Anthologie Apophienne – épisode 5

Eye_of_ApophisL’anthologie Apophienne est une série d’articles sur le même format que L’œil d’Apophis (présentation de trois textes dans chaque numéro), mais ayant pour but de parler de tout ce qui relève de la forme courte et que je vous conseille de lire / qui m’a marqué / qui a une importance dans l’Histoire de la SFFF, plutôt que de vous faire découvrir des romans (forme longue) injustement oubliés. Si l’on suit la nomenclature anglo-saxonne, je traiterai aussi bien de nouvelles que de novellas (romans courts) ou de novelettes (nouvelles longues), qui sont entre les deux en terme de nombre de signes. Histoire de ne pas pénaliser ceux d’entre vous qui ne lisent pas en anglais, il n’y aura pas plus d’un texte en VO (non traduit) par numéro, sauf épisode thématique spécial. Et comme vous ne suivez pas tous le blog depuis la même durée, je ne m’interdis absolument pas de remettre d’anciennes critiques en avant, comme je le fais déjà dans L’œil d’Apophis.

Dans ce cinquième épisode, nous allons parler d’une courte nouvelle d’Arthur C. Clarke, puis de deux plus longues écrites par Peter F. Hamilton et H.P. Lovecraft. Sachez que vous pouvez, par ailleurs, retrouver les anciens épisodes de cette série d’articles sur cette page ou via ce tag.

Les possédés – Arthur Clarke

demain_moisson_d_étoilesLa courte nouvelle Les possédés (dont vous pouvez trouver toutes les éditions ici, et qui était connue dans certaines d’entre elles sous le titre alternatif L’éternel retour) décrit, il y a très, très longtemps, l’arrivée dans le Système Solaire de l’Essaim, la conscience de groupe qui est tout ce qui reste d’une civilisation anéantie par la mort de son étoile. Il parcourt sans fin l’espace à la recherche d’une terre d’accueil, cherchant des créatures d’une forme semblable à celle qu’il avait jadis, afin de pouvoir les posséder. Hélas, les espèces présentes à cette époque antédiluvienne sur notre monde ne lui donnent pas satisfaction, car leur intelligence est trop primitive ou leur anatomie inadaptée à une civilisation technologique. Il va donc décider de se scinder, la plus grande partie repartant poursuivre son odyssée spatiale sans fin, l’autre restant sur Terre en attendant qu’un hôte prometteur émerge, y compris avec un coup de pouce évolutif vers l’intelligence. La conscience principale promet, avant de partir, d’envoyer un émissaire dans la vallée où les deux parties se séparent si elle trouve un sanctuaire plus accueillant dans un autre coin du cosmos. Et pendant des dizaines de millions d’années, la partie restée sur la planète bleue revient en « pèlerinage » à cet endroit. Mais à un moment, elle va s’engager dans une voie sans issue de l’arbre évolutif…

Il s’agit d’un excellent texte, à la fois typique de Clarke (certains passages rappellent la quête d’intelligence -quitte à la créer soi-même !- dans l’univers des bâtisseurs de Monolithes de 2001 et 2010, bien qu’ici le motif de l’Essaim soit plus sinistre), mais évoquant aussi un texte de Lovecraft dont je vais vous parler dans le prochain paragraphe (qu’est-ce que ce blog est bien foutu, tout de même…). Comme souvent chez le britannique, il s’agit d’une nouvelle à chute (mes préférées !), et celle-ci se révèle magistrale (et très marquante). Et ceci bien qu’elle exploite un phénomène qui est en fait une légende urbaine et n’a aucune existence réelle  😉

Dans l’abîme du temps – H.P. Lovecraft

abime_du_tempsComme beaucoup de gens, j’ai une grande admiration pour de nombreux textes de Lovecraft, dont certains dont je vous ai parlé dans les épisodes précédents de cette série d’articles. De toutes ces nouvelles, Dans l’abîme du temps (dont vous trouverez toutes les éditions ici : sachez aussi qu’elle a été -excellemment- adaptée en BD par le mangaka Gou Tanabe ; pour en savoir plus, je vous invite à aller lire l’avis d’une Troll des cavernes à son sujet) est probablement ma préférée, avec Les montagnes hallucinées dont je vous reparlerai prochainement. En effet, le maître y dévoile tout simplement la véritable Histoire de la Terre, proposant une odyssée science-fictive et spatio-temporelle de très haute volée, qui se paye même le luxe de convier un quasi-Conan à la fête ! Mêlant vertige, émerveillement et terreur comme lui seul sait le faire, le génie de Providence signe une longue nouvelle (près de 70 pages) de tout premier plan, à lire absolument si vous êtes sensible à sa prose. Sachez toutefois que ce texte a un parfum différent (et pourtant pas moins passionnant, bien au contraire), bien plus science-fictif, de celui d’autres pans connus et admirés de sa bibliographie, qu’ils relèvent du Fantastique ou de ses univers onirico-Fantasy.

Un mot sur l’intrigue : Peaslee, un respectable professeur de la célèbre (et tout à fait fictive) université Miskatonic n’a plus aucun souvenir d’une période de cinq ans, s’étendant de 1908 à 1913. Ses proches et collaborateurs assurent que son comportement a été, pendant ce laps de temps, très singulier, provoquant rejet et peur. Fin septembre 1913, il retrouve ses esprits, mais se met alors à faire des rêves peuplés d’êtres et de lieux étranges. Il relate ses expériences, et, vingt ans plus tard, un chercheur australien lui dit avoir retrouvé, dans l’Outback, des ruines qui correspondent trait pour trait à ce qu’il a jadis décrit. Pour découvrir ce qui lui est réellement arrivé, une seule solution : se rendre sur place. Mais Peaslee va en apprendre bien plus qu’il n’aurait jamais osé l’imaginer, remettant toute sa vision du monde en cause !

Genesong – Peter F. Hamilton

mission_criticalDans le guide de lecture de l’oeuvre de Peter F. Hamilton que je vous ai proposé en 2019, je me suis exclusivement concentré sur la partie (très majoritaire) de son oeuvre qui avait été traduite en français. Mais il y a aussi un texte récent et très intéressant sorti dans une anthologie, Mission critical, l’année dernière (et, d’après isfdb et au moment où je rédige ces lignes, uniquement disponible dans cette publication, même en VO), et qui, dans l’attente d’une (très) hypothétique traduction, pourrait intéresser les anglophones parmi vous : il s’agit de Genesong. Le britannique a déjà prouvé qu’il pouvait être aussi pertinent dans la forme courte (clic) que dans la (très, très) longue, mais cette nouvelle revient en faire, s’il en était besoin, un brillant rappel.

Alors qu’il convoie un astéroïde devant servir à la terraformation de Vénus, l’Arbre-Berger Guiding Star III est attaqué. Une des mères des biodes (les robots biologiques qui entretiennent le vaisseau vivant) va échapper au massacre, et préparer la reprise de son astronef pendant des années. Cette histoire de vengeance frôle le statut de chef-d’oeuvre en matière de New Space Opera, car son worldbuilding, s’il est excellent, (et au cœur du texte), recycle tout de même à la fois beaucoup la propre substance de l’oeuvre d’Hamilton (il y a un équivalent du lien d’affinité, des deux cultures « mécaniste » et « biologique » séparées et des ersatz des Gé-animaux), ainsi que celle des vaisseaux-arbres de l’Hypérion de Dan Simmons. Malgré tout, ce qui est intéressant, c’est que ces éléments, même s’ils sont du déjà-vu, bénéficient ici d’un traitement Hard SF (mais parfaitement lisible même par un néophyte ou un quasi-réfractaire dans le domaine) tout à fait enthousiasmant, à tel point qu’on aimerait lire d’autres textes s’inscrivant dans le même univers. Il possède une certaine poésie sous-jacente, qui est d’ailleurs mise à mal par l’auteur, Hamilton semblant prendre un malin plaisir à confronter une société hautement utopiste (et limite baba cool) aux réalités les plus sordides et sanglantes de l’univers et surtout de l’âme (post)humaine.

Bref, si vous aimez Hamilton et lisez l’anglais, foncez, et ce d’autant plus que l’anthologie Mission Critical comprend également plusieurs autres bons textes, mais aussi (surtout ?) une petite catastrophe littéraire signée… Greg Egan !

***

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7 réflexions sur “Anthologie Apophienne – épisode 5

  1. J’ai failli acheter Odyssées, du cou, mais ça n’est pas raisonnable vu la masse de ma Pal.
    Pareil pour Lovecraft, dont je ne suis pas un fan absolu – j’aime bien une fois de temps en temps. Dans l’Abîme du temps est une de mes préférées, probablement à cause de la dimension SF

    Aimé par 1 personne

    • Odyssées, en terme de rapport nombre de pages ou nouvelles / qualité desdits textes / prix, est, je trouve, une formidable affaire, mais je comprends tout à fait que tu ne veuilles pas surcharger ta PAL.
      Personnellement, j’aime bien les trois dimensions (Fantastique, SF et Fantasy / onirique) de l’oeuvre de Lovecraft, mais c’est vrai que c’est dans la partie science-fictive (sur ce texte ou Les montagnes hallucinées, principalement) que j’ai pris le plus de plaisir.
      Sinon, tu as commencé L’empire du léopard ?

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  2. Ping : Anthologie Apophienne – épisode 6 | Le culte d'Apophis

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