Articulated restraint – Mary Robinette Kowal

Un texte à la fois Hard SF et profondément humain

articulated_restraint_kowalArticulated restraint est une nouvelle signée Mary Robinette Kowal, qui s’inscrit entre le tome 1 et le tome 2 de son cycle Lady Astronaut. Elle est disponible gratuitement (en anglais) sur cette page du site de Tor. Elle ne met pas en scène Elma York mais une autre femme astronaute, Ruby, qui est également médecin. Si ce texte est peut-être le plus Hard SF du cycle pour l’instant, il n’en reste pas moins qu’il fait aussi partie de ses moments les plus empreints d’humanité, une combinaison qui peut étonner dans un sous-genre vu par beaucoup comme très axé sur la technique plus que sur l’humain, et donc très froid. Eh bien cette nouvelle est un excellent exemple du contraire. Et si vous avez aimé le film ou l’histoire d’Apollo 13, vous allez adorer ! Bref, si vous lisez l’anglais, pas de raison de vous en priver, d’autant plus que le niveau dans cette langue est accessible et que c’est gratuit.

Intrigue

Automne 1960. La colonie lunaire s’est étendue et va bientôt compter 100 résidents. Un matin, alors que Ruby, femme astronaute et médecin, s’est fait mal à la cheville lors d’une séance de danse la veille au soir, et qu’elle se rend, malgré l’inconfort, vers la piscine où doit se dérouler un entraînement (simulant l’apesanteur) de routine, elle apprend qu’un vaisseau en provenance de la Lune a eu un accident. Il a réussi à s’amarrer à la station spatiale de transfert Lunetta, mais le sas est hors d’usage. Et malheureusement pour eux, il reste aux occupants plus que seize heures d’air, et ils ne disposent pas de combinaisons capables de les protéger du froid mortel de l’espace.

Pire que tout, la Loi de Murphy a frappé. Parmi les passagers, se trouve Myrtle, la femme d’Eugene, le partenaire d’entraînement de Ruby. Eugene, qui ne peut pas entrer dans son scaphandre à cause d’un problème technique. Scaphandres qu’on ne peut adapter à temps à d’autres astronautes afin qu’ils établissent la procédure qui permettra au personnel de la station de sortir en toute sécurité (sans se mettre eux-mêmes en danger) les passagers du vaisseau endommagé. Il ne reste donc qu’une personne capable de mettre au point ladite procédure en temps et en heure : Ruby. Ruby, et sa cheville qui lui fait subir un calvaire. Ruby, qui, parce qu’elle est une femme, parce qu’elle est petite, parce qu’elle n’est pas Elma York, parce que les vies d’amis sont en jeu, n’a pas le droit ou la latitude de se plaindre. Et pourtant, que de souffrances…

Mon avis

Premier point, le protagoniste n’est pas Elma York, mais Ruby, ce qui constitue, ma foi, un changement pas désagréable. Second point, c’est de tous les textes du cycle celui où l’aspect technique de la Hard SF est le plus prononcé, et de loin. Presque trop, même. Cela plaira à certains, moins à d’autres, mais à ces derniers, je dis qu’il serait dommage de ne pas lire cette nouvelle, car elle est aussi (et en fait surtout) profondément humaine (et féministe). Car l’important n’est pas la destination (on se doute bien que la procédure va réussir, surtout si on a lu le tome 2 et qu’on sait donc que Myrtle a survécu -est-ce que cela mérite le qualificatif de spoiler ? Je ne le pense pas !-), mais le voyage. À savoir le combat contre la douleur et le regard des autres (ou celui, sans concessions, qu’elle porte sur elle-même) que Ruby va devoir effectuer. Si ses collègues sont bienveillants, la jeune femme ne veut pas, en revanche, donner raison à ceux qui prétendent qu’une femme, surtout aussi menue qu’elle l’est, n’est pas capable d’effectuer un vrai travail d’astronaute (cela rejoint ce qui était inscrit en filigrane dans d’autres textes du cycle, c’est-à-dire qu’elles étaient surtout envisagées -du moins au début- comme un « argument publicitaire » et un joli minois devant promouvoir un programme spatial controversé dans cet univers uchronique et post-apocalyptique). Surtout en condition de stress (le temps presse, la vie de Myrtle est en jeu, son mari Eugene la regarde se débattre avec la procédure sans pouvoir intervenir) et malgré une douleur de plus en plus intense.

Outre l’aspect technique, humain et féministe, on retiendra aussi un petit parfum là aussi pas désagréable du tout d’Apollo 13 (le film) dans ce texte. Qui, pour le coup, aurait d’ailleurs mérité, je pense, d’être étendu à la dimension d’une novella afin de le doter de plus de tension dramatique, de montrer l’accident, sa résolution finale et ses conséquences plus en détail. Mais ne faisons pas la fine bouche, après un tome 2 quelque peu décevant, Articulated restraint remet, à mon sens, le cycle sur de bons rails, et me rend impatient de lire les romans suivants.

Niveau d’anglais : pas de difficulté majeure. Quelques termes techniques, mais globalement ça reste facile à lire.

Probabilité de traduction : faible, mais pas impossible. À condition d’expliquer les fondamentaux uchroniques de cet univers en préambule, ce texte pourrait paraître de façon isolée par rapport aux autres romans ou nouvelles du cycle.

Pour aller plus loin

Si vous souhaitez avoir un deuxième avis sur cette nouvelle, je vous conseille la lecture des critiques suivantes : celle de

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8 réflexions sur “Articulated restraint – Mary Robinette Kowal

  1. Je ne suis pas aussi enthousiaste que toi. Le texte est trop court pour avoir le temps de raconter une histoire passionnante. Je trouve qu’elle ne s’est pas trop foulée (haha) sur ce coup là Robinette. Elle aurait au moins dû raconter la résolution du drame. Petit détail, Ruby est un personnage dont il est fait mention dans Fated Sky. Enfin, je pense qu’il s’agit d’elle, Ruby Donaldson, décrite comme « a dedicated astronaut and a compassionate doctor », et qu’Elma dit avoir rencontrée sur la Lune.

    J'aime

    • Oui, c’est ce que je souligne aussi, le texte est trop court. Néanmoins, étant donné les contraintes de taille qui doivent être imposées pour ces nouvelles mises à disposition gratuitement par Tor, je trouve qu’il est réussi. Plus que The fated sky, en tout cas. Je retrouve plus l’ambiance de The calculating stars, sur ce coup là. On en bave, certes, mais l’ambiance reste positive. Et puis il y a le thème de fond féministe, toujours au top.

      Aimé par 1 personne

    • Honnêtement, tu peux lire cette nouvelle même sans avoir lu le tome 1. Il suffit de savoir qu’il s’agit d’un univers uchronique où la conquête spatiale a été plus précoce, plus vigoureuse et a laissé plus tôt une place aux femmes.

      Aimé par 1 personne

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