Anatèm – tome 1 – Neal Stephenson

Magistral, mais ardu (ou l’inverse)

anatem_T1Anatèm est la version française d’Anathem, roman de Neal Stephenson paru en 2008, et qui avait déjà fait l’objet d’une tentative avortée de traduction par Bragelonne. En effet, l’auteur emploie tout un écosystème de néologismes qui rendent toute tentative de les faire passer dans une autre langue prodigieusement ardue. On peut donc, avant toute chose, féliciter Jacques Collin, le traducteur de la version complète qui paraîtra en deux tomes (le 26 septembre et le 31 octobre) chez Albin Michel Imaginaire, pour l’incroyable travail effectué. On peut aussi remarquer que placer ce roman dans le lancement de ce nouveau département éditorial de la prestigieuse maison est un pari audacieux, tant, comme je vais vous l’expliquer, ce n’est certainement pas un livre tout-public, sans doute au contraire des autres titres initiaux (surtout Mage de bataille, qui fera l’objet de ma prochaine critique).

Ce livre a beau avoir reçu le prix Locus 2009, ainsi que bénéficier d’une réputation particulièrement flatteuse de véritable monument de la science-fiction, je dois dire que je l’ai abordé avec une certaine méfiance, tant mes expériences précédentes avec l’auteur se sont révélées contrastées, allant d’extrêmement positive avec L’âge de diamant jusqu’au très pénible avec Le samouraï virtuel. Au final (et en tenant compte du fait que je réserve mon jugement puisque je n’ai en fait lu qu’une moitié du texte), cette lecture s’est avérée prenante, intéressante, stimulante, mais aussi (et peut-être surtout) longtemps particulièrement exigeante. C’est clairement un livre à lire… mais pas par tout le monde !

Néologismes, immersion, lectorat ciblé *

* Stonehenge, Spinal Tap, 1984.

Avant toute chose, il me faut parler du vocabulaire très particulier créé par l’auteur. L’histoire forgée par Stephenson a, au moment où l’intrigue commence, des milliers d’années de chronologie derrière elle, ce qui a donc mené à des dérives linguistiques, d’ailleurs expliquées par des extraits du Dictionnaire (pensez à l’Encyclopédie dans Fondation) établi tous les mille ans qui rythment les différentes sections du texte. Cette intrigue est centrée sur des « moines » (sachant qu’il faut y enlever pratiquement toute aura religieuse, ne gardant l’idée que de reclus gardiens de la connaissance, comme nous le verrons) appelés non pas frères et soeurs, mais fraas et soors, et suivant l’exemple non pas de saints mais de saunts, sorte d’hybride ou de corruption de la part de Stephenson de saint et de savant. Et ainsi de suite : concente pour cloître, aperte pour l’ouverture a intervalles réguliers de ce dernier au monde extérieur (aperture = ouverture en anglais), et bien sûr le clou du spectacle, à savoir le titre-même du livre, anathem en anglais, fusion / contraction d’anthem (hymne) et d’anathema (anathème), donc un « hymne marquant le bannissement d’un fraa / d’une soor ». Mon préféré restant l’astrohenge, qui désigne les observatoires et reprend la fin du mot Stonehenge.

Il faut bien préciser une chose : l’auteur ne vous prend pas du tout par la main, il vous balance dans son univers tel quel, et démerde-toi ou quasiment. Les premiers 40 %, en gros, sont donc très exigeants, même si plus on avance, plus l’horizon s’éclaircit, et pas seulement parce qu’on finit par s’habituer à certains termes, mais aussi, il faut le dire, parce que vers 40-45 %, tout devient beaucoup plus limpide et que la narration se « dé-complexifie » (revient sur des rails plus conformes à de la SF standard, dirons-nous). On remarquera d’ailleurs l’extrême habileté de Stephenson dans la construction de son intrigue : c’est à ce point que des événements en apparence banals, dispersés depuis le début du roman, prennent soudain un tout autre sens, ce qui vous remplira d’admiration devant l’auteur, à n’en pas douter.

La conséquence est que pendant facilement 200 pages, vous allez galérer. Oh, j’en vois, là bas au fond, qui, goguenards, se pensent suffisamment vétérans en matière de science-fiction et lecteurs assez expérimentés pour ne pas ressentir ce genre de difficultés. À ceux-là je dis : vous vous trompez. J’ai eu l’occasion de voir les retours d’autres amateurs de SF aussi anciens que je ne le suis sur plusieurs forums, et tout le monde a ressenti au minimum l’exigence, voire la difficulté de la tâche. Pour certains, donc, s’immerger dans cet univers reviendra peut-être à subir une torture par l’eau plus qu’à s’y intégrer. Ce qui ne rend le travail de traduction effectué que plus admirable, au passage : il y a une telle quantité de vocabulaire propre à ce contexte, et qui est un véritable jeu avec la langue anglaise, que rendre tout ça d’une façon lisible dans celle de Voltaire a dû littéralement constituer un colossal challenge. Et je pense que le traducteur a abordé cet Everest littéraire de la bonne façon, sans doute même la seule viable : en prenant ça non comme un défi, mais comme un jeu. Ou un défi ludique, en tout cas.

Mais replaçons-nous du point de vue du lecteur : je vois bien l’impatience, l’attente, l’envie autour des titres de ce tout nouveau département éditorial d’Albin Michel, et elle est tout à fait naturelle. Une maison aussi prestigieuse qui se lance dans l’imaginaire, et avec Gilles « Lunes d’encre » Dumay aux commandes, cela ne peut que créer curiosité et excitation. Néanmoins, le but de ce blog est aussi de bien vous faire prendre conscience que certains livres ne vous seront peut-être pas destinés, et que certains achats ne vous correspondront pas. Je vais anticiper la conclusion de cette critique, mais je vous dirais ceci : avant d’acheter ce tome 1, lisez plusieurs critiques, histoire de vous faire une idée précise de ce dans quoi vous vous engagez. Car clairement, si, dans ce tome 1, Anatèm tutoie le chef-d’oeuvre (et, qu’au moins sur le plan de la traduction, il l’atteint sans conteste), ses premières centaines de pages seront un tel défi pour la plupart des lecteurs qu’un nombre non-négligeable d’entre eux risquent de l’abandonner en disant qu’ils n’y comprennent rien. Et d’ailleurs, je vais encore une fois anticiper, mais certaines thématiques de fond participent au degré d’exigence de cette lecture, car elles mélangent, en un tout certes intellectuellement stimulant mais aussi très demandeur en capacité d’attention, voire en culture ou en recherches internet, Platon, Penrose, Everett ou Roscelin de Compiègne, bref philosophie, physique quantique ou cosmologie et métaphysique.

Bref, ce ne sera pas une lecture « détente », mais en revanche quelque chose de très demandeur mais aussi stimulant sur le plan culturel et intellectuel. Clairement, des trois titres lancés au mois de septembre 2018, Anatèm sera le plus exigeant, peut-être le seul qui n’est pas destiné à tous les publics mais à la frange la plus puriste et expérimentée du lectorat des littératures de l’imaginaire. C’est un livre écrit par un érudit en SF (et certainement un érudit tout court, d’ailleurs, vu son aisance dans la manipulation de sujets aussi divers, exotiques et ardus que la métaphysique ou la cosmologie) pour d’autres connaisseurs, certainement pas quelque chose qui, à mon sens, se destine à monsieur ou madame tout-le-monde. Je dis ça sans élitisme aucun (puisque je m’inclus volontiers dans ceux qui ont ressenti des difficultés à la lecture), mais comme un reflet de ce qu’est ce roman. Alors certes, on va me rétorquer qu’il existe d’autres chefs-d’oeuvre qui présentent un niveau d’exigence comparable, à commencer, sans doute, par L’oecumène d’or de John C. Wright, ce à quoi je répondrai qu’aucun livre de ce calibre n’est vraiment destiné au ou apprécié du (sur le plan critique et commercial) « grand public » de la SF. On pourrait aussi me rétorquer qu’un grand livre se mérite, et que je ne dois pas être si expérimenté que ça si je commence à m’effrayer si je ne comprends pas tout « tout de suite ». Là encore, je vous invite à vous renseigner (et à lire les centaines de critiques de ce blog, merci, en matière de culture SF, je pense que je n’ai pas grand-chose à prouver), même les autres blogueurs (l’écrasante majorité, du moins, il doit bien y avoir un ou deux érudits qui vont soutenir que c’est un livre sans difficulté particulière) vétérans ont galéré, et personnellement, ça fait longtemps que les vocabulaires spécifiques à un univers et dont la compréhension ne vient que longtemps après le début du livre ne m’effraient plus.

Alors attention, hein, je ne vous dis pas que c’est illisible, je ne vous dis certainement pas non plus que ce n’est pas pour vous si vous êtes encore relativement débutant en science-fiction, mais je vous dis en revanche que ce livre va vous en demander beaucoup, mais vous en donner encore plus. C’est peut-être ardu, mais invariablement passionnant, et plus on avance, plus le propos s’éclaircit et l’intérêt monte (à part peut-être une fin de tome 1 pas terrible-terrible, nécessité de la coupure en deux tomes de l’édition française oblige).

Univers

Bon, quelques points sont certains, les autres, au stade de ce tome 1, sujets à spéculations (qui font d’ailleurs une partie de l’intérêt du livre) : l’action se déroule sur une planète appelée Arbre, où les érudits / intellectuels se sont / ont été confinés dans des concentes (cloîtres, disons) des milliers d’années auparavant. Malgré les noms de fraas ou soors, une atmosphère monastique et un habillement qui l’est tout autant, il ne s’agit pas d’ordres religieux, la croyance en Dieu étant très minoritaire. Des Ordres de notre Moyen-âge, il faut retenir la mise à l’écart du monde séculier (pardon, saeculier) et l’aspect érudition / conservation du savoir. Chaque concente comprend plusieurs de ces ordres, séparés par des philosophies ou des doctrines divergentes par des schismes ayant eu lieu des siècles, voire des millénaires auparavant. De plus, les avôts (terme générique pour les « moines ») sont répartis en sortes de « classes », distinguées par le temps qu’ils vont passer isolés du monde saeculier ; cela peut-être pour un an (unétariens), dix (dixies / décénariens, comme le protagoniste), cent ou même mille. Lorsque un / dix / cent / mille ans se sont écoulés, un mécanisme d’horlogerie conçu pour fonctionner sans entretien pendant de très longues périodes ouvre un portail, permettant les échanges entre les avôts concernés et le monde saeculier (et inversement). Le protagoniste, Fraa Érasmas, est un « dixie », et l’intrigue commence la veille de l’aperte décénarienne de 3690 (dans le calendrier d’Arbre, ce n’est pas une date après Jésus-Christ).

Apparemment, le but de l’isolement est multiple : à la fois protéger les avôts des flux et reflux de la civilisation du monde saeculier (Arbre semble traverser des cycles de développement démographique / technologique marqués par des reflux ou des arrêts brutaux), les couper de tout moyen de mettre en pratique les considérables connaissances théoriques qu’ils possèdent et surtout sauvegardent (astronautique, manipulation de la matière, ingénierie génétique, etc), et peut-être surtout les protéger des dangers du monde extérieur (il y a une évocation passagère d’au moins une guerre atomique -et de l’hiver nucléaire qui s’en est suivi-, et une évocation récurrente des Sacs, dont le troisième et dernier n’a épargné que trois concentes dans le monde entier, dont celle du héros : certaines des autres ont été complètement éradiquées). Signalons qu’en plus des connaissances théoriques, les avôts sont aussi les seuls à entretenir la connaissance de l’Histoire, notamment celle des Sacs. Extra-muros, on vit dans le flou d’une technologie qu’on utilise sans la comprendre et d’une Histoire que l’on a oubliée : ça ne vous rappelle rien ? Le fait que certains croient, de l’autre côté des murailles des concentes, que c’est son soleil qui tourne autour d’Arbre, n’est finalement qu’un parallèle avec le fait qu’en 2018, certains pensent encore que la Terre est plate !

A l’intérieur des maths (subdivisions par temps de réclusion dans la concente), règne la Discipline (avec un grand « D »), les avôts étant supervisés par des hiérarques, qui sont les seuls à avoir des contacts avec les potentats du monde saeculier et font l’interface entre lui et leurs frères et sœurs (il existe un portail « de jour » permettant de faire entrer ou sortir des gens en cas de besoin, d’urgence… ou d’anathem -bannissement-). De plus, la Discipline « sanctuarise » (comprenez : interdit) certaines technologies (processeurs, néomatière, etc). En gros, extra-muros, on utilise des reliquats de technologie sans pouvoir comprendre leur fonctionnement, tandis que dans les concentes, on a toute la théorie de A à Z mais pas l’outillage pour la mettre en pratique, et l’interdiction de l’utiliser de toute façon (sauf les horloges et la cordelette et la sphère de néomatière attribués à chaque avôt). Bref, les uns ont la théorie mais pas la pratique, tandis que les autres ont l’inverse. Ce qui met d’ailleurs parfois en danger les avôts en pèlerinage à l’extérieur, allant d’une concente à une autre ou bien lors des dix jours de liberté offerts par une aperte décennale, par exemple : plus la praxis (technologie) est subtile, moins les séculos la comprennent, plus ils sont dépendant des théôs, et moins ça leur plaît, ce qui peut aller jusqu’à la violence !

Le pouvoir saeculier, du fait de son alternance incessante de potentats et de régimes, n’intéresse (ou, potentiellement, n’inquiète) les Fraa qu’au moment de l’aperte, tandis que l’intrigue vous apprendra qu’en cas d’urgence, le monde profane peut puiser dans les ressources intellectuelles des concentes à volonté ou presque, avec la complicité des hiérarques et de l’Inquisition, alors que théoriquement, depuis la Reconstitution, il n’a ni autorité (ni devoirs, d’ailleurs) envers les avôts. Hiérarques qui, d’ailleurs, sont supposés maintenir la Discipline en préservant les avôts des informations saeculières !

Ce qu’il faut retenir est que vous allez vous poser beaucoup de questions sur la nature d’Arbre au cours de votre lecture : vous allez émettre des hypothèses (Terre post-apocalyptique rebaptisée, colonie extrasolaire ayant oublié son Histoire et sa technologie, expérience sociologique menée en réalité virtuelle, etc) mais, je vous le dis tout de suite, la fin de ce tome 1 ne va pas y répondre, il faudra lire la suite pour cela  😉

Ressemblances, classement taxonomique (pardon, Taxonomique, avec un « T » majuscule), base de l’intrigue

Des « moines » préservant le savoir dans un contexte qui est peut-être post-apocalyptique, hein ? Vous allez vous dire que ça ressemble, a priori, à Un cantique pour Leibowitz. Eh bien en fait, pas tellement. D’abord, le livre de Walter M. Miller Jr. est d’emblée tout à fait clair sur le « où ? » et le « quand ? », ce qui n’est pas du tout le cas ici. Ensuite, chez lui, nous avons affaire à de « vrais » ordres chrétiens, certes plus orientés préservation du savoir que religion, mais quand-même. Enfin, le niveau d’exigence de ces deux lectures n’a rien en commun, et leurs atmosphères sont très différentes.

Non, en fait, on pense plus à Fondation pendant une partie de l’histoire : après tout, dans le livre d’Asimov, les derniers / seuls détenteurs des connaissances technologiques sont, à dessein, isolés sur une planète située à l’extrémité de la galaxie, et finissent par développer (au moins transitoirement) un décorum pseudo-religieux autour de la technologie. On pourrait d’ailleurs faire un relatif parallèle entre les apertes et les ouvertures de la crypte de Seldon sur Terminus.

On va aussi penser au Nom de la rose, parce que le maître à penser d’Érasmas, Fraa Orolo, va, hum, disparaître, emportant avec lui un secret astronomique qu’il a découvert et que les hiérarques, l’Inquisition et le pouvoir saeculier veulent cacher. Son disciple Adso va donc aller niquer la gueuse, euh non, rechercher ce qu’a trouvé Orolo, où il est allé, la nature de l’objet, etc. Et pour ça, il va devoir… sortir de la concente, découvrant ainsi un monde dont, finalement, il ne sait rien ! Il y a même un point sur la fin qui évoque… La compagnie des glaces !

Au niveau taxonomique, j’ai déjà évoqué une possibilité de classement en post-apo (dans le sens : Terre post-apocalyptique ; on remarquera, par exemple, un passage comme : « Lorsque les conditions extérieures étaient post-apocalyptiques, nous pouvions manger notre production »), qui me paraît solide mais devra être confirmée par la lecture du tome 2. Un autre taxon de la SFFF est possible (mais là encore, devra être confirmé ; des indices en ce sens apparaissent un peu après la moitié de ce tome 1), et un troisième (ou plutôt une thématique plus qu’un sous-genre) est avéré, mais je ne peux pas en parler pour ne pas vous spoiler (rendez-vous dans ma critique du tome 2, par contre).

Ardu, certes, mais stimulant et prodigieusement intéressant ! *

* Judgement, Anathema, 1999 (ben oui, un groupe qui s’appelle Anathema pour un livre qui s’appelle Anatèm, j’étais obligé -et en plus, Anathema, c’est très bien, écoutez-en, c’est un ordre, ïa ïa Apophis, tout ça !-).

Premier point, les néologismes employés rendent certes la lecture ardue (ainsi, parfois, que les temps de conjugaison employés, inhabituels en SF, voire, pour certains profils de lecteurs, l’abondance des descriptions), mais en font aussi un challenge stimulant, quand vous allez essayer de voir comment l’auteur et / ou le traducteur ont fusionné différents mots pour en faire un terme à la fois nouveau et familier (et je le répète, mais le défi, pour le trados, de rendre en français les trouvailles de Stephenson, a dû être colossal, et le résultat absolument digne d’éloges). Deuxièmement, plus on avance, et plus les mystères sur ce monde intriguent, tout comme l’haletante enquête menée par Érasmas et ses camarades sur le pourquoi du verrouillage des astrohenge (observatoires astronomiques) et la disparition d’Orolo et d’autres érudits ayant travaillé sur la cosmologie et la mécanique quantique. Signalons d’ailleurs que vers 40-45 %, le livre devient nettement plus accessible, beaucoup plus rythmé (le « début » -plusieurs centaines de pages tout de même- est très lent) et parfois assez haletant. 

Ce qui me conduit donc à parler du très riche fond intellectuel du livre qui, comme je le disais plus haut, mêle Platon, Penrose, Everett, Ulam, Roscelin de Compiègne et bien d’autres encore, bref philosophie, physique quantique ou cosmologie et métaphysique, sans parler de la dérive lexicale, du principe anthropique, du flux et du reflux des civilisations, de la sociologie du rapport des humains à la technologie, et j’en passe. Cet aspect est à la fois une très grande force du livre et une faiblesse : il peut lasser et perdre certains types de lecteurs (il faut dire que le niveau de culture générale, voire très spécialisée, nécessaire est franchement élevé), mais peut stimuler et ravir certains autres pans du lectorat, dont votre serviteur.

Tout ça cumulé fait que si j’ai un conseil synthétique, tenant compte de tout ce que je viens de vous expliquer, à vous donner, c’est le suivant : oui, Anatèm (tome 1) est un livre très exigeant ; oui, même si vous êtes un gros lecteur de SF (le lectorat-cible de l’auteur, sinon de l’éditeur, au moins sur ce roman), le début va être un challenge, en terme de capacité de concentration et de volonté de vous accrocher ; mais oui, dix fois oui, Anatèm est un très bon bouquin, particulièrement prenant même dans ses passages les plus difficiles (ce qui me paraît être un point capital), et qui ne fait que s’améliorer au fur et à mesure que l’on avance ; moralité : achetez-le, en connaissance de cause, certes, en sachant que ça ne va pas être une lecture à faire dans le bruit, avec dix personnes autour, et à raison de cinq pages par jour, que ça ne va pas être une lecture détente qui « passe tout seul », mais un défi intellectuel qui vous en demandera beaucoup mais vous en donnera tellement, tellement plus ! Anatèm a la réputation, chez les anglo-saxons, d’être un chef-d’oeuvre, et même si je réserve mon jugement à la fin de la lecture du tome 2 (pour savoir si j’attribue le fameux tampon « roman (culte) d’Apophis » -également connu sous le nom d’Apophis-approved-), nous sommes sans conteste devant un livre majeur de la SF récente, voire de la science-fiction tout court, le genre de livre dont on ne peut pas se permettre de dire, si on est un amateur éclairé et sérieux du genre, de dire « ah non, je ne l’ai pas lu… ». Qu’on se le dise !

En conclusion

Anatèm (tome 1) raconte, sur un monde appelé Arbre (dont la nature restera incertaine à l’issue de ce premier livre), la quête d’Érasmas, un avôt (érudit philosophico-scientifique cloîtré, comme tous ses pareils, dans des enceintes qui ne s’ouvrent au monde extérieur que tous les un-dix-cent-mille ans, les protégeant des convulsions de ce dernier mais les empêchant aussi de mettre leurs considérables connaissances théoriques en pratique), pour retrouver son maître, qui a découvert un secret astronomique que la hiérarchie « monastique » et le pouvoir séculier veulent à tout prix cacher. L’auteur ayant créé un écosystème complet de néologismes allant avec son monde (on peut d’ailleurs saluer le travail de dingue du traducteur !), et vous immergeant dans celui-ci d’un coup, sans vous tenir par la main, les premières centaines de pages sont prodigieusement exigeantes, même pour quelqu’un habitué à ce genre de livre-univers et pour un vétéran de la SF. Si la suite s’avère beaucoup plus digeste (à partir de 40 %, en gros), et invariablement passionnante (et j’insiste sur ce fait), elle constituera parfois aussi une autre forme de défi, tant les larges et profondes thématiques abordées (de la sociologie à l’Histoire en passant par la linguistique, la philosophie, la mécanique quantique, la cosmologie, l’ingénierie, etc) peuvent laisser sur le bord de la route les lecteurs les moins intéressés par cet aspect ou n’ayant pas le bagage culturel adéquat (et je pense que peu, moi y compris, répondront à 100 % à celui exigé par Stephenson, du moins sans recherches sur le net).

Clairement, donc, Anatèm n’est pas un livre facile (du moins, une partie de ce tome 1 ne l’est pas), mais tout aussi clairement, c’est un livre de SF majeur, qui vous en demandera beaucoup mais vous en donnera encore plus. Si je vous conseille de bien réfléchir au fait de l’acheter (ou pas) en fonction de vos envies et de votre volonté de vous investir dans un effort intellectuel intense plutôt qu’une lecture « détente », je vous prie aussi de croire que des romans comme ça, vous n’en verrez qu’une fois ou deux par génération, et que donc ne pas le lire serait une décision aussi lourde de conséquence que de l’acheter à la légère. C’est le style de roman qui tire tout le genre, voire toutes les littératures de l’imaginaire, vers le haut, que ce soit sur le plan stylistique ou intellectuel, aussi serait-il malavisé, à mon sens, de ne pas au moins tenter l’expérience sur ce tome 1.

Pour aller plus loin

Retrouvez sur le blog les critiques des autres titres du lancement d’Albin Michel Imaginaire : American ElsewhereMage de bataille (tome 1), .

Si vous souhaitez avoir un deuxième avis sur ce tome 1, je vous conseille la lecture des critiques suivantes : celle de Yogo le Maki, celle de FeydRautha sur L’épaule d’Orion,

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55 réflexions sur “Anatèm – tome 1 – Neal Stephenson

  1. Ping : Magistral mais ardu (ou l'inverse) - Albin Michel Imaginaire

  2. Anatèm est extrêmement drôle / ludique ; je suis assez surpris de ne pas retrouver cet aspect dans ta recension.
    J’en déduis que tu n’as pas trouvé le roman si drôle que ça, pourtant Jacques Collin, le traducteur, a très scrupuleusement respecté cet aspect.

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    • C’est que je suis peu sensible à l’humour de Stephenson, en fait. J’ai trouvé l’aspect Kung-Fu limite ridicule, même si j’ai apprécié des piques telles que le fait que érasmas galère à utiliser l’équivalent d’un GPS parce que l’interface « n’est pas faite pour des gens instruits » ou encore, à propos du monde d’avant qui, s’il avait disposé de fonds infinis, en aurait eu une utilisation telle que « la plus grande partie passerait en pornographie, en eau sucrée et en bombes. Il y a des limites à ce qui peut être affecté aux accélérateurs de particules ».

      De plus, j’ai tenu à me focaliser dans cette critique (déjà très longue) sur les aspects saillants du roman, ceux qui peuvent le faire apprécier… ou pas de telle ou telle catégorie de lecteur. Je ne pense pas que ces gens-là vont abandonner ce bouquin à cause de l’humour ou l’encenser JUSTE à cause de lui.

      Le côté ludique de la manipulation de la langue anglaise est mentionné dans ma critique.

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  3. J’ai déjà repéré les autres parutions d’Albin Michel et j’avoue que je n’étais pas très emballée par celle-là. Heureusement que tu es là! 😉 Je note pour plus tard, quand j’aurais un peu moins de choses urgentes à lire ! ^^

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  4. Merci pour l’essuyage de plâtre et la fabrication des multiples panneaux d’avertissement. Je vais suivre ton conseil et attendre un peu de lire les avis ici et là. De toute façon il est rare que je lise un livre que tu as conseillé avant plusieurs mois minimum tellement je suis lent à la lecture

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  5. Anathem, ah non, je ne l’avais pas lu…
    Grâce à toi je vais donc éviter toute honte future et me lancer d’abord dans la lecture en version originale (ce n’est plus vraiment de l’anglais) anglique. Je pense mieux supporter les néologismes dans cet idiome que dans le notre.
    Ensuite, si trop de références semblent m’échapper la version francienne pourra m’être d’un grand secours. Et, d’ici là, le tome deux sera disponible.
    Merci pour cette critique alléchante.

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  6. Que veux-tu que je te dise ?
    Tu aurais voulu me dissuader de lire ce livre en insistant autant sur son aspect challenge, que tu te serais planté magistralement.
    Un gros défi ? J’adore. Et je me dis que j’ai bien fait d’attendre sa trad en VF.
    (bon, d’après toi, je peux y aller ?)
    Une critique à la hauteur de cet OVNI de la SF

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  7. Ping : Chroniques des livres éligibles au Prix Planète-SF 2019 : A à K (par titre) – Planète-SF

      • Merci pour ta critique complète d anatem ;). Franchir le pas est tentant si l’intrigue est vraiment prenante ce qui semble être le cas non ?
        Sinon pour l’instant tu apprécies Mage de bataille ? Critique pour la fin de la semaine environ ?( car tu lis très vite apparemment )
        Même question pour American elsewhere ? En tant que fan de King, celui là me fait sévèrement de l’oeil 😉

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        • Ah oui, Anatèm n’est certes pas une lecture facile, par contre c’est extrêmement prenant, et ce (et c’est là le tour de force) même dans les parties les plus ardues.

          J’en suis à 5% de Mage de bataille, pour l’instant c’est trop tôt pour donner une opinion dessus. Critique prévue samedi, peut-être vendredi soir si j’ai le courage.

          American Elsewhere, a priori critique vers le 23 septembre.

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  8. Je me suis tapé la Phénoménologie de l’Esprit de Hegel, « Ulysses » de Joyce et La Promenade au Phare, je dois pouvoir arriver à entrer dans le roman.
    Mais, la recherche de la difficulté pour la difficulté m’agace parfois. Tout le monde n’est pas Mallarmé, Claude Simon (encore que) ou Eco…
    Parfois un bon SAS ou un San-A…ça fait du bien…

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  9. D’un côté on a un livre intellectuel très costaud avec des termes qui risquent de me perdre au bout de 50 pages, de l’autre on a une oeuvre de SF majeur qui ne demande qu’à être lue. Mais je crois que je ne vais pas tenter le coup (la SF n’est pas mon kiffe premier, je préfère tenter ma chance sur des récits plus « abordables », mais plus tard avec l’expérience pourquoi pas ?).
    Hâte d’avoir ton avis sur « Mage de bataille » !

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  10. Pas mal de livres, surtout en fait dans les domaines SF et fantasy, sont ardus et demandent de s’accrocher (les livres de S.Baxter par exemple). Et très souvent le jeu en vaut la chandelle (toujours Baxter), ce qui n’est pas toujours le cas (j’ai le souvenir cuisant d’un ouvrage de Jubert, « Magie secrète » truffé de tout un lexique de mots inconnus, chacun dument expliqué par des notes de bas de page, on se serait cru en train de lire un bouquin de sociologie ou de philo – la philo ne me dérange pas, bien au contraire, mais on n’y entre pas avec le même état d’esprit – j’ai très vite abandonné le livre dont j’ai fait une critique cinglante sur Babelio). Donc je vais me laisser prendre au jeu et inscrire ces livres de Stephenson dans ma petite liste.

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    • Euh… oui. Mais bon, relis la critique, tu verras qu’il y est clairement précisé que même par rapport à un bouquin « ardu » standard, on est bien au-dessus. Et pour l’anecdote, personnellement, Baxter, j’ai toujours trouvé que c’était facile à suivre par rapport aux auteurs que je considère comme vraiment exigeants, du genre Egan ou Rajaniemi (sauf sur des exceptions comme Zendegi ou Cérès et Vesta).

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  11. C’est fou parce votre critique me fait très peur et me donne aussi envie. Je suis encore une novice en SF ( je lis plus de la fantasy) , mais en même temps cela m’intrigue trop. J’aime bien les lectures actives, où l’auteur ne me prend pas par la main et où je dois faire travailler mes méninges pour comprendre. Mais, j’ai l’impression que c’est plus que ça et que je n’ai pas encore le niveau. Bon,je pense tenter et me faire ma propre idée. (Je suis prévenue en tout cas.) Merci pour cette critique.

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  12. Ok En lisant les autres commentaires j’avais l’impression qu’il fallait un certain bagage en SF que je n’ai pas. Je vais tenter l’aventure j’ai vraiment envie de me faire ma propre idée.

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    • Attention à ne pas confondre deux choses : ce roman n’est pas pour un complet débutant en SF d’une part (ça brasse trop de thèmes typiques du genre pour quelqu’un qui n’y connaît rien, et qui va avoir l’impression de s’y noyer) ET d’autre part les néologismes forgés par l’auteur, le fait qu’il ne fasse aucun effort pour prendre le lecteur par la main et les thèmes métaphysiques développés font que, même si on écarte le fait que c’est clairement plus destiné à l’amateur éclairé en SF qu’au novice, ça reste une lecture particulièrement exigeante dans la première moitié du tome 1. Mais ce n’est pas parce que les 50 derniers % sont plus digestes sur le plan narratif qu’il faut se lancer là-dedans la fleur au fusil si on n’est pas coutumier de la SF de ce calibre. Je pense que pour développer sa culture SF, il y a mieux à lire… dans un premier temps. Il sera toujours temps de revenir à Anatèm plus tard. Parce que je peux t’assurer que même avec pratiquement 35 ans de lectures SF derrière soi, ce n’est clairement pas une lecture aisée (mais gratifiante !).

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  13. Bon, tu es arrivé à me donner envie de le lire… en VO : comme quelqu’un l’a écrit dans un commentaire précédent, j’ai moins de mal avec les néologismes en anglais qu’en français, quel que soit le talent du traducteur.
    J’ai feuilleté les premières pages de la version électronique sur le site de Kobo (désolé, mon libraire en ligne n’est pas Amazon…). Une fois dans le bain (culturel et linguistique), ça devrait aller. Et sinon, ça m’aura coûté deux fois moins cher qu’en français – et même quatre fois moins puisque Albin Michel publie Anatèm en deux tomes. Ce n’est pas anodin vu le nombre de bouquins de SF que j’ai lus (heureusement la plupart en anglais et sur liseuse) depuis que je m’y suis remis il y a un an ou deux – un peu par ta faute et par celle de ton compère de l’épaule d’Orion.

    Juste une question : l’édition française ne commence pas par une note (de l’auteur) au lecteur ?

    En anglais, dans les deux éditions que j’ai trouvées, le bouquin commence par une « Note to the reader » qui répond au moins partiellement à ce que tu présentes comme une énigme: « Ce qu’il faut retenir est que vous allez vous poser beaucoup de questions sur la nature d’Arbre au cours de votre lecture : vous allez émettre des hypothèses (Terre post-apocalyptique rebaptisée, colonie extrasolaire ayant oublié son Histoire et sa technologie, expérience sociologique menée en réalité virtuelle, etc) ».
    Je n’en dis pas plus pour ne pas spoiler, si le traducteur a jugé bon de ne pas inclure la note : il est possible que celle-ci n’ait pas figuré dans l’édition originale, et ait été ajoutée par la suite par l’auteur, qui commence par cette phrase : « If you are accustomed to reading works of speculative fiction and enjoy puzzling things out on your own, skip this Note. »

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    • Au passage j’en profite pour dire une chose à propos des néologismes : la traduction française est exceptionnelle. Si bien que sans connaître les mots, ils sont tellement étonnamment familiers qu’on en comprend intuitivement le sens. Et ça, c’est fort.

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      • Bonjour,

        Je reviens après avoir fini depuis quelques jours (le temps de digérer) Anathem en VO, donc le tome 1 ET le futur tome 2 de l’édition française d’Anatèm.
        Je suppose que la coupure entre ces deux tomes se situe à la fin de la partie 8, à la fois parce qu’elle semble bien conclure un cycle et parce qu’elle aborde de nouvelles questions qui seront le thème sous-jacent (sur le plan scientifique / philosophique) de la suite du livre et le prétexte au futur développement de l’histoire.

        Je vais donc éviter de trop parler de cette suite, si ce n’est pour dire, sans entrer dans les détails, qu’elle m’a un peu déçu. Les (longues) discussions théoriques (entre physique et métaphysique) qui y sont introduites un peu artificiellement ne m’ont pas trop gêné, mais c’est sans-doute parce que le sujet m’intéresse, ce qui ne sera probablement pas le cas de tout le monde (faut avoir quelques notions de physique quantique et un goût prononcé pour les débats autour de son interprétation). Il faut au moins parcourir ces discussions et en admettre la conclusion pour trouver une cohérence à la suite de l’histoire qui, même comme ça, m’a paru quelque peu difficile à avaler.
        Mais pour répondre au passage de la critique d’Apophis où il dit que la fin du tome 1 ne va pas répondre aux questions qu’on se pose sur la nature d’Arbre et qu’il faudra lire la suite pour cela, je confirme. Bien que, si cette fin se situe là où je le pense et qu’on a bien compris le sens des questions scientifiques soulevées par Orolo et ses condisciples, on peut s’être fait une petite idée… Et c’est réjouissant de voir cette idée confirmée par la suite.
        Bref, même si globalement la fin du roman m’a moins emballé (et m’a paru par moments plus longue que les 200 pages d’introduction dont parle Apophis -je dirais même que, paradoxalement, ce sont certains des passages où « y a d’l’action » qui m’ont paru les plus fastidieux), pour ceux qui seront arrivés à la fin du tome 1 de l’édition française sans avoir envie de jeter le bouquin à la poubelle, la lecture du tome 2 me semble indispensable.

        Finalement, bien que plutôt féru de hard-SF et de space-opera (sous réserve qu’il conserve une certaine cohérence dans l’explication des technologies mises en oeuvre – bref qu’il soit assez proche de la hard-SF), j’ai plutôt été séduit par le début du roman (le premier tome en français) et son côté voyage d’initiation dans un monde dont le héros de l’histoire connaît abstraitement l’existence mais qu’il n’a jamais parcouru. La « longue » introduction dans l’univers clos du « concent » et des débats entre les différents ordres qui y cohabitent ne m’a pas paru si longue que ça, ni si difficile à ingurgiter sur le plan des idées. Quant au vocabulaire, il rentre tout seul : si la première fois qu’on rencontre un néologisme on n’est pas sûr de son sens, sa compréhension s’affinera quand on le rencontrera à nouveau dans un autre contexte, et les passages du Dictionnaire qui émaillent le livre viennent encore éclaircir certains mots/concepts en mettant en perspective les différents sens qu’ils ont pu prendre au fil des 7000 ans de l’Histoire d’Arbre et de ses langues.

        A la limite, j’ai plutôt été déçu par la manière dont cette Histoire n’est qu’esquissée, la faute au parti-pris qui consiste à ne l’aborder que du point de vue des « avout » qui n’ont un aperçu de la (ou plutôt des) civilisation(s) qui les entoure(nt) (et qui se succèdent au fil des accidents de l’Histoire) que tous les 10, 100 ou 1000 ans, et à considérer que les autres personnages qu’on rencontre sont globalement des abrutis, ou en tout cas des ignares, incapables d’avoir une perspective sur l’histoire de leur monde, dans une société pourtant globalement à peu près aussi avancée que la notre – même si partiellement coupée de ses scientifiques et de ses philosophes (mais seulement partiellement, puisque certains membres des élites de cette société vont passer une ou plusieurs années dans les « concents » pour se former).
        J’ai trouvé ce parti-pris un peu artificiel, ainsi que les raccourcis rendant moyennement crédibles, voire caricaturaux, les soubresauts de cette civilisation. Mais ce n’est pas l’essentiel du propos de l’auteur. Cela ne m’a réellement gêné que lorsque les péripéties auxquelles le héros est confronté durant son voyage le mettent en contact avec des individus ou des groupes dont le comportement peut paraître pour le moins caricatural.

        A ces réserves près, j’ai beaucoup aimé ce premier tome et ses personnages, ainsi que l’écriture de N. Stephenson et son humour, autant dans la (pas si) lente introduction que dans la suite plus riche en action. Pendant une douzaine d’heure (je lis plus lentement en anglais) je me suis réellement senti immergé dans ce monde.
        Et, pour ceux qui seraient tentés le lire Anathem en anglais, c’est sans difficulté particulière.

        Merci à Apophis et à FeydRautha pour cette découverte.

        Aimé par 2 personnes

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