Le revenant – Jamie Sawyer

Un final trépidant

lazare_3Le revenant (signalons d’ailleurs que son titre est -doublement- mieux choisi que celui de la VO, Origins, pour des raisons que vous comprendrez mieux en le lisant) est le troisième et dernier roman du cycle Lazare en guerre, par Jamie Sawyer. Toutefois, il ne marque pas la fin de l’exploration de cet univers par l’auteur, puisque ce dernier a lancé un second cycle, The eternity war (qui compte déjà un livre, le second étant attendu dans six mois), qui se déroule dans le même contexte et reprend un personnage que nous connaissons déjà. Espérons d’ailleurs que l’Atalante en assurera la traduction.

Si j’avais trouvé que le premier tome était un mélange bluffant de SF « intelligente » et de divertissement / action, j’avais en revanche été un peu déçu par son successeur, qui était « juste » un bouquin de SF militaire et n’offrait pas une réflexion aussi poussée sur des thématiques profondes. Qu’en est-il du tome 3, donc ? Eh bien il poursuit dans la veine martiale / horrifique, mais pousse le potar jusqu’à onze, pour nous offrir un final trépidant, où le rythme et la tension ne faiblissent quasiment jamais, et qui tient le lecteur en haleine jusqu’au bout. Dans l’ensemble, le cycle Lazare en guerre s’impose donc comme un des meilleurs représentants de la SF militaire sortie ces dernières années, sans atteindre toutefois les hauteurs cyclopéennes d’un David Weber ou d’un Jack Campbell. 

J’attire votre attention sur le fait qu’arrivé au tome 3 d’un cycle, certains spoilers sont inévitables. La lecture de ce qui suit est donc à vos risques et périls.

Situation

L’action démarre six mois après la fin du tome 2 (au passage, Le revenant répond à la question posée par la fin de la novella Rédemption -le tome 2.5 du cycle- au sujet des données informatiques) . La destruction de la base Cap-Liberté a fait perdre à l’Alliance une part énorme de ses capacités offensives et logistiques, mais elle n’est malheureusement pas un événement isolé : les Krells ont lancé des offensives très agressives tous azimuts, sortant de la zone de quarantaine, et le Directoire frappe les Alliés dans le dos chaque fois qu’il en a l’occasion. Tout au long du roman, le lecteur assistera d’ailleurs à la dégradation graduelle des capacités de l’Alliance, jusqu’au final où la Légion est presque livrée à elle-même. Pire que tout, la biotechnologie et les bio-améliorations Krells s’améliorent de façon exponentielle : des formes tertiaires améliorées sont apparues, les bio-toxines de leurs armes sont plus efficaces, leurs bio-vaisseaux sont plus rapides et plus furtifs, etc. Et des rapports non-confirmés parlent même de formes quaternaires…

Malgré ces revers, la Légion n’est pourtant pas sur le front : elle parcourt les marges de l’espace du Directoire Asiatique, à la recherche de camps de prisonniers où se trouveraient Kaminski et le professeur Saul, capturés lors de l’incident de Damas. La scène d’ouverture montre donc l’assaut spectaculaire sur la planète Capa V, surnommée « le tombeau de glace ». Au passage, Harris a été promu au grade de Lieutenant-colonel, et Jenkins à celui de Lieutenant.

Je vais rester discret sur la suite, pour ne pas divulgâcher, mais je vous dirais juste que Harris va se retrouver sur un monde qui a joué un rôle capital dans son passé, avant de pénétrer au cœur du Maelström dans le but de retrouver le VAU Ariane et bien sûr sa chère Elena.

Inspirations

Outre celles déjà signalées dans les livres précédents du cycle, on notera un point (avec des chiens et des Simulants d’infiltration) qui rappelle Terminator, ainsi que tout l’arc sur Devonia, qui évoque très fortement la saga Halo (ainsi qu’une nouvelle parue il y a des lustres dans Ciel & Espace, et qui était appelée La perle, si ma mémoire est bonne). Un point précis rappelle à la fois le film Source Code de Duncan Jones et (un peu) Les enfermés de John Scalzi, l’abordage de l’Ariane évoque celui du Discovery dans 2010, son exploration rappelle Aliens, et les combinaisons Arès ramènent évidemment à Starship Troopers. Enfin, une réplique m’a fait penser à La chute du Faucon noir :

« – On se fait tirer dessus !

– Eh bien, ripostez ! »

Analyse

Ce qui frappe tout d’abord est le rythme de ce livre : il commence sur les chapeaux de roue et ne ralentit que très, très rarement (seulement dans les 3 flash-backs -qui sont donc moins présents que dans les tomes précédents, mais sont très intéressants : on apprend par exemple comment Harris a gagné son surnom de « Lazare »-), jusqu’à un arc final, sur un des mondes les plus importants des Krells, au cœur du Maelström, où la tension dramatique se mêle à un sense of wonder assez colossal, à base d’artefact géant, de machin qui déclare « NOUS SOMMES LA SINGULARITÉ » d’une voix qui ferait passer celle de Barry White (ou de Kader Nouni) pour celle du castrat Farinelli, de gelée… j’allais dire grise, mais en fait elle est plus noire ici qu’autre chose (= de la nanotechnologie autoréplicatrice qui transforme toute biomasse en copie d’elle-même), de sort de toute vie dans la galaxie qui est en jeu, et surtout de grouillage. Je m’explique : en 1992, est parue chez Dark Horse (Zenda chez nous) une BD (Aliens : Guerre pour la Terre) qui suggérait que dans l’univers popularisé par Ridley Scott et James Cameron, il y avait un monde-ruche central, comprenant une Reine Suprême. Si Le revenant ne marche pas tout à fait sur ces terres là, il nous projette cependant sur Devonia, une planète se trouvant au cœur de l’espace Krell, où il y a une telle concentration de bioformes déchaînées que ça ressemble à une table de Warhammer 40 000 un jour de tournoi international, avec douze Tyranides au centimètre carré.

Bref, tout ça pour vous dire que si vous aimez la SF militaire / horrifique à la Aliens, vous allez vous ré-ga-ler (au passage, l’exploration de l’Ariane, et particulièrement du labo, rappellera bien des souvenirs à ceux qui ont vu le film de James Cameron). Et ce d’autant plus que l’auteur a mélangé cette inspiration avec de la nanotechnologie : qui, du biotech et du nanotech, du Krell ou du Bribe, l’emportera, alors que les fragiles petits humains sont là, au milieu ? Soyons honnête, contrairement au tome 1, l’intérêt de ce troisième et dernier opus sera presque purement pyrotechnique, mais dans ce registre, vous en aurez mais alors carrément pour votre argent. On notera toutefois l’exploration de quelques thématiques intéressantes, de nature psychologique (pour Harris, ce n’est pas mourir mais revenir à la « réalité », à son corps normal, qui est de plus en plus difficile : son indifférence à la « vraie vie » est grandissante) ou religieuse (on constatera avec intérêt l’apparition récurrente de « stigmates » sur les vrais corps des membres de la Légion, semblant être un reflet des blessures mortelles subies par leurs Simulants). Le personnage de Harris continue aussi à s’étoffer : Lazare se sent vieux, épuisé, perdu même, parfois. Il est, de plus, atteint du Syndrome du survivant à cause de Cap-Liberté et de Damas.

L’épilogue, s’il est prévisible (un twist se voit venir à dix kilomètres), comme le reste de l’intrigue, d’ailleurs (sans que cela nuise à l’immersion), réserve en revanche un aperçu surprenant de ce que peut être le second cycle. Dès lors, j’avoue être particulièrement curieux de le découvrir. D’ailleurs, on ne sait jamais (^^), si quelqu’un de chez l’Atalante passe par là, je voudrais bien savoir si la traduction de cette deuxième trilogie est envisageable, ou si je peux l’attaquer en anglais directement. Merci d’avance  😉

Un mot sur l’édition

Saluons tout d’abord la qualité de la couverture, qui plus est parfaitement en accord avec une des scènes choc du livre. J’en profite aussi pour remercier l’éditeur pour la citation de ma critique du tome 1 présente en quatrième. Par contre, on signalera deux soucis de relecture / traduction : « Et les deux mitrailleuses latérales étaient équipées de canons d’assaut cinétiques » (traduction inadaptée de door guns, à mon avis, il faudrait remplacer par emplacements latéraux. Parce que dans l’état actuel, ça fait un peu « Les deux épées étaient équipées de haches ») et surtout « Des gens bien, tous. Et tu les as tués dans leurs putains de tanks ! » (où tank doit à mon avis se comprendre, en VO, comme réservoir / cuve pour Simulants, et pas comme un char d’assaut). Mais sinon, rien à dire, la traduction et la relecture sont de qualité.

En conclusion

Le revenant est le troisième et dernier tome du cycle de SF militaire / horrifique Lazare en guerre, et le moins que l’on puisse dire est qu’il conclut de manière trépidante et explosive la saga. Doté d’un rythme constant et très élevé, il attrape le lecteur à la gorge dès les premières lignes et ne relâche quasiment plus jamais la pression, jusqu’à un final aussi apocalyptique que pyrotechnique. Dans un registre presque purement à grand spectacle et d’action (contrairement au tome 1, qui proposait aussi une excellente réflexion sur de profondes thématiques), ce roman ne décevra pas le pur et dur de la SF militaire, un sous-genre dans lequel la trilogie dont il fait partie s’impose comme une des cycles les plus réussis parus ces dernières années.

Pour aller plus loin

Ce roman est le dernier d’une trilogie : retrouvez sur Le culte d’Apophis les critiques du tome 1, du tome 2 et du tome 2.5.

Si vous souhaitez avoir un deuxième avis sur ce livre, je vous conseille la lecture des critiques suivantes : celle du Nocher des livres, celle de Lianne sur De livres en livres, de l’Explographe sur Les chroniques d’aencre, de Lutin sur Albédo,

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19 réflexions sur “Le revenant – Jamie Sawyer

  1. Je suis zentrain de le lire…à peu près au milieu et je compte finir aujourd’hui ! C’est « pêchu » !…Et tu as raiso, c’est un des cycles les plus réussis de ces dernières années…
    J’attends avec impatience la 2ème trilogie…

    Aimé par 1 personne

    • Pour avoir lu les deux, je peux dire que les parallèles entre eux sont plutôt limités, notamment du fait que le roman de Sawyer est avant tout de la SF militaire et pousse donc le côté action bien plus loin qu’Hamilton. Qui, de son côté, a un worldbuilding qui écrabouille celui de Sawyer, qui est du recyclage d’univers cinématographiques ou autres ultra-connus (Alien / Avatar pour l’essentiel).

      Aimé par 1 personne

  2. Et hop ! La trilogie en 4 tomes (2.5) dans ma liseuse.
    Je te remercie, ma liseuse par contre n’en peut plus, elle déborde de romans en vo, non-traduits, indisponibles en numérique et / ou trop chers en édition française. Depuis mon ‘épiphanie’ anglaise suite à ton article, mon ratio anglais français est passé à environ 6/1. Une session de rattrapage qui devrait continuer au moins jusqu’à la fin de l’année, si j’en sors un jour…
    N’achetant pas mes versions numériques sur Amazon j’ai cependant un peu mauvaise conscience, as-tu une possibilité de partenariat avec d’autres sites de vente (Kobo, Apple, Fnac, …)?

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    • Pour répondre rapidement à ta question : non, pas de partenariat envisagé avec d’autres sites de vente. Et dans le lot, je ne passerai de toute façon en aucun cas de partenariat avec Apple. Mais tu sais, passer par mes liens n’est pas une obligation (même morale 😀 ), même si j’apprécie le fait que tu l’envisages et t’en remercie.

      Content de savoir que la lecture en anglais monte en puissance chez toi, effectivement elle offre l’accès à un monde littéraire tellement plus vaste qu’il faut « un peu » (euphémisme !) de temps pour l’explorer 😉

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