Loss of signal – S.B. Divya

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Devenir autonome, devenir un homme

loss_of_signal_divyaC’est la deuxième fois que je vous parle sur ce blog de S.B. Divya, après la critique de Runtime. Je vais vous présenter aujourd’hui une courte nouvelle, Loss of signal, que vous pouvez lire gratuitement (en anglais) sur cette page du site de Tor. Signalons d’ailleurs qu’il s’agit d’un banc d’essai tout à fait adéquat pour qui voudrait tester sa capacité à lire en anglais.

Comme Runtime, ce texte relève du Postcyberpunk, mais pousse beaucoup plus loin le curseur du transhumanisme, dans une perspective plus ou moins proche de celles de Le vaisseau qui chantait d’Anne McCaffrey, du cycle Les orphelins de la Terre de Sean Williams et Shane Dix ou encore de Nous sommes Bob de Dennis E. Taylor. Et comme dans la novella précédente de l’auteure, on se retrouve avec une SF intelligente et sensible, où le lecteur conçoit une vraie empathie pour le protagoniste, et dans un futur qui n’est ni dystopique, ni outrageusement optimiste. Ken Liu a déclaré qu’il voyait en Divya une nouvelle star potentielle de la Science-Fiction, et après avoir lu deux de ses textes, force est de constater qu’elle fait preuve d’une habileté redoutable dans la rédaction de sa prose. 

Contexte

Dans un futur visiblement assez proche, Toby Benson, 19 ans, va reproduire la mission Apollo 8 (la seconde du programme) en se mettant en orbite lunaire. « Hein, un astronaute de 19 ans, c’est réaliste, ça ? », vous demandez-vous peut-être… Eh bien vous partez d’une mauvaise hypothèse : car Toby n’est pas le pilote… mais le vaisseau !

Petit retour en arrière : l’adolescent avait une maladie dégénérative des nerfs et des muscles, et à 16 ans, confiné à un fauteuil roulant et mourant, il s’est vu offrir une alternative permise grâce aux progrès de la technologie, à savoir devenir un hybride homme-machine, son cerveau étant extrait de son corps pour être placé dans une unité cybernétique capable de piloter un astronef. Oui, voilà, comme chez Anne McCaffrey. Si on vous offrait le choix entre mourir et marquer l’Histoire dans le programme spatial, que choisiriez-vous ?

La mission du jour est cruciale : elle doit prouver que l’Humanité n’a pas besoin de corps pour peupler un vaisseau, et pas besoin non plus d’attendre la mise au point d’une Intelligence Artificielle. Seul souci potentiel : Toby appréhende la perte de contact avec Houston (et avec sa mère, qui lui a tout sacrifié) lorsqu’il passera dans l’ombre de la Lune. Il devra donc prendre son courage à deux mains (virtuelles) pour affronter le silence des espaces infinis.

Mon sentiment

Il est simple : c’est encore une fois une claque. Certes, c’est un texte d’apprentissage (le terme de coming-of-age anglo-saxon étant même encore plus adapté, dans ce cas), ce qui, en SFFF, est loin d’être une rareté (encore que, c’est nettement plus répandu en Fantasy qu’en SF), mais en un nombre ridicule de pages, S.B. Divya se débrouille pour décrire un monde crédible, un personnage pour lequel on a une forte empathie, pour raconter son histoire (des flash-backs nous montrent l’évolution de sa maladie et sa relation avec sa mère) et une intrigue prenant en compte tout cela (même si, honnêtement, la fin est un poil abrupte, ce qui est, il faut bien le dire, cependant un défaut de beaucoup de nouvelles).

Une fois de plus, j’ai été impressionné par la capacité de l’auteure à se maintenir sur cette ligne étroite qui sépare l’émotion vraie du pathos larmoyant, le sincère du sensationnaliste, l’écrivain qui écrit avec ses tripes de celui qui cherche le mot ou la tournure qui va faire vendre. Et le monde est sur le même registre : ni parfait, ni dystopique, une projection réaliste et nuancée du nôtre, dans un futur crédible.

Bref, je relirai Divya avec plaisir. Il serait d’ailleurs temps que les éditeurs, y compris anglo-saxons, se penchent plus sérieusement sur son cas, car pour l’instant, sa prose est essentiellement confinée à des magazines et des anthologies.

Niveau d’anglais : facile.

Probabilité de traduction : possible.

Pour aller plus loin

Si vous souhaitez avoir un deuxième avis sur cette nouvelle, je vous conseille la lecture des critiques suivantes : celle de Gromovar,

***

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4 réflexions sur “Loss of signal – S.B. Divya

  1. Arrête Apo! Je n’ai pas TANT de temps que cela (pour lire et chroniquer, j’ai déjà passé plus de 4heures sur la chronique de Tigane…). Choisis des trucs qui ne me donneront pas envie de le lire à peine la lecture de ta critique achevée.

    Aimé par 1 personne

  2. moi j’ai surtout apprécié le rôle de la mère et sa force de caractère qui transpire dans sa relation avec son fils (c’est lui qui raconte) parce qu’en effet la dimension « nouvelle » ne permet pas d’aborder en profondeur le thème du transfert de l’esprit humain dans des machines l’auteur s’est recentré sur l’affectif J’ai jugé la nouvelle plutôt « bon enfant » Et oui, bravo à TOR pour son espace free qui permet de découvrir de nouveaux auteurs et souvent des nouvelles qui sont autant de perles venant enrichir notre imaginaire

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