Huit sagas de Fantasy à lire pour… la qualité / l’originalité de leur aspect Historique

J’ai, assez récemment, relu un de mes livres hors-SFFF préférés, le monumental (dans tous les sens du terme : 1200 pages au compteur en version poche !) Azteca de Gary Jennings, une référence du roman historique, à l’érudition folle, fruit d’une douzaine d’années de recherches au Mexique. Et cela m’a clairement donné envie de vous parler de Fantasy Historique même si, pour le moment, y consacrer un de mes guides de lecture par sous-genre est hors de question : cela représente trop de boulot, et je n’ai ni le temps, ni la santé pour ça pour l’instant. Je vous propose donc à la place (pour patienter en attendant le guide complet de la Fantasy Historique) une liste de lecture, donc huit livres, cycles ou auteurs se distinguant par la qualité / vraisemblance, la puissance évocatrice ou encore par l’originalité de leur aspect historique, avec, en plus, une emphase particulière sur les œuvres émanant d’auteurs français. Rappelez-vous toutefois que ce style de liste n’est pas bâti sur les mêmes critères que mes guides de lecture plus complets, qui tendent vers l’exhaustivité autant qu’il est possible de le faire sans consacrer un essai au sujet, et dans le cadre, donc, d’un « simple » article, et qui, de plus, comprennent des romans qui font consensus au niveau mondial en ce qui concerne leur importance dans le registre SFFF concerné. Une liste est donc forcément plus limitée et surtout plus subjective (j’anticipe les réactions en commentaires, mais oui, on aurait pu / dû parler de Machin ou de Bidule, et ce sera très probablement fait dans un futur guide en bonne et due forme), mais a au moins le mérite de vous fournir tout de suite des pistes de lecture.

Au passage, on vous rappellera que le terme / registre littéraire « Fantasy Historique » admet plusieurs définitions (c’est même probablement le genre ou sous-genre qui en admet le plus, avec la Science-Fantasy), mais que pour résumer et simplifier, on peut essentiellement distinguer d’un côté ce qui est centré sur la vraie Histoire, se déroule sur Terre et emploie en plus quelques éléments surnaturels, et de l’autre côté ce qui se déroule dans un monde imaginaire mais très inspiré par une période historique réelle, voire une civilisation bien précise, et comprend des degrés divers d’éléments fantastiques. Continuer à lire « Huit sagas de Fantasy à lire pour… la qualité / l’originalité de leur aspect Historique »

Apophis Box – Octobre 2023

L’Apophis Box est une série d’articles… n’ayant pas de concept. Enfin presque. Bâtie sur le modèle des « box » cadeau, vous y trouverez à chaque fois trois contenus / sujets en rapport avec la SFFF, qui peuvent être identiques ou différents entre eux, et qui peuvent être identiques ou différents de ceux abordés dans la box du mois précédent. Pas de règle, pas de contraintes, mais l’envie de créer du plaisir, voire un peu d’excitation, à l’idée de découvrir le contenu de la nouvelle Box. Le but étant aussi de me permettre de publier des contenus trop brefs pour faire l’objet d’un des types d’articles habituellement proposés sur ce blog ou dérogeant à sa ligne éditoriale standard, et bien sûr de pouvoir réagir à une actualité, à un débat, sans être contraint par un concept rigide.

Vous pouvez retrouver les Apophis Box précédentes via ce tag. Continuer à lire « Apophis Box – Octobre 2023 »

Barbares – Rich Larson

La Faune de l’espace

Cette critique a été réalisée dans le cadre d’un service de presse fourni par le Bélial’. Un grand merci à Olivier Girard, Erwann Perchoc, Laëtitia Rondeau et Pierre-Paul Durastanti !

Je vous ai déjà parlé à plusieurs reprises, sur ce blog, de Rich Larson, notamment de son magistral recueil La Fabrique des lendemains. Le Bélial’ a également publié ce jeune auteur dans les colonnes de son magazine Bifrost (même si les nouvelles en question m’ont, elles, fait moins bonne impression), mais il n’avait, jusqu’ici, pas fait son apparition dans la fameuse collection Une Heure-lumière (UHL) de l’éditeur. C’est désormais chose faite, puisqu’un de ses textes, Barbares (et non, cela n’a rien à voir avec les héros du plus grand film d’Heroic Fantasy de tous les temps), y paraîtra le 19 octobre 2023. Un UHL de fort bonne facture, très agréable à lire (j’y reviendrai), même si pas tout à fait au niveau (il est vrai stratosphérique) des dernières sorties du Bélial’, Le Dernier des aînés d’Adrian Tchaikovsky (que j’ai lu en VO il y a deux ans et beaucoup apprécié) et, évidemment, le fabuleux Rossignol d’Audrey Pleynet, tout simplement le meilleur titre de la collection (d’ailleurs couronné il y a quelques jours par le prix Utopiales 2023, excusez du peu !).

Signe de la relation étroite et de confiance liant l’auteur et son éditeur français, celui-ci est le premier à publier, en exclusivité mondiale, donc, ce texte. Bravo ! Continuer à lire « Barbares – Rich Larson »

Le Ministère du futur – Kim Stanley Robinson

Un chef-d’œuvre, oui, mais certainement pas destiné à tous les publics !

Une version modifiée de cette critique est sortie dans le numéro 106 de Bifrost (si vous ne connaissez pas ce périodique : clic). Vous pouvez retrouver toutes mes recensions publiées dans le magazine sous ce tag. Cette chronique concernait la VO (The Ministry for the future), mais l’analyse qui en est faite s’applique tout aussi bien à la VF, qui paraîtra dans deux semaines au moment où je rédige ces lignes.

Alors que Kim Stanley Robinson (KSR) était déjà considéré comme le roi de la Climate Fiction (Cli-Fi), il manquait à sa couronne un joyau, l’équivalent de ce qu’est la « Trilogie Martienne » en Planet Opera. Puis vint The ministry for the future (en VF : Le Ministère du futur) qui est au changement climatique et aux façons d’y faire face ce que sont ses livres sur Mars en matière de colonisation de cette planète et d’émergence d’une culture indigène : l’œuvre ultime, indépassable. Parfaite ? Pas si sûr !

Le roman s’ouvre au début des années 2020, alors qu’une vague de chaleur hors-normes fait 20 millions de morts en Inde, soit autant que la Première Guerre mondiale, mais en à peine une semaine. Frank, un humanitaire US, n’y survit que de justesse, et en ressort traumatisé et radicalisé, plus du tout décidé à accepter l’inaction des instances internationales. Et justement, alors que l’Accord de Paris a produit beaucoup d’incantation mais peu d’action, on décide d’en créer une branche « exécutive », surnommée le Ministère du Futur, dirigé par Mary, qui doit tout mettre en œuvre pour inverser le changement climatique et une extinction de masse comme on n’en a plus vu depuis le Permien. Sur le plan légal et diplomatique, mais pas seulement. Il y a un ministère à l’intérieur du ministère, et il n’hésite pas à recourir aux attentats sous faux pavillon, aux assassinats ciblés et à l’écoterrorisme s’il le faut.

Alors que la majorité de la Cli-Fi est post-apocalyptique, KSR part du futur très proche et montre les efforts faits pour stabiliser puis inverser le changement climatique. Son approche est réaliste sur le plan scientifique, plus contestable sur le plan sociétal : si Robinson se prénomme Kim et pas Greta, et qu’il comprend donc bien que l’industrie ou les banques centrales ne peuvent être écartées d’un revers de la main, même avec le recours massif à l’écoterrorisme et une juteuse carotte (une monnaie carbone garantie cent ans, donc dans laquelle il est pertinent d’investir), il faut avouer que sa lecture des trente années à venir frôle parfois l’utopie, tant certains changements s’opèrent avec une rapidité et une absence de résistance (notamment dans une société aussi rigide que celle de l’Inde) nécessitant une certaine suspension d’incrédulité, les convictions idéologiques de l’auteur, voire les deux à la fois.

Et le fond n’est pas le seul à poser un problème potentiel : si le récit est en partie un roman classique suivant Mary et Frank, il est aussi éclaté en une multitude de points de vue ponctuels (anonymes, à la première personne, et pour la plupart non-récurrents) donnant une vision internationale et à hauteur d’homme des problèmes et de leurs solutions. Et certains points de vue, d’un photon ou d’un atome de carbone, sont vraiment très… particuliers. Ajoutez à cela une variété disons sauvage de styles (du poème au compte-rendu de réunion en style télégraphique), un déballage d’infos massif sur l’Histoire et la théorie de l’Économie, un rythme / intérêt très fluctuant, et une alternance de passages très arides avec ce qui est sans doute à ce jour le roman de l’auteur générant le plus d’empathie pour ses personnages, et vous en déduirez qu’alors que l’érudition de l’ensemble est, comme toujours chez KSR, admirable, on peut très clairement dire que oui, Le Ministère du futur est le roman Cli-Fi ultime, que oui, c’est un chef-d’œuvre, mais que ce ne sera certainement pas un livre apte à plaire à tous les publics.

Pour aller plus loin

Si vous souhaitez avoir un deuxième avis sur ce roman, je vous recommande la lecture des critiques suivantes : celle de Vive la SFFF !, celle du Blog Constellations, de Symphonie, de Brize,

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Polity Agent – Neal Asher

Le début de la fin mais aussi la fin du début

Polity Agent est le quatrième des cinq tomes du cycle Agent Cormac (après GridlinkedThe Line of Polity et Brass Man), qui fait lui-même partie de l’énorme saga Polity qui, au moment où je tape ces lignes, compte quatre sous-cycles (dont la pentalogie Agent Cormac et trois trilogies) plus six romans isolés mais s’inscrivant dans le même univers, pour un total de 21 livres. Et ce n’est pas fini : un autre standalone, War Bodies, sortira le 6 juillet, et l’auteur a annoncé travailler actuellement sur le premier tome d’une nouvelle trilogie, mettant à nouveau en scène Cormac. Et je ne compte même pas là-dedans certaines nouvelles ou recueils se déroulant également dans ce contexte ! Bref, Neal Asher a peu à peu bâti un univers aussi détaillé qu’impressionnant et ambitieux, et je prends, à chaque bouquin, un plaisir devenu chez moi rarissime, à la hauteur de certaines de mes meilleures lectures en quarante ans de SFFF. Histoire de vous situer la chose, j’ai lu les 578 pages de Polity Agent en… deux jours, un rythme exceptionnellement rapide chez moi, surtout pour de la VO. Et alors que je rédige cet article, je suis déjà en train de lire la suite. Les SP et les lectures pour Bifrost attendront, il faut parfois savoir prendre une pause salutaire !

Ce livre constitue à la fois le début de la fin de la pentalogie à laquelle il appartient, dans le sens où il met en place les antagonistes, protagonistes et évènements finaux, mais aussi, dans le cadre plus large du meta-cycle Polity pris dans son ensemble, il donne le sentiment d’être la fin du début, le point où le style d’Asher est sur le point de prendre l’efficacité redoutable qui est la sienne aujourd’hui, et où la plupart des personnages intervenant dans les cycles ultérieurs (surtout Rise of the Jain) sont désormais introduits (je suis entré dans cette saga en 2018, avec la sortie de The Soldier : j’ai ensuite repris les choses depuis le début, en suivant la chronologie interne de l’univers et pas l’ordre de publication -sauf pour les nouvelles sorties post-2018).

Comme très souvent avec cet auteur, je sors extrêmement satisfait de ma lecture : tout ce que je veux voir en SF est présent (sense of wonder, côté Hard SF, etc.), Asher n’oublie ni le mot science (je vais en reparler), ni le mot fiction (il ne s’agit pas que d’une allégorie du monde réel et présent cachée sous de vagues oripeaux SF) dans sa prose, et ça, mine de rien, c’est de plus en plus rare en SFF. Continuer à lire « Polity Agent – Neal Asher »

Apophis Box – Mai 2023

L’Apophis Box est une série d’articles… n’ayant pas de concept. Enfin presque. Bâtie sur le modèle des « box » cadeau, vous y trouverez à chaque fois trois contenus / sujets en rapport avec la SFFF, qui peuvent être identiques ou différents entre eux, et qui peuvent être identiques ou différents de ceux abordés dans la box du mois précédent. Pas de règle, pas de contraintes, mais l’envie de créer du plaisir, voire un peu d’excitation, à l’idée de découvrir le contenu de la nouvelle Box. Celle-ci est dévoilée au début ou au mitan du mois. Le but étant aussi de me permettre de publier des contenus trop brefs pour faire l’objet d’un des types d’articles habituellement proposés sur ce blog ou dérogeant à sa ligne éditoriale standard, et bien sûr de pouvoir réagir à une actualité, à un débat, sans être contraint par un concept rigide.

Vous pouvez retrouver les Apophis Box précédentes via ce tag. Continuer à lire « Apophis Box – Mai 2023 »

Rossignol – Audrey Pleynet

Le meilleur ET le plus beau et bouleversant des UHL !

Cette critique a été réalisée dans le cadre d’un service de presse fourni par le Bélial’. Un grand merci à Olivier Girard, Erwann Perchoc, Laëtitia Rondeau et Audrey Pleynet !

Le 18 mai 2023, paraîtront deux nouveaux courts romans dans la prestigieuse collection Une heure-lumière du Bélial’, Houston, Houston me recevez-vous ? de James Tiptree Jr. (un livre choc dont je vous dirai le plus grand bien dans le numéro 111 de Bifrost) et Rossignol d’Audrey Pleynet, qui est l’objet du reste de cet article. J’ai découvert l’autrice il y a près de cinq ans maintenant, en lisant sa nouvelle Citoyen+. J’ai été impressionné par le niveau stratosphérique de certains des textes de son recueil Ellipses. J’ai, comme tout le monde, été bluffé par Encore cinq ans, parue dans Bifrost 107, qui a gagné le prix de la meilleure nouvelle francophone 2022 du magazine et qui, de mon point de vue, éclipsait un texte de Ken Liu paru dans le même numéro. Je répète : le texte d’Audrey Pleynet se payait le luxe d’être meilleur qu’un autre émanant de KEN LIU. Si, si. J’ai donc fait, lors de ces quasiment cinq ans, du prosélytisme, tentant de convertir le plus de monde possible dans la blogosphère à ma nouvelle religion syncrétique, l’apophismo-pleynetisme. J’ai dit d’elle que c’était le plus grand espoir de la SF française. Des mois avant de la lire, j’ai conseillé à tout amateur de SF qui avait confiance en mon jugement de se procurer sa novella à paraître en UHL. L’éditeur me cite d’ailleurs (et je l’en remercie) sur la quatrième de couverture. C’est dire si j’avais foi en ce texte et en sa génitrice (et vous allez bientôt comprendre que je ne choisis pas ce terme au hasard).

Vous me connaissez suffisamment, pour la plupart, pour savoir que si je l’avais trouvé bancal, perfectible, peu subtil, voire mauvais, je l’aurais dit. Sans hésiter, sans édulcorer. Malgré l’admiration et la sympathie que j’ai pour Audrey Pleynet. La chose n’aurait pas été agréable, elle m’aurait laissé un goût de cendres dans la bouche, mais je l’aurais fait. Sauf que (ouf !) cela ne sera pas nécessaire. Je pensais que Rossignol allait être un très bon UHL, du fait de la combinaison du talent de l’autrice et de la rigueur impitoyable, de l’exigence d’excellence, de son éditeur, le grand Olivier Girard (nom de Crom !), et de la directrice d’ouvrage, Laëtitia Rondeau. Homme de peu de foi que j’étais… La vérité, aussi dithyrambique qu’elle puisse paraître, est que Pleynet a récidivé, et qu’une fois encore, elle a fait mieux que Ken Liu qui, jusque là, avait produit le meilleur et le plus intelligent et subtil des UHL, le magistral L’Homme qui mit fin à l’Histoire. Il aura fallu sept ans et une quarantaine d’UHL, mais c’est une femme, la première francophone publiée dans la collection qui, à mon sens et du haut de l’expérience acquise en presque quatre décennies de lectures SF, lui a ravi sa couronne. Je le dis donc haut et fort : non seulement Rossignol est, à ce stade, le meilleur texte d’Audrey Pleynet, non seulement c’est la meilleure et la plus intelligente des novellas publiées dans la collection Une heure-lumière, mais c’est aussi le texte le plus émouvant qui y soit paru, le plus beau également. Je crois d’ailleurs que la distinction de (roman) culte d’Apophis ne suffira sans doute pas à donner la mesure de sa valeur : il faudrait presque inventer les cultissimes d’Apophis ! Continuer à lire « Rossignol – Audrey Pleynet »

The Malevolent Seven – Sebastien de Castell

Constantine + Le Manuel des Plans + un anti-Les Sept Samouraïs = The Malevolent Seven !

Sébastien de Castell est un auteur canadien essentiellement connu dans nos contrées pour le lobbying intense fait à son sujet par L’Ours Inculte (d’ailleurs remercié en postface) et, accessoirement (je plaisante…), pour ses cycles L’Anti-Magicien et Furia Perfax (chez Gallimard Jeunesse), ainsi que pour la traduction du premier tome (éponyme) du cycle Les Manteaux de gloire par Bragelonne, les trois autres et un recueil de nouvelles ne l’ayant pas été par cette maison (malgré, donc, le lobbying intense du camarade Inculte). Son nouveau roman, The Malevolent Seven (à ne pas confondre avec le récent The Maleficent Seven de Cameron Johnston, aux fondamentaux similaires -nous en reparlerons), ne s’inscrit pas dans le même monde que celui commun à tous les autres cycles de l’auteur (y compris Court of shadows, à venir en 2024), et semble être un stand-alone, bien que la fin hurle, à mon sens, la possibilité d’une suite (mais puisse aussi se suffire à elle-même, un peu dans le même esprit que Le Magicien Quantique de Derek Künsken -dont nous reparlerons aussi). Dans une interview (en anglais), le canadien a déclaré avoir écrit ce roman en février 2020 juste pour lui, pour avoir le plaisir de faire de la bonne Sword & Sorcery à l’ancienne, avec des jurons à toutes les pages (ce qu’il n’est pas en mesure de faire dans les livres Young Adult qui constituent désormais la majeure partie de sa bibliographie -et la quasi-totalité de celle traduite dans la langue de Molière). Il n’avait pas l’intention de le publier, mais son agent a demandé à le lire, l’a adoré, ce qui a conduit son éditeur à finalement le sortir.

C’est la première fois que je lis un roman signé par cet auteur, non pas que Les Manteaux de gloire ne m’intéressent pas (bien au contraire, même), mais parce que je me concentre plus, que ce soit pour le blog ou (surtout) pour Bifrost sur les nouveautés, et que ce cycle n’en est plus une depuis longtemps. La sortie de ce roman lisible de façon isolée m’est apparue comme une bonne opportunité de découvrir sa prose sans pour autant me lancer dans un cycle de plus, et je dois dire que sans crier au génie, j’ai bien apprécié cette lecture, même si je placerais le roman, similaire, de Cameron Johnston au-dessus. De plus, sur la fin, j’ai parfois eu du mal à suspendre mon incrédulité, certains points (notamment sur le magicbuilding et le worldbuilding) m’ont paru extrêmement stéréotypés (façon polie de dire que c’était carrément pompé de façon éhontée dans les sources d’inspiration), et je ne suis pas sûr d’avoir entièrement saisi tout ce qui tourne autour d’un des personnages. Je regrette aussi que la couverture soit, à mon sens, très mal conçue, car elle dévoile un point d’intrigue et ça, on aurait pu éviter. Enfin, l’ensemble laisse une impression rushée ou brouillon, et le développement très inégal des personnages pose aussi question. Clairement, donc, si je trouve que c’est un roman de Fantasy sympathique, voire recommandable pour certains profils de lecteurs ET si on n’en attend pas trop, je n’en ferai pourtant pas un des (romans) Culte d’Apophis qui ont donné leur nom à ce blog. Continuer à lire « The Malevolent Seven – Sebastien de Castell »

Himilce – Emmanuel Chastellière

Un grand roman (de Fantasy) Historique

Cette critique a été réalisée dans le cadre d’un service de presse fourni par les éditions Argyll. Un grand merci à Xavier Dollo et Emmanuel Chastellière !

Le 9 juin 2023, paraîtra chez Argyll Himilce, le nouveau roman d’Emmanuel Chastellière. L’auteur ayant fait des études d’Histoire, ses romans de Fantasy (L’Empire du léopard , La Piste des cendres) et ses recueils de nouvelles de New Weird à esthétique Steampunk (Célestopol, Célestopol 1922) ayant une forte composante composante historique (y compris pour les deux livres de Fantasy à poudre se déroulant dans un monde secondaire), et son intérêt, pour ne pas dire son amour, pour l’œuvre de Guy Gavriel Kay, le « pape » de la Fantasy Historique, étant bien connu, il paraissait clair que tôt ou tard, il allait écrire un roman relevant de ce sous-genre.

Ce qui frappe d’emblée est la période historique choisie : comme je l’expliquais dans une récente Apophis Box, la civilisation carthaginoise est très nettement moins exploitée en SFFF que d’autres de la même époque, Rome en tête. Ce qui interpelle ensuite est que la focale n’est pas centrée sur Hannibal, comme on aurait pu s’y attendre… mais sur son épouse, prénommée Himilce, un choix aussi singulier qu’audacieux, ne plaçant dès lors pas (ou disons plutôt pas majoritairement) cette œuvre dans une perspective militaire mais plutôt féminine, pour ne pas dire féministe. Car comme la quatrième de couverture l’explique très bien, un des intérêts (et comme nous le verrons, ce n’est pas le seul) d’Himilce est de tenter de démontrer pourquoi l’Histoire préfère retenir les hommes guerriers plutôt que les femmes promouvant la paix.

Au fil des lectures et des années, j’ai dit d’Emmanuel Chastellière que c’était un auteur prometteur, puis qu’il avait atteint une certaine maturité littéraire, puis qu’il se plaçait désormais parmi les écrivains d’imaginaire français qui comptent (on aimerait un peu plus de SF, par contre, merci  😀 ). Avec Himilce, dont la gestation a été longue, apparemment, il a clairement franchi un palier supplémentaire : si la Fantasy Historique est un sous-genre chéri par nombre d’auteurs français, et un registre où, contrairement à d’autres au sein des littératures de l’imaginaire, ils ont su, et souvent avec brio, se montrer fort convaincants, il manquait au domaine son équivalent de ce qu’est Guy Gavriel Kay chez les anglo-saxons ; non seulement Himilce est le roman le plus abouti d’Emmanuel Chastellière, mais il a su, ce qui n’est pas un mince exploit, se hisser à la hauteur du Kay moyen. Peut-être pas encore à celle des chefs-d’œuvre du canadien (Les Lions d’Al-Rassan ou La Mosaïque de Sarance), mais il n’a clairement rien à envier à la plupart des autres livres de Kay. Et croyez-moi, ce n’est pas le genre de compliment ou de « distinction » que je distribue avec prodigalité ou aisément, ma réputation de critique difficile n’étant plus à faire. Comme nous le verrons, s’il m’a manqué un petit quelque chose pour lui décerner le titre suprême de (roman) Culte d’Apophis, Himilce reste une sortie fort recommandable et, à mon sens, un jalon important dans la carrière de son auteur. Continuer à lire « Himilce – Emmanuel Chastellière »

One day all this will be yours – Adrian Tchaikovsky

Rate sa cible / devient une référence

One day all this will be yours (« Un jour tout ceci sera tien ») est une novella de SF (126 pages au compteur) sortie en mars 2021, signée Adrian Tchaikovsky. Ceux parmi vous qui suivent le Culte de longue date savent que pendant un bon moment, j’ai tenté de suivre le rythme effréné de publication de l’auteur, jusqu’à ce que différents facteurs me conduisent à arrêter, le principal étant que si le britannique est capable d’écrire de très grands romans, courts ou longs, le nombre de bouquins passables, voire assez mauvais, devient lui aussi de plus en plus conséquent (ou récurrent). Et vu que ni mon budget (surtout) ni mon temps de lecture ne sont infinis… Sur ce court roman précis, j’ai d’autant moins été enclin à tenter cette lecture que le camarade Feydrautha avait émis un avis plus que tiède sur la chose. J’ai toutefois gardé dans un coin de ma tête que malgré tout, il évoquait aussi des concepts fascinants et un livre qui aurait pu devenir une référence en matière de guerre temporelle, un sujet qui, vous le savez peut-être, me fascine totalement.

Il y a quelques jours, je me suis aperçu, par hasard, que le prix de One day… avait drastiquement diminué en version électronique (au moment où je tape ces lignes, il est à 1.19 euros), et je me suis dit « Pourquoi pas, après tout, c’est court, et à ce prix là, pas de regrets à avoir ». J’ai donc commencé ce livre, sans grande conviction, à onze heures passé du soir, me disant que j’allais en lire quelques dizaines de pages avant de m’endormir… ce que j’ai fini par faire, après l’avoir lu d’une traite (ce qui ne m’arrive jamais, même pas avec les UHL), à deux heures du matin  😀  Donc, vous dites-vous peut-être, les critiques du camarade Harkonnen étaient infondées, hein ? Eh bien en fait, c’est plus compliqué que ça, comme nous allons le voir ! Continuer à lire « One day all this will be yours – Adrian Tchaikovsky »