The wrong stars – Tim Pratt

Attention, zone de micro-gravitas

the_wrong_starsTim Pratt est un auteur (et poète) américain de SF et de Fantasy vivant à Oakland, Californie. Senior editor pour le magazine Locus, titulaire du Hugo 2007 catégorie « nouvelle » pour son texte Impossible dreams, finaliste du World Fantasy Award 2008, il a publié 18 romans, y compris sous pseudonyme. The wrong stars est son premier Space Opera, et le tome inaugural d’un cycle appelé Axiom. Il déclare, dans la postface, avoir été fortement influencé (entre autres) par Iain Banks et Alastair Reynolds, et le moins qu’on puisse dire est que c’est gros comme une maison à la lecture de son bouquin. Du premier, il a pris ce ton franchement dépourvu de gravitas (concept romain recouvrant les notions de poids de la déclaration, de sérieux, dignité, substance / profondeur du propos, engagement et prise de responsabilité envers la tâche à laquelle on doit faire face) qui a été reproché à l’écossais par une certaine critique (et dont il s’est tellement amusé via ses noms de vaisseaux employant par la suite Gravitas –Very Little Gravitas Indeed, Zero Gravitas, etc– en un comique de répétition). Du second, il a pris un point clef de l’univers.

Le problème est que, outre le fait que ce n’est pas original (c’est un peu trop inspiré par Reynolds à mon goût), tout le sense of wonder (voire un côté thriller, pour ne pas dire SF d’horreur) impulsé par l’inspiration Reynolds est plus ou moins annihilé par le côté léger, dépourvu de gravitas, donc, de l’inspiration Banks. Si on ajoute à cela le fait que je me suis surpris à penser à Becky Chambers plus d’une fois (avec un univers tout de même plus solide), on se retrouve avec un roman qui frôle parfois de très près le Young Adult, alors qu’il commençait plutôt bien et avait tout pour générer frisson et / ou émerveillement. Bref, j’ai un peu de mal à comprendre comment un auteur qui n’en est tout de même pas à son premier livre a pu livrer une copie finale aussi insipide, quelque part.  Continuer à lire « The wrong stars – Tim Pratt »

The autumn republic – Brian McClellan

Une fin de cycle (et de roman) réussie

the_autumn_republicThe autumn republic est le troisième et dernier roman de la trilogie des Poudremages. Pourtant, il ne constitue pas (loin de là, même) la fin de l’exploration de cet univers par l’auteur : outre une dizaine de nouvelles (voir ici et ), Brian McClellan s’est lancé dans un second cycle, Gods of blood and powder, reprenant le même monde et certains des personnages que nous connaissons déjà (y compris via les textes courts, d’ailleurs, qui prennent donc encore plus d’importance pour celui qui veut pleinement saisir les tenants et aboutissants). Je vous proposerai, au premier trimestre 2018, une critique des deux premiers romans de cette nouvelle saga, ainsi que celle de la nouvelle The mad lancers.

Mais revenons à nos moutons : chaque tome des Poudremages est réputé un peu meilleur que le précédent, et celui-ci est supposé offrir un final en apothéose au cycle. Est-ce le cas ? Globalement, oui, même si j’ai eu personnellement un peu plus de mal à entrer dans celui-ci. Mais une fois que cela a été fait, quelle baffe !  Continuer à lire « The autumn republic – Brian McClellan »

Valiant dust – Richard Baker

Une SF (romantico-)militaire à la géopolitique développée et au héros officier, gentleman, prince et socialite !

valiant_dustRichard Baker est un ancien officier de l’US Navy qui, outre l’écriture de treize romans, est aussi et surtout un acteur de premier plan dans le monde du jeu de rôle, ayant (entre autres) participé, que ce soit pour TSR ou Wizards of the Coast, à l’élaboration d’un très grand nombre de livres liés à D&D (de la seconde à la quatrième édition), principalement dans les gammes Forgotten Realms, Birthright et Dark Sun.

Valiant dust est le premier tome d’un cycle de SF militaire appelé Breaker of empires. Si, de prime abord, on peut être tenté d’établir des parallèles avec David Weber, nous verrons que les choses sont plus compliquées et subtiles qu’un banal clonage d’une des références du genre. Mais si sa géopolitique élaborée et ses thématiques sont le gros point fort du livre, il est par contre un poil bancal (sans être mauvais) sur un pur plan militaire. Et nul doute que la forte dose de romance, la condition sociale du héros et sa propension à passer beaucoup de temps dans des événements mondains pourront poser problème à certains lecteurs de SF militaire.  Continuer à lire « Valiant dust – Richard Baker »

Places in the darkness – Chris Brookmyre

Même si le thème central n’est pas original, ce mélange de polar et de SF reste vraiment très solide

pitd_brookmyreChristopher Brookmyre est un écrivain écossais, auteur de polars / thrillers de premier plan (son cycle Jack Parlabane s’est vendu à plus d’un million d’exemplaires, et ce rien qu’au Royaume-Uni !), membre du mouvement littéraire Tartan noir (mêlant les codes du roman écossais classique et ceux du hardboiled, plus des influences européennes). Depuis quelques années, il écrit aussi de la SF, genre dont relève Places in the darkness. Un grand spécialiste du roman noir qui écrit de la Science-fiction, un résumé intéressant, un précédent essai dans le mélange des genres (Bedlam) qui avait été, en son temps, grandement apprécié par Iain M. Banks en personne, voilà qui ne pouvait qu’attirer ma curiosité ! Ma seule crainte était que l’aspect SF ne soit qu’un décor ou un prétexte, mais elle s’est révélée infondée : il est en fait au cœur de l’intrigue.

Au final, même si la thématique SF centrale n’est pas originale, et a été vue (en -un peu- mieux) ailleurs (notamment chez Gérard Klein et Greg Egan), elle reste solidement traitée, et, ajoutée à un aspect polar qui, sans surprise, se révèle très bon, donne un roman très recommandable pour un lecteur anglophone aimant ce style de mélange des genres et d’atmosphère. Continuer à lire « Places in the darkness – Chris Brookmyre »

From darkest skies – Sam Peters

Beaucoup de potentiel, un résultat assez décevant (tout en restant d’un niveau correct)

from_darkest_skies_petersFrom darkest skies est le premier roman de Sam Peters. Les remerciements nous apprennent que l’univers du livre est issu d’une campagne de jeu de rôle (si j’ai bien tout saisi), et que l’auteur n’a lu Carbone modifié de Richard Morgan qu’après avoir écrit son propre livre. Précision heureuse, car il y a en effet certaines (vagues) ressemblances entre les deux œuvres. Mais à vrai dire, j’en verrais plus encore avec celle de Peter Hamilton, lui-même grand utilisateur de policiers du futur (Paula Myo, La grande route du Nord), voire même avec Dan Simmons (l’IA qui enquête sur sa propre mort) et Alastair Reynolds (la dite IA a été construite à partir des aperçus de la personnalité de l’épouse décédée du protagoniste disponibles en ligne, un peu comme la reconstitution d’Eunice Akinya dans la trilogie Les enfants de Poséidon).

Premier roman, donc, et cela se voit : trop ambitieux pour son propre bien, parfois maladroit ou un peu difficile à suivre, From darkest skies n’est pourtant pas dépourvu de qualités, bien au contraire. Sam Peters travaille actuellement sur la suite, Species traitor (il ne s’agit donc pas d’un one-shot, même s’il peut éventuellement se lire comme tel) et aura, on l’espère, corrigé ces défauts de jeunesse.  Continuer à lire « From darkest skies – Sam Peters »

The siege of Tilpur – Brian McClellan

Les aventures du sergent Tamas, 19 ans

siege_of_tilpurThe siege of Tilpur est une nouvelle d’une trentaine de pages s’inscrivant dans le cycle des Poudremages de Brian McClellan. Initialement uniquement disponible dans l’anthologie Unbound parue en décembre 2015, elle est désormais mise à la disposition des lecteurs individuellement. De plus, pendant les deuxième et troisième semaines de Novembre, elle est disponible gratuitement via le site de l’auteur (dans une archive .zip contenant trois formats de fichiers différents, epub, pdf et mobi). Signalons aussi que l’inscription à la newsletter publiée par l’auteur vous donne droit à un exemplaire tout aussi gratuit de la nouvelle Murder at the Kinnen Hotel.

Nous suivons Tamas, 19 ans seulement mais déjà sergent, pendant une des guerres dans le désert de Gurla. Dans la chronologie interne de cet univers, c’est donc le texte le plus ancien, puisqu’il se déroule forcément avant Servant of the crown (où Tamas est Major), qui lui-même se passe 35 ans avant La promesse du sang. Son groupe de combat de 9 hommes et lui font partie des troupes qui doivent monter à l’assaut d’un fort ennemi, Tilpur, si bien défendu, par des soldats, des canons et de la sorcellerie, qu’il s’est révélé imprenable malgré quatre tentatives par trois nations différentes. Et comme souvent dans le cycle, du moins avant la Révolution imposée par Tamas, ce sont les officiers supérieurs, des incompétents qui ne doivent leur position qu’à leurs titres de noblesse, qui posent presque plus de problèmes que l’adversaire du moment !  Continuer à lire « The siege of Tilpur – Brian McClellan »

The grey bastards – Jonathan French

Orcs of Anarchy ! 

grey_bastards_frenchThe grey bastards est le troisième roman de l’auteur américain Jonathan French, et le tome inaugural d’un nouveau cycle (qui porte le même nom). A l’origine un titre auto-publié (c’est sous cette forme que je l’ai acquis il y a quelques mois, sans même m’apercevoir, vu la couverture très pro, qu’il s’agissait de cela -et heureusement pour lui, vu que je ne lis pas d’auto-édités, en temps normal-), il a (ainsi que sa future suite) été acheté par Penguin / Random House, et sera disponible dans une nouvelle édition professionnelle sous la bannière de Crown Publishing en 2018 d’après le site de l’auteur. Tout comme Kings of the Wyld de Nicholas Eames, il transpose un élément très « rock’n’roll » du monde réel dans un univers médiéval-fantastique : chez ce dernier, il s’agissait des groupes de hard / rock des années 60-80, alors que chez French, il s’agit de la série Sons of anarchy, consacrée aux bikers US.

Mais ce roman ne s’arrête pas à cette (excellente) idée de départ, car il y ajoute des personnages qui sont tous ou quasiment des demi-orcs, ainsi qu’un univers de Fantasy Historique (variante : dans un monde secondaire mais très inspiré par le nôtre) entre l’Espéragne de Guy Gavriel Kay et l’Al-Andalus envahi par les orcs de Fabien Cerutti. Et plus on avance, plus l’intrigue prend de l’ampleur, et se démarque du simple copier-coller bien bourrin comme on aime de SoA en abordant des thèmes profonds comme l’esclavage, le racisme, le métissage, les expérimentations humaines, la guerre biologique, etc.  Continuer à lire « The grey bastards – Jonathan French »

Three parts dead – Max Gladstone

Un monde et un système de magie impressionnants

three_parts_dead_gladstoneMax Gladstone est un auteur américain d’Urban Fantasy, d’Arcanepunk, de Fantastique et de SF connu pour son cycle The craft sequence, dont Three parts dead est un des volumes. La particularité de ce roman est que si il s’agit du premier écrit et publié, c’est en revanche le troisième si on tient compte de la chronologie interne de l’univers. En effet, l’auteur avait envisagé dès la conception de la saga que chaque livre ne constituerait pas forcément la continuité du précédent, et pourrait se passer avant (ce qui implique aussi que les lieux de l’action et les protagonistes peuvent être différents -même si, par exemple, nous retrouvons Alt Coulumb et Tara dans le tome 4, et Elayne Kevarian dans le 1-). Il a donc inséré un chiffre dans leurs titres (à part celui du tome 6, qui vient tout juste de sortir), afin de vous donner leur place dans l’ordre chronologique interne. En clair, Three parts dead est le premier publié, mais vu qu’il y a un « three » (trois en anglais) dans son titre, c’est le troisième tome que vous devez lire si vous voulez découvrir l’histoire dans l’ordre chronologique interne à cet univers. Sachez cependant que chaque roman a été conçu également comme un stand-alone, ce qui fait que vous pourriez théoriquement les lire dans n’importe quel ordre (même si certains détails ou références vont vous échapper), voire en lire un seul et pas les autres. Personnellement, j’ai préféré découvrir ces romans dans leur ordre de parution, afin de mieux mesurer l’évolution de l’écriture de l’auteur.

Ce cycle est présenté comme un des plus emblématiques, sinon LE plus représentatif de l’Arcanepunk, sous-genre dont nous avons parlé dans cet article et qui constitue une des pistes de renouvellement de la Fantasy dans les années à venir. Il va se poursuivre, en 2018, via la publication de novellas.  Continuer à lire « Three parts dead – Max Gladstone »

The traitor Baru Cormorant – Seth Dickinson

A côté de ce roman, le Trône de Fer est du YA !

baru_cormorantSeth Dickinson est un écrivain américain de SF et de Fantasy, dont The traitor Baru Cormorant (simplement connu, dans son édition britannique, sous le nom de The traitor) est le premier roman. Il a terminé sa suite, The monster Baru Cormorant, en juillet 2017, soumettant un colossal manuscrit de… 1104 pages ! C’est également un auteur de nouvelles assez prolifique pour divers sites ou magazines consacrés aux littératures de l’imaginaire, et il a aussi travaillé sur deux jeux vidéo.

Issu d’une nouvelle écrite en 2011, The traitor Baru Cormorant est un roman de Hard Fantasy, sous-genre qui tente de proposer des mondes plus réalistes que dans la Fantasy moyenne. Attention, cela ne signifie pas (forcément) gommer les éléments emblématiques du genre (bien que ce soit le cas ici), comme les dragons, la magie ou les races imaginaires (elfes, nains, etc), mais plutôt donner aux aspects géopolitiques, économiques ou technologiques une précision et un degré de développement qu’ils n’ont pas d’habitude.

Mais ce livre est surtout un véritable modèle de (Grim)dark Fantasy : du côté dystopique à la complexité psychologique des personnages en passant par l’ambiance très noire à certains points-clefs de l’intrigue, nous sommes devant un exemple très pur de ce sous-genre. Et pourtant… The traitor Baru Cormorant m’a offert des moments d’émotion comme j’en ai rarement vécu en Fantasy. Son début et sa fin offrent une intensité assez extraordinaire, qui peuvent aisément faire oublier quelques longueurs au milieu.  Continuer à lire « The traitor Baru Cormorant – Seth Dickinson »

The last good man – Linda Nagata

Un contexte et des personnages très solides, mais un roman globalement un peu long et qui manque un poil de nervosité

last_good_man_nagataLinda Nagata est une auteure américaine basée à Hawaï, publiant ses livres sous son propre label, Mythic Island Press, et titulaire d’un prix Locus et d’un Nebula. Un seul de ses romans a été traduit en français. Connue pour être la reine du nanopunk, elle s’est réorientée ces dernières années vers une SF militaire (à fort aspect thriller) se déroulant dans un futur proche. Après sa trilogie Red, son nouveau livre (un one-shot), The last good man, nous plonge à nouveau dans ce type de contexte.

SF d’anticipation, Postcyberpunk, The last good man est aussi une SF militaire d’un type paradoxalement assez marginal, dans le sens où elle se passe sur Terre, sans vaisseaux spatiaux et dans un futur très proche. On peut d’ailleurs être étonné par le fait que ce genre de background ne soit finalement que minoritaire en SF militaire, même si certains techno-thrillers sont plus ou moins à la limite du genre.  Continuer à lire « The last good man – Linda Nagata »