Dans la boucle temporelle – itération 10 : octobre 2016

Lorsqu’un blog dépasse un certain nombre d’années d’existence et / ou d’articles, et à la condition que de nouveaux abonnés rejoignent sans cesse les rangs de sa communauté, il devient de moins en moins probable que les critiques et articles les plus anciens soient lus. Tout le monde n’a malheureusement pas le temps, ou l’envie, de se replonger dans les archives, sans compter qu’il peut être décourageant de débarquer sur un site qui compte des centaines de posts et de ne pas savoir par quelle voie attaquer cette montagne. Dans la boucle temporelle est une série d’articles conçue pour guider les nouveaux venus dans la masse de chroniques et autres articles de fond du blog, leur indiquant ce qu’ils devraient lire en priorité, remettant en lumière des posts oubliés mais potentiellement intéressants. Charge aux aponautes, ensuite, d’explorer les différents menus du blog pour lire le reste. Mais pour faire court, c’est bel et bien d’une sorte de résumé, en forme de best of, de ce qui s’est déroulé de plus marquant dans les précédentes « saisons » (comme on dirait si le blog était une série télévisée) de l’histoire du Culte.

Le concept étant lancé dans le sillage du quatrième anniversaire du blog, en janvier 2020, chacun des « épisodes », appelés itérations, de cette série d’articles remonte de quatre ans en arrière, mettant en lumière en moyenne trois articles du mois concerné (si un mois a été exceptionnellement prolifique et qu’un autre n’est pas spécialement riche en chroniques à remettre absolument en avant, la règle « 4 ans en arrière, mois à mois » peut éventuellement être outrepassée). Ainsi, en ce mois d’octobre 2020, nous allons nous re-pencher sur ceux d’octobre 2016. La présentation des articles s’accompagnera aussi d’un petit commentaire replaçant, parfois, ces posts dans le cadre plus général de l’histoire du blog.

Vous pouvez retrouver toutes les itérations sur cette page ou via ce tag.

Le mois d’octobre 2016 s’étant révélé extrêmement riche en lectures de grande envergure, j’ai décidé de faire un tir groupé et de ne vous parler des deux volets de Latium de Romain Lucazeau en même temps que dans l’itération 11, le mois prochain.

Existence – David Brin

existence_brinJe vous parle souvent de David Brin sur ce blog, car il fait partie, pour moi, de ces grands auteurs de SF qui ne sont clairement pas assez connus et lus des lecteurs débutants et / ou jeunes. Parce que dans sa bibliographie, il y vraiment des choses très intéressantes, comme Marée stellaire ou Saison de gloire par exemple. Mais nous allons aborder aujourd’hui un pan plus récent de son œuvre, qui marquait son retour à l’écriture de romans après une pause de dix ans, via le magistral Existence.

Existence apporte des réponses passionnantes au Paradoxe de Fermi (dans ce domaine, seule La forêt sombre de Cixin Liu a fait aussi bien, récemment) et définit la succession de « crises » que doit surmonter une espèce intelligente pour s’extirper de son système stellaire natal et se répandre dans l’univers. L’intrigue est minutieusement construite, sur le modèle des Matriochka : Brin vous conduit à croire quelque chose, jusqu’à ce qu’un personnage plus astucieux que les autres découvre la vérité cachée derrière cette couche de mensonges. La vérité ? Non, une vérité, car une première couche de mensonges ne cache en fait qu’une demi-vérité, qui est elle-même un faux-semblant destiné à camoufler une strate plus profonde de connaissances, se rapprochant de la seule réalité qui n’est pas un artifice. Ce jeu de pistes est tout à fait passionnant pour le lecteur, même si certains ont pu déplorer quelques sous-intrigues pas forcément indispensables, selon eux (je n’ai pas vraiment eu ce sentiment : on est loin de Terre du même auteur), dans une veine finalement pas si éloignée de Peter Hamilton.

En tout cas, les amateurs de Hard SF (très digeste, ici) et de Sense of wonder y trouveront leur compte. Pour en savoir plus, je vous invite à découvrir ma critique complète.

Les chevaux célestes – Guy Gavriel Kay

chevaux_celestesBien qu’il ait aussi exercé dans d’autres sous-genres, dont la High Fantasy (ce qui est logique pour la personne qui a aidé Christopher Tolkien à mettre en forme le Silmarillion), Guy Gavriel Kay est surtout connu comme le « pape » de la Fantasy Historique (ou du moins d’une de ses quatre déclinaisons : clic). Sa spécialité est de prendre une civilisation de notre monde, à une époque bien précise, et de la transposer dans un monde imaginaire (en général très pauvre en éléments surnaturels : pas de dragons, d’elfes, de magie, etc), MAIS en gardant des personnages (évidemment renommés) et une succession des événements parfois très proches de l’Histoire réelle. Personnages qui, d’ailleurs, sont le joyau de ses romans : rarement, on en a vu de plus travaillés, que ce soit au niveau des principaux, bien entendu, mais aussi des secondaires et, plus fort encore, du moindre « figurant » qui traverse ne serait-ce qu’un paragraphe ! Lire un GG Kay est, à ce niveau, une expérience unique. On signalera aussi que, comme certains autres auteurs de SFFF (citons par exemple Kim Stanley Robinson ou Dan Simmons), le canadien fait un long travail de recherche préalable à l’écriture, recherchant le conseil des meilleurs spécialistes de la période historique en question afin d’être plus réaliste, de nourrir sa fiction (qui n’en est plus tellement une, du coup) de détails « qui font vrai ».

Quand vous saurez qu’en plus, Kay est capable de distiller une émotion d’une puissance rarissime (lisez Les lions d’Al-Rassan…), vous comprendrez que vous avez affaire à un auteur in-con-tour-na-ble en Fantasy et vous vous précipiterez chez votre libraire pour acheter ses bouquins. Celles et ceux parmi vous ayant encore des doutes peuvent toujours lire ma critique des Chevaux célestes, puisque c’est de ce Kay là en particulier dont nous parlons aujourd’hui (vous suivez, oui ? ). Il est peut-être moins « nerveux » que Les lions d’Al-Rassan, étant à vrai dire plus chinois, plus posé dans son rythme et son atmosphère, mais de mon point de vue, il est à peine moins intéressant, dans un style différent, il est vrai.

Le problème « Ne lisez pas la quatrième de couverture » à trois corps – Cixin Liu

trois_corpsIl y a une chose essentielle à savoir sur Ne lisez pas la quatrième de couverture, (officiellement connu sous le nom Le problème à trois corps, premier volet d’une trilogie dont La forêt sombre dont je parlais plus haut est le second) par Cixin Liu (ou Liu Cixin selon les conventions d’écriture chinoises) : ne pas lire la quatrième de couverture. Mais vraiment, hein. Si vous êtes un vieux de la vieille, vous savez qu’en général, il vaut mieux éviter de les lire, avant d’avoir fini le bouquin, du moins. Parce que soit elles vous spoilent la moitié de l’intrigue, soit elles vous conduisent à penser que le livre relève d’un genre alors qu’il appartient à un autre (le premier Lady trent m’avait conduit à penser à une uchronie, si je me souviens bien, alors que c’est de la Fantasy Historique), soit vous sort des comparaisons démentielles avec des auteurs / romans connus qui vous conduisent à formuler des attentes irréalistes, qui vont faire que vous serez forcément déçu (ce serait d’ailleurs bien que certains éditeurs comprennent ENFIN que les comparaisons flatteuses avec machin ou bidule doivent venir de la critique / du lectorat pour avoir une quelconque légitimité…).

Mais dans le cas du bouquin de Cixin Liu (dans sa version en grand format sortie chez Actes Sud, du moins, je ne sais pas ce qu’il en est de la version électronique ou poche, ou si une éventuelle réimpression a corrigé la chose. Mais bon, si vous en empruntez un exemplaire grand format du premier tirage à un ami / une médiathèque / le CDI de votre lycée ou que vous l’achetez d’occasion ou chez un bouquiniste, méfiance), le déballage d’infos est tout simplement criminel (et je pèse mes mots) : la quatrième vous spoile 95% de l’intrigue, ce qui serait déjà grave d’habitude mais l’est encore davantage lorsqu’on sait que l’auteur chinois tient le mystère et sa résolution comme la composante essentielle de sa SFFF !

Enfin bref, vous pouvez lire ma critique garantie sans spoiler ici, et que tout ce cirque autour de la quatrième ne vous empêche surtout pas de savourer ce roman mélangeant Révolution Culturelle chinoise et Hard SF, le premier tome d’une des trilogies les plus riches en Sense of wonder parues ces dernières années, et le fleuron d’une SF chinoise qui change agréablement de ses contreparties anglo-saxonnes et francophones qui constituaient l’essentiel de nos lectures jusque là.

Et n’oubliez pas : NE LISEZ PAS LA QUATRIÈME DE COUVERTURE !!!

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10 réflexions sur “Dans la boucle temporelle – itération 10 : octobre 2016

  1. De Guy Gavriel Kay, je n’ai lu que Tigane, que j’avais trouvé incroyable. Cet article me rappelle que je devrais me pencher de nouveau sur cet auteur, peut être avec les lions d’Al-Rassan alors.

    J’ai lu la trilogie de Liu Cixin suite à ta critique du premier tome. J’ai beaucoup aimé le premier, encore plus les deux suites. La forêt sombre est l’un des meilleurs bouquins que j’ai lus ces dernières années, et la mort immortelle n’est absolument pas en reste. Encore grâce à toi tout ca. Tu n’imagines pas a quel point tu as eu, via ton blog, un impact considérable sur mes lectures depuis quelques années maintenant. Lectures dont la qualité moyenne s’est envolée, je ne t’en remercierais jamais assez !

    Aimé par 1 personne

    • C’est moi qui te remercie. Qu’on me dise ce genre de choses est la plus grande récompense que ce blog puisse m’apporter. Si je l’ai ouvert, c’est pour de nombreuses raisons, mais une des plus importantes était de jouer pour d’autres le rôle que certains connaisseurs avaient joué pour moi dans mon adolescence, en m’orientant vers le meilleur et seulement le meilleur.

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