The fated sky – Mary Robinette Kowal

Un tome 2 franchement décevant

the_fated_sky_kowalThe fated sky est la suite de The calculating stars, et le troisième texte du cycle Lady Astronaut dans l’ordre de publication (le second dans la chronologie interne de cet univers). Notez d’ailleurs qu’une scène avec Dorothy fait le lien avec la nouvelle The lady astronaut of Mars. Si le premier roman était globalement intéressant, même si un peu trop marqué par le récit de la vie personnelle de son héroïne (au détriment d’un aspect social, uchronique et Hard SF), sa suite s’avère franchement décevante, tant elle règle finalement peu des défauts du volet initial du diptyque mais les concentre en revanche souvent.

Un point en particulier (même s’il n’est pas le seul) explique en partie ma désaffection pour cette suite par rapport au tome 1, que j’ai comparativement beaucoup plus apprécié : une sensible différence d’atmosphère. Certes, The calculating stars montrait des événements tragiques, injustes, des difficultés, bref un monde, une société et des personnages qui en bavaient, mais globalement, ces derniers faisaient face à ces épreuves dans un esprit positif. Alors que dans The fated sky, dès le début, le ton est plus sombre. Plus réaliste, dirons certains. Certes. Mais il n’empêche que le contraste est violent, sans doute trop. 

Situation

Ce second roman commence en février 1961, soit deux ans et demi après la fin de son prédécesseur. Une colonie a été installée sur la Lune, où vivent 200 personnes, dont 50 en permanence (y compris Eugene et Myrtle, le couple qui a accueilli Elma et Nathaniel après la chute du Météore). Elma vit six mois par an sur notre satellite, où elle sert de « chauffeur de bus », comme elle le dit, à des techniciens ou scientifiques, les convoyant de la base à divers endroits sur la surface sélène. Elle a d’ailleurs un co-pilote dont le nom sera loin d’être inconnu pour le lecteur moyen, à savoir Gus Grissom (j’ai d’ailleurs trouvé très sympathique le fait que l’auteure donne à ce personnage, mort en 1967, la chance « posthume » de marcher sur la Lune). Nathaniel, lui, est resté sur Terre, où il dirige le programme martien (la première sonde vient de se poser à la surface de ce monde).

Elma s’ennuie, et envisage même de quitter le programme spatial. Elle a d’ailleurs renoncé, de sa propre initiative, à la mission martienne. Mais lors d’un retour sur Terre, une défaillance de sa fusée va l’exposer à une prise d’otages par des membres d’Earth First (mouvement qui prône la fin de la colonisation de l’espace et la ré-attribution des crédits à la reconstruction), ce qui va la replacer sous les feux de la rampe (de lancement, mouahaha). Et de fait, elle va prendre la place d’Helen (personnage du tome précédent, qu’on retrouve dans cette suite, comme la plupart d’entre eux), ce qui va lui donner une très mauvaise image auprès des onze autres astronautes de l’expédition… De plus, comment concilier cette mission de 3 ans imprévue avec sa vie de couple, ou son éventuel projet d’avoir un enfant ?

Structure

Après une partie relativement courte qui décrit l’intégration d’Elma dans le programme martien, son entraînement, ses conversations avec Nathaniel sur le fait d’y aller ou pas, etc, on passe au vif du sujet, à savoir la mission martienne. Alors évacuons tout de suite une interrogation (ma foi fort légitime) de ceux qui ont lu le tome 1 (et surtout sa fin à mon sens bâclée) : quelle est la place exacte de la première mission martienne proprement dite ? Eh bien soyez rassurés, on vous évite le « Début du roman. Et voilà, Elma se pose sur Mars, passons à autre chose maintenant ». Le voyage lui-même forme la grosse majorité du roman, l’atterrissage étant expédié et la vie dans la colonie encore plus. Et à vrai dire, je suis très, très partagé à propos de cette structuration de l’intrigue : si, que ce soit dans les romans ou les films consacrés à Mars, le voyage est décrit de façon minoritaire (quand il l’est -de façon significative, j’entends-), ce n’est pas un hasard. Ce qui est intéressant est l’exploration d’un nouveau monde, l’émergence des nouvelles cultures ou façons de vivre qui en résultent, et ainsi de suite, le déplacement des astronautes ou colons n’ayant finalement qu’une relative importance (sauf chez Zubrin ou quelques autres auteurs).

Clairement, j’aurais préféré 1/4 du roman en mise en place de la mission, 1/4 maximum pour le voyage, et une bonne moitié pour décrire la façon dont des terriens du début des années soixante s’adaptaient à une vie sur une autre planète. Cette collision sixties / espace faisait, par exemple, le charme de la (très bonne) série Ascension. De plus, un thème significatif dans la trilogie Martienne de Kim Stanley Robinson était la façon dont les premiers pionniers prenaient en pleine figure le choc de l’arrivée d’une colonisation de masse et de celle de corporations aux appétits rapaces, sans parler d’une militarisation rampante de la planète. Il aurait, à mon avis, été bien plus pertinent de traiter au moins une partie de l’après-premier pas plutôt que de ne lui laisser qu’une place complètement négligeable (même si c’est vaguement évoqué dans la nouvelle The lady astronaut of Mars). Surtout que le discours final du premier homme sur Mars montre clairement les thématiques formidables qui auraient pu être développées.  Mais il me semble que l’auteure évoque dans la postface du tome 1 d’autres textes à venir, donc le dossier n’est sans doute pas clos. Affaire à suivre.

Quoi qu’il en soit, si la fin de ce tome 2 n’est pas aussi frustrante que celle de son prédécesseur, elle reste, à mon goût, un peu décevante. Reste le problème de ce qui la précède, maintenant : je le disais, une description aussi détaillée du voyage n’est pas forcément courante dans le registre martien ; dès lors, on pourrait donc considérer que le fait que Mary Robinette Kowal le place au centre de son récit rend son livre intéressant et original. Et ce surtout dans un contexte Hard SF. Mais c’est en fait là que se situe une partie de mon problème avec ce bouquin !

Vie personnelle / combat social / Hard SF : un meilleur équilibre ?

Un problème du tome 1 était la trop grande place prise par la vie personnelle / conjugale d’Elma par rapport aux autres aspects du livre. Si un meilleur équilibre a ici été trouvé (même s’il est encore loin d’être parfait), le souci se situe cette fois à d’autres niveaux.

Concernant le combat social, le traitement des personnes de couleur (noirs, mais pas seulement, comme nous le verrons avec des astronautes brésiliens ou algériens) est encore une fois au centre des préoccupations, ainsi que celui de la place des femmes. Les astronautes féminins se trouvent ainsi plus ou moins confinés aux tâches ménagères, tandis que ceux de couleur héritent de celles dégradantes (notez aussi que l’homosexualité est abordée, et de façon délicate et pleine d’émotion qui plus est). Jusqu’ici, rien à redire, le message est clair et plutôt pertinent. Là où ça dérape carrément, c’est dans le traitement de l’astronaute sud-africain, DeBeers, qui vole, au passage, son rôle d' »antagoniste », si j’ose dire, à Stetson Parker, qui s’humanise beaucoup (et enfin, on en apprend plus sur sa femme !). Disons-le tout net, l’Afrikaner est complètement irréaliste dans son application jusqu’à l’absurde du racisme et de l’Apartheid, y compris en danger de mort et dans le cadre d’un programme spatial où les candidats sont triés sur le volet, notamment pour leur capacité à travailler en équipe. Même si l’auteure précise que l’Afrique du Sud est un très gros financier du programme, il paraît douteux qu’un individu aussi extrémiste ait pu être gardé à l’intérieur alors qu’il y avait probablement d’autres candidats issus de son pays mieux à même de coexister avec des personnes de couleur (ne serait-ce que par discipline militaire, pas vrai Mary Robinette ?). Moralité, ce personnage extrême, presque caricatural, est certes très bon pour servir de vecteur aux combats sociaux que veut soutenir Kowal, mais dans une (Hard) SF qui se veut un maximum réaliste, il n’est pas du tout à sa place.

Ce qui me conduit d’ailleurs à parler de ce dernier sous-genre : le tome 1 pouvait être classé en Hard SF pour son souci du réalisme, même si on était loin de cette référence de l’uchronie scientifique qu’est Voyage de Stephen Baxter. En ajoutant le registre martien, on se rend compte que ce tome 2 est terriblement loin de cette autre référence qu’est la trilogie Martienne de Kim Stanley Robinson. Oh, certes, Kowal va vous sortir quelques passages (d’ailleurs si incompréhensibles qu’ils sont complètement inutiles) piqués à ses conseillers scientifiques et techniques (ceux cités dans la postface de The calculating stars), mais voilà, et on s’en rend très clairement compte à l’arrivée du vaisseau en orbite martienne, l’auteure ne joue pas du tout dans la même cour que les Baxter, Robinson ou même Bova. Très clairement, le voyage vers Mars n’est qu’un prétexte pour exposer des problèmes sociaux, et le sujet n’a jamais été l’exploration spatiale, mais la dénonciation du racisme, de la ségrégation, de l’apartheid, de la misogynie, de la condition de la femme, etc.

/!\ SPOILER (mineur) /!\ Finalement, on pourrait résumer tout le bouquin en une seule idée, la volonté de montrer une seule image : le premier homme qui marche sur Mars est noir, #progressisme #balance_ton_afrikaner. Point. /!\  fin du SPOILER (mineur) /!\

Au passage, deux points de crispation sur l’aspect Hard SF : premièrement, non seulement von Braun a été évacué du programme lunaire dans le tome 1, mais même dans The fated sky, il ne joue aucun rôle dans le programme martien, ce qui est irréaliste puisqu’il est justement précisé dans The calculating stars qu’il a publié une étude complète sur le sujet. Deuxièmement, à un moment l’expédition perd le contact avec la Terre, et, sans spoiler, la raison est également hautement irréaliste, puisqu’elle impliquerait l’usage de, hum, technologies qui ne sont pas à la portée de ceux qui sont supposés les employer. Bref… Et puisque j’en suis à parler de ce qui ne tient pas la route, signalons la « fuite » des deux astronautes noirs sur la station spatiale, où ils seront « en-dehors de la juridiction du FBI ». Et qu’est-ce qui empêchait les agents de ce dernier d’alpaguer lesdits individus avant qu’ils ne puissent monter dans la fusée, au juste ?

Pourtant, il y a un aspect qui m’a plu dans ledit voyage : son côté sale (vous comprendrez mieux en lisant le bouquin : au passage, expédition martienne et maladie, cela a déjà été traité -et de façon carrément plus haletante- par Ben Bova), dangereux, où la moindre erreur ou mauvaise décision se paye cher. Dans une SF où on va de plus en plus traverser la galaxie comme on traverse Paris en RER, j’apprécie, personnellement, de retrouver cette ambiance « à la dure » que j’ai tant aimée dans des films comme Outland, par exemple. On ne pourra, toutefois, s’empêcher de remarquer que soit l’équipage d’un des deux vaisseaux (il s’agit d’une expédition en tandem, avec deux astronefs de six personnes) est exceptionnellement poissard, soit l’auteure exagère carrément, puisqu’il y a un incident à l’intérieur d’un incident à l’intérieur d’un troisième incident !

Ambiance, écriture

L’ambiance du roman a été un des gros points de crispation pour moi (même s’il n’en sera peut-être pas de même avec d’autres profils de lecteurs) : elle est tendue, négative, parfois toxique, même si tout s’arrange au bout d’un moment. Le souci vient surtout lorsqu’on fait la comparaison avec celle du tome 1, qui était très, très nettement plus positive. Et cela vient se surajouter à d’autres points de crispation, comme un rythme à géométrie très variable (vie quotidienne / potins de l’équipage à la 2010 d’Arthur C. Clarke vs passages où il y a des rebondissements / accidents en cascade, littéralement) ou un ton parfois un peu plat (qui, là aussi, contraste avec de réels moments d’émotion). J’ai aussi trouvé que tout l’aspect sexuel entre Elma et Nathaniel était aussi lourd et vaguement racoleur que dans le tome 1 (même si non dénué d’humour et de métaphores astronautiques à base de « lancement de fusée »), même si l’éloignement des deux époux lui laissait ici forcément une place plus réduite.

Parlons maintenant d’un point complètement abracadabrant : Elma communique secrètement avec Nathaniel via des séquences codées, ressemblant à du charabia, insérées en en-tête de ses « vrais » messages. Miss Kowal, fallait-il vraiment reproduire TOUTES les parties codées ? Un quota de pages à remplir, peut-être ? Franchement, quelle est l’utilité ? Une à la rigueur, à titre d’exemple, pourquoi pas, mais plusieurs ? Je ne sais pas vous, mais lorsque j’achète un livre, c’est pour avoir du texte, pas du non-texte…

Un petit bilan sur le tome 2, puis sur le diptyque dans son ensemble

Le tome 2 a un double problème de comparaison, en terme d’ambiance et d’intérêt avec le tome 1 tout d’abord, et surtout, mais alors surtout, avec les références du roman de Hard  SF et / ou uchronie centrées sur Mars, les Voyage, la trilogie Martienne ou encore Seul sur Mars. Le diptyque dans son ensemble, lui, a certes l’intérêt de proposer une Hard SF plus « beginner friendly » que les références citées plus haut, le tout mâtiné d’un intéressant aspect social, mais il est parasité par une vie personnelle de la protagoniste qui prend trop de place, par un traitement très léger des missions lunaire et martienne, et par un combat progressiste qui est parfois asséné avec de terriblement gros sabots (Stetson Parker dans le tome 1, DeBeers dans le 2). Bref, ce duo de romans reste extrêmement sympathique, mais les Baxter, Robinson et autres Weir peuvent dormir sur leurs deux oreilles, ce n’est pas cette fois-ci qu’ils seront détrônés par une nouvelle référence de l’exploration martienne !

Niveau d’anglais : pas de difficulté.

Probabilité de traduction : incertaine.

Pour aller plus loin 

Si vous souhaitez avoir un deuxième avis sur ce roman, je vous conseille la lecture des critiques suivantes: celle de FeydRautha sur L’épaule d’Orion,

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23 réflexions sur “The fated sky – Mary Robinette Kowal

  1. Ping : The Fated Sky – Mary Robinette Kowal – L'épaule d'Orion

  2. Je me suis presque demandée si j’étais sur le bon site au début. Ça change dit donc! J’aime beaucoup l’image du début, elle va très bien avec le thème. J’aime beaucoup ce design, c’est à la fois sobre et clair, tout en restant agréable à lire.

    Aimé par 1 personne

  3. Je n’aurais pas parié sur le texte blanc sur fond gris mais ça passe très bien et je trouve le blog plus lisible dans cette version. Ça merdoie un peu sur mobile au niveau de commentaires qui ne s’affichent pas complètement toutefois. Est-ce chez moi ou d’autres ont aussi ce soucis ?

    Aimé par 1 personne

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