Apophis Box – Juillet 2021

apophis_box_1L’Apophis Box est une série d’articles… n’ayant pas de concept. Enfin presque. Bâtie sur le modèle des « box » cadeau, vous y trouverez à chaque fois trois contenus / sujets en rapport avec la SFFF, qui peuvent être identiques ou différents entre eux, et qui peuvent être identiques ou différents de ceux abordés dans la box du mois précédent. Pas de règle, pas de contraintes, mais l’envie de créer du plaisir, voire un peu d’excitation, à l’idée de découvrir le contenu de la nouvelle Box. Celle-ci est dévoilée au mitan du mois. Le but étant aussi de me permettre de publier des contenus trop brefs pour faire l’objet d’un des types d’articles habituellement proposés sur ce blog ou dérogeant à sa ligne éditoriale standard, et bien sûr de pouvoir réagir à une actualité, à un débat, sans être contraint par un concept rigide.

Vous pouvez retrouver les Apophis Box précédentes via ce tag.

Un micro-guide de lecture : la SF du plan séculaire / millénaire

Après le micro-guide consacré à la Fantasy égyptienne publié dans la toute première Apophis Box, je vous propose aujourd’hui quelques pistes de lecture (deux très connues, la troisième sans doute moins, du moins sur un plan très précis) sur un sujet que je trouve, personnellement, hautement fascinant : celui du Plan (avec un grand « P ») s’étendant sur des siècles, voire des millénaires, dans certains cas, devant, en général, modifier à jamais le sort de la race humaine dans son ensemble, que ce soit au niveau politique / civilisationnel, en lui faisant passer un nouveau cap dans son évolution physique ou mentale, voire même les deux à la fois. Bien entendu, micro-guide de lecture oblige, il ne s’agit que d’exemples (les plus emblématiques) parmi d’autres.

Commençons par le cycle de Fondation, d’Isaac Asimov : 22 000 ans dans le futur, l’être humain a étendu son empire dans toute la Voie Lactée (signalons, au passage, que Fondation fait partie de ces œuvres majeures de la SF dont l’univers ne comporte aucune race extraterrestre), colonisant 25 millions de planètes. Même s’il semble éternel, un scientifique, Hari Seldon, inventeur d’une nouvelle science statistique, la Psychohistoire, qui permet de prédire et surtout de manipuler le comportement humain, explique qu’il est en fait sur le point de s’effondrer, et que sa chute sera suivie de trente mille ans de barbarie, avant qu’un second Empire n’émerge. Il se propose, via l’établissement d’une Fondation à l’extrémité de la galaxie, de sauvegarder le savoir humain, afin de réduire cet interrègne à un seul « petit » millénaire au lieu de trente. Pour se débarrasser de cet agitateur, l’Empire accepte son projet. Sauf que, bien évidemment, il est tout autre : le Plan (avec un grand « P ») Seldon ne consiste pas à rédiger une Encyclopédie Galactique (ce n’est qu’une couverture) mais à bâtir la nouvelle structure politique humaine sur des bases inédites. Sans compter que comme dirait l’auteur dont nous allons parler ensuite, il y a un Plan à l’intérieur du Plan, une très mystérieuse Seconde Fondation manipulant la Première ! Le cycle de Fondation est une des œuvres majeures de la SF, et une des plus passionnantes, aussi, à mon sens, notamment via l’ampleur époustouflante de ce Plan millénaire et englobant toute la galaxie. Alors que la série télévisée qui en est (enfin !) tirée approche à grands pas, s’il vous fallait encore une raison pour lire les romans, en voici peut-être une, et si besoin, vous en trouverez une seconde un peu plus bas.

Je pense que nombre d’entre vous l’ont déjà deviné, mais nous allons ensuite parler de Dune : dans cet univers, une organisation matriarcale appelée Bene Gesserit cherche (sans entrer dans les détails) à créer un être supérieur appelé le Kwisatz Haderach. Pour cela, elle ne va pas utiliser l’ingénierie génétique « classique », mais un programme eugénique (dans le sens : sélection de certains individus en fonction de leur possession de certains gènes utiles au programme, pas élimination de ceux qui ne possèdent pas le génome requis) basé sur des mariages arrangés ou des accouplements avec certains Sœurs du Bene Gesserit devant, hum, recueillir certains gènes précieux. La particularité étant que le programme s’étend sur dix mille ans avant d’aboutir, puis qu’il est poursuivi, même si c’est avec d’autres objectifs, par le fils du Kwisatz Haderach pendant encore… 3500 ans ! Bref, dans le genre « Plan très ambitieux et qui s’étend sur une durée faramineuse » , Dune est (comme le cycle l’est dans bien d’autres domaines) une référence incontournable ! 

mesa_2Le dernier mais non des moindres, parlons de l’Honorverse de David Weber : lui aussi possède son propre Plan machiavélique, et sa particularité est qu’il combine plus ou moins les idées d’Asimov et d’Herbert. Sans entrer dans les détails, une minuscule organisation, qui ne contrôle que quelques planètes et n’a pas (en première approximation…) de puissance militaire significative, décide d’établir un plan sur plusieurs siècles pour 1/ donner les clefs de la galaxie colonisée à des lignées de surhommes conçus, cette fois, par génie génétique, au détriment de l’homo sapiens de base, et 2/ de manipuler dans les coulisses les grandes puissances pour qu’elles se détruisent les unes les autres, lui permettant de régner sur le champ de ruines. Et le tout sans que personne ne soupçonne jamais l’ampleur, l’origine ou les acteurs du Plan. Et c’est bluffant ! Cette ligne narrative entre en scène assez tardivement dans le meta-cycle d’Honor Harrington, d’abord dans les deux cycles dérivés, puis dans le principal, et l’Alignement Mesan (car tel est son nom) s’impose peu à peu comme le plus redoutable antagoniste dans cet univers.

Extension des horizons : SFF apocalyptique / post-apocalyptique sortant des sentiers battus, SFF Paradigmatique

Après le premier « Extension des horizons » (clic) où je vous parlais d’Uchronies futuristes et de Fantasy uchroniques, parlons maintenant de quelques célèbres livres de SFF que, de prime abord, vous classifieriez plus volontiers dans d’autres sous-genres, mais qui pourtant, relèvent bel et bien de l’apocalyptique ou du post-apocalyptique. On a naturellement tendance à associer celui-ci à de spectaculaires catastrophes (changement climatique radical, impact d’astéroïde, pandémie de peste noire, guerre nucléaire, entrée dans le Système solaire d’un trou noir ou d’une étoile à neutrons errante, etc), mais sur le fond, le propos est souvent (mais pas toujours) de parler d’un changement de paradigme ou de mode de vie. Et celui-ci ne s’accompagne pas systématiquement d’une destruction !

Revenons, pour commencer, sur Fondation. Car d’une certaine façon, ce cycle est le roman de SF post-apocalyptique peut-être pas tout à fait ultime, mais presque. En effet, son sujet est tout simplement la chute d’un empire douze fois millénaire, s’étendant sur vingt-cinq millions de mondes, et comprenant des quadrillions d’être humains (ça fait beaucoup de monde 😀 ), le tout étant voué à 30 000 ans de déclin technologique, sociétal, à la barbarie, aux seigneurs de la guerre et j’en passe, avant qu’un second empire ne mette un terme à cet interrègne. Si ça, ce n’est pas une forme extrême de changement de paradigme, de mode de vie, bref une apocalypse, je ne sais pas ce que c’est !

Bref, on peut considérer Fondation (le cycle) de bien des façons, mais même s’il n’est pas souvent abordé sous cet angle, il me paraît incontestable qu’il peut (voire même doit…) être classifié dans le Post-apocalyptique, du moins dans la Taxonomie des littératures de l’imaginaire telle que je la conçois. 

Deuxième exemple, le second diptyque de la Tétralogie des Cantos de Dan Simmons, à savoir Endymion et L’éveil d’Endymion. Le changement qui a lieu entre le premier diptyque Hypérion / La chute d’Hypérion et le second relève à la fois d’une destruction physique, cette fois, mais aussi et surtout d’un changement de mode d’existence pour les êtres humains (et autres intelligences) de la galaxie. Si vous n’avez pas lu La chute d’Hypérion, je vous conseille de stopper ici la lecture de ce paragraphe et de passer au livre suivant, par contre. Sinon, vous savez qu’à la fin du premier sous-cycle, le système de transport instantané qu’utilisaient les citoyens de l’Hégémonie a délibérément été détruit, pour les raisons que vous savez. Dans Endymion, les humains, cette fois sous l’administration de la Pax, ont donc dû repenser leur façon de se déplacer entre les mondes, rebâtir leur civilisation après la chute de leur système de transport de personnes, d’informations ou de matériel, qui est un élément central, à mon sens, de toute culture. Notez que dans le récent Cantique pour les étoiles de Simon Jimenez (dont vous pourrez lire une critique signée par votre serviteur dans Bifrost 104), le changement de paradigme / mode de transport est aussi au centre du propos… et pour cause, tant celui-ci est précisément inspiré par Dan Simmons, comme le mentionne le quasi-Kwisatz Haderach Feydrautha dans sa propre critique. On peut donc considérer, sans doute encore plus que pour Fondation, qu’Endymion peut relever (entre autre choses) du sous-genre Post-apocalyptique, sans compter le fait qu’en matière de changement de paradigme, L’éveil d’Endymion envoie du lourd, lui aussi.

Mais l’apocalyptique / post-apo qui sort des sentiers battus et des classifications courantes ne concerne pas que la SF, puisqu’il y en a aussi en Fantasy : prenez L’ultime rivage, troisième tome de l’excellent (on peut même dire fondamental, à mon sens) cycle de Terremer. Dans ce roman, la magie (et plus généralement la connaissance), qui est un élément absolument central de l’univers de Terremer, commence brusquement à disparaître, le pouvoir s’affadissant, les formules ne pouvant plus être remémorées. On peut donc parler d’une forme d’apocalypse, puisque là encore, un élément structurant société et mode de vie disparaît de façon brutale (et initialement inexpliquée), changeant le paradigme. Et la fin propose une modification paradigmatique encore plus radicale, non pas à l’échelle des cultures de Terremer dans leur ensemble, mais pour un seul homme, qui subit un des changements les plus extrêmes qu’il m’ait été donné de voir en Fantasy (et dont les conséquences seront amplement explorées dans le tome suivant, le magistral Tehanu). Bref, nul besoin de bombes nucléaires, d’invasion de zombies / extraterrestres ou même de SF pour parler d’apocalypse ou de post-apocalyptique, le domaine peut tout aussi bien toucher la Fantasy et concerne souvent (mais évidemment pas toujours) surtout des modifications de mode de vie, d’organisation sociétale, de conception de l’univers.

Graine d’Irréalité : L’incident de Fachoda

J’ai souvent mentionné, sur ce blog, deux extraordinaires suppléments pour la troisième édition du Jeu de rôle GURPS (un des plus connus et joués au monde), Alternate Earths 1 et 2 (dont le contenu à en partie été repris dans le supplément Infinite Worlds de la quatrième édition du jeu). Comme leur nom l’indique, ils décrivent des Terres situées dans des univers parallèles uchroniques, c’est-à-dire où le cours de l’Histoire a divergé par rapport à celui que nous avons connu. Et j’aime autant vous dire que , nous ne sommes certainement pas sur des scénarios tirés par les cheveux mais sur quelque chose de très détaillé, d’excellement construit et surtout, qui sort parfois (voire souvent) des sentiers battus. Si les divergences les plus courantes et évidentes sont bien entendu traitées (victoire des Nazis, survie de l’empire romain, survie de la Confédération pendant la Guerre de sécession -avec une nouvelle sorte de Guerre Froide, par la suite, entre USA et CSA –Confederate States of America– portant l’excellentissime nom de Long drum roll -le long roulement de tambour-), d’autres, BEAUCOUP plus pointues, sont aussi développées. Sachant que les cadres para-Historiques présentés dans ces suppléments (en anglais) sont utilisables dans n’importe quel Jeu de rôle, et qu’ils peuvent tout aussi bien être appréciés non pas pour l’aspect « Jeu de rôle » mais tout simplement pour l’aspect « monde » ou « jeu, mais avec l’Histoire » (surtout si, comme moi, dans un roman uchronique, c’est avant tout le monde et la solidité du point de divergence qui vous intéresse ou séduit, plus que les personnages ou l’intrigue), ce sont donc des lectures plus que recommandables pour tout un tas de raisons. 

Mais le but de ce contenu précis de l’Apophis Box n’est pas vraiment de vous parler de ces suppléments GURPS, mais plutôt d’une partie très précise de leur contenu, dont je me suis inspiré : chacun des deux Alternate Earths présentait en (amples) détails six mondes uchroniques, ainsi que ce que les auteurs appelaient des Reality seeds (des graines de réalité -sous-entendu parallèles, alternatives), en clair des synopsis ULTRA-courts (un très petit paragraphe) pour une demi-douzaine d’autres, où, cette fois, ce serait aux Maîtres de jeu de faire le boulot de recherche et de rédaction. Sachant que certaines de ces « graines » ont tout de même été développées dans Alternate Earths 2

Dans le cadre de l’Apophis Box, je me suis inspiré de ce concept, l’adaptant et le renommant Graines d’Irréalité : son but est de présenter de façon très succincte une idée d’univers, uchronique ou pas (SF, Fantasy, etc), qui mériterait, à mon sens, d’être développée, par exemple par une des autrices ou des auteurs (ne niez pas, j’ai les noms…) qui trainent régulièrement en Apophistan. Cela ne veut pas dire que je ne les crois pas capables de trouver des idées originales ou intéressantes, évidemment, mais deux cerveaux valent mieux qu’un seul, non ? 

J’ai choisi d’ouvrir le bal en présentant en français et en expliquant un peu plus une des reality seeds de GURPS, celle de l’incident de Fachoda, que j’adorerais vraiment, mais alors VRAIMENT voir développée, que ce soit en roman (par exemple par l’excellent Stéphane Przybylski, qui l’évoque vaguement dans Club Uranium), en BD ou sous quelque forme que ce soit, parce que je lui trouve un potentiel absolument hallucinant (ce qui m’a conduit à la partager avec vous) : en 1898, Lord Kitchener, après sa victoire contre les rebelles Mahdistes, cherche à reprendre les territoires de l’actuel Soudan du Sud dont les Britanniques ont été chassés par la révolte. Mais le vide créé ne l’est pas resté longtemps : les autres puissances coloniales, cherchant un point d’appui vers l’Égypte (par la création d’un nouveau Protectorat) et à contester le contrôle du Nil, ont tenté de s’implanter dans la région. Le capitaine Marchand s’est établi à Fachoda et revendique la région au nom de la France. Kitchener ne l’entend pas de cette oreille et fait pression pour que les Français évacuent les lieux. Marchand finit par obtempérer, et l’incident, bien que d’envergure sur le plan diplomatique et politique, ne compromet pas de façon décisive les relations franco-britanniques. Maintenant… imaginez que Marchand refuse le diktat de Kitchener, et que la Première guerre mondiale commence avec seize ans d’avance, et avec les anglais et les allemands du même côté, opposés aux français… Un scénario passionnant, non ?

N’hésitez pas à exprimer votre opinion (ou pourquoi pas des idées) sur ce concept de « Graines d’Irréalité » en commentaires !

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8 réflexions sur “Apophis Box – Juillet 2021

    • Graine d’irréalité : Attila écrase Aetius aux Champs Catalauniques et marche sur Rome, qu’il prend. L’Empire des Huns s’étend alors du Rhin à l’Oural et du Schleswig à la Calabre. Seuls lui résistent encore : les vestiges de Rome (établis en Gaule narbonnaise), la Gaule (redevenue celte), les tribus Basques, l’Hispanie wisigothe, le royaume vandale, la Grèce (à nouveau païenne), Byzance, la Perse sassanide, les clans vikings et les Saxons (qui ont colonisé les îles britanniques). Le christianisme est bien moins fort, au profit d’une recrudescence des polythéismes. Ajoutez à cela plusieurs formes de magie et trois races de Fantasy et voilà.

      J'aime

  1. J’aime beaucoup ton idée de proposer des pistes d’uchronie. C’est un genre que je trouve fascinant et pas forcément toujours exploité de manière originale (on retrouve régulièrement des périodes « à la mode ») donc à 100% pour que tu continues ces propositions 😁
    Le reste de l’article était évidemment très intéressant, comme toujours.

    Aimé par 1 personne

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