The A(pophis)-Files – épisode 8 : La SF à environnements exotiques – morceaux choisis

afiles_3Dans ce huitième épisode de la série des A-Files (des articles de fond consacrés aux grandes thématiques et éléments emblématiques de la SFFF), nous allons parler des environnements exotiques (planètes… ou autres) qui jouent un rôle très important dans certains sous-genres de la Science-Fiction. Par exotique, il faut comprendre soit relativement semblable à la biosphère terrienne mais doté en plus de particularités qui le rendent intéressant ou dangereux, soit au contraire radicalement différent de tout ce que nous connaissons. L’exploitation de ce genre d’environnement, qui peut servir aussi bien de simple décor que de cœur de l’intrigue ou de l’univers du roman, étant très courante en Science-Fiction (particulièrement en Space Opera, Planet Opera et Hard SF : si vous ne connaissez pas ces termes ou leur signification, voyez cet article), il est hors de question d’en faire une étude exhaustive : un livre n’y suffirait probablement pas ! J’ai préféré reprendre le format déjà utilisé dans d’autres séries d’articles que je vous propose (L’œil d’Apophis ou le Guide de lecture SFFF), afin de vous donner ces conseils de lecture ciblés dont vous êtes apparemment (si j’en juge par les retours que j’ai) très demandeurs. Cependant, même avec une sélection limitée, le choix était encore trop vaste pour un seul article. Il y en aura donc un deuxième, avec notamment une mise en vedette des étoiles à neutrons et autres environnements astrophysiques extrêmes et de ce qui y vit (Jusqu’au cœur du soleil de David Brin, Exultant de Stephen Baxter, etc).

Vous pouvez retrouver les anciens épisodes de cette série d’articles de fond via cette page ou ce tagContinuer à lire « The A(pophis)-Files – épisode 8 : La SF à environnements exotiques – morceaux choisis »

Deeds of men – Marie Brennan

Une transition intéressante à défaut d’être indispensable

deeds_of_menDeeds of men est une longue nouvelle qui se situe entre les tomes 1 et 2 du cycle La cour d’Onyx, par Marie Brennan (c’est ce qu’on appelle, sur Goodreads, un « tome 1.5 »). Elle se déroule trente-cinq ans après la fin de Minuit jamais ne vienne et quatorze avant In ashes lie, donc en 1625. Nous suivons un des personnages du tome 1, Michael Deven, qui enquête sur le meurtre de celui qu’il avait choisi comme successeur au poste de Prince à la cour des Fae (je vais y revenir). Pour celles et ceux qui se poseraient la question d’une éventuelle traduction, il se trouve que je l’ai moi-même soumise aux responsables de l’Atalante, qui ont eu la gentillesse de me répondre. En substance, l’idée est présente dans leur esprit, mais aucune décision ferme n’a été arrêtée pour le moment. Je vous invite donc à vous exprimer dans les commentaires de cet article, afin de leur montrer que vous seriez prêts à acheter ladite hypothétique traduction, et de les aider à faire leur choix  😉 Continuer à lire « Deeds of men – Marie Brennan »

L’ombre de la liberté – David Weber

La FLS en PLS ! *

saganami_3* La Flotte de la Ligue Solarienne en Position Latérale de Sécurité (position dans laquelle un secouriste vous place si vous êtes inconscient mais que vous respirez).

L’ombre de la liberté est le troisième tome du cycle Saganami, dérivé du cycle principal d’Honor Harrington. Notez que le quatrième, L’ombre de la victoire, sortira le 21 juin. Ce tome 3 est très atypique, car c’est le seul roman de l’Honorverse post-Pavillon de l’exil que l’Atalante a été en capacité de publier en un volume unique (de 542 pages), soit en gros la moitié de la plupart des livres récents de Weber. On aurait donc pu croire à un livre beaucoup plus nerveux que les autres, ce qui se révèle dans les faits majoritairement (mais pas totalement, cependant) exact. Il faut aussi signaler qu’à ce stade du meta-cycle, l’entrelacement entre les trois cycles (principal / Saganami / La couronne des esclaves) est de plus en plus étroit, ce qui fait, par exemple, que la bataille contre la force Solarienne qu’on nous faisait miroiter à la fin du tome 2 n’a pas lieu ici, mais a eu lieu dans le cycle principal. De plus, sont évoqués à plusieurs reprises des événements montrés dans les tome 2 et 3 de La couronne des esclaves. Il paraît donc de plus en plus malaisé de suivre pleinement toute la meta-intrigue en ne lisant que certains des trois cycles et pas les autres, même si ce n’est pas totalement impossible (Weber a trop d’habileté et d’intelligence pour cela). Surtout quand, comme moi, vous êtes sorti de l’ordre de lecture recommandé et vous auto-spoilez sur les événements des tomes 12-13 du cycle principal, qui se passent à la même époque que L’ombre de la liberté.
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L’œil d’Apophis – Numéro 10

Eye_of_ApophisDixième numéro de la série d’articles l’œil d’Apophis (car rien n’échappe à…) ! Je vous en rappelle le principe : il s’agit d’une courte présentation (pas une critique complète) de romans qui, pour une raison ou une autre, sont passés « sous le radar » des amateurs de SFFF, qui sont sortis il y a longtemps et ont été oubliés, qui n’ont pas été régulièrement réédités, ont été sous-estimés, mal promus par leur éditeur, ont été noyés dans une grosse vague de nouveautés, font partie de sous-genres mal-aimés et pas du tout dans l’air du temps, sont connus des lecteurs éclairés mais pas du « grand public », et j’en passe. Chaque numéro vous présente trois romans ou cycles : aujourd’hui, il s’agit de Le grand Vaisseau de Robert Reed, de Chroniques des années noires de Kim Stanley Robinson et de Phénix de Bernard Simonay.

Au passage, sachez que vous pouvez retrouver les anciens numéros de l’œil via ce tag ou bien cette page. Je vous rappelle aussi que les romans présentés ici ne sont pas automatiquement des chefs-d’oeuvre ou ceux recommandés par le site à n’importe quel amateur de SFFF (si c’est ce que vous cherchez, voyez plutôt le tag (Roman) Culte d’Apophis). Continuer à lire « L’œil d’Apophis – Numéro 10 »

Les jardins de la Lune – édition Leha – Steven Erikson

Une lecture incontournable ! 

mbotf_1_LehaLe 18 Mai, sortira en français (pour la troisième fois…), sous la bannière des éditions Leha cette fois, Les jardins de la lune, le premier tome du cycle phare de Steven Erikson (rebaptisé pour l’occasion Le livre des martyrs), une des œuvres majeures de la Fantasy sortie ces vingt dernières années, et très probablement de toute l’histoire du genre. Je ne saurais donc trop vous conseiller de vous y intéresser, et vous propose de (re)découvrir la critique que j’avais écrite il y a quelques années d’une des traductions antérieures (parue à l’époque chez Calmann-Lévy). Si cette recension reste valable sur le fond, je vous ferais cependant remarquer qu’elle ne peut pas se prononcer sur la qualité de la nouvelle traduction (signée Emmanuel Chastellière) qui est présentée par Leha comme très supérieure à celle des deux éditions françaises antérieures, offrant une expérience de lecture largement améliorée. Je ne vous proposerai de critique de la version Leha qu’à partir du tome 3, donc l’année prochaine (si le programme de l’éditeur est mené à bien, chaque tome paraîtra six mois après le précédent).

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Black Helicopters – Caitlin R. Kiernan

95 % de bouillie incompréhensible, suivis par 5% de pur génie

black_helicopters_kiernanBlack Helicopters est une novella écrite par Caitlin R. Kiernan, et se passant dans le même univers que Agents of Dreamland (dont le personnage principal, le Signalman, fait une apparition dans le chapitre 16). Malgré le fait qu’elle soit sortie hier, ce n’est pas une totale nouveauté, mais une version allongée (de cinq chapitres) et remaniée d’un texte sorti en 2015. Ce dernier avait en effet été limité en nombre de signes, et cette réédition a été pour l’auteure l’occasion d’ajouter à la fois des scènes envisagées à l’époque et « coupées au montage » faute de place mais aussi de faire le lien avec son travail récent en plaçant cette histoire dans le même contexte qu’Agents of Dreamland. Alors je vais anticiper un peu, mais clairement, ce qui a été ajouté ne sert pas à grand-chose (les chapitres 6 et 13, par exemple, relèvent de la catastrophe industrielle), et ce qui a été « remanié » ne l’a clairement pas assez été. Le très gros problème de cette nouvelle mouture, en effet, et très probablement de l’ancienne, est qu’elle est en très grande majorité incompréhensible, et ce sur de multiples plans. Seul l’avant-dernier chapitre donne une explication (et encore, il faudra vous accrocher pour comprendre, l’ami FeydRautha, qui l’a aussi lu, vous confirmera qu’on finit facilement en PLS sous son bureau, avec 98 points de SAN en moins), qui, et c’est un comble, pose finalement presque autant de questions qu’il n’en résout.

Je dois dire que la surprise a été à la fois rude, mauvaise et complètement inattendue : c’est le quatrième texte de Kiernan que je lis et critique en quelques semaines, et jusqu’ici, mon avis à leur sujet se baladait entre « excellent » et « tout ce qu’il y a d’honnête ». Bref, je ne m’attendais guère à lire ce qui pourrait être un sérieux prétendant au trophée de Razzie Apophien 2018, s’il existait (encore).  Continuer à lire « Black Helicopters – Caitlin R. Kiernan »

Le revenant – Jamie Sawyer

Un final trépidant

lazare_3Le revenant (signalons d’ailleurs que son titre est -doublement- mieux choisi que celui de la VO, Origins, pour des raisons que vous comprendrez mieux en le lisant) est le troisième et dernier roman du cycle Lazare en guerre, par Jamie Sawyer. Toutefois, il ne marque pas la fin de l’exploration de cet univers par l’auteur, puisque ce dernier a lancé un second cycle, The eternity war (qui compte déjà un livre, le second étant attendu dans six mois), qui se déroule dans le même contexte et reprend un personnage que nous connaissons déjà. Espérons d’ailleurs que l’Atalante en assurera la traduction.

Si j’avais trouvé que le premier tome était un mélange bluffant de SF « intelligente » et de divertissement / action, j’avais en revanche été un peu déçu par son successeur, qui était « juste » un bouquin de SF militaire et n’offrait pas une réflexion aussi poussée sur des thématiques profondes. Qu’en est-il du tome 3, donc ? Eh bien il poursuit dans la veine martiale / horrifique, mais pousse le potar jusqu’à onze, pour nous offrir un final trépidant, où le rythme et la tension ne faiblissent quasiment jamais, et qui tient le lecteur en haleine jusqu’au bout. Dans l’ensemble, le cycle Lazare en guerre s’impose donc comme un des meilleurs représentants de la SF militaire sortie ces dernières années, sans atteindre toutefois les hauteurs cyclopéennes d’un David Weber ou d’un Jack Campbell.  Continuer à lire « Le revenant – Jamie Sawyer »

L’empire du léopard – Emmanuel Chastellière

Un bon roman, qui aurait pourtant pu être encore meilleur

empire_leopardEmmanuel Chastellière est à la base le co-fondateur, le rédacteur en chef et la figure de proue d’Elbakin (principal forum et site d’information sur la Fantasy en France), et il a petit à petit ajouté d’autres cordes à son arc : il est traducteur depuis 2007, et auteur depuis 2016. Jusqu’ici, ses deux ouvrages n’avaient pas éveillé mon intérêt (en raison des genres explorés, Fantastique et Steampunk), mais pour sa toute dernière production, L’empire du Léopard, c’est en revanche une tout autre histoire. En effet, il s’agit d’une Gunpowder Fantasy mettant en scène des peuplades de type précolombien (pour simplifier : comme nous le verrons, la réalité est plus subtile) dans une allégorie de l’aventure des conquistadors (mais décalée à une époque où les trains et les bateaux à moteur existent !). Bref, cela rassemble à la fois nombre de tendances en vogue dans la Fantasy anglo-saxonne récente et un éloignement des carcans habituels du genre pour lequel je milite depuis que ce blog existe : c’est une Fantasy post-médiévale située dans un cadre non-européen, ce qui ne peut que m’attirer. Et Emmanuel Chastellière qui fait de la Gunpowder, ça ne se refuse pas : le personnage a une vraie légitimité dans ce domaine, vu qu’il est responsable des traductions des Mille noms de Django Wexler et de la trilogie des Elfes de fer (dont La souveraine des ombres) de Chris Evans. Mais bon, sur le Culte, on a également acquis quelques connaissances dans le domaine 😉

Au final, si le résultat est plus qu’honorable par rapport aux précurseurs anglo-saxons, et plus encore par rapport à la moyenne de la production française en matière de Fantasy, il est malgré tout perfectible : trop long, trop bavard, avec des personnages paradoxalement beaucoup trop développés, il perd, à certains moments, de son impact et de son intérêt. Reste toutefois un univers très travaillé (sans doute trop pour un roman isolé) et peut-être surtout le fait qu’il va faire découvrir la Fantasy à poudre à un public français qui, en majorité, n’en a jamais entendu parler. Et ce d’autant plus que l’écriture fluide et agréable de l’auteur, ainsi que le simple fait que ce roman soit facilement disponible, et en français qui plus est, font que L’empire du léopard constitue une porte d’entrée idéale dans le genre pour un non-anglophone (les romans majeurs de la Flintlock / Gunpowder Fantasy n’ayant soit jamais été traduits, soit ayant été publiés par l’inénarrable Eclipse et n’étant pratiquement plus disponibles en français aujourd’hui).  Continuer à lire « L’empire du léopard – Emmanuel Chastellière »

La ballade de Black Tom – Victor LaValle

Une expérimentation littéraire audacieuse et bluffante

black_tomVictor LaValle est un auteur américain qui, en plus de la SFFF, écrit aussi des essais et des critiques de livres. Les problèmes mentaux ainsi que les vies de personnages afro- ou latino-américains dans les décennies passées sont des thèmes récurrents dans son oeuvre. La ballade de Black Tom (son premier texte traduit en français) revisite ainsi L’horreur de Red Hook d’H.P. Lovecraft du point de vue d’un jeune noir, et fait donc partie de cette vague de textes donnant leur place, dans les univers du Maître, à ceux qui n’en ont pas ou trop peu sous sa plume (les femmes, les personnes de couleur, etc). A cet égard, la dédicace de l’auteur est très éclairante : « A H.P. Lovecraft, avec tous mes sentiments contradictoires » (au passage, on savourera un passage de la fin du roman, où la police new-yorkaise conseille à un trouble-fête de retourner vers sa chère Providence voir si le climat lui convient mieux). Dans le même registre, on peut également citer L’éclosion des Shoggoths d’Elizabeth Bear ou La quête onirique de Vellitt Boe de Kij Johnson.

On voit souvent passer à propos du texte de Victor LaValle le terme de « réécriture » de celui de Lovecraft, et on est en fait très exactement dans ce registre là : alors que Kij Johnson s’est appropriée un des univers d’H.P.L, ainsi qu’un de ses personnages et le squelette d’une de ses intrigues, LaValle est allé beaucoup plus loin, proposant au lecteur une véritable expérimentation (et expérience) littéraire, comme nous allons le voir.  Continuer à lire « La ballade de Black Tom – Victor LaValle »

L’ennemi dans l’ombre – David Weber

Les Solariens, enfin ! 

ennemi_ombre_1_weberL’ennemi dans l’ombre est le second livre du cycle Saganami (il s’agit d’une tétralogie -le quatrième roman, L’ombre de la victoire, étant prévu pour juin-), après L’ombre de Saganami. Comme la plupart des ouvrages rattachés à l’univers d’Honor Harrington, il est divisé en deux tomes d’environ 460 pages chacun. Ce livre 2 montre des événements compris entre mars et décembre 1921 Post-Diaspora, soit vingt ans après Mission Basilic et sur une période qui correspond à une partie des événements finaux de L’ombre de Saganami, à Torche de la liberté (et pas Plaies d’honneur, comme le stipule improprement la quatrième de couverture -ce roman se déroulant plusieurs années avant L’ennemi dans l’ombre-), Coûte que coûte et qui donne un aperçu de ce qui va advenir dans En mission. La préface de David Weber est très intéressante : il explique la conception des deux sous-cycles (voir plus loin) et précise qu’ils ne doivent pas être vus comme des sagas séparées se déroulant dans le même univers mais comme une seule et même histoire dont des petits bouts sont insérés dans chacun des trois cycles (le troisième étant celui d’Honor Harrington). Ce qui explique aussi pourquoi certains livres reprennent des scènes déjà vues dans d’autres cycles, en adoptant un point de vue différent. Je suis moyennement convaincu par la pertinence du procédé, personnellement, surtout qu’il finit par coûter cher et est riche en possibilités de spoil (notamment, ici, sur l’opération Baie des huîtres).

Mais bon, je suis sans doute allé un peu vite en besogne : si vous êtes beaucoup plus nombreux à avoir découvert l’Honorverse (du fait de la -re-sortie des premiers tomes des aventures d’Honor en poche -made in l’Atalante et pas J’ai lu, cette fois-) depuis la dernière fois où j’ai publié une critique d’un roman signé ou co-signé David Weber, tout le monde n’a peut-être pas pris conscience de la structure tortueuse du meta-cycle d’HH. Allez hop, c’est parti pour un peu de pédagogie !  Continuer à lire « L’ennemi dans l’ombre – David Weber »