à toi ou à Feydrautha que j’ai acheté Le Magicien Quantique, mais toujours est-il que pour un premier roman, le canadien m’a bluffé.
    Le personnage de Bélisarius Arjona tient presque à lui tout la force de l’intrigue.
    L’univers de Kunsken mérite d’être exploité.
    Pourvu que Gilles Dumay….

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    • Oui, même chose, pour un premier roman, j’ai été bluffé. Le second est très bon également, dans un genre légèrement différent, et le prélude qui se passe deux siècles avant sur Vénus tient purement et simplement du chef-d’œuvre.

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  3. Pour être constructive : j’aime énormément le contenu des Apophis Box toutes nouvelles, qui sont aussi passionnantes que tes autres articles ! Et je suis ravie que tu y aies trouvé un format qui te permet de parler de ce dont tu as envie, avec moins de « cadre obligé » que pour les autres. Tu viens de me rappeler des souvenirs de Livres dont vous êtes le héros de bien loin, même si je ne pense pas avoir fait la série des Loup* Ardent ! Et pour la créativité, oui, force est de constater que parfois il suffit de mélanger plusieurs bons éléments déjà connus, mais avec sa sensibilité personnelle et en travaillant le tout, pour que cela fonctionne ! On ne fait que réécrire mais de manière différente, avec sa perception unique.

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    • Comme je le disais à une autre personne sur ce fil, je commence à peine à me rendre compte de la puissance et de la souplesse du concept de l’Apophis Box, surtout dans sa capacité à me permettre de proposer des contenus trop brefs pour faire l’objet d’un article à part entière mais pourtant intéressants (de mon point de vue, du moins).

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    • C’est vraiment très, très digeste. Si ça peut te rassurer, tu trouveras des tas d’avis de nos blogopotes qui ne sont pas vraiment férus de Hard SF d’habitude et qui soulignent la qualité et l’accessibilité de ce bouquin (surtout que la pleine compréhension des rares passages ardus n’est pas indispensable pour l’apprécier).

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