The snow of Jinyang – Zhang Ran

Un des précurseurs du Silkpunk

clarkesworld_117_zhang_ranAlors que sort La grâce des rois de Ken Liu, il est temps de reparler sur ce blog du Silkpunk, ce sous-genre à la fois du Steampunk et de la Fantasy dont les contours ont été définis par l’auteur sino-américain. Définis, certes, mais pas créés : il avoue lui-même que plusieurs textes antérieurs au sien peuvent être, rétroactivement, classés dans le Silkpunk, et celui dont je vais vous parler aujourd’hui en fait partie selon lui (même si en fait, il relève plus, à mon sens, d’un autre genre, dont je vais soigneusement éviter de trop vous parler). Il s’agit de la nouvelle The snow of Jinyang, signée par Zhang Ran (selon les conventions asiatiques, Ran est son prénom et Zhang son nom de famille), auteur chinois, ancien journaliste et analyste qui tient désormais un café dans le sud de son pays. Ce texte est disponible gratuitement (en anglais) via le site du magazine Clarkesworld (une traduction dans la langue de Shakespeare depuis le mandarin a été publiée dans son numéro 117 -la version originale a été publiée en Chine en janvier 2014-), soit sous forme écrite (clic), soit sous forme audio (clic).

Univers

Contrairement au texte de Liu, qui prend place dans un monde imaginaire, celui de Zhang se déroule dans une variation uchronique du nôtre, en l’an 979. Alors que la Chine est divisée en multiples nations rivales, la ville de Jinyang est la capitale de la dernière d’entre elles (le Han du nord) à ne pas avoir été conquise par l’armée Song (qui cherche à unifier le pays). L’intrigue se déroule d’ailleurs alors que la cité est assiégée depuis près de dix mois. Et autant le dire, le lecteur va vite s’apercevoir que cet an 979 là n’a rien de commun avec le nôtre, puisque la seconde ligne de la nouvelle explique qu’un des personnages est… sur internet ! (même si celui-ci est très particulier).

Et ce n’est qu’un des appareils rétrofuturistes qu’on croise dans le roman : il y a, par exemple, des « voitures » qui sont un étrange mélange entre un moteur à vapeur et à pétrole, ainsi… que des Ray-Ban et même un « sabre » de lumière 😀 . Ce qui me permet de vous rappeler le principe de base du Silkpunk : c’est un peu comme du Steampunk, mais avec une esthétique / un cadre sinisant plutôt que Victorien. Et souvent beaucoup plus d’éléments fantastiques (chez Jy Yang et Richard Garfinkle -dont je vais prochainement vous reparler-, notamment).

Base de l’intrigue

Tout commence par l’arrestation de Zhu Dagun, qui était apparemment espérée par ce dernier, qui fait semblant de résister. Nous suivons ensuite Guo Wanchao, un général invité à faire partie d’une conspiration visant à livrer la ville aux Song qui l’assiègent, histoire d’éviter au peuple plus de souffrances et de s’attirer la bienveillance de leur chef (qui n’est pas vraiment connu pour cette qualité !). Ce qui serait d’autant plus pertinent que les Liao, d’origine étrangère, sont aussi une menace potentielle pour la ville, et que celle-ci préfère courber l’échine devant une puissance qui partage sa langue et sa culture plutôt que devant des gens avec qui elle n’a rien en commun.

La tâche de Guo est d’ouvrir certaines des portes pour que le changement de régime ne tourne pas au massacre. Le seul problème est de convaincre l’Institut de la cité de l’est (une des trois parties de la ville, deux étant séparées par la rivière Fen et la troisième, minuscule, les connectant), la source de toutes les améliorations technologiques locales, d’ouvrir lesdites portes et de neutraliser les systèmes de défense. Mais on parvient vite à la conclusion qu’assassiner son chef, le Prince Lu (un mystérieux personnage, sorti de nulle part avec sa technologie miraculeuse), est plus simple s’il ne veut pas faire ce qu’on lui demande. Comme l’Institut recrute chez les prisonniers pour ses expériences, on pense en convaincre un d’accepter la mission. Et devinez qui est choisi ? Mais oui, quelqu’un qui passe son temps à se plaindre du gouvernement et à donner son opinion (que personne ne lui demande…) sur le net, un certain Zhu Dagun, une vieille connaissance de Guo. Mais les choses se compliquent pour l’activiste quand quelqu’un d’autre lui demande, tout au contraire, d’inciter le Prince à résister aux Song. Et le comble est atteint quand une troisième faction veut, à son tour, le charger de porter un message d’une autre nature à Lu. Au final, le voilà chargé de trois missions par trois factions aux objectifs incompatibles : se rendre, se battre ou fuir !

Ressenti / Analyse

Sur le plan rétrofuturiste, la description de la version locale de l’internet est un régal d’inventivité. Je vous laisse découvrir ça, mais disons qu’il n’a rien à voir ou presque avec des câbles ethernet en métal, des électrons et des disques durs, mais plutôt avec des fils de soie !

La nature du Prince Lu est évidente dès que l’auteur commence à parler de certaines expressions incompréhensibles qu’il utilise, et fait que cette nouvelle relève en partie d’une division taxonomique des littératures de l’imaginaire propre à la Chine dont je n’avais jamais entendu parler, alors que comme vous le savez désormais tous, je m’intéresse de près au domaine. Comme quoi, on en apprend tous les jours… Mais plus généralement, The snow of Jinyang s’inscrit tout à fait dans la lignée de célèbres textes signés par de tout aussi prestigieux auteurs, que je ne vais pas citer pour ne pas spoiler (un assez proche équivalent ayant été chroniqué sur ce blog : cliquez ici si vous n’avez pas peur de vous spoiler).

On signalera aussi les traits d’humour savoureux qui parsèment le texte, et qui en rendent la lecture fort agréable (seule la partie alchimique est un poil fastidieuse, mais elle est heureusement courte), même si le ton du dernier chapitre est très différent et tranche avec le reste. Pour autant, mine de rien, The snow of Jinyang est aussi un coup de poignard au contrôle exercé par le gouvernement chinois réel sur l’internet, ainsi qu’un hommage aux activistes qui ont le courage d’exprimer leurs opinions en ligne, et a donc un côté militant et sérieux.

Au final, que cette nouvelle relève du Silkpunk et / ou d’autre chose, elle se révèle être une lecture à la fois dépaysante et agréable (bien que prévisible et à la fin assez surprenante tant son ton tranche avec le reste), et c’est bien là tout ce qui compte ! Si, de plus, vous souhaitez découvrir plus de textes de Silkpunk après avoir lu La grâce des rois et que vous êtes anglophone, voilà une lecture recommandable autant que rapide.

Niveau d’anglais : assez facile.

Probabilité de traduction : faible.

Pour aller plus loin

Le Silkpunk sur Le culte d’Apophis : The black tides of Heaven, The red threads of Fortune, The descent of monsters.

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14 réflexions sur “The snow of Jinyang – Zhang Ran

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