Anthologie Apophienne – épisode 13

Eye_of_ApophisL’anthologie Apophienne est une série d’articles sur le même format que L’œil d’Apophis (présentation de trois textes dans chaque numéro), mais ayant pour but de parler de tout ce qui relève de la forme courte et que je vous conseille de lire / qui m’a marqué / qui a une importance dans l’Histoire de la SFFF, plutôt que de vous faire découvrir des romans (forme longue) injustement oubliés. Si l’on suit la nomenclature anglo-saxonne, je traiterai aussi bien de nouvelles que de novellas (romans courts) ou de novelettes (nouvelles longues), qui sont entre les deux en terme de nombre de signes. Histoire de ne pas pénaliser ceux d’entre vous qui ne lisent pas en anglais, il n’y aura pas plus d’un texte en VO (non traduit) par numéro, sauf épisode thématique spécial. Et comme vous ne suivez pas tous le blog depuis la même durée, je ne m’interdis absolument pas de remettre d’anciennes critiques en avant, comme je le fais déjà dans L’œil d’Apophis.

Dans ce treizième épisode, nous allons parler d’une nouvelle et d’une novelette signées Isaac Asimov, ainsi que d’une novella écrite par Charles Stross. Sachez que vous pouvez, par ailleurs, retrouver les anciens épisodes de cette série d’articles sur cette page ou via ce tag. Continuer à lire « Anthologie Apophienne – épisode 13 »

Les ténèbres hurlantes – Christopher Ruocchio

Une des sorties récentes les plus marquantes en matière de Space Opera d’envergure

Le 2 juin dernier est sorti le roman Les ténèbres hurlantes de Christopher Ruocchio, second tome du cycle Le dévoreur de soleil, après L’empire du silence. Et la suite arrive très vite, puisque la VF du tome 3, Le démon blanc, sera publiée le premier septembre, tandis que la VO du tome 4, Kingdoms of death, paraîtra en mars 2022. Je signale aussi que l’auteur a écrit une (grosse) novella consacrée à Crispin Marlowe, The lesser devil, qui s’insère entre les deux premiers tomes du cycle.

Si L’empire du silence était, globalement, un bon roman mais qui n’était pas dépourvu de bien des défauts, sa suite est deux, voire trois divisions au-dessus, sans pour autant se débarrasser de certaines des dites maladresses, mais en les compensant très largement par d’énormes qualités (notamment une grande dramaturgie, une phénoménale intensité et une dimension grandiose). J’ai, pour ma part, lu Les ténèbres hurlantes en anglais il y a deux ans, et voici la conclusion de ma critique (que vous pouvez lire en intégralité sur cette page) : ce roman conserve certes quelques-uns des défauts de son prédécesseur (longueur et trop grand degré de copier-coller par rapport à Frank Herbert et Dan Simmons), mais propose surtout des scènes d’une prodigieuse intensité dramatique, un fond très solide, une fascinante allégorie de La divine comédie de Dante, d’excellents personnages et un fort sense of wonder. Ce qui, à mon sens, fait de lui une des sorties récentes les plus marquantes en matière de Space Opera d’envergure. Je ne saurais donc trop vous conseiller de le lire si vous avez apprécié le tome 1, et de lui donner tout de même sa chance même si L’empire du silence vous a laissé une impression mitigée.

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Panthéon Apophien – épisode 5

cropped-apophis-ra_symbolSur ce blog, certains romans sont distingués par un tag prestigieux (si, si) : (roman) culte d’Apophis, qui représente une combinaison de coup de cœur hautement subjectif et surtout de ce que je pense être, objectivement, le meilleur de ce que les littératures de l’imaginaire ont à offrir. À la base, le tag a été attribué aux livres lus après la fondation du Culte, le 5 janvier 2016. Mais au fil des années, certains aponautes m’ont posé la question : et donc, quels sont les (romans) cultes d’Apophis lus avant cette date ? Eh bien la série dont fait partie le présent article, Panthéon Apophien, a précisément pour but de vous parler des cultes avant le Culte, entre 1985 et fin 2015. Chaque article vous présentera trois romans ou cycles, retraçant également en parallèle de façon plus ou moins chronologique (c’est loin, tout ça…) ce qu’a été mon parcours personnel de lecteur de SFFF et mon état d’esprit de l’époque.

Vous pouvez retrouver tous les autres articles de cette série sous ce tag ou sur cette page. Les romans cultes d’Apophis, pré- ou post-2016, sont listés sous cet autre tag. Continuer à lire « Panthéon Apophien – épisode 5 »

How we lost the moon – Paul McAuley

Un sacré Sense of wonder

How we lost the moon, a true story by Frank W. Allen est une nouvelle écrite en 1999 par Paul McAuley, et que l’on peut retrouver (en anglais) dans les anthologies suivantes. On peut aussi l’acheter sous forme audio (toujours dans la langue de Shakespeare). J’ai une relation assez compliquée avec l’auteur, puisque si le résumé de ses romans m’enthousiasme très souvent, j’en ressors en revanche systématiquement déçu (comme pour Féerie par exemple). J’ai donc voulu voir ce qu’il donnait dans la forme (très) courte, et je dois dire que là, j’en ressors nettement plus convaincu. À tel point que je me demande même si je ne vais pas finir par lire Le choix, un des plus anciens titres de la collection Une heure-lumière et un des rares sur lesquels j’ai fait l’impasse.

Le plus étonnant là-dedans est peut-être que cette nouvelle relève d’une Hard SF de compétition orientée physique de l’extrême, un registre littéraire auquel McAuley n’est pas forcément associé spontanément ou en premier par le lecteur de Science-Fiction moyen mais où, pourtant, il a parfaitement sa place, comme le prouve sans conteste ce texte. Si vous avez l’occasion de vous le procurer, je vous conseille vivement de le lire, vous ne perdrez vraiment pas votre temps et ferez l’expérience d’un beau Sense of wonder ! Continuer à lire « How we lost the moon – Paul McAuley »

Jack Four – Neal Asher

Survivor

Jack Four est le dernier roman en date de Neal Asher, sorti le 10 juin 2021. Il s’inscrit au sein du vaste cycle Polity, mais n’est pas lié à un de ses sous-cycles : c’est un standalone, comme Prador Moon, Drone (bien que, pour ma part, je considère ce dernier comme le tome 0 du sous-cycle Agent Cormac), Hilldiggers et The technician (ces deux derniers seront critiqués sur ce blog avant fin 2022, normalement. Et en général, pour ce qui est des romans de Neal Asher, que je lis toujours avec grand plaisir, ces prédictions sont respectées). Ce qui veut dire que vous pouvez vous lancer dedans sans avoir rien lu d’autre, l’auteur expliquant d’ailleurs succinctement mais efficacement les bases de son univers (Prador – Polity – virus Spatterjay).

Après l’énormissime The human, sans nul doute le chef-d’œuvre d’Asher, je me demandais comment ce dernier allait pouvoir faire aussi bien, et je m’attendais donc « forcément » à quelque chose de moins bon. Si Jack Four n’est « évidemment » pas aussi bon, il reste tout de même très prenant (surtout dans sa première moitié, comme nous allons le voir), bien qu’à mon avis un peu trop long sur la fin, trop surchargé en combats dans sa deuxième moitié, et avec une révélation finale téléphonée. Pourtant, dans mon panthéon personnel, l’auteur britannique a su se faire une place au sein de mes valeurs sûres, aux côtés des David Weber et autres Peter Hamilton, des auteurs auxquels je reviens toujours avec plaisir et en toute confiance en sachant que même un roman « moyen » émanant de leur plume va me faire passer un très bon moment. Et cela a été le cas ici. Continuer à lire « Jack Four – Neal Asher »

L’œil d’Apophis – Numéro 18

Eye_of_ApophisDix-huitième numéro de la série d’articles L’œil d’Apophis (car rien n’échappe à…) ! Je vous en rappelle le principe : il s’agit d’une courte présentation (pas une critique complète) de romans qui, pour une raison ou une autre, sont passés « sous le radar » des amateurs de SFFF, qui sont sortis il y a longtemps et ont été oubliés, qui n’ont pas été régulièrement réédités, ont été sous-estimés, ont été noyés dans une grosse vague de nouveautés, font partie de sous-genres mal-aimés et pas du tout dans l’air du temps, sont connus des lecteurs éclairés mais pas du « grand public », pour lesquels on se dit « il faudra absolument que je le lise… un jour » alors qu’on ne le fait jamais, et j’en passe. Chaque numéro vous présente trois romans, recueils ou cycles : aujourd’hui, il s’agit d’Exultant de Stephen Baxter, de Destination : vide de Frank Herbert, et du cycle du Guerrier de Mars de Michael Moorcock.

Au passage, sachez que vous pouvez retrouver les anciens numéros de l’œil via ce tag ou bien cette page. Je vous rappelle aussi que les romans présentés ici ne sont pas automatiquement des chefs-d’œuvre ou ceux recommandés par le site à n’importe quel amateur de SFFF (si c’est ce que vous cherchez, voyez plutôt les tags (Roman) Culte d’Apophis ou Guide de lecture SFFF). Continuer à lire « L’œil d’Apophis – Numéro 18 »

The slipway – Greg Egan

Slipway to Heaven (comme aurait presque pu le chanter Led Zeppelin)

Je le disais dans la dernière critique en date, si Greg Egan s’est de plus en plus éloigné, ces dernières années, de l’ultra-Hard SF qui a fait sa renommée, il lui arrive encore, de temps en temps, d’en écrire. Et vu que je préfère (et de très loin) cette branche ou phase de sa bibliographie à celle qu’il privilégie désormais, je m’injecte virtuellement et régulièrement des piqures de rappel, quand, hérétique que je suis, je m’égare à penser que, peut-être, Peter Watts ou Stephen Baxter pourraient, après tout, être le plus grand auteur de Hard SF de l’univers. Il se trouve que le recueil Instantiation, paru début 2020 (400 pages d’Egan au prix grotesquement bas de 2.99 euros en version électronique), comprend, entre autres, une novelette (nouvelle longue -mais moins qu’une novella-) datant de 2019 appelée The slipway, qui regorge de sense of wonder et est un sacré festival de Hard SF, option cosmologie, astrophysique et astronomie. Bref, pile ce dont j’avais besoin.

The slipway est un sacré texte, pas sans rapport avec des nouvelles ou romans d’autres auteurs, et permettant à Egan, comme il l’a souvent fait ces dernières années, de pointer certains travers de ses contemporains. C’est très Hard SF, sans doute trop pour beaucoup de lectrices et lecteurs, mais ça mériterait tout de même vraiment une publication en français. Continuer à lire « The slipway – Greg Egan »

Hors-série Une heure-lumière 2021

Quatre est le nombre !

Pour la quatrième année consécutive, le Bélial’ vous propose, à partir du 20 mai, pour l’achat de deux titres de la collection Une heure-lumière en version papier (le but étant de soutenir les libraires -je précise que l’opération est aussi évidemment valable sur le site de l’éditeur lui-même-), un Hors-série gratuit qui ne sera disponible que par ce biais et seulement dans la limite des stocks disponibles. L’objet ayant une dimension collector (s’échangeant même sous le manteau entre certains blogueurs de ma connaissance  😉 ), s’il vous intéresse, il ne faut pas traîner.

Et cela tombe bien, puisque la maison mammésienne vous propose, en parallèle, trois alléchants nouveaux titres de la collection (nous reparlerons de deux d’entre eux prochainement), dont un excellent texte de Greg Egan, À dos de crocodile. Écrivain qui est d’ailleurs le sujet de l’édito d’Olivier Girard, qui souligne que chacun des trois Hors-série précédents mettait à l’honneur un auteur phare du Bélial’. Ce qui fait que, logiquement, la désormais traditionnelle nouvelle qui est au centre de ces Hors-série émane de l’australien. Un texte de 55 pages, tout de même (les plus observateurs d’entre vous remarqueront d’ailleurs que le petit article donnant la parole à l’illustrateur ou aux traducteurs de la collection n’est, cette fois, pas présent, probablement du fait de la combinaison de la taille de la novelette d’Egan et de celle, chaque année croissante, du catalogue qui clôt l’ouvrage), traduit avec brio par Feydrautha du blog L’épaule d’Orion. Pour l’anecdote, je ne peux m’empêcher de goûter l’ironie du fait qu’Egan ne sait sans doute pas que son texte a été traduit par un type qu’il a bloqué (tout comme votre serviteur, au passage) sur Twitter  😀 Continuer à lire « Hors-série Une heure-lumière 2021 »

Pollen from a future harvest – Derek Künsken

Sowing the seeds of love *

* Tears for fears, 1989.

Pollen from a future harvest est officiellement une novella appartenant à la toute nouvelle collection, Satellites, consacrée par l’éditeur britannique Solaris à ce format bien précis de romans courts / nouvelles très longues (c’est un peu l’équivalent de ce qu’est Une heure-lumière chez nous). Outre le texte de Derek Künsken dont je vais vous parler aujourd’hui, elle comprend également The difficult loves of Maria Makiling de Wayne Santos et These lifeless things de Premee Mohamed. Je ne peux me prononcer sur ces deux derniers, vu que je ne les ai pas lus (et n’ai pas l’intention de le faire), mais dans le cas de Pollen from a future harvest (un texte par ailleurs déjà publié dans le numéro de juillet 2015 de Asimov’s Science Fiction), l’appellation novella me paraît étrange : d’après Amazon et isfdb, la version papier de l’ouvrage fait 105 pages (ce que je ne peux confirmer, l’ayant lu en version électronique ; notez que l’éditeur, annonce, lui, 176 pages, ce qui me parait douteux), dont un tiers sont en réalité consacrées à six chapitres d’un autre roman de Kûnsken (l’excellent The house of Styx), à la présentation des autres bouquins de l’auteur ainsi qu’à ceux de la collection Solaris Satellites. Je n’ai pas regardé le compte de mots / signes, mais je dirais qu’on doit être plus proche, dans ce cas précis, de la novelette que de la novella.

Pollen from a future harvest prend place dans le même lieu où se déroule une bonne partie du roman Le jardin quantique (que vous pourrez lire en français, si je ne m’abuse, en 2022) et explique une partie des événements du début du Magicien quantique. Précisons que Bélisarius et sa bande n’interviennent pas du tout dans cette novella… euh novelette et, plus important encore, qu’elle se suffit à elle-même et ne nécessite pas la lecture préalable d’autres textes de Künsken. Son avantage étant qu’elle reprend un des plus gros points générateurs de sense of wonder de The quantum garden (en un peu moins développé) en le combinant avec une passionnante enquête, pour donner un texte efficace et à grand spectacle. Continuer à lire « Pollen from a future harvest – Derek Künsken »

Quête sans fin – A.E. van Vogt

Ambitieux mais confus

Une version modifiée de cette critique est parue dans le numéro 98 de Bifrost (si vous ne connaissez pas ce périodique : clic). Vous pouvez retrouver toutes mes recensions publiées dans le magazine sous ce tag

Comme nombre d’ouvrages van Vogtiens présentés comme des romans, Quête sans fin est en réalité un fix-up assemblé à partir de trois textes courts publiés longtemps auparavant dans le magazine Astounding Science Fiction : la nouvelle Destination Centaure en 1944, ainsi que les nouvelles longues La quête en 1943 et La cinémathèque en 1946. Et le moins que l’on puisse dire et que plus encore que dans La guerre contre le Rull, par exemple, cet assemblage hétéroclite montre rapidement ses limites, aussi bien en terme de cohérence que de qualité. De fait, Destination Centaure est très au-dessus des deux autres textes, et bénéficie d’ailleurs d’une notoriété supérieure.

À la fin des années 70, des boites de films éducatifs, destinés à des écoles ou des conventions professionnelles, contiennent tout autre chose que ce que leur étiquette indique, à savoir des aperçus aux « effets spéciaux » extraordinaires d’autres mondes du Système solaire ou d’engins futuristes. La cinémathèque qui les fournit est incapable d’expliquer la substitution ou la provenance de ces films (ils viennent en réalité du futur et montrent des scènes authentiques). Lorsqu’un professeur de physique de lycée perd son emploi en partie à cause de ces courts-métrages, mais surtout du fait de sa propre paranoïa et malveillance, il décide de résoudre le mystère. Sitôt sa décision prise, c’est le voile noir (et la fin de la partie correspondant à La cinémathèque). Il se réveille deux semaines plus tard, désormais représentant de commerce, mais ne se souvient plus de ce qui lui est arrivé dans l’intervalle. En menant l’enquête, il va découvrir que des voyageurs se déplaçant dans le Temps et les mondes parallèles opèrent sur Terre. Il va alors pénétrer dans le Palais d’Immortalité, un endroit extraordinaire logé dans un « repli du temps », où l’on rajeunit au lieu de vieillir (ce qui rappelle la très postérieure « Maladie de Merlin » de Dan Simmons). Un repli au bout duquel l’Histoire, où plutôt toutes les Histoires, finissent (comme dans le récent Terminus de Tom Sweterlitsch). Lorsqu’il est renvoyé dans son époque d’origine, Peter Caxton n’aura de cesse de retourner dans le Palais et d’acquérir l’immortalité, mais il va se retrouver pris dans la guerre temporelle que se livrent deux Détenteurs (humains capables de se déplacer librement dans le Temps). Continuer à lire « Quête sans fin – A.E. van Vogt »