Embers of war – Gareth L. Powell

Peut-être pas très original, mais en tout cas intéressant ! 

embers_of_warGareth L. Powell est un auteur britannique qui était jusqu’ici surtout connu pour son uchronie Ack-Ack Macaque (oui, c’est le vrai titre…), titulaire du British Science-Fiction Award 2013. C’est même d’ailleurs une uchronie dans une uchronie, puisqu’on y parle d’un jeu vidéo qui décrit une Seconde Guerre mondiale alternative au sein d’un contexte où la France et la Grande-Bretagne ont fusionné.

Embers of war, premier roman de la trilogie du même nom (les volumes suivants, Fleet of knives et Light of impossible stars, sortiront respectivement en février 2019 et 2020 -et seront critiqués sur ce blog-), est sur un registre différent, puisqu’il s’agit d’une SF « à la Iain Banks ». Alors attention, si j’ai apprécié ma lecture, je n’irais cependant pas, pour ma part, dire, comme la citation en première de couverture, que Powell rejoint cet auteur, Alastair Reynolds ou Peter Hamilton au premier plan de la SF, même britannique. S’il s’agit d’un livre agréable, son manque flagrant d’originalité, pour ne pas dire sa copie servile de Banks, est tout de même un gros handicap pour tresser à Powell de tels lauriers. Pour ma part, j’attendrai de voir dans quelle direction partent les tomes 2 et 3 avant de me prononcer.

Notez que même les non-anglophones parmi vous vont pouvoir se faire leur propre opinion, puisque les droits de ce roman ont été achetés par Lunes d’encre. Continuer à lire « Embers of war – Gareth L. Powell »

Empire of sand – Tasha Suri

Quand t’es dans le désert, depuis trop longtemps… *

empire_of_sand_suri* Jean-Patrick Capdevielle, 1979.

Tasha Suri est une autrice (et libraire) britannique d’origine Pendjabi, installée à Londres. Empire of sand est son premier roman et le tome inaugural du cycle The books of Ambha. Ce dernier comprendra au moins un autre livre, Realm of ash (consacré au personnage d’Arwa, devenu adulte), et les différents opus seront lisibles comme des stand-alone, même s’ils se déroulent dans le même monde (ils en visiteront d’ailleurs différentes parties) et partagent parfois des protagonistes communs.

Ce livre a plusieurs particularités, mais la plus évidente est qu’il propose un univers et une magie inspirés par l’Inde, particulièrement celle de la période Moghole. Il a donc au moins le mérite d’offrir au lecteur féru de Fantasy une ambiance radicalement différente de celle, européenne, celtique / romaine / nordique à laquelle il est habitué. Ceci, conjugué au talent de conteur de l’auteure, ainsi qu’à vingt-cinq premiers % enthousiasmants, aurait donc dû en faire une lecture de qualité. Malheureusement, les trois autres quarts sombrent brusquement dans une romance à l’eau de rose, un rythme d’une lenteur géologique et tiennent plus du pensum que du chef-d’oeuvre. Je ne dirais pas que nous tenons là ma déception de l’année (le simple fait que je prenne la peine d’écrire une critique sur ce livre montre 1/ que je l’ai fini et 2/ qu’il y a tout de même quelque chose à y sauver), mais en tout cas j’avoue que rien ne présageait une dégringolade pareille dans un bouquin qui, au début, me faisait penser à… la Trilogie de l’empire de Feist / Wurts ! Continuer à lire « Empire of sand – Tasha Suri »

The monster Baru Cormorant – Seth Dickinson

The fall of Baru Cormorant ?

monster_baru_cormorantThe monster Baru Cormorant est le second tome du cycle également nommé d’après ce personnage, et fait suite à The traitor Baru Cormorant, sans aucun doute une de mes lectures les plus marquantes en 2017. Mais comme le dit si bien l’expression, plus on s’élève, et plus dure sera la chute. En effet, ce deuxième livre concentre et amplifie tous les défauts de son prédécesseur, sans pour autant proposer les quinze premiers et derniers % extraordinaires qui faisaient tout son intérêt (et pourtant, de bonnes fées se sont penchées sur son berceau : Kameron Hurley, Max Gladstone, Yoon Ha Lee et même la multi-primée Ann Leckie). La déception est donc cruelle, même si certaines révélations de la fin font que je n’exclue pas totalement de lire le tome suivant. Il faut en effet savoir que Seth Dickinson a soumis à son éditeur un manuscrit si colossal (1104 pages !) que celui-ci a décidé de le couper… en trois. De diptyque, le cycle s’est donc (à ma connaissance) transformé en tétralogie.

J’attire votre attention sur le fait que la moindre ligne de ce qui suit est un énorme spoiler sur la fin du tome 1 : si vous n’avez pas lu celui-ci, je vous conseille donc de passer directement à la conclusion (oui, j’aime passer trois heures à rédiger des critiques que 99% des gens ne pourront donc pas lire…).  Continuer à lire « The monster Baru Cormorant – Seth Dickinson »

The snow of Jinyang – Zhang Ran

Un des précurseurs du Silkpunk

clarkesworld_117_zhang_ranAlors que sort La grâce des rois de Ken Liu, il est temps de reparler sur ce blog du Silkpunk, ce sous-genre à la fois du Steampunk et de la Fantasy dont les contours ont été définis par l’auteur sino-américain. Définis, certes, mais pas créés : il avoue lui-même que plusieurs textes antérieurs au sien peuvent être, rétroactivement, classés dans le Silkpunk, et celui dont je vais vous parler aujourd’hui en fait partie selon lui (même si en fait, il relève plus, à mon sens, d’un autre genre, dont je vais soigneusement éviter de trop vous parler). Il s’agit de la nouvelle The snow of Jinyang, signée par Zhang Ran (selon les conventions asiatiques, Ran est son prénom et Zhang son nom de famille), auteur chinois, ancien journaliste et analyste qui tient désormais un café dans le sud de son pays. Ce texte est disponible gratuitement (en anglais) via le site du magazine Clarkesworld (une traduction dans la langue de Shakespeare depuis le mandarin a été publiée dans son numéro 117 -la version originale a été publiée en Chine en janvier 2014-), soit sous forme écrite (clic), soit sous forme audio (clic). Continuer à lire « The snow of Jinyang – Zhang Ran »

Bloody Rose – Nicholas Eames

Et de deux !

bloody_rose_eamesBloody Rose est le deuxième opus (je pense que ce terme, d’habitude employé pour des disques, n’est ici en rien usurpé) du cycle The Band, par Nicholas Eames. C’est la suite du formidable Kings of the Wyld, dont je vous disais il y a un peu plus d’un an le plus grand bien et que j’ai hâte de voir débarquer en français (il a été acheté par Bragelonne : source). Le tome 3, lui, est prévu pour 2019 (vivement !). Kings of the Wyld proposait un univers qui était, paradoxalement, à la fois extrêmement classique (notamment du fait de sa filiation assumée avec celui de Donjons & Dragons) et complètement novateur : le point central de sa construction était en effet que les compagnies d’aventuriers et de mercenaires étaient structurées comme des groupes de Rock et adulées comme eux. Ce qui faisait son énorme charme était aussi le cocktail unique, à la fois épique, humoristique et plein d’émotion, que Nicholas Eames avait su créer.

Dès lors, deux questions se posaient à propos de sa suite : l’auteur allait-il réussir à maintenir l’intérêt de son lecteur une fois l’effet de surprise du premier tome passé, et pourrait-il maintenir l’équilibre parfait entre les ingrédients précédemment cités dans un second roman ? Eh bien si l’on prend Bloody Rose dans sa globalité, la réponse est oui, même si son premier tiers peut faire un peu douter et si l’ambiance est bien plus sombre que dans le livre précédent (ce qui n’empêche pas les scènes humoristiques !). Au final, cependant, ce tome 2 s’est avéré être plus qu’à la hauteur de son prédécesseur et de mes attentes, et ne devrait pas décevoir celles des fans de SagaContinuer à lire « Bloody Rose – Nicholas Eames »

War cry – Brian McClellan

Machine-gun & Sorcery

war_cryBrian McClellan est un auteur américain qui a produit le meilleur cycle de la jeune histoire de la Flintlock Fantasy (voir mon article), les Poudremages. Il sort aujourd’hui un roman court qui n’y est pas lié et propose un tout nouvel univers. Comme vous pouvez vous en douter avec un écrivain qui semble avoir, comme votre serviteur, développé une profonde lassitude envers le médiéval-fantastique, ce nouveau contexte ne s’inspire pas tout à fait de l’Europe, et certainement pas du Moyen Âge. On aurait pu penser que McClellan allait, comme Adrian Tchaikovsky avant lui (dans Guns of the dawn), placer son histoire dans un cadre rappelant la Guerre de Sécession, mais il a en fait décidé de sauter une étape, et, grimpant dans les branches de l’arbre taxonomique, de passer de la Flintlock Fantasy à l’Arcanepunk, dont il devra désormais être considéré comme un des maîtres, à l’égal de Max Gladstone. Car War cry rappelle la Seconde Guerre mondiale… mais dans un monde secondaire (imaginaire) où la sorcellerie existe ! Bref, après la sword & sorcery, il faudra désormais aussi parler de machine-gun (ou de bomber) & sorcery !

Même si je lui ai trouvé quelques facilités sur la fin, il n’en reste pas moins qu’une fois de plus, McClellan nous offre un texte magistral, plein d’émotions variées, au rythme haletant et à l’univers totalement hors-norme dans un genre, la Fantasy, ultra-sclérosé.  Continuer à lire « War cry – Brian McClellan »

The fated sky – Mary Robinette Kowal

Un tome 2 franchement décevant

the_fated_sky_kowalThe fated sky est la suite de The calculating stars, et le troisième texte du cycle Lady Astronaut dans l’ordre de publication (le second dans la chronologie interne de cet univers). Notez d’ailleurs qu’une scène avec Dorothy fait le lien avec la nouvelle The lady astronaut of Mars. Si le premier roman était globalement intéressant, même si un peu trop marqué par le récit de la vie personnelle de son héroïne (au détriment d’un aspect social, uchronique et Hard SF), sa suite s’avère franchement décevante, tant elle règle finalement peu des défauts du volet initial du diptyque mais les concentre en revanche souvent.

Un point en particulier (même s’il n’est pas le seul) explique en partie ma désaffection pour cette suite par rapport au tome 1, que j’ai comparativement beaucoup plus apprécié : une sensible différence d’atmosphère. Certes, The calculating stars montrait des événements tragiques, injustes, des difficultés, bref un monde, une société et des personnages qui en bavaient, mais globalement, ces derniers faisaient face à ces épreuves dans un esprit positif. Alors que dans The fated sky, dès le début, le ton est plus sombre. Plus réaliste, dirons certains. Certes. Mais il n’empêche que le contraste est violent, sans doute trop.  Continuer à lire « The fated sky – Mary Robinette Kowal »

Foundryside – Robert Jackson Bennett

Peut-être le meilleur système de magie de toute l’histoire de la Fantasy !

foundryside_2Robert Jackson Bennett est un auteur américain de SFFF, d’Horreur et de thriller (certains livres mélangeant d’ailleurs plusieurs de ces aspects). Plutôt prolifique (le roman dont je vous parle aujourd’hui est le huitième en autant d’années), il n’avait jusque là été que peu traduit (une seule fois, et par Eclipse -donc autant dire zéro, vu le peu de sérieux en matière de promotion et de suivi de cette maison-), du moins jusqu’à ce qu’Albin Michel Imaginaire décide de faire de son American Elsewhere un de ses trois titres de lancement, en octobre 2018. Il était jusqu’ici connu pour une trilogie de Fantasy, The divine cities.

Foundryside, le premier tome de la Founders trilogy, relève également de ce genre. Et autant le dire tout de suite, nous avons ici affaire à ce qui est sans doute la sortie anglo-saxonne de l’année, et probablement le meilleur système de magie de toute l’histoire de la Fantasy. Et en plus, l’écriture est excellente, l’intrigue passionnante et les personnages attachants ! Continuer à lire « Foundryside – Robert Jackson Bennett »

The calculating stars – Mary Robinette Kowal

Conquête spatiale, conquête des droits

calculating_starsThe calculating stars fait partie du cycle Lady astronaut, dont il est le second texte publié mais le premier dans la chronologie interne de cet univers. Il explique donc (ainsi que le roman suivant, à paraître dans quelques semaines, The fated sky) la façon dont on en est arrivé au monde de The lady astronaut of Mars. Mélange d’Atompunk (Steampunk des années 45-65 ; l’auteure, elle, parle, dans la postface, de « punchcard punk », étant donné que l’informatique plus primitive de son univers fonctionne aux cartes perforées), donc d’uchronie rétrofuturiste, et de Hard SF / SF post-apocalyptique, le roman propose aussi au lecteur une intrigue qui mêle différentes strates de lecture : évolution sociale (possibilités professionnelles offertes aux femmes ou aux personnes de couleur), course à l’espace uchronique avec une exploitation réaliste de la science et de la technique, mais aussi (et peut-être surtout) une immersion pleine de sensibilité et d’émotion dans la vie d’un couple, confronté, de la première à la dernière ligne, à des défis extraordinaires.

Une fois de plus, Mary Robinette Kowal livre un très bon texte, même si pas tout à fait dépourvu de certains défauts, au minimum pour des profils bien précis de lecteurs. Je vais donc essayer de vous décrire le plus précisément possible ce qui peut vous plaire… ou pas là-dedans.  Continuer à lire « The calculating stars – Mary Robinette Kowal »

Loss of signal – S.B. Divya

Devenir autonome, devenir un homme

loss_of_signal_divyaC’est la deuxième fois que je vous parle sur ce blog de S.B. Divya, après la critique de Runtime. Je vais vous présenter aujourd’hui une courte nouvelle, Loss of signal, que vous pouvez lire gratuitement (en anglais) sur cette page du site de Tor. Signalons d’ailleurs qu’il s’agit d’un banc d’essai tout à fait adéquat pour qui voudrait tester sa capacité à lire en anglais.

Comme Runtime, ce texte relève du Postcyberpunk, mais pousse beaucoup plus loin le curseur du transhumanisme, dans une perspective plus ou moins proche de celles de Le vaisseau qui chantait d’Anne McCaffrey, du cycle Les orphelins de la Terre de Sean Williams et Shane Dix ou encore de Nous sommes Bob de Dennis E. Taylor. Et comme dans la novella précédente de l’auteure, on se retrouve avec une SF intelligente et sensible, où le lecteur conçoit une vraie empathie pour le protagoniste, et dans un futur qui n’est ni dystopique, ni outrageusement optimiste. Ken Liu a déclaré qu’il voyait en Divya une nouvelle star potentielle de la Science-Fiction, et après avoir lu deux de ses textes, force est de constater qu’elle fait preuve d’une habileté redoutable dans la rédaction de sa prose.  Continuer à lire « Loss of signal – S.B. Divya »