Deeds of men – Marie Brennan

Une transition intéressante à défaut d’être indispensable

deeds_of_menDeeds of men est une longue nouvelle qui se situe entre les tomes 1 et 2 du cycle La cour d’Onyx, par Marie Brennan (c’est ce qu’on appelle, sur Goodreads, un « tome 1.5 »). Elle se déroule trente-cinq ans après la fin de Minuit jamais ne vienne et quatorze avant In ashes lie, donc en 1625. Nous suivons un des personnages du tome 1, Michael Deven, qui enquête sur le meurtre de celui qu’il avait choisi comme successeur au poste de Prince à la cour des Fae (je vais y revenir). Pour celles et ceux qui se poseraient la question d’une éventuelle traduction, il se trouve que je l’ai moi-même soumise aux responsables de l’Atalante, qui ont eu la gentillesse de me répondre. En substance, l’idée est présente dans leur esprit, mais aucune décision ferme n’a été arrêtée pour le moment. Je vous invite donc à vous exprimer dans les commentaires de cet article, afin de leur montrer que vous seriez prêts à acheter ladite hypothétique traduction, et de les aider à faire leur choix  😉 Continuer à lire « Deeds of men – Marie Brennan »

The tangled lands – Paolo Bacigalupi / Tobias S. Buckell

Une fantasy alliant un solide fond (principalement écologiste) avec une forme à la fois exotique et sombre 

tangled_lands_bacigalupiContrairement aux apparences, The tangled lands n’est pas tout à fait un roman écrit à quatre mains par Paolo Bacigalupi et Tobias S. Buckell, mais plutôt un fix-up de (longues) nouvelles situées dans le même monde, partageant certains personnages, mentionnant des événements communs, mais pouvant, à part ça, se lire de façon indépendante, même si, lues à la suite, elles forment aussi une seule histoire de la ville de Khaim. Sur ces quatre textes, deux ont déjà été publiés (isolément et dans un recueil -audio- commun nommé The Alchemist and The Executioness), The alchemist de Bacigalupi (traduit chez nous sous le nom L’alchimiste de Khaim) et The Executioness de Buckell, tandis que les deux autres sont inédits (vous trouverez en fin de critique une liste complète de liens vous permettant de faire un tri là-dedans, en VO et en VF).

Les préoccupations écologistes de Bacigalupi sont bien connues, bien que s’exerçant d’habitude dans un registre SF. Ici, elles sont transposées dans un monde secondaire et un contexte de Fantasy, où l’usage de la magie provoque la pousse d’une ronce empoisonnée qui finit par chasser les gens de leurs champs, de leurs mines et de leurs cités, créant des colonnes de réfugiés « climatiques », en quelque sorte. Et lorsqu’on sait que n’importe qui peut potentiellement utiliser la magie et que l’interdiction théorique de l’employer édictée par les autorités est en fait assez peu suivie… Continuer à lire « The tangled lands – Paolo Bacigalupi / Tobias S. Buckell »

Guns of the dawn – Adrian Tchaikovsky

Jane Austen au Vietnam dans une Flintlock Fantasy… antimilitariste ! 

guns_of_the_dawnC’est la troisième fois (après Dans la toile du temps et Dogs of war) que je vous parle sur ce blog d’Adrian Tchaikovsky, mais la première où j’aborde le volet Fantasy de son oeuvre, alors que ce dernier est pourtant largement majoritaire par rapport à la SF. Bien que l’auteur fonctionne plutôt par cycles (dont un de… dix romans !) dans le premier de ces deux genres, Guns of the dawn est au contraire un stand-alone. Il appartient à la Flintlock Fantasy, mais se révèle être un représentant très atypique de ce sous-genre encore récent, car exaltant notamment moins le côté épique du mélange mousquets & magie par rapport aux romans phares que sont La promesse du sang ou Les mille noms. A la place, il nous immerge dans la boue, le sang et surtout la trouille d’une jeune femme de bonne famille projetée dans les horreurs d’une guerre pour la survie d’un certain mode de vie, une boucherie surréaliste pour le contrôle de marais salants, de fondrières et d’une jungle où on n’y voit pas à deux mètres, un environnement qui rappelle souvent les films sur… la guerre du Vietnam. Sa première originalité est donc de relever essentiellement d’une Flintlock Fantasy… antimilitariste. Mais ce n’est pas la seule : en effet, son (long, très long) prologue nous immerge dans un univers qui a plus de points communs avec Jane Austen qu’avec l’épopée Révolutionnaire ou Napolonienne qui est à la base de la Flintlock. J’entends par là qu’on se préoccupe plus de la condition de la femme que d’événements politiques / changements de paradigme ou de grandes conflagrations militaires. Enfin, le niveau technologique place ce roman aux limites de la Flintlock (plutôt centrée sur un monde secondaire inspiré par les années 1789-1815 dans l’immense majorité des cas) et de la Gaslamp Fantasy, voire de l’Arcanepunk sur un point précis de la pré-fin.

Bref, si je devais résumer, nous avons affaire à une Flintlock Fantasy atypique car plus centrée sur l’intime que sur l’épique, plus anti- que pro-militariste, et à un roman très imprégné de Jane Austen mais avec une ambiance qui frôle parfois le film consacré à la guerre du Vietnam ! Autant dire que je ne vous conseillerais pas de commencer votre exploration de la Fantasy à mousquets par lui, il présente trop de particularités pour cela. Parallèlement, comment se situe, au niveau de la qualité, ce livre par rapport à d’autres signés Tchaikovsky ? On va dire que pris globalement, il est (presque) aussi bon que les deux cités plus haut que j’ai eu l’occasion de lire, même s’il présente beaucoup plus de défauts d’écriture qu’eux. Il n’en reste pas moins qu’une fois arrivé à la fin, il a largement mérité d’être estampillé (roman) Culte d’Apophis !  Continuer à lire « Guns of the dawn – Adrian Tchaikovsky »

The infernal battalion – Django Wexler

Un peu déçu

infernal_battalion_wexlerThe infernal battalion est le cinquième et ultime tome du cycle The shadow campaigns, une des deux références absolues de la Flintlock Fantasy. Des cinq romans, c’est celui qui s’éloigne le plus de l’Histoire pour aller vers une pure intrigue Fantasy (rappelons que le tome 1 était un équivalent de la Campagne d’Égypte de Napoléon, le 2 de la Révolution, le 3 de la Terreur et le 4 de la Campagne de Russie). C’est peut-être d’ailleurs ce qui m’a manqué : malgré sa note de 4.4 sur Goodreads, malgré le fait que ce soit un bon roman et qu’il offre une conclusion satisfaisante à cette pentalogie, j’en sors un peu déçu et frustré. J’ai été décontenancé par certaines parties, j’ai trouvé que le côté vraiment épique de la chose arrivait très tard, et globalement, j’ai moins été dans l’émotion qui prend aux tripes que pour la fin des Poudremages (l’autre saga de référence dans ce sous-genre), par exemple. Il n’en reste pas moins que, dans son ensemble, The shadow campaigns reste un cycle hautement recommandable, en Flintlock bien sûr, mais plus généralement en Fantasy.

Toute la question est maintenant de savoir ce que l’auteur va proposer ensuite : un nouvel univers, ou un second cycle dans le même, comme l’a fait McClellan par exemple ? Personnellement, j’ai trouvé que la fin de ce tome 5, si elle concluait tous les arcs scénaristiques de la pentalogie, ouvrait deux perspectives très, très intéressantes pour un éventuel spin-off. J’avoue que j’ai hâte de voir ce que Wexler va publier prochainement !  Continuer à lire « The infernal battalion – Django Wexler »

Engineering Infinity – Collectif

Contrasté mais pas du tout décevant !

engineering_infinityEngineering Infinity est une anthologie établie sous la direction de Jonathan Strahan, un australien naturalisé multi-primé dans l’exercice (trois prix Locus) ou en général (un World Fantasy award pour son travail éditorial, dix nominations aux Hugo). Et de fait, l’homme y est rompu : il a dirigé le travail sur… 41 anthologies en tout ! Celles de la série Infinity, dont Engineering Infinity est la première (parution à la toute fin 2010), concernent des textes de Hard SF devant tracer une route allant du présent au lointain futur. Le projet compte actuellement six numéros, le septième (et ultime) étant attendu le 12 juillet 2018.

Ce premier numéro, comme les autres d’ailleurs, mélange de très grands noms (de la Hard SF ou de la Science-fiction tout court), comme Peter Watts, Stephen Baxter, Charles Stross, Robert Reed, John C. Wright ou Gregory Benford, des écrivains un peu moins connus du grand public comme Hannu Rajaniemi ou Karl Schroeder, ainsi que des auteurs pas franchement célèbres sous nos latitudes (tous les autres). Au total, ce volume 1 rassemble quatorze textes, plus une introduction de l’anthologiste.  Continuer à lire « Engineering Infinity – Collectif »

Of gods and men – Stephen Aryan

Aryan est aussi à l’aise sur la forme courte que sur la longue

of_gods_and_men_aryanOf gods and men est une nouvelle de 70 pages écrite par Stephen Aryan, constituant un prélude à sa trilogie L’âge des ténèbres mais donnant aussi des éléments relatifs au cycle qui suit cette dernière, The age of dread (dont le premier volume, Mageborn, est pour l’instant inédit en français). Elle met en vedette le personnage le plus mystérieux et fascinant de Mage de guerre, Vargus. Elle n’est disponible, comme c’est en général le cas pour ce genre de texte court complétant une série de romans, que sous forme audio ou électronique.

J’attendais beaucoup de ce texte, car je me demandais ce que valait l’auteur sur la forme courte : je dois dire que je n’ai pas été déçu, il est finalement aussi intéressant via cette nouvelle que dans ses romans. Ce qui me fait d’ailleurs penser qu’il faudrait peut-être que je m’intéresse à Mageborn, vu que je n’ai pas eu d’échos d’une éventuelle traduction française par Bragelonne pour le moment.  Continuer à lire « Of gods and men – Stephen Aryan »

Malice – John Gwynne

Retour vers le futur

Malice_gwynneJohn Gwynne est un auteur britannique vivant dans l’East Sussex. Malice est son premier roman, ainsi que le tome inaugural d’une tétralogie à succès (les romans 2 à 4 se baladent entre 4.37 et… 4.47 sur Goodreads, ce qui situe tout de suite le niveau), The faithful and the fallen, achevée en 2016. Le premier tome d’un nouveau cycle (Of blood and bone) situé dans le même univers vient tout juste de paraître. Je voyais souvent revenir le nom de Gwynne lors de mes recherches de livres de Fantasy de valeur à lire en VO, mais le fait que ce soit apparemment de la High Fantasy m’avait un peu refroidi. Heureusement, un article de l’Ours Inculte m’a convaincu que je ratais sans doute quelque chose : étant donné que c’est un des deux critiques dont je suis le plus proche au niveau des ressentis sur nos lectures communes (l’autre étant Boudicca), c’est en toute confiance que je me suis lancé dans la lecture de ce tome 1. Et le constat est là : ce n’est pas encore cette fois que lui et moi serons en désaccord !

Malice, donc, est certes, à la base, de la High Fantasy, combat du bien contre le mal, prophéties, élu et tout le tralala, mais (et c’est un très gros « mais ») revisitée en (petite) partie à la sauce G.R.R. Martin et surtout, dans un style d’écriture et une atmosphère qui ont un fort parfum de… David Gemmell ! Cela aurait pu donner un gloubi-boulga insipide, mais au contraire je viens de lire un des romans qui, globalement (je vais y revenir) est un des plus prenants lus depuis… oh, plus que ça. J’ai retrouvé là-dedans des sensations que la Fantasy avait été en grande majorité incapable de me faire éprouver depuis l’époque bénie des Elric, Princes d’Ambre et autres Seigneur des anneaux de mon adolescence. Gwynne a un éclatant talent de conteur, est un grand créateur de personnages, et malgré la taille du pavé, on en redemande et ça se lit tout seul une fois passé un premier quart un poil laborieux. Certes, ça reste une Fantasy très classique, loin des aspects novateurs de l’Arcanepunk ou de la Flintlock, mais c’est extrêmement efficace, et c’est tout ce qui compte !  Continuer à lire « Malice – John Gwynne »

Sins of Empire – Brian McClellan

Une (énorme) réputation amplement méritée

sins_of_empireSins of Empire est le premier tome d’un nouveau cycle de Flintlock Fantasy signé Brian McClellan, qui se déroule dans le même univers que sa trilogie des Poudremages (dix ans après la fin du tome 3) et en reprend certains personnages. Sur Goodreads, il bénéficie de la note colossale de 4.46 (sur 4105 notations), ce qui, pour information, est (très) largement supérieur à l’écrasante majorité des… prix Hugo et des World Fantasy awards ! (un seul titre récent fait, à ma connaissance, mieux : Battle mage de Peter Flannery -à paraître chez AMI-, avec 4.51). La lecture du cycle précédent n’est pas strictement indispensable, même si elle permet évidemment de mieux saisir certaines choses ou leur donnent un tout autre relief. La même remarque peut être étendue à la nouvelle The Mad Lancers, qui, elle, permet de mieux se rendre compte de certains changements intervenus chez Ben Styke. Enfin, on conseillera aussi éventuellement de jeter un coup d’œil à Ghosts of the Tristan Basin, sans que, là encore, cela soit un pré-requis absolu.

Cette nouvelle trilogie, donc, déplace l’action vers Fatrasta, dix ans après l’indépendance de cette ancienne colonie Kez. Sous la coupe de l’âme de la Révolution, Lindet, et de sa police secrète, le pays voit les tensions monter entre les colons et les indigènes, les Palo. Nous suivrons trois personnages, Ben Styke et Vlora que ceux qui ont lu les Poudremages (ou les nouvelles associées) connaissent déjà, ainsi qu’un petit nouveau, Michel. Les trois se retrouveront liés à un mystérieux avocat, sur fond de troubles créés par un pamphlet, le fameux Sins of EmpireContinuer à lire « Sins of Empire – Brian McClellan »

House of suns – Alastair Reynolds

Un roman qui explose toutes les (dé)mesures ! 

house_of_sunsAlastair Reynolds est un auteur Gallois qui, avant de se consacrer à plein temps à l’écriture (à partir de 2004), faisait partie d’une subdivision de l’ESA (l’Agence spatiale européenne) en tant qu’astrophysicien. Au vu de son expertise scientifique, et de son attitude qui consiste à dire qu’il ne peut utiliser, dans sa science-fiction, un procédé auquel il ne croit pas (le déplacement supraluminique, par exemple), à moins qu’il n’apporte un élément indispensable à l’intrigue, vous ne serez pas surpris d’apprendre (si vous ne le savez pas déjà) qu’il exerce son art dans le registre de la Hard SF, sous-genre dont il est considéré comme un des plus grands maîtres avec des écrivains comme Greg Egan, Stephen Baxter ou Arthur C. Clarke (liste évidemment non-exhaustive). Son cycle des Inhibiteurs, notamment, fait référence, mais le livre dont je vais vous parler aujourd’hui n’en fait pas partie : c’est un roman indépendant, développé à partir d’une novella antérieure, Thousandth night (dont il s’écarte d’ailleurs sans complexe à certains moments, faisant par exemple intervenir des personnages qui y sont morts).

House of suns partage par contre une constante avec le reste de l’oeuvre de Reynolds, à savoir cette conquête spatiale « à la dure », sans moteur hyperspatial, une SF ayant à la fois la vastitude des contextes multi-planétaires du (New) Space Opera, le côté sombre du roman noir et, donc, un certain réalisme dans l’existence (ou pas) des technologies futures, qui restent cohérentes avec les lois de la physique telles qu’on les comprend aujourd’hui (sauf si cela sert, à l’extrême rigueur, un point capital de l’intrigue). Personnellement, j’aime beaucoup cette ambiance, cette idée qu’on ne traverse pas une galaxie en un après-midi en passant en « vitesse-lumière » et en n’y prêtant aucune attention tant la chose est banale, routinière. Mais, dans ce roman, l’auteur va bien, bien plus loin que dans son cycle phare des Inhibiteurs, puisqu’il dilate l’espace humain a la dimension… de la galaxie ! L’univers (et sa démesure !) sont le très, très, très gros point fort de House of suns, même si le roman est par ailleurs critiquable (ou plutôt améliorable) sur quelques points finalement assez mineurs.  Continuer à lire « House of suns – Alastair Reynolds »

The Mad Lancers – Brian McClellan

Les origines de Ben Styke et de son unité de cavalerie rebelle

the_mad_lancersThe Mad Lancers est une nouvelle de 85 pages rattachée au cycle Gods of Blood and Powder (je vous proposerai la critique du tome 1 dans quelques jours : sachez que les événements de ce texte se déroulent douze ans avant), qui lui-même prend place dans le même univers que la trilogie des Poudremages et en reprend quelques personnages. L’un d’entre eux est Ben Styke, un cavalier en armure enchantée qui apparaissait dans la nouvelle Ghosts of the Tristan Basin, donnait un coup de main à Taniel et ressemblait à un mélange entre Arnold Schwarzenegger et le Colonel Kilgore d’Apocalypse Now. C’est la façon dont il a rejoint la Révolution naissante, a formé son unité de cavalerie et peut-être surtout a obtenu leurs fameuses armures magiques qui est racontée dans The Mad Lancers. Si la lecture de ce texte n’est pas, à proprement parler, indispensable, elle éclaire cependant d’un jour nouveau les événements des deux cycles de Flintlock Fantasy de Brian McClellan, et se révèle, comme toujours avec lui, de qualité.  Continuer à lire « The Mad Lancers – Brian McClellan »