Bloody Rose – Nicholas Eames

Et de deux !

bloody_rose_eamesBloody Rose est le deuxième opus (je pense que ce terme, d’habitude employé pour des disques, n’est ici en rien usurpé) du cycle The Band, par Nicholas Eames. C’est la suite du formidable Kings of the Wyld, dont je vous disais il y a un peu plus d’un an le plus grand bien et que j’ai hâte de voir débarquer en français (il a été acheté par Bragelonne : source). Le tome 3, lui, est prévu pour 2019 (vivement !). Kings of the Wyld proposait un univers qui était, paradoxalement, à la fois extrêmement classique (notamment du fait de sa filiation assumée avec celui de Donjons & Dragons) et complètement novateur : le point central de sa construction était en effet que les compagnies d’aventuriers et de mercenaires étaient structurées comme des groupes de Rock et adulées comme eux. Ce qui faisait son énorme charme était aussi le cocktail unique, à la fois épique, humoristique et plein d’émotion, que Nicholas Eames avait su créer.

Dès lors, deux questions se posaient à propos de sa suite : l’auteur allait-il réussir à maintenir l’intérêt de son lecteur une fois l’effet de surprise du premier tome passé, et pourrait-il maintenir l’équilibre parfait entre les ingrédients précédemment cités dans un second roman ? Eh bien si l’on prend Bloody Rose dans sa globalité, la réponse est oui, même si son premier tiers peut faire un peu douter et si l’ambiance est bien plus sombre que dans le livre précédent (ce qui n’empêche pas les scènes humoristiques !). Au final, cependant, ce tome 2 s’est avéré être plus qu’à la hauteur de son prédécesseur et de mes attentes, et ne devrait pas décevoir celles des fans de Saga

Situation, bases de l’intrigue

Ce tome 2 commence six ans après la bataille de Castia. Rose, la fille de Gabe, qu’il s’agissait de secourir dans le tome 1, est devenue célébrissime sous le surnom de Bloody Rose, et est à la tête du nouveau Groupe de premier plan, Fable (hommage à mon avis complètement transparent au jeu vidéo -excellent- du même nom). La tendance qui s’amorçait durant Kings of the Wyld, à savoir le fait de ne plus aller dans le Wyld (sic) et chercher les monstres dans leurs tanières, s’est amplifiée : maintenant, l’aventure « à l’ancienne » est minoritaire, et tout passe par un circuit allant d’arène en arène, où les mercenaires combattent des monstres capturés de longue date, voire élevés en captivité, et qui sont, pour la plupart, affamés ou drogués. Quel challenge… Bref, les quêtes héroïques ont laissé la place au business, la liberté aux contrats et aux délais qu’il faut respecter.

La plupart des survivants de la Horde mise en déroute à Castia en ont formé une nouvelle, dirigée par le géant Brontide. Cette nouvelle menace commence à devenir préoccupante, à tel point que tous les groupes se dirigent en masse vers elle afin de la stopper. Tous ? Pas tout à fait. Fable se dirige dans la direction opposée, continuant à honorer ses engagements envers les arènes comme si de rien n’était, avant de prétexter devoir accomplir une dernière mission… avant que le groupe ne se sépare. Devant l’incompréhension des autres aventuriers, Rose prétend que cette dernière consiste à combattre le Simurg, ou dévoreur de dragons, le monstre le plus puissant du monde, qui n’est tenu que pour une légende. Et, de fait, tout le monde croit à une boutade pour ne pas répondre à la question. Sauf que…

Récemment, dans le village d’Ardburg, Fable a engagé un nouveau barde, qui se trouve être la narratrice, Tam Hashford. Elle est la fille de deux héros de légende, Tuck et peut-être surtout Lily, la plus fameuse musicienne et chanteuse de l’Histoire des Groupes. Depuis la mort de sa mère, la jeune fille (17 ans au moment où le roman commence) mène une vie encadrée par les limites très strictes imposées par son père, inconsolable, qui peuvent être résumées par trois mots : « No.Fucking.Way ». Avec le concours de son oncle maternel, Bran (lui-même un aventurier respecté), elle parvient cependant à intégrer Fable lorsque le groupe recherche un nouveau barde.

Structure, phases de l’intrigue

L’intrigue est découpée en trois phases, en gros, qui s’étendent chacune, à la louche, sur un tiers du roman. La première montre les débuts de Tam au sein de Fable, ainsi que le dernier circuit d’arènes du groupe. Nous y  découvrons les membres du groupe (dont je vous reparle plus loin), mais sans vraiment entrer dans les détails de leur histoire ou de leur caractère (ce qui viendra dans la seconde partie). Cette phase introductive, sans être rébarbative, ni une trahison des fondamentaux installés par le tome 1, m’a cependant fait douter (transitoirement, hein) que ce tome 2 allait être à la hauteur de son prédécesseur. De plus, l’emphase est un peu moins mise sur le côté rock’n’roll (qui, pour moi, était, avec l’émotion dégagée par les personnages, le cœur de cet univers et de son charme), les personnages sont moins sympathiques, à ce stade de la lecture (je souligne pour Lutin, qui va généraliser), que ceux formant Saga, et l’atmosphère plus grave, sombre.

Le début du deuxième tiers (à partir de l’arrivée chez Brune) fait monter l’intérêt très rapidement : il permet à la fois de découvrir les personnages beaucoup plus en détails et de montrer tout l’arc scénaristique de la chasse au Simurg. Mais le roman ne prend tout son réel (et gigantesque, n’ayons pas peur des mots) intérêt que dans le troisième tiers, où Fable va participer à la défense de la ville de Contha, ultime rempart contre la Horde de Brumal, dans laquelle le géant Brontide a été évincé par un nouveau chef, un archétype de la Fantasy épique de l’âge d’or (et qui devrait beaucoup plaire au camarade Nébal). Et là, va avoir lieu une bataille où le curseur épique est poussé jusqu’à 11 sur 10 (comme dirait Spinal Tap -ou Manowar, d’ailleurs-), un combat géant qui, aussi difficile à croire que cela puisse paraître, éclipse complètement celui de la fin de Kings of the Wyld, pourtant le passage le plus héroïque ou homérique lu, pour ma part, depuis trente bonnes années !

J’ajoute que plus on avance dans le livre, et plus on retrouve l’esprit du tome 1, même si, je le répète, ce tome 2 (et ses personnages, ses rebondissements, son antagoniste, son atmosphère) est nettement plus sombre que son prédécesseur. Ce qui n’empêche ni l’humour, ni les parodies, hommages et autres private jokes, comme nous allons le voir.

Plus Hard-FM, voire pop(-rock), que Metal

Les hommages à Donjons & Dragons continuent (plus un clin d’œil à Moorcock avec la mention d’une « horde d’Arioch », et évidemment à G.R.R. Martin -« The winter queen is coming »-), notamment à son bestiaire, dont, bien évidemment, le comique de répétition de l’apparition des fameux ours-hiboux, mais aussi, par exemple, un bordel appelé The mindflayer’s mistress. Et en parlant de running gag, on retrouvera avec plaisir Jain et ses Silk Arrows, le groupe de filles qui dévalisait régulièrement Saga dans le tome 1. Et pour ceux qui se poseraient la question : oui, Saga réapparaît dans Bloody Rose, notamment pour une scène… extraordinaire, il n’y a pas d’autre mot. On croise aussi, au passage, deux membres de Vanguard, Tiamax et Edwick. Sachez enfin que les mentions renvoyant au jeu vidéo sont nombreuses, de Fable à Final Fantasy (le premier luth de Tam s’appelle Red thirteen…).

Tout le cycle a été conçu en hommage aux groupes de Rock, et le tome 1 faisait surtout des clins d’œil à ceux de Hard, voire de Metal, des années 70 et 80. Dans ce tome 2, on retrouve toujours des noms de groupes de mercenaires (déjà croisés ou nouveaux) qui évoquent cette époque (au moins dans l’esprit dans lequel les noms sont donnés), comme Knightmare, Skybreaker, Ironclad, The Renegades, The Stormcrows, The White Snakes (un des nombreux hommages de l’auteur à Whitesnake, tout comme le nom du village de Coverdale), Warfire, The Screaming Eagles, Sisters in steel, The time wizards, Youth gone wyld (sic ; qui, comme leur nom ne l’indique pas, sont des quinquas 😀 ), Shark’s Breakfast (un clin d’œil à l’album -fictif- Shark Sandwich de Spinal Tap ?), Overkill (évidente marque de respect envers Motörhead), The Vandals, The Thunderers (c’est beau, on dirait du power-metal allemand ou scandinave à la Hammerfall  😀 ) ou encore, le clou du spectacle, cette mercenaire qui est surnommée « The Iron Maiden », en référence au légendaire groupe anglais du même nom. Et que dire de l’arme de Brune, Ktulu, qui évoque évidemment Metallica (et Lovecraft) et sa chanson The call of Ktulu ?

Ce tome 2, cependant, en matière d’hommage, met peut-être plus l’emphase encore sur des groupes ou des artistes moins « tranchants », plus progressifs (au sens donné à ce terme en musique), expérimentaux, Hard-FM, voire pop-rock (ou même pop tout court !), que réellement Metal. Et ça commence dès la… première page, avec une mention au fait de manger de la « neige jaune », qui ramène au titre Don’t eat the yellow snow de Frank Zappa. Et ça continue tout le long, notamment pour les noms de skyships ou d’hôtels / bordels / tavernes, mais pas seulement : en vrac, sont ainsi évoqués les groupes Duran Duran (« the Duran Twins »), Guns’n’roses (« welcome to the jungle »), Kiss (« A man in spiked armour who’d painted his face like a cat’s »), Crowded House, Carlos Santana (le chapitre 41 s’appelle « Black magic woman »), Roy Orbison (le nom du golem ami d’enfance de Freecloud), Wham (le bélier de Brontide), White Lion (un hôtel du même nom), et, le dernier mais non des moindres, Pink Floyd (le skyship appelé Atom heart).

La liste peut vous paraître impressionnante, mais elle ne fait qu’effleurer les private jokes et autres références plus ou moins subtiles qui parsèment le texte : je suis loin d’avoir tout repéré, et parfois, je sens bien que ça fait référence à quelque chose de connu, sans parvenir à mettre le doigt dessus, comme l’arc de Tam qui s’appelle Duchess (me semble que ça fait référence à la guitare d’un musicien célèbre) ou la spécialité culinaire de sa mère qui s’appelait snakes on fire. Alors une telle énumération peut paraître fastidieuse ou stérile, mais moi j’ai pris ça comme un jeu et me suis bien amusé à essayer de repérer tous ces clins d’œil. D’ailleurs, si vous avez lu ce livre et avez repéré d’autres choses, exprimez-vous en commentaires !

Notez, pour finir sur ce chapitre, que le tome 2 évoque quelque chose de fondamental dans la vie d’un groupe de Rock Fort (^^) mais laissé de côté dans Kings of the Wyld, à savoir groupies et roadies, via la Outlaw Nation.

Personnages

Comme dans Kings of the Wyld, les personnages et peut-être surtout leur relation sont le joyau de Bloody Rose, même si je pense que le lecteur moyen mettra plus de temps à s’attacher à Fable qu’à Saga. Formé il y a seulement quatre ans et demi, le groupe de la fille de Golden Gabe s’est pourtant taillé une gloire considérable, notamment en acceptant les missions que tous les autres refusent. Et ceci pour une raison bien simple : Rose ne supporte pas de vivre dans l’ombre de la gloire immense de son géniteur, et de n’être que la « demoiselle en détresse » pourtant célébrée par tous les bardes du monde (la secourir alors que Castia était assiégée par des dizaines de milliers de monstres était le moteur du tome 1). Et ses compagnons d’armes, qui l’idolâtrent, la suivraient jusqu’en Enfer pour lui faire plaisir, ce qu’ils vont d’ailleurs faire, d’une certaine façon, à deux reprises au cours du livre.

Même si ce que je viens de vous dire peut vous donner de la jeune femme une image d’intrépide guerrière, elle a aussi ses failles, comme la consommation d’une drogue justement en vue de se donner du courage. Et ce genre de faille est partagé par la plupart de ses compagnons d’armes : le Druin Freecloud (armé d’une des trois épées de Lastleaf, Madrigal) en est amoureux et ferait tout pour elle (même l’impensable), encore plus que les autres, le costaud Brune, shaman capable de prendre la forme d’un ours, a un problème d' »identité » (en gros, il a essayé toute sa vie d’être ce qu’il n’est en réalité pas), on va dire, et de relation avec son père, tandis que Cura, l’invocatrice (un personnage absolument fascinant, un des meilleurs croisé en Fantasy, pour ma part, ces dernières années ; peut-être pas au niveau d’un Tamas ou un Coltaine, mais très solide et intéressant tout de même), donne vie à des tatouages qui représentent les peurs les plus abjectes issues d’une enfance traumatique.

Comme avec Saga, la relation qui lie les membres de Fable est basée sur une indéfectible loyauté, le sentiment de former une véritable famille, l’abnégation qui va jusqu’à faire un rempart de son corps, voire donner sa vie, pour ses compagnons d’armes. Tam (non, pas celle de Cat’s Eyes !), d’ailleurs, en tant que nouveau barde, passera par différents stades de réalisation de ce fait, prenant d’abord Fable pour une simple bande de tueurs motivés par l’argent donné par les maîtres d’arènes et Rose pour une véritable accro à la gloire dans un premier temps, avant de réaliser à quel point elle s’est trompée par la suite.

Retenez que ces personnages sont complexes, avec un solide historique, une psychologie très travaillée, et une formidable relation / dynamique de leurs relations.

Attention toutefois, même si Clay, par exemple, avait ses zones d’ombre dans le tome 1, ces nouveaux personnages sont nettement plus sombres que ceux de Saga. Cela pourra plaire à certains lecteurs, moins à d’autres, mais honnêtement, à la fin du bouquin vous vous serez autant attachés à eux qu’à leurs prédécesseurs. Et peut-être même un peu plus, ce qui a été mon cas.

Epicness to the max, ce qui n’empêche pas l’émotion ! *

* When the legends die, Virgin Steele, 2000 (un titre fabuleux !).

Qu’on se rassure, les scènes épiques sont au moins aussi présentes que dans le tome 1, que ce soit le combat contre le Cyclope, celui contre le Simurg ou, évidemment, la bataille finale. Je le disais déjà dans ma critique de Kings of the Wyld, et certains auront sans doute du mal à me croire, mais Nicholas Eames a su forger des séquences qui crèvent le plafond dans l’échelle de l’épique, créant un sentiment me renvoyant à mes onze ans (c’est loin…) quand j’ai lu… Le seigneur des anneaux ! Oui, la comparaison peut paraître osée, et pourtant, ceux parmi vous qui ont lu le roman précédent (je pense à Xapur ou à l’Ours inculte) peuvent témoigner qu’elle n’est pas vraiment exagérée.

Ce côté épique est déjà très intéressant, mais il le devient encore plus combiné à l’émotion considérable générée par certaines séquences (le départ de Tam, celle concernant Gabe, la Cité qui chante, l’épilogue). Et là, il me faut invoquer un autre très grand livre de Fantasy, à savoir Les portes de la maison des morts de Steven Erikson, peut-être un des seuls livres que je connaisse (et j’en connais tout de même pas mal) à proposer ce genre d’alliage épique / émotion, bien qu’ici dans un genre relativement différent.

Et si on combine tout cela avec l’humour, le style fluide et agréable, et même avec des thématiques de fond qui montent beaucoup en puissance dans ce tome 2 (voir plus loin), on se dit qu’on tient tout de même là une vraie pépite, et on a envie de fouetter ces feignasses de chez Bragelonne pour qu’elles sortent Kings of the Wyld en français et que tout le monde puisse en profiter, non mais !

Un petit mot sur un aspect qui monte également en puissance dans ce tome 2, et qui ne plaira pas forcément à tout le monde : la techno-magie, si j’ose dire, finalement très Morrowind dans l’esprit, et qui ne fait pas basculer du tout le roman dans la Science-Fantasy ou l’Arcanepunk. On reste sur de la Fantasy classique pure et dure dans l’esprit (y compris alors que les explosifs sont présents, donnant un petit aspect Gunpowder Fantasy à la chose).

Thématiques, comparaison entre les deux tomes

Si le tome 1 évoquait vaguement quelques thématiques de fond intéressantes (notamment le fait que ce soit l’humain le vrai monstre, pas la bestiole), il n’était pas centré sur elles et avait surtout pour but de divertir, que ce soit dans le registre humoristique ou épique. Sans abandonner ce but premier, ce tome 2 propose des pistes de réflexion plus claires, plus intéressantes et plus nombreuses, notamment sur le racisme (via Roderick et surtout Wren), le vivre-ensemble (certains tentent de donner une place dans la société humaine aux monstres faisant preuve de bonne volonté -c’est-à-dire ne commençant pas à buter / bouffer tout le monde !-), l’identité (la dualité présente chez Brune pourrait relever du genre tout autant que de l’animal), le deuil (notamment pour Tam : le lecteur assiste au processus par lequel elle fait enfin celui de sa mère ; on pourrait aussi citer Astra et un autre personnage dont je vais taire le nom pour ne pas spoiler), l’addiction (via Rose), l’homosexualité (via Tam), l’intelligence artificielle / l’humanisation des « robots » / golems (via Orbison), etc.

L’auteur commence par démystifier l’héroïsme qu’il avait si bien mis en place dans le tome 1, Tam découvrant l’envers du décor des arènes, ainsi que le fait que les mercenaires les préfèrent, avec des missions prestigieuses comme le combat contre la Horde, au fait d’aider les gens, ça rapporte plus de renommée, d’argent, et c’est souvent plus facile. Mais dans une deuxième phase, Eames remet le vrai héroïsme au centre de son propos, ce qui fait que pris dans son ensemble, le roman n’est pas si différent de son prédécesseur. Alors qu’en fait, fondamentalement, ils partent sur des bases totalement opposées : ici, il ne s’agit pas de vieilles gloires qui vont vers la Horde, mais d’un groupe de jeunes au sommet de leur notoriété qui vont dans la direction opposée à l’avancée d’une seconde Horde. On notera toutefois un point commun : la volonté farouche de protéger une fille. Et je n’en dirais pas plus !

La motivation de la Horde de Brontide est très intéressante : alors que celle qui a assiégé Castia était motivée par la vengeance, celle-ci se bat pour échapper à l’extinction ou à l’esclavage dans les arènes. Elle gagne toutes ses batailles tout simplement parce qu’elle ne peut pas se permettre de perdre. La Horde ne veut pas détruire l’Humanité… mais lui survivre (j’y vois une allégorie écologiste, pour ma part). Car en moins de deux générations, avec la montée en puissance des Groupes puis celle du business des arènes, la peur a changé de camp, le paradigme a été modifié : désormais, c’est le monstre qui est devenu la proie et craint la venue du chasseur ! On remarquera aussi les implications de l’utilisation des créatures comme bêtes de foire juste parce qu’elles n’ont pas eu la chance de naître à notre image. Et en plus, comme le dit l’auteur, « quelque chose de laid n’est pas forcément mauvais ». On appréciera, enfin, la morale finale du texte : le mal prospère via la division, la fierté mal placée, la volonté en dépit du bon sens de régler un préjudice.

Au final, même si les deux romans sont très (trop ?) semblables sur certains points et assez différents sur d’autres, tout ce qui compte est que c’est très bien fait, très prenant, et une réussite incontestable (au moment où j’écris ces lignes, la note est de … 4.61 sur Goodreads, ce qui est absolument colossal). Et la fin est très réussie ! 

En conclusion 

Suite du formidable Kings of the Wyld, Bloody Rose ne déçoit pas, bien au contraire (même si le premier tiers est inférieur aux deux autres et que l’ambiance est parfois assez différente du tome 1) : Nicholas Eames a su retrouver la recette unique, le mélange humour / épique / émotion, qui caractérisait le tome 1 et lui donnait à la fois son intérêt considérable et sa profonde singularité (malgré des bases totalement inspirées par l’ultra-classique Donjons & Dragons). Il ne fait pas tout à fait un copier-coller, cependant, puisque même s’il y a des points communs, il y a aussi des différences, notamment des personnages plus sombres et un côté un peu plus dramatique. Ces personnages, d’ailleurs, sont un des joyaux du roman : encore plus travaillés que les membres de Saga, ils se révèlent attachants et passionnants (surtout Cura). On signalera aussi des scènes de grande émotion combinées avec d’autres qui vont donner un orgasme à tout amateur d’épique et / ou de jeu de rôle (D&D, Pathfinder), donnant un mélange unique, guère croisé que chez un certain Steven Erikson par exemple. Et bien sûr, les hommages au monde du rock sont toujours là, ainsi que les ours-hiboux 😀

Bref, achetez-le (ou, pour les non-anglophones, attendez une traduction qui est très probable), dans son genre très particulier, ce tome 2 et le cycle auquel il appartient s’imposent désormais comme une des sorties de Fantasy les plus marquantes de ces dernières années dans l’édition anglo-saxonne  !

Niveau d’anglais : facile (surtout si vous connaissez bien le Jeu de rôle).

Probabilité de traduction : très importante (le tome 1 a déjà été acheté par Bragelonne).

Pour aller plus loin

Si vous souhaitez avoir un deuxième avis sur ce roman, je vous conseille la lecture des critiques suivantes : celle de l’Ours inculte,

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18 réflexions sur “Bloody Rose – Nicholas Eames

  1. J’adore le ton de ta critique pleine d’humour et de peps. Je dirai même qu’elle est très métal! Les clins d’œil au hard rock sont assez rares, et je crois que je vais sourire de nombreuses fois au cours de ma lecture.
    C’est une excellente nouvelle que de voir la traduction chez Bragelonne, je vais donc patienter jusque là (ce n’est pas comme si je n’avais rein à lire, n’est-ce pas?)
    L’accompagnement musical est tip top, et une nouvelle découverte. Bref, je prends le tout!

    Aimé par 1 personne

  2. J’ai survolé pour pas trop me spoiler, mais j’ai hâte de m’y mettre !
    C’est chouette si Bragelonne traduit KOTW (et s’ils ne s’arrêtent pas au premier…), c’est p’t-être le gemmell award qui les a titillé. Si la couv’ est cool je vais p’têtre l’acheter en double !

    Aimé par 1 personne

  3. Ping : Kings of the wyld – Nicholas Eames | Le culte d'Apophis

  4. Ping : Rayonnant Septembre 2018 – Albédo

  5. Ping : Bloody Rose, Wyld girls | L'ours inculte

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