Foundryside – Robert Jackson Bennett

Peut-être le meilleur système de magie de toute l’histoire de la Fantasy !

foundryside_2Robert Jackson Bennett est un auteur américain de SFFF, d’Horreur et de thriller (certains livres mélangeant d’ailleurs plusieurs de ces aspects). Plutôt prolifique (le roman dont je vous parle aujourd’hui est le huitième en autant d’années), il n’avait jusque là été que peu traduit (une seule fois, et par Eclipse -donc autant dire zéro, vu le peu de sérieux en matière de promotion et de suivi de cette maison-), du moins jusqu’à ce qu’Albin Michel Imaginaire décide de faire de son American Elsewhere un de ses trois titres de lancement, en octobre 2018. Il était jusqu’ici connu pour une trilogie de Fantasy, The divine cities.

Foundryside, le premier tome de la Founders trilogy, relève également de ce genre. Et autant le dire tout de suite, nous avons ici affaire à ce qui est sans doute la sortie anglo-saxonne de l’année, et probablement le meilleur système de magie de toute l’histoire de la Fantasy. Et en plus, l’écriture est excellente, l’intrigue passionnante et les personnages attachants ! Continuer à lire « Foundryside – Robert Jackson Bennett »

Six months, three days – Charlie Jane Anders

Futur ou Futurs ? 

6_months_3_days_andersCharlie Jane Anders est une auteure américaine qui, si elle n’est pas vraiment prolifique, voit ses textes, courts ou longs, être souvent au minimum nominés aux prix les plus prestigieux (quand ils ne les gagnent pas). Elle est surtout connue pour son roman All the birds in the sky, titulaire du Nebula et du Locus 2017. Elle est aussi la co-fondatrice (avec Annalee Newitz) d’io9, un blog majeur consacré aux littératures de l’imaginaire et au Futurisme.

Six months, three days est une novelette (« nouvelle longue » dans la nomenclature française) qui a gagné le prix Hugo 2012 dans cette catégorie (elle a également été nominée pour le Nebula et le prix Theodore Sturgeon). Elle est disponible gratuitement (en anglais) sur cette page du site de Tor.com, ainsi qu’en format électronique, audio ou papier payant, seule ou accompagnée d’autres textes de l’auteure.  Continuer à lire « Six months, three days – Charlie Jane Anders »

The descent of monsters – Jy Yang

Noir c’est noir

descent_of_monsters_yangLe monde se divise en deux catégories : ceux qui ont un pistolet chargé, et ceux qui creusent. Ah non, mince, ce n’est pas cette citation là. Je disais donc que le monde se divise en deux catégories : ceux qui vont découvrir le Silkpunk avec la sortie française prochaine de La grâce des rois de Ken Liu, et ceux qui lisent le Culte d’Apophis, et qui ont donc probablement lu l’article consacré à ce sous-genre. Et aujourd’hui, nous allons reparler de l’autre pape de cette forme sinisante de Steampunk-Fantasy, à savoir Jy Yang. J’ai déjà eu l’occasion de vous dire à quel point j’avais apprécié The black tides of Heaven (et je ne suis pas le seul, vu que ce texte a été nominé pour le prix Nebula 2017 et le Hugo 2018 dans la catégorie Novella) et (dans une -un peu- moindre mesure) The red threads of Fortune, aussi ne serez-vous pas étonnés d’apprendre que j’attendais le troisième tome du cycle Tensorate avec impatience. Au final, si ce n’est certainement pas un mauvais texte, je le placerais, personnellement, en-dessous de ses deux prédécesseurs. Reste à voir, maintenant, à quel point le quatrième volet, The ascent to godhood, modulera cette impression.

Point très important, il me paraît très difficile d’aborder The descent of monsters de façon isolée, car l’auteur ne présente ni son univers, ni la plupart de ses personnages, qui sont censés être déjà connus du lecteur.  Continuer à lire « The descent of monsters – Jy Yang »

Redemption’s blade – Adrian Tchaikovsky

Le seigneur des anneaux IV : Après la guerre

redemption_s_bladeBien que le public français connaisse désormais la partie SF de l’oeuvre d’Adrian Tchaikovsky (via Dans la toile du temps et la traduction prochaine de Dogs of war), c’est en fait surtout un auteur de Fantasy, genre dont relève l’écrasante majorité de sa production. Et c’est aussi là qu’il faut classifier son tout dernier roman, Redemption’s blade, qui s’inscrit dans un cycle appelé After the war (en fait un univers partagé).

Le point central non pas tellement de l’intrigue mais plutôt des thématiques développées est le suivant : le Sauron local, le Kinslayer (le fratricide), a été vaincu. C’est très bien, tout le monde est content, mais si lui est mort, ses armées sont toujours là, certaines de ses forteresses encore debout, et les artefacts de pouvoir créés ou amassés par lui n’ont pas disparu. Comment les races élevées pour lui servir de soldats ou mises en esclavage vont-elles vivre dans le « monde d’après » ? Comment réparer les dommages, qu’ils soient physiques ou psychologiques, infligés au reste du monde, plongé dans un véritable stress post-traumatique géant ? C’est de l’héroïne qui a abattu le demi-dieu maléfique que viendra un début de réponse !  Continuer à lire « Redemption’s blade – Adrian Tchaikovsky »

Elephants and corpses – Kameron Hurley

Takeshi Kovacs Fantasy ! 

elephants_and_corpsesElephants and corpses est une nouvelle signée Kameron Hurley, une auteure américaine qui exerce dans des genres très différents des littératures de l’imaginaire, depuis la science-fiction et la Fantasy (dont relève le texte dont je vais vous parler aujourd’hui) jusqu’à quelque chose qu’elle appelle le « bugpunk », sa trilogie Bel Dame Apocrypha (sic). Les lecteurs non-anglophones vont pouvoir la découvrir en français dès Novembre 2018, via la parution de Les étoiles sont légion chez Albin Michel Imaginaire. Pour ma part, je vais souvent vous reparler de l’auteure dans les mois qui viennent, puisque un minimum de trois autres critiques de ses ouvrages sont prévues.

L’idée de départ de Elephants and corpses est absolument fascinante : il existe une guilde de mercenaires qui apprend à ces derniers comment « sauter » de corps en corps, devenant ainsi quasiment immortels et à même d’être les derniers debout sur un champ de bataille !  Continuer à lire « Elephants and corpses – Kameron Hurley »

A kiss with teeth – Max Gladstone

Dracula in love 

a_kiss_with_teethNon, non, non, Max Gladstone n’est pas que l’auteur de l’excellent cycle The craft sequence, il donne aussi dans le texte court et propose d’autres univers ou styles de SFFF que l’Arcanepunk ! C’est même un nouvelliste relativement prolifique (ce n’est pas Robert Silverberg non plus, hein !) pour ses trente-quatre ans, puisqu’il peut se prévaloir de la publication de onze nouvelles via différentes plates-formes.

Avec cette critique, je redonne un sang neuf (ah, ah !) à mon cycle de lecture littérature vampirique de référence, lancé en 2016 et laissé de côté en 2017. Je vous en rappelle le but : en plus de vous présenter les romans de vampires qui sont considérés comme une référence du genre (Carmilla, etc), que ce soit grâce à leurs pures qualités littéraires ou du fait de leur influence sur les textes consacrés à la créature parus après eux, il vous donne aussi des pistes si vous ne souhaitez surtout pas lire du Twilight (ou la grosse majorité de la Bit-Lit, qui peut être mise dans le même sac). Continuer à lire « A kiss with teeth – Max Gladstone »

Ravencry – Ed McDonald

Encore meilleur que le tome 1, si, si !

ravencryRavencry est le second tome du cycle qui s’appelle Raven’s mark en VO et Blackwing en VF, après Blackwing (VO) / La marque du corbeau (VF). L’auteur a déclaré que pour l’instant, trois romans étaient prévus (le dernier, Crowfall, sortira lors de l’été 2019), mais qu’il n’excluait pas d’en écrire d’autres, situés dans le même univers mais mettant en jeu un personnage différent.

Le livre précédent ayant reçu un accueil ma foi fort enthousiaste (surtout pour un premier roman), les attentes étaient donc fortes concernant sa suite. Et ce d’autant plus que certains lecteurs avaient été un poil déstabilisés par le détachement du personnage principal par rapport à ce qui arrivait (un sentiment que je ne partage pas vraiment, pour ma part). Que ces gens là se rassurent, cependant : cette fois, Ryhalt est carrément ultra-concerné par ce qui arrive, et ce non pas sur un, mais plusieurs plans ! Certes, ce tome 2 a quelques petits défauts sur la fin (mais rien de rédhibitoire), mais globalement, il a repris avec succès la recette de son prédécesseur, en l’améliorant encore. Plus d’action, plus de Désolation, plus d’immersion, plus d’émotion. Bref, vivement le tome 3 ! Continuer à lire « Ravencry – Ed McDonald »

The poppy war – R.F. Kuang

Un livre schizophrène, alternant roman d’apprentissage quasi-Young Adult et grimdark fantasy militaire ultra-hardcore

poppy_warRebecca F. Kuang est une sino-américaine de vingt-deux ans, arrivée aux USA en 2000 et étudiante en Histoire de la Chine. Avec The poppy war (tome inaugural d’une trilogie et premier roman de l’auteure), son ambition était de dénoncer les exactions des japonais en Chine durant les années trente et quarante, particulièrement (comme nous l’apprend son site) le massacre de Nankin ou les expérimentations menées par l’unité 731 (j’y reviendrai), ainsi que de montrer comment une personne peut se transformer en dictateur (son personnage principal est modelé sur Mao -en version féminine-). Sur le papier, il s’agit d’une Fantasy militaire (lourdement) grimdark, écrite par quelqu’un qui connaît à la fois bien la Chine et la stratégie / histoire militaire, et qui pense que certaines blessures ne peuvent être refermées qu’après une analyse sans concession du passé. On pourrait donc croire que nous avons affaire à quelque chose d’à la fois solide, engagé et très noir et adulte.

Malheureusement, on s’aperçoit rapidement que ce roman est schizophrène, car il alterne une première moitié qui relève presque du Young Adult (à 2-3 points près) ET qui, de plus, est outrageusement pompée sur Patrick Rothfuss (influence d’ailleurs jamais citée par l’auteure qui, dans un post sur Goodreads, parle plutôt d’Avatar – Le dernier maître de l’air, de La stratégie Ender, de La grâce des rois de Ken Liu et bien entendu du Trône de fer) avec une seconde moitié dont certains passages ne sont vraiment, mais alors vraiment pas faits pour les âmes sensibles. En gros, donc, il y a de tels écarts d’ambiance que ce livre est, pour parler vulgairement, le cul entre deux chaises, divisé en deux moitiés dont chacune plaira à un public bien précis (plutôt Young Adult / adepte de roman d’apprentissage pour la première, et aux fanatiques du plus radical des Grimdarks ou de la plus extrême des Fantasy Historiques pour la seconde) mais (et c’est là le souci) dont l’autre moitié sera détestée par le public en question (les adeptes du Grimdark vomiront la première partie, les fans de YA / roman d’apprentissage la Fantasy militaire extrêmement noire de la seconde partie). Et donc, au final, ce livre n’est taillé pour plaire… à pratiquement personne. Enfin, logiquement et / ou en France, en tout cas. Il faut cependant nuancer lorsqu’on voit la réputation flatteuse et la bonne note dont il peut se vanter sur Goodreads (même si la réception d’un même roman sera parfois très différente entre les USA / l’Angleterre d’un côté et l’Hexagone de l’autre : des livres comme Godblind ou La justice de l’Ancillaire sont là pour en attester).  Continuer à lire « The poppy war – R.F. Kuang »

Deeds of men – Marie Brennan

Une transition intéressante à défaut d’être indispensable

deeds_of_menDeeds of men est une longue nouvelle qui se situe entre les tomes 1 et 2 du cycle La cour d’Onyx, par Marie Brennan (c’est ce qu’on appelle, sur Goodreads, un « tome 1.5 »). Elle se déroule trente-cinq ans après la fin de Minuit jamais ne vienne et quatorze avant In ashes lie, donc en 1625. Nous suivons un des personnages du tome 1, Michael Deven, qui enquête sur le meurtre de celui qu’il avait choisi comme successeur au poste de Prince à la cour des Fae (je vais y revenir). Pour celles et ceux qui se poseraient la question d’une éventuelle traduction, il se trouve que je l’ai moi-même soumise aux responsables de l’Atalante, qui ont eu la gentillesse de me répondre. En substance, l’idée est présente dans leur esprit, mais aucune décision ferme n’a été arrêtée pour le moment. Je vous invite donc à vous exprimer dans les commentaires de cet article, afin de leur montrer que vous seriez prêts à acheter ladite hypothétique traduction, et de les aider à faire leur choix  😉 Continuer à lire « Deeds of men – Marie Brennan »

The tangled lands – Paolo Bacigalupi / Tobias S. Buckell

Une fantasy alliant un solide fond (principalement écologiste) avec une forme à la fois exotique et sombre 

tangled_lands_bacigalupiContrairement aux apparences, The tangled lands n’est pas tout à fait un roman écrit à quatre mains par Paolo Bacigalupi et Tobias S. Buckell, mais plutôt un fix-up de (longues) nouvelles situées dans le même monde, partageant certains personnages, mentionnant des événements communs, mais pouvant, à part ça, se lire de façon indépendante, même si, lues à la suite, elles forment aussi une seule histoire de la ville de Khaim. Sur ces quatre textes, deux ont déjà été publiés (isolément et dans un recueil -audio- commun nommé The Alchemist and The Executioness), The alchemist de Bacigalupi (traduit chez nous sous le nom L’alchimiste de Khaim) et The Executioness de Buckell, tandis que les deux autres sont inédits (vous trouverez en fin de critique une liste complète de liens vous permettant de faire un tri là-dedans, en VO et en VF).

Les préoccupations écologistes de Bacigalupi sont bien connues, bien que s’exerçant d’habitude dans un registre SF. Ici, elles sont transposées dans un monde secondaire et un contexte de Fantasy, où l’usage de la magie provoque la pousse d’une ronce empoisonnée qui finit par chasser les gens de leurs champs, de leurs mines et de leurs cités, créant des colonnes de réfugiés « climatiques », en quelque sorte. Et lorsqu’on sait que n’importe qui peut potentiellement utiliser la magie et que l’interdiction théorique de l’employer édictée par les autorités est en fait assez peu suivie… Continuer à lire « The tangled lands – Paolo Bacigalupi / Tobias S. Buckell »