Voile vers Sarance – Guy Gavriel Kay

La première partie d’un fabuleux diptyque

Une version modifiée de cette critique est parue dans le numéro 97 de Bifrost (si vous ne connaissez pas ce périodique : clic). Vous pouvez retrouver toutes mes recensions publiées dans le magazine sous ce tag. La critique du deuxième volet du diptyque est présente dans le numéro 101, est beaucoup plus enthousiaste, sera prochainement lisible sur le blog de la revue et dans un an ici-même.

voile_vers_sarancePoursuivant sa démarche consistant à (re)proposer le maximum de la partie Fantasy Historique de l’œuvre de Guy Gavriel Kay en français, l’Atalante publie une nouvelle traduction de Voile vers Sarance (une référence au poème « Voile vers Byzance » de Yeats), roman ouvrant La mosaïque Sarantine, diptyque qui se conclura avec la parution du second volet, Le seigneur des Empereurs. Situé dans le même monde, imaginaire mais modelé sur le pourtour méditerranéen du Moyen Âge et de la Renaissance, que d’autres livres de l’auteur, Les lions d’Al-Rassan, Le dernier rayon du soleil (qui sera lui-même réédité dans une nouvelle traduction également signée Mikaël Cabon au second semestre 2021) et Enfants de la terre et du ciel, Voile vers Sarance recrée avec brio (l’auteur s’est entouré du conseil des meilleurs spécialistes de la période, et le résultat est flamboyant) la Constantinople du VIe siècle, sous le règne de Justinien, ses intrigues de cour Byzantines (c’est le cas de le dire), sa splendeur et ses curiosités (comme l’importance politique démesurée des différentes factions de « supporters » de courses de chars). On y suit un mosaïste originaire de Rhodias (l’équivalent de Rome, désormais gouvernée par les barbares), mandé dans la cité de Sarance afin d’y décorer l’équivalent de Sainte Sophie, qui vient juste d’être (re)construit après avoir été livré aux flammes lors d’une révolte populaire. Mais on est loin de se contenter de suivre un voyage physique, puisque le chemin est tout autant psychologique (il lui sert à faire le deuil de sa famille fauchée par la Peste, à retrouver une raison de vivre) que spirituel.

Ce roman a les qualités et les défauts des autres œuvres de l’auteur : sa précision historique, ses protagonistes très travaillés (et ses très beaux personnages féminins) et ses dialogues ciselés séduiront les uns, tandis que son rythme (très) lent, son introspection omniprésente et ses changements très fréquents de point de vue ennuieront les autres. Comme souvent avec le canadien, un art ou un artisanat est au centre du propos, et comme souvent également, un personnage modeste est projeté au sein des Cours locales et des grands événements historiques. On remarquera toutefois que par rapport aux Lions d’Al-Rassan, le surnaturel est beaucoup plus présent, ce qui ravira certains lecteurs mais pas forcément ceux qui appréciaient, justement, les quasi-romans Historiques (par opposition à une Fantasy Historique plus classique) proposés par Kay. On notera aussi une tension sexuelle omniprésente qu’on ne retrouve pas dans tous ses autres livres.

On conseillera donc l’ouvrage à ceux qui connaissent déjà et apprécient l’auteur (NDLR : ma critique de l’exceptionnel tome 2 revoit radicalement cette position, puisqu’elle recommande l’ensemble du diptyque à tous). Le lecteur qui, lui, voudrait le découvrir, se tournera probablement avec plus de bonheur vers Les lions d’Al-Rassan, plus court et plus nerveux.

***

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20 réflexions sur “Voile vers Sarance – Guy Gavriel Kay

  1. J’ai un souci avec cet auteur, je n’ai lu de lui que Tigane et les lions d’al-rassan. J’ai adoré les lions mais j’ai détesté Tigane. Du coup maintenant j’hésite à en lire d’autres. Ce livre là serait plus à rapprocher de Tigane ou des lions à votre avis ?

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    • Plus de Tigane, à mon sens. Après, tout dépend de ce que vous n’avez pas aimé dans ce dernier. Si ce sont les longueurs, il y a en effet peu de chances que vous aimiez Voile vers Sarance, qui prend vraiment son temps.

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      • Merci de votre réponse. Non je n’ai pas eu trop de problèmes avec les longueurs mais plus avec les personnages agaçants et leur quête principale un peu cliché. Et les mauvaises scènes de cul mais ça c’est anecdotique.

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      • Ayant adoré Tigane, du coup, ce diptyque m’intéresse. J’étais plutôt réservé, car à part Tigane, donc, et Sous le ciel je n’avais pas trop aimé ses autres livres (j’ai lu La chanson d’Arbonne et Ysabel) mais je vais me lancer !

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  2. J’aime beaucoup cet auteur, découvert il y a bien longtemps avec la publication de sa trilogie Fionavar. Depuis je n’ai eu aucune déception avec la lecture de ses œuvres. La chanson d’Arbonne est une pure merveille. Par contre sis tu pourquoi l’Atalante refait les traduction de l’éditeur Alire, traduction faite par Vonarburg?

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    • Il me semble qu’à part Al-Rassan, tout ce qui avait été traduit en français par Vonarburg a été retraduit par Mikaël Cabon ou est en train de l’être. Pour ce qui est du pourquoi, les critiques sur le roman Ysabel donnent une piste : c’est plein de québécismes qui en rendent la lecture obscure pour un français, et apparemment la traduction n’est pas toujours très élégante non plus.

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  3. Ayant promptement acquéri des livres de Kay suite à cet article… Je suis un peu navré de dire ici m’être redirigé sur Under Heaven assez rapidement, après avoir goûté deux trois chapîtres pour flairer celui qui m’appatait le plus. (Ce qui n’est pas faute au Lions, qui sont ceux qui ressortent le plus auréolés de gloires dans les avis, ni à la Mosaïque– Je suis simplement incorrigible amateur de l’Orient.)

    Ça ne durera cependant pas: C’est vraiment très bien. Je serai même plutôt enclin à dire que le rhytme très indolent du plus gros du texte n’en est pas moins intéressant ou important, et que l’accélération est presque trop succincte en certain points, sur la fin, même si la cascade d’une erreur faramineuse a bien du forcer main du style. C’est en tout si élégamment présenté que ça se lit vraiment tout seul, et les battements sont très clairs sans jamais entraver l’impact, la tension, la grâce des évènements… ni même empêcher quelques imprévus particulièrement jolis.

    En tout cas, rien à redire sur la forme: ça envoit du lourd, et de ce que j’ai pu voir du début des autres livres, c’est loin d’être un coup de bol. Sur ce coté la, j’en redemande!

    Néanmoins, sur le fond, étant maintenant arrivé à la fin… Non! Je refuse. L’auteur accéde à certaines réunions et résolutions si romanesques, et condamne à néant, d’un même souffle, celle que j’attendais depuis tant? Qu’il a fait miroiter à en long en large et en travers? Oser même méditer, du même ton, sur la facilité que de si petits changements auraient eu à changer les destins en question? Après des morts d’une beauté époustouflante autant qu’injuste? Inacceptable! Inadmissible! Mille ans de peste commerciale sur cet auteur! J’espère que des esprits réduise à cendre le goût de ses mets jusqu’à la fin de ses jours! Trahison et opprobre sur son nom! Qui a autorisé publication d’une chose pareille? Mille ans de malheur en amour sur lui et ses réincarnations aussi!

    Et je sens venir à des kilomètres que les trois autres compères que je vais rejoindre vont finir amèrement aussi. J’ai besoin d’une lampe de génie. C’est la seul solution à ce monde imparfait dont même les monde imaginaires sont imparfait.

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