L’ombre de Saganami – David Weber

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Une sorte de best-of des premiers tomes de la saga principale, une série dérivée quasi-indispensable à la compréhension des tomes 11 et plus de cette dernière

Saganami_2

Il s’agit du premier livre d’une seconde série dérivée du cycle Honor Harrington, après La couronne des esclaves qui inaugure le cycle dérivé du même nom (c’est bon, vous suivez ?). Cette seconde série dérivée, donc, connue en anglais sous le nom de Saganami, comprend pour le moment trois tomes, dont les deux premiers ont été coupés en deux livres chacun dans l’édition française. Ces 3 tomes sont donc : L’ombre de Saganami, qui nous occupe aujourd’hui, suivi de L’ennemi dans l’ombre, lui-même suivi par L’ombre de la liberté.

Comme avec toute série dérivée, et particulièrement celles d’Honor Harrington, vous vous posez probablement un certain nombre de questions, auxquelles je vais tenter de répondre le mieux possible afin de vous aider à déterminer si cet achat sera pour vous pertinent… ou pas :

  • Je n’ai jamais lu le cycle principal, est-ce que je peux me lancer directement là dedans ?  La réponse est clairement non, il faut absolument avoir lu le cycle principal, au moins en partie, pour espérer y comprendre quelque chose.
  • Je n’ai pas lu La couronne des esclaves, est-ce que je vais y comprendre quelque chose ? La réponse est oui : certes, certains personnages de cette autre série dérivée sont repris ou mentionnés, mais tout est suffisamment expliqué pour que vous puissiez suivre sans l’avoir lue. Même si c’est évidemment un plus.
  • La lecture de cette série dérivée (=Saganami) est-elle indispensable, utile ou accessoire pour suivre le cycle principal ? La réponse est à mon avis claire : elle est au minimum utile, et à la limite de l’indispensable, si vous voulez comprendre et apprécier pleinement les tomes 11 et ultérieurs.
  • Ce cycle dérivé est-il à la hauteur du cycle principal en terme de qualité : oui, tout à fait. Il est même plus agréable à lire que les tomes 9-10 du cycle principal, c’est tout dire !
  • Cette série dérivée est-elle très différente de la précédente, La couronne des esclaves ? Pour le fan du cycle principal, on est clairement beaucoup plus proche de ce dernier que dans La couronne : c’est moins de la SF politique (quoique cet aspect soit bien présent dans Saganami) / d’espions et plus de la pure SF militaire.
  • Est-ce que ça vaut le coup que je dépense mon argent pour ça ? De mon point de vue, oui. Certes, la passion pour Honor Harrington et son univers revient incontestablement très cher à la longue, mais là on est vraiment sur une nouvelle série dérivée très agréable, qui réussit l’exploit de faire souffler un vent frais sur le meta-cycle tout en reprenant, paradoxalement, de vieilles recettes datant des débuts de ce dernier (je vais y revenir).

Examinons maintenant plus en détails les deux tomes, ainsi que le contexte, l’intrigue, les thèmes et les personnages :

Tome 1

Contexte

L’action se passe dans l’amas de Talbot, situé à proximité du système de Lynx, où un nouveau terminus du Trou de ver de Manticore a récemment été découvert et revendiqué par le Royaume Stellaire. Elle se déroule à la même époque que le tome 11 de la série principale, Coûte que coûte. Il se trouve que l’amas est situé près de Mesa et des frontières solariennes, et que pour échapper à la rapacité de ces deux là, il demande l’annexion au Royaume stellaire (qui vient d’ailleurs de se partager la Silésie avec les Andermiens). Des représentants civils et militaires y sont donc expédiés, tandis qu’on commence la construction de Forteresses orbitales et d’installations de service autour du terminus de Lynx. Parmi les vaisseaux envoyés, se trouve un des premiers Saganami-C (pour tout savoir sur cette classe de vaisseaux, et plus encore, je ne saurais trop vous conseiller La Maison d’acier), l’Hexapuma.

Ce nouveau roman commence bien plus fort que La couronne des esclaves, puisque les deux premiers chapitres montrent respectivement une intense bataille spatiale et une cérémonie très riche en émotions à l’école navale Manticorienne, présidée par Honor Harrington en personne (dont c’est la seule apparition dans le tome 1). Ensuite, le rythme redescend, mais reste satisfaisant de bout en bout, avec une belle traque spatiale dans le dernier tiers.

Personnages

Nous retrouvons trois personnages que nous connaissons déjà : les deux plus marquants sont Hélène Zilwicki (Une aspirante nommée Harrington, La couronne des esclaves) et Abigail Hearns de Grayson, avec laquelle nous avons fait connaissance dans Les cendres de la victoire. C’est avec grand plaisir que j’ai retrouvé cette dernière qui a, pour moi, un gros potentiel en tant qu’héroïne à part entière d’une série dérivée. Enfin, la baronne de Méduse est également de la partie.

Nous faisons également connaissance avec de nombreux nouveaux personnages, dont des hommes et femmes politiques locaux et le Capitaine Aivars Terekhov, le commandant du H.M.S. Hexapuma.

La présence de nombreux aspirants, frais émoulus de l’Académie, ainsi que de jeunes officiers, nous ramène très loin en arrière, à l’époque de… Mission Basilic. Tout comme les doutes initiaux du Second envers le nouveau commandant de l’Hexapuma. Un certain aspect initiatique a toujours été présent dans le cycle principal, mais là il est vraiment poussé au maximum, car on voit les doutes, les peurs ou les scrupules moraux face aux réalités du combat par les yeux des bleus. C’est un aspect que j’ai trouvé très intéressant, personnellement.

Thèmes, intrigue, ambiances

L’intrigue suit à la fois les premiers pas hors de l’Académie des bleus, le déploiement de l’Hexapuma, ainsi que les péripéties politiques dans l’Amas (un référendum a révélé une large majorité demandant l’annexion à Manticore, mais certains extrémistes n’acceptent pas le résultat du vote) et les manœuvres des rapaces locaux (Mesa et les Solariens) pour souffler sur les braises et faire capoter le processus. Il apparaît également un élément qui avait été brièvement mentionné dans la série principale, après le changement de Régime à Havre, mais qui n’avait pas été développé jusque là. Je vais éviter de spoiler, mais disons que vous risquez d’avoir une grosse surprise.

Contrairement à La couronne des esclaves, qui, s’il n’est pas dépourvu d’action ou de tension dramatique, est en revanche dépourvu de batailles spatiales dignes du cycle principal, nous avons cette fois-ci droit à un vrai combat, et il est visible qu’il y aura encore plus d’action dans le tome 2 de L’ombre de Saganami. Ceci, conjugué au fait que la narration se concentre pour la moitié sur les militaires Manticoriens, rend cette seconde série dérivée bien plus proche du cycle principal que La couronne des esclaves. Un point commun entre les trois est cependant la large place laissée à la politique. La différence par rapport aux tomes tardifs du cycle principal, par contre, est que les explications sur la situation et les enjeux politiques sont données de façon bien plus vivante et digeste (sous forme de dialogues) que le grossier déballage d’infos des tomes 9+ du cycle principal.

Le gros point positif des thématiques, de l’intrigue et de la narration, ainsi que de l’ambiance, est que ce tome 1 ressemble à une sorte de best-of des tomes 1 à 6 du cycle principal : l’aspect nouveau capitaine / nouveau vaisseau de Mission Basilic, l’aspect sociétés néo-barbares de Pour l’honneur de la reine, l’aspect terrorisme de Pavillon de l’exil, et l’aspect chasse aux pirates et corsaires de Mascarade silésienne. Et tout ça en intégrant les acquis des recueils de nouvelles ou de l’autre série dérivée. Bref, on a à la fois de la nouveauté (niveau personnages, lieux de l’action, etc) ainsi que le meilleur de ce qu’on connaissait déjà, et c’est vraiment très agréable. Tout ça dans un style plus fluide, plus digeste, plus rythmé, avec plus d’action, que certains tomes franchement mous ou tirant à la ligne comme les 7, 9 ou 10 par exemple.

Chaque Nation stellaire de l’univers de HH est modelée sur une ou plusieurs nations réelles de l’histoire : Manticore est l’Angleterre, Havre la France (même si SerSec a une forte parenté avec des structures nazies telles que la Waffen-SS ou les unités Totenkopf administrant les camps de concentration), les Andermiens un mélange de Prussiens et de Japonais, etc. Personnellement, j’ai trouvé que l’ambiance générale de Talbot évoquait l’Amérique, et certains noms de planètes, comme Prairie ou Montana, n’y sont évidemment pas étrangers (d’un autre côté, certaines autres planètes évoquent les Pays-Bas ou les pays de l’est) . On remarquera d’ailleurs l’ironie d’avoir un équivalent des treize colonies qui demande à un équivalent de l’Angleterre son annexion !

Sur un plan bassement matériel, la couverture de Genkis est, comme toujours, de qualité, avec comme à chaque fois chez cet illustrateur une grande intelligence dans la manière de représenter tous les éléments-clefs du livre concerné en une seule image.

Bilan de la lecture du tome 1

Vous l’aurez compris, sur tout un tas de plans, l’achat du tome 1 est très recommandable, même si je réserve mon jugement final après avoir achevé le tome 2. Rappelons au passage que la coupure en deux tomes est une spécificité de l’édition française, et n’existe pas dans la VO. Ne vous attendez donc pas à un cliffhanger étourdissant à la fin du livre, elle correspond juste à l’exacte moitié du bouquin original (soit 520 pages).

Tome 2

Ce tome 2 a incontestablement confirmé l’excellente impression laissée par la lecture du tome 1. Il est riche en scènes d’action, notamment un combat au sol (suffisamment rare dans l’ensemble de la saga Honor Harrington pour être souligné), bien que ce dernier se soit révélé trop court à mon goût. Ce qui n’est pas le cas du combat spatial final, qui s’étend, lui, sur près de 70 pages, et se révèle être le plus intéressant de la saga HH (cycle principal + dérivés) depuis… longtemps. Enfin du nouveau : nouveaux adversaires, nouveaux vaisseaux ennemis, nouveaux matériels.

J’ai juste été un peu dubitatif à propos de la fin qui, si elle fait la part belle à l’aspect militaire du livre, fait en revanche un poil l’impasse sur son aspect politique (même si je suis persuadé que ce dernier sera amplement développé dans la suite de cette série dérivée, ainsi, bien entendu, que dans le cycle principal).

Le capitaine Terekhov acquiert, suite au roman, une stature redoutable, presque au niveau de la légendaire Salamandre elle-même. Les personnages « secondaires » comme Hearns ou Zilwicki gagnent aussi en envergure, au grand plaisir de votre serviteur qui s’est particulièrement attaché à elles (ainsi qu’au commandant des fusiliers du H.M.S. Hexapuma, qui est un quasi-homonyme).

Pour finir, signalons la très, très grande qualité de la présentation : la couverture de Genkis est tout simplement magnifique, sans doute la plus belle de toutes les traductions françaises d’HH. Il faut aussi préciser qu’une carte complète de l’Honorverse est fournie avec ce livre, un plus non négligeable pour le passionné.

Conclusion finale

Cette série dérivée, outre sa qualité intrinsèque largement au niveau de celle de certains des premiers tomes du cycle principal, est aussi à mon avis largement supérieure à la série entamée avec La couronne des esclaves, particulièrement pour ce qui concerne l’aspect militaire et le rythme.

C’est, à vrai dire, le meilleur texte de David Weber que j’ai pu lire depuis un moment, et je ne saurais donc trop vous conseiller son achat. Je suis donc fermement décidé à avancer dans le cycle principal, afin de continuer la saga Saganami avec le deuxième tome de la VO, traduit chez nous sous le nom L’ennemi dans l’ombre, et qui, outre Terekhov, met en vedette la célèbre Michelle Henke.

 

 

6 réflexions sur “L’ombre de Saganami – David Weber

  1. Il manque une question…
    Peut-on lire L’ombre de saganami quand on est au tome 6 de HH ?
    Inutile de me convaincre toutefois pour la lecture de HH, c’est au programme. Quand est un autre pb; mes journées ne sont pas assez longues ( et je ne lis pas que SFFF).

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  2. Au tome 6 ? Oui et pas vraiment. Oui, car tu connais l’univers, la technologie, les personnages emblématiques, les nations stellaires, etc. Pas vraiment car ça se passe à la même époque que le tome 11, et que ça fait donc référence à des événements politiques et militaires qui ont eu lieu dans les tomes 7-10. Moi j’ai lu jusqu’au 10 inclus, donc je n’ai pas encore lu le 11 (mais j’ai entièrement remanié le programme des prochaines critiques pour l’insérer en avril), et j’ai pu suivre sans souci. Mais bon, tout compte fait, je pense que tu en as assez lu pour suivre et apprécier le très gros de l’histoire.

    Pour le reste, je te comprends, avec tout ce que je lis en SFFF pour alimenter le blog, j’ai vraiment peu de temps pour lire ces livres d’histoire que j’aime également beaucoup.

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  3. Je vais finir par me concentrer davantage sur la SF, la fantasy j’ai de plus en plus de mal à trouver des petites choses qui me plaisent beaucoup… Je vais réduire de ce côté là, e, évitant de me laisser capturer par simplement les couvertures. Je m’aperçoit que je choisis avec beaucoup plus d’attention la SF que le reste, et mes expériences en sont donc meilleures!
    Pour le fantastique, c’est tellement noyé par la Bit-lit que je n’en lis qu’avec parcimonie, voire quasiment plus, en raison de cette « abondance » et je ne sais plus quel livre choisir.
    Mais, je garde la trilogie de l’Empire à mon programme et je viens de me lancer dans Anno Dracula ( pour une fois que j’en tiens un de bon!).
    AU fait mise à jour de mon blog. ET Terremer prévu jeudi, Le Sorcier, Vendredi, Les Tombeaux et samedi, l’Ultime Rivage.

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  4. Cool, vivement demain !

    Sinon, personnellement, alors qu’au début je maintenais un équilibre SF / Fantasy (avec le Fantastique loin derrière), j’ai privilégié de plus en plus, au fil des années, la SF. En effet, tout ce que je lisais en Fantasy était un clone d’un des auteurs de référence, et je m’ennuyais, alors qu’en SF, je découvrais sans cesse des choses nouvelles et bien plus intéressantes. Ça a duré vingt ans comme ça, jusqu’à ce que je m’aperçoive que beaucoup de choses avaient été publiées en Fantasy qui sortaient des sentiers battus (Trône de fer, compagnie noire, etc) et étaient intéressantes. Ce qui explique qu’aujourd’hui, alors que je peux me considérer comme relativement calé en SF, j’ai encore des choses majeures à lire en Fantasy. Ça fait donc quelques temps que j’essaye de rééquilibrer le mélange à 50/50, même si en moyenne, je préfère lire un seul bon livre de SF plutôt que deux ou trois excellents livres de Fantasy.

    J’essaye aussi de toucher à des genres ou des ambiances pour lesquelles je n’ai pas vraiment d’affinité, jusqu’ici plutôt avec bonheur : fut une époque, je n’aurais lu ni Le Paris des Merveilles de Pevel, ni Anno Dracula, ayant été vacciné contre le Steampunk et plus généralement contre le cadre victorien par Les voies d’Anubis de Tim Powers, que j’avais trouvé très mauvais. Mais bon, j’essaye de ne pas devenir trop con en vieillissant, maintenant que le cap de la quarantaine est passé.

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