The all-consuming world – Cassandra Khaw

It’s a Phoque !

La première fois que j’ai entendu parler de Cassandra Khaw, c’était en 2018, quand j’ai lu la VO des Agents de Dreamland de Caitlin R. Kiernan. En effet, cette dernière novella était non seulement disponible seule, mais aussi regroupée avec plusieurs autres (dont les versions anglaises de La ballade de Black Tom et de La quête onirique de Vellitt Boe) dans une offre spéciale proposée par Tor, comprenant également Hammers on bone de, donc, Cassandra Khaw. Mais à l’époque, quelqu’un (il me semble bien que c’était Erwann Perchoc du Bélial’) m’avait déconseillé ce texte, que j’avais laissé tomber, sachant la recommandation fiable. Il y a quelques mois, j’ai vu que Khaw allait sortir un roman, de SF, cette fois, orienté IA. Et comme vous le savez, c’est un des thèmes (avec, par exemple, la guerre temporelle) qui m’attire tellement que je suis prêt à m’infliger des livres sur lesquels j’ai de gros doutes, dans le cas improbable où, allez, soyons fous, quelqu’un aurait pondu un nouveau cycle de la Culture ou une nouvelle saga des Araignées et des Serpents. Le facteur qui m’a définitivement décidé à lire The all-consuming world, le livre dont je vais vous parler aujourd’hui, est l’information selon laquelle ses droits avaient été achetés en français, par Pygmalion. J’ai dès lors voulu savoir ce qui avait décidé pareil éditeur à publier un bouquin émanant d’une autrice inconnue en France ou quasiment.

Je crois que ceux d’entre vous qui me connaissent depuis longtemps sentent venir la suite : « évidemment », cette lecture n’a pas été à la hauteur du peu d’attentes que j’avais. Mais en fait, c’est bien pire que ça : ce bouquin est tellement grotesquement mauvais, et ce sur pratiquement tous les plans, qu’on se demande comment un Lecteur (avec un grand « L ») ou un directeur de collection a pu le recommander pour traduction. Ce n’est pas comme si il n’y avait pas des dizaines, sans doute même des centaines, de romans de SFFF anglo-saxons récents qui mériteraient d’être proposés en VF et qui, pourtant, ne le sont pas, hein ? Enfin bref, quand ça sortira en français (je vous ferai un rappel le moment venu), je vous déconseille très fortement l’achat de ce roman, où il n’y a rien à sauver ou quasiment, comme je vais vous l’expliquer. Après, les goûts et les couleurs… Continuer à lire « The all-consuming world – Cassandra Khaw »

Silversands – Gareth L. Powell

Classique mais efficace

Lorsque je lis un texte qui ne me convainc pas émanant d’un auteur que, pourtant, je connais déjà et apprécie, je n’aime pas rester sur une mauvaise impression. Ayant très récemment lu Light Chaser, novella co-écrite par Peter Hamilton et Gareth L. Powell qui ne m’a guère séduit, j’ai voulu explorer un peu plus la bibliographie du plus jeune des deux auteurs, et ai décidé de le lire dans la forme courte, ce que je n’avais pas fait jusqu’ici. Ce qui m’a permis, au passage, de faire un peu plus le tri dans ce qui clochait et « à cause » de qui dans Light Chaser. J’ai donc lu Silversands, le premier (court) roman de Powell, sorti en 2010 et réédité plusieurs fois (parfois avec une nouvelle en bonus) depuis (d’où les deux couvertures différentes servant à illustrer le présent article, au passage ; j’aurais, par ailleurs, pu en reproduire encore deux autres, puisqu’il y en a quatre différentes en tout, mais elles sont bien moins esthétiques que les deux choisies).

Je pourrais faire de cette novella la même critique (dans tous les sens du terme) que celle des deux autres romans de l’auteur que j’ai lus : c’est une bonne SF, très classique, fort agréable à lire, qui ne révolutionnera pas le genre mais se révèle bien plus valable et plaisante à lire que l’écrasante majorité de ce qui sort aujourd’hui en Science-Fiction anglo-saxonne, mais qui a le défaut de s’inspirer un peu trop visiblement d’auteurs plus anciens ; alors que Braises de guerre avait un très puissant parfum de Iain M. Banks, on sent ici plutôt l’influence de Peter Hamilton (tiens, tiens…), de Frederik Pohl, voire de Stargate SG-1 (je vais en reparler, parce qu’il y a des choses intéressantes à dire sur le sujet des ressemblances et inspirations). Ce que vous devez retenir, c’est que si vous cherchez une novella de SF sympathique et qui tient la route, vous ne perdrez pas votre temps avec Silversands, même si ça ne mérite pas forcément un prix et que ça ne révolutionnera certainement pas le genre. Sans compter que sur certains points (mais pas tous), c’est fort prévisible. Continuer à lire « Silversands – Gareth L. Powell »

Inhibitor Phase – Alastair Reynolds

Tell me who’s that writin’ ? Alastair the revelator ! 

Boum badaboum, en cette fin d’été et ce début d’automne 2021, les auteurs de la vieille garde font un retour tonitruant sur le devant de la scène, un come-back qui claque autant qu’une mandale assénée par Belmondo : alors qu’on attend très prochainement (en VO) de nouveaux Benford et Baxter, c’est Alastair Reynolds qui sort, sous vos yeux ébahis, un roman inédit de son fameux cycle des Inhibiteurs. Si, si. Fini le Solarpunk de la trilogie Les enfants de Poséidon, fini le quasi-Young Adult de Vengeresse, le gallois en revient (enfin !) à son univers le plus connu, celui qui a fait sa gloire et lui a permis de signer son fabuleux contrat « 10 ans, 10 romans, 1 million de livres sterling » avec Gollancz. Pour autant, il n’en oublie pas celles et ceux d’entre vous qui débutent en SF et ne connaissent ni L’espace de la révélation, La cité du gouffre, L’arche de la rédemption ou Le gouffre de l’absolution : ce nouveau roman, Inhibitor Phase, a été spécifiquement conçu pour être aussi lisible de façon isolée par quelqu’un qui n’aurait aucune connaissance de cette saga et de cet univers. Bien sûr, les vieux de la vieille décoderont les allusions et comprendront quel est le vrai nom du Gobe-Lumen John the revelator ou du Porcko Pinky, saisiront l’importance de la référence à telle planète, faction, événement ou personnage. Mais, pour n’avoir rien lu dans le cycle depuis… longtemps, je peux attester qu’on peut aborder ce nouveau tome sans aucun problème même en ne connaissant pas cet univers ou en ayant des souvenirs flous et lointains des tomes précédents. D’ailleurs, l’auteur en personne fournit, à l’usage des néophytes, un résumé des fondamentaux de ce contexte et surtout de sa chronologie (quasiment au bout de laquelle se place ce nouveau roman, à l’exception de quelques aperçus d’un futur encore un peu plus lointain donnés dans Le gouffre de l’absolution). Signalons qu’il explique également que les événements de ce tome peuvent sembler contredire, justement, la chronologie de ce dernier roman ainsi que celle de Galactic North, mais que ce n’est pas grave, parce qu’on peut expliquer la chose de telle ou telle façon (très… non-euclidienne), donc ça va. Mouais… Précisons, enfin, que Reynolds explique que si ce tome partage certains éléments avec les autres, il ne les divulgâche pas (donc : vous pouvez lire celui-là d’abord, et les autres ensuite sans problème, même si personnellement, je ne crois pas que ce soit très pertinent).

Les fans du cycle des Inhibiteurs tout comme les néophytes ne le connaissant pas mais appréciant d’autres pans de l’œuvre de Reynolds, ou bien les lectrices et lecteurs toujours à la recherche d’un bon roman de SF, doivent se demander ce que vaut Inhibitor Phase. La réponse est complexe : c’est un bon livre de science-fiction, un Alastair Reynolds bien plus enthousiasmant que nombre des bouquins sortis dans le cadre de son contrat « 10 ans, 10 romans, 1 million de livres sterling » avec Gollancz, mais de mon point de vue, on reste relativement loin des meilleurs moments du cycle. Sans compter que le livre est très inégal, le début et la fin étant très bons, tandis que les parties sur Yellowstone et pire encore, Ararat, présentent (de mon point de vue) longueurs et / ou faiblesses. Bref, un bilan, pour ma part, en demi-teinte. On est loin des claques qu’ont été L’arche de la rédemption ou, dans d’autres pans de la bibliographie du gallois, House of suns, mais on est aussi au moins un bon cran au-dessus de la plupart de sa production récente. Continuer à lire « Inhibitor Phase – Alastair Reynolds »

La ville dans le ciel – Chris Brookmyre

Un mélange de polar et de SF extrêmement convaincant

Le 15 septembre 2021, paraîtra dans la collection Lunes d’encre des éditions Denoël (qui ont eu l’amabilité de citer votre serviteur sur la quatrième de couverture, ce dont je les remercie) un roman appelé La ville dans le ciel, par Chris Brookmyre. Un nom qui, convenons-en, ne dira sans doute rien à la majorité des lectrices et des lecteurs de SF, mais qui, pourtant, est très loin d’être inconnu : Christopher Brookmyre est un écrivain écossais (et vous verrez que la précision n’est pas anecdotique) de polars et de thrillers, qui a, excusez du peu, publié une trentaine de romans et vendu, rien qu’au Royaume-Uni, un million d’exemplaires de son cycle Jack Parlabane. Depuis quelques années, il s’essaye au mélange des genres, un précédent livre (Bedlam) ayant même été apprécié, en son temps, par feu Iain Banks en personne. Aussi, quand, fin 2017, est sorti (en VO) son nouveau roman, Places in the darkness, une SF fortement teintée de polar noir (ou peut-être l’inverse, vu que Brookmyre est auteur de crime fiction avant tout), je me suis empressé de le lire. Et bien m’en a pris, car l’ouvrage s’est révélé extrêmement convaincant, et ce sur tous les plans (le fin connaisseur de SF s’apercevra que la thématique centrale a déjà été traitée par d’autres, mais même sur le strict plan science-fictif, l’écossais ne fait finalement pas beaucoup moins bien que ses devanciers, qu’il dépasse de toute façon largement sur ceux de l’intrigue ou des personnages).

Très sincèrement, j’avais abandonné l’idée de voir ce livre traduit un jour. Aussi, quelle n’a pas été ma surprise de voir surgir le patronyme de Brookmyre dans la liste des romans à paraître en français ! Comme me l’a expliqué le (très) sympathique camarade Godbillon, directeur de collection de Lunes d’encre (et Folio SF), il serait disponible depuis l’année dernière, déjà, si ce satané Covid ne s’en était pas mêlé. Vu que la rentrée littéraire 2021 est exceptionnellement chargée, je ne voudrais surtout pas que vous ratiez cette sortie, et attire donc votre attention dessus. Celles et ceux d’entre vous qui voudront en savoir plus sur La ville dans le ciel pourront se reporter à ma critique détaillée de la VO, ou au résumé qui suit (en partie repris sur la quatrième de couverture) : rédigé par un des maîtres du roman noir écossais (le fameux mouvement Tartan Noir), ce mélange de polar / SF / techno-thriller se révèle extrêmement convaincant, même si, sur le strict plan science-fictif, ce n’est pas tout à fait de l’inédit. L’intrigue est très solide (tout comme le contexte) et menée avec une grande habileté, les deux protagonistes féminins se révèlent très intéressants, l’aspect presque hard-SF franchement crédible et le côté polar (évidemment, vu le calibre de l’auteur) un sans-faute. Bref, j’ai passé un vrai bon moment avec La ville dans le ciel, et je relirai d’autres titres SF de Chris Brookmyre (Bedlam, par exemple) sans souci.

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Light chaser – Peter Hamilton / Gareth Powell

Success chaser

Lorsque j’ai vu, il y a quelques mois, que Peter Hamilton allait sortir une novella co-écrite avec Gareth L. Powell (l’auteur de Braises de guerre), ma première pensée a été : « Aïe… ». En effet, si l’histoire de la SF nous enseigne quelque chose, c’est que lorsqu’un auteur qui a atteint au moins la soixantaine (ce qui est le cas d’Hamilton) ET dont les derniers livres sont décevants (ce qui est le cas des Portes de la délivrance) s’associe avec un écrivain plus jeune et moins réputé, le résultat est rarement mémorable. D’ailleurs, de mon point de vue, pour qu’un roman écrit à quatre mains soit bon, il faut que tout un tas de conditions soient réunies, à commencer par avoir deux écrivains qui se valent. Et sans vouloir faire injure à Gareth L. Powell, il n’est pas au niveau qu’à atteint Hamilton au cours de sa carrière (comme vous le prouvera mon guide de lecture consacré à ce dernier). Et pourtant, je n’ai pas l’impression que Powell ait été le maillon faible dans Light chaser, leur œuvre commune, parce que ce qui cloche dedans vient très clairement d’Hamilton, qui ressasse ici des concepts présents dans ses romans quasiment depuis le début en nous en demandant beaucoup, et sans doute beaucoup trop (au moins pour moi) en terme de suspension d’incrédulité. Sans compter que j’ai eu l’impression que ce court roman cherchait à surfer sur le thème à la mode en SFFF ces dernières années de « l’amour par-delà le Temps ».

Bref, de mon point de vue, la baisse de qualité des bouquins d’Hamilton se poursuit (ce qui, franchement, me désole, tant il a proposé, ces trente dernières années, des univers d’un intérêt considérable), et même l’aide de Gareth L. Powell n’a pas suffi à faire remonter le niveau. Sans être non plus complètement mauvais, Light Chaser n’est, en effet, pas digne de ce qu’à pu produire un des maîtres du New Space Opera, et l’auteur a intérêt à remettre son imagination en marche d’urgence pour son prochain cycle ou stand-alone, afin de proposer à la fois quelque chose de plus original et de plus solide. Et la déception est d’autant plus grande dans le cas précis de cette novella du fait que Hamilton, connu pour sa maîtrise de la forme ultra-longue, s’est aussi (et ça beaucoup de gens ne le savent pas) montré fort efficace dans la forme courte, que ce soit avec le magistral court roman En regardant pousser les arbres ou, récemment, avec l’excellente novelette Genesong (dont j’aimerais BEAUCOUP qu’elle soit traduite, voire la traduire). Continuer à lire « Light chaser – Peter Hamilton / Gareth Powell »

La nuit du Faune – Romain Lucazeau

2021 : l’Odyssée de l’espèce

Cette critique est réalisée dans le cadre d’un service de presse fourni par Albin Michel Imaginaire. Merci à l’éditeur, à Gilles Dumay et tout particulièrement à Romain Lucazeau pour sa sympathique dédicace.

Cinq ans après son premier roman, le très bon Latium (clic et clic), Romain Lucazeau revient avec un second (on l’espère plus prolifique à l’avenir, même si le fait qu’il vienne d’accéder à de prestigieuses fonctions ne rend pas l’hypothèse très probable, malheureusement), La nuit du faune, qui s’inscrit dans un univers différent. De Latium, j’avais dit : « Si Romain Lucazeau publie quoi que ce soit d’autre, j’achète sans la moindre hésitation. Parce que si pour un premier roman, on frôle le chef-d’œuvre, m’est avis qu’au deuxième, troisième au pire, on ne fera pas que le frôler ». Eh bien mon pressentiment était le bon, car La nuit du faune est bel et bien un authentique chef-d’œuvre, dépassant de très loin tout ce que la SF française a jamais pu produire, et projetant son auteur, tel un javelot tiré de la main d’un dieu, directement au panthéon de la Science-Fiction mondiale, grands-maîtres anglo-saxons y compris. Si, si. Car si l’auteur aixois s’est inspiré de ces derniers (j’y reviendrai), son roman est supérieur à la somme des parties qui le composent, et une Hard SF d’ampleur cosmique digne de Rajaniemi, Baxter, Zindell et Clarke, probablement ses principaux inspirateurs.

Et d’ailleurs, puisqu’on en parle, beaucoup de gens, qui déclarent avoir hâte de lire ce livre, semblent n’en avoir appréhendé (et la communication de l’éditeur n’y est certainement pas étrangère) que l’aspect conte philosophique. Il est certes incontestable, mais comme chez Hannu Rajaniemi, il est étroitement mêlé à une Hard SF de haut niveau, même si monsieur Lucazeau fait de bien plus gros efforts que le finlandais pour rendre l’aspect scientifique de la chose, de plus en plus (omni)présent au fur et à mesure qu’on avance dans le roman, accessible à toutes et à tous. Même si, d’expérience (pour avoir traduit une nouvelle de Rajaniemi opérant dans un registre assez similaire et pour observer de très près toutes les critiques de Hard SF dans la blogosphère et ailleurs), je sais que ce qui me paraîtra accessible théoriquement à toutes et à tous laissera en fait sur le bord de la route un certain nombre de lectrices et de lecteurs. Tout en étant conscient, donc, que La nuit du faune n’est peut-être pas ce qu’il pensait être de prime abord, j’espère toutefois que le lecteur potentiel ne sera pas effarouché et saura faire l’effort nécessaire pour suivre (il n’y a vraiment RIEN d’insurmontable, hein). Parce que dans le cas contraire, ledit lecteur passerait vraiment à côté d’un immense roman ! D’ailleurs, dans mon panthéon personnel de la SF, je le placerai désormais en quatrième position, ex aequo avec Diaspora de Greg Egan, et après l’indétrônable HypérionVision aveugle et la médaille de bronze Inexistence (clic et clic). Continuer à lire « La nuit du Faune – Romain Lucazeau »

Ammonite – Nicola Griffith

Le Guin, Bradley, Russ et Herbert écrivent à huit mains un roman !

Nicola Griffith est une autrice anglaise vivant aux USA, dont Ammonite, publié en 1993, était le premier roman, couronné par le prix James Tiptree Jr et un Lambda Literary Award (récompense célébrant le meilleur de la littérature LGBT ; elle en recevra… cinq autres !). Elle en écrira six de plus (et un septième est attendu en 2022), dont un en partie autobiographique, et recevra aussi un prix Nebula et un World Fantasy award (excusez du peu !). Sa bibliographie couvre un vaste éventail de genres, de la SF, pour le livre dont nous allons parler aujourd’hui, au polar (dont deux, mettant en scène le même personnage, ont été traduits par Calmann-Lévy en 2003 et 2005), en passant par des œuvres au carrefour du roman Historique et de la Fantasy.

1993 est aussi l’année de sortie du Saison de gloire de David Brin, un roman qui partage avec Ammonite certains points communs (dont le fait de s’être inspiré -j’y reviendrai- d’Ursula Le Guin), notamment le fait de présenter une société dominée par les femmes, qui ont accès à un mode de reproduction alternatif et sont visitées par un Envoyé venu d’ailleurs. Pourtant, malgré certaines ressemblances, chacun des deux est fort là où l’autre est soit faible, soit beaucoup moins convaincant ou détaillé : Brin est beaucoup plus pertinent que Griffith sur le plan du background (et de la solidité scientifique), tandis qu’elle est nettement plus convaincante sur celui des personnages et de l’intrigue. On se dit qu’un livre du même genre qui arriverait à combiner les forces des deux serait une œuvre digne de figurer au panthéon de la SF ! Et d’ailleurs, en parlant de ça, si vous en êtes encore à découvrir les grands classiques du genre et qu’après avoir lu La main gauche de la nuit d’Ursula Le Guin (qui ressort en édition collector chez Ailleurs & Demain le 7 octobre 2021), vous cherchez une œuvre similaire, Ammonite est un très bon candidat (à condition de lire l’anglais, vu qu’il n’a jamais été traduit…).

Pour ma part, je ne le qualifierai pas de (roman) culte d’Apophis, car il y a (entre autres ; voir plus loin) trop d’emprunts à d’autres écrivains à mon goût. Toutefois, cela a été une lecture à la fois intéressante et agréable, que je ne regrette pas. Continuer à lire « Ammonite – Nicola Griffith »

Man of war – Heidi Ruby Miller

Une suite peu crédible

Je vous ai récemment parlé de Deux Faucons de l’autre Terre, roman de Philip José Farmer mettant en scène un héros haut en couleur, Two Hawks. Il se trouve qu’après avoir écrit, pour une des nombreuses anthologies rendant hommage à l’écrivain disparu en 2009, une nouvelle mettant en scène ledit personnage, l’autrice Heidi Ruby Miller a reçu l’autorisation des héritiers de Farmer d’écrire une suite en bonne et due forme, à la dimension d’une novella, des rocambolesques aventures de l’américain d’origine iroquoise. Cette suite, Man of war (A Two Hawks adventure), a été publiée en 2017. La nouvelle Dakota’s Gate de Miller s’y intègre, servant de prologue.

Si le roman de Farmer avait ses défauts, notamment certains points demandant un degré conséquent de suspension de l’incrédulité, sa suite rédigée par Miller n’est pas du même niveau de qualité. Elle fait longtemps illusion, faisant un peu grincer des dents, sonnant plus Pulp qu’autre chose, mais restant assez plaisante à lire, jusqu’à des scènes finales bancales sur le plan scientifique et offrant une révélation finale non seulement assez grotesque (quoique pas dénuée de sense of wonder, en un sens), mais venant, en plus, contredire un point capital du livre de Farmer. Bref, si vous êtes anglophone, avez lu avec plaisir le bouquin de Farmer et vous demandez s’il est pertinent de lire sa « suite », à mon humble avis vous pouvez vous dispenser sans regret de son achat et de sa lecture, même si ce court roman n’est pas franchement onéreux et est très vite lu. Continuer à lire « Man of war – Heidi Ruby Miller »

Vision aveugle – Peter Watts

La réédition tant attendue d’un chef-d’œuvre absolu !

Depuis plusieurs années (la preuve), je vous parle de Vision aveugle de Peter Watts, qui est, immédiatement après Hypérion, le livre de SF le plus important dans mon panthéon personnel. Ceux d’entre vous qui me connaissent savent que ce n’est pas le genre de « distinction » que j’attribue à la légère, ce qui devrait vous situer le niveau de l’ouvrage. Qui n’était plus disponible depuis, oh, plus que ça, mais que Monsieur Bélial’ a l’excellente initiative de rééditer le 23 septembre 2021, dans une nouvelle mouture à la couverture dessinée par Manchu (la plus fidèle aux descriptions faites dans le roman et à son ambiance qu’il m’ait été donné de voir, éditions françaises ou anglo-saxonnes confondues), dotée d’une demi-douzaine d’illustrations intérieures signées Thomas Walker (le tout étant esthétiquement superbe), préfacée par l’auteur en personne et agrémentée d’une nouvelle supplémentaire. Le fait que mon deuxième roman de science-fiction préféré ne bénéficie pas sur le Culte d’une critique en bonne et due forme aux standards actuels de ce blog étant une anomalie, j’ai décidé de la corriger et de vous donner, je l’espère (vraiment !) envie de découvrir ce livre incroyable.

Je viens de lire ce roman pour la troisième fois, et même en connaissant les tenants et les aboutissants, eh bien ça a été à nouveau la claque. Là aussi, ça vous situe le niveau. Et cette relecture a été riche en nouveaux éléments d’analyse, car ayant lu la trilogie Rifteurs depuis la précédente (qui avait eu lieu un peu avant la sortie d’Échopraxie), j’ai pu percevoir des parallèles Vision Aveugle / Rifteurs qui m’avaient évidemment échappé avant. Mais de façon plus générale, je pense que, d’une part, un roman, quel qu’il soit, ne s’apprécie vraiment qu’à la relecture, et que d’autre part, Vision aveugle est d’une telle richesse et flamboyance que, ébahi et émerveillé par tant d’intelligence (j’y reviendrai) lors de la lecture initiale, la remarque est doublement valable pour les bouquins de sa trempe (la trilogie Martienne de Kim Stanley Robinson, etc.). Bref, à lire… et à relire ! Continuer à lire « Vision aveugle – Peter Watts »

Unity – Elly Bangs

Un concurrent sérieux au titre de roman SF de l’année !

Elly Bangs est une autrice américaine basée à Seattle dont j’avais déjà lu la nouvelle Dandelion, qui nous offrait un incroyable voyage émotionnel, beaucoup d’humanité et une fin grandiose. Inutile de dire, donc que quand j’ai appris qu’elle sortait son premier roman, Unity, mi-avril, je me suis empressé de l’inscrire dans mon programme de lecture, même si divers facteurs ont fait que je n’ai pas pu le lire aussi près de sa parution que possible. Après l’avoir achevé, je suis absolument sidéré que ce livre n’ait pas eu plus d’écho que cela, car c’est, et de très loin, une de mes meilleures lectures SF récentes. J’imagine que, comme nous le verrons, il a peut-être pâti d’une première moitié qui ne reflète absolument pas la qualité (hallucinante) de la seconde, d’un manque de visibilité ou de notoriété de son autrice. Quoi qu’il en soit, j’espère que ma critique incitera les anglophones, parmi vous, à lire ce bouquin, et surtout l’édition française à s’y intéresser, tant il mériterait vraiment d’être traduit ! Car à nouveau, Bangs mêle Sense of wonder, émotion, humanité et une (pré-) fin très réussie en un mélange magistral (si on prend en compte la totalité du livre), qui plus est très en prise avec les préoccupations progressistes actuelles sans être non plus (trop) agressivement militant.

Inutile de dire qu’après deux textes (un court, puis un long) aussi réussis, je vais me jeter, à l’avenir, sur tout ce que publiera l’autrice, et ce d’autant plus qu’elle me sort, ainsi, d’une série de lectures VO qui ont rarement été enthousiasmantes. Continuer à lire « Unity – Elly Bangs »