Ravencry – Ed McDonald

Encore meilleur que le tome 1, si, si !

ravencryRavencry est le second tome du cycle qui s’appelle Raven’s mark en VO et Blackwing en VF, après Blackwing (VO) / La marque du corbeau (VF). L’auteur a déclaré que pour l’instant, trois romans étaient prévus (le dernier, Crowfall, sortira lors de l’été 2019), mais qu’il n’excluait pas d’en écrire d’autres, situés dans le même univers mais mettant en jeu un personnage différent.

Le livre précédent ayant reçu un accueil ma foi fort enthousiaste (surtout pour un premier roman), les attentes étaient donc fortes concernant sa suite. Et ce d’autant plus que certains lecteurs avaient été un poil déstabilisés par le détachement du personnage principal par rapport à ce qui arrivait (un sentiment que je ne partage pas vraiment, pour ma part). Que ces gens là se rassurent, cependant : cette fois, Ryhalt est carrément ultra-concerné par ce qui arrive, et ce non pas sur un, mais plusieurs plans ! Certes, ce tome 2 a quelques petits défauts sur la fin (mais rien de rédhibitoire), mais globalement, il a repris avec succès la recette de son prédécesseur, en l’améliorant encore. Plus d’action, plus de Désolation, plus d’immersion, plus d’émotion. Bref, vivement le tome 3 ! Continuer à lire « Ravencry – Ed McDonald »

Summerland – Hannu Rajaniemi

Brillant !  

summerlandHannu Rajaniemi est un auteur finlandais (vivant désormais en Californie), mathématicien et physicien de haut niveau écrivant également de la SFF (il a déclaré avoir été poussé dans les deux carrières -la scientifique et la littéraire- par la lecture des ouvrages de Jules Verne). Nouvelliste aussi bien que romancier, il est surtout connu pour sa trilogie consacrée à Jean le flambeur, dont seul le premier volume a été traduit chez nous : Le voleur quantique. Son nouveau roman, Summerland, un stand-alone, ne ressemble pourtant en rien (à part peut-être sur les thèmes de la mémoire, de la surveillance ou de la longévité et de ses effets sur la personnalité des gens) à ce dernier et plus généralement au registre Hard SF dans lequel on classe cet écrivain le plus souvent : il s’agit d’une relecture uchronique et rétrofuturiste de la guerre d’Espagne et des luttes entre services secrets de différentes nationalités qui l’entourent, basée sur une sorte de variante assez étonnante du Dieselpunk (revu à la sauce SOS Fantômes). Mais nous en reparlerons.

C’est un roman relativement exigeant (et j’insiste sur le « relativement », surtout pour ceux qui ne sont pas allés jusqu’au bout du Voleur quantique) parce qu’il impose d’assimiler de nombreux nouveaux concepts en à peine 330 pages, mais en tout cas l’univers proposé est assez unique et franchement intéressant.  Continuer à lire « Summerland – Hannu Rajaniemi »

Les coureurs d’étoiles – Poul Anderson

(Presque) aussi bon que les deux tomes précédents, mais dans un genre parfois assez différent

cours_étoiles_andersonLes coureurs d’étoiles est le troisième des cinq tomes de La Hanse galactique de Poul Anderson, après Le prince-marchand et Aux comptoirs du cosmos. La couverture (superbe), toujours signée Nicolas Fructus, représente un des héros emblématiques de cet univers, Adzel. On peut donc supposer que Chee Lan aura les honneurs de celle d’un des deux derniers livres du cycle.

Les trois nouvelles de 50-70 pages et le roman court qui en fait le double ont toutes un point commun : ce sont des histoires de premier contact entre la Ligue et de nouvelles civilisations. Et on peut aussi remarquer que plusieurs présentent un schéma récurrent, soit entre elles, soit avec des textes des autres tomes. Ce n’est cependant pas toujours le cas : certaines des nouvelles ont un ton différent, et se démarquent parfois assez radicalement des autres. Mais, au final, c’est peut-être ce qui fera l’intérêt des Coureurs d’étoiles (par analogie aux coureurs des bois, terme employé dans La clé des maîtres), à savoir un certain renouvellement, même si, d’un autre côté, les deux derniers textes peuvent un peu décontenancer ceux qui sont là pour le côté truculent de Van Rijn ou la ruse de Falkayn.  Continuer à lire « Les coureurs d’étoiles – Poul Anderson »

L’œuf du dragon – Robert Forward

Chef d’oeuvre de Hard SF / worldbuilding / création d’alien pour les uns, à fuir pour les autres devant tant de faiblesse et d’aridité littéraire

dragon_s_egg_forwardRobert Forward (1932-2002) était un physicien américain (un pionnier dans la détection des ondes gravitationnelles), dont le travail tout ce qu’il y a de sérieux et réel, pour la NASA, l’US Air Force ou d’autres organismes prestigieux, semble relever de cette science-fiction qu’il finira par écrire en parallèle d’articles scientifiques : il a étudié la possibilité de réaliser concrètement une variante de l’ascenseur spatial, la propulsion par antimatière, le voyage dans le temps, la matière à masse négative, etc. Il a publié onze romans, relevant (logiquement) de la Hard SF, dont le plus connu est L’œuf du dragon, dont je vais vous parler aujourd’hui. Sorti en VO en 1980 (et titulaire du prix Locus – catégorie premier roman- 1981), ce texte a été traduit en France en 1984 puis est sorti en poche en 1990 (notez qu’il existe une suite, Starquake, qui, elle, n’a jamais été traduite). Premier livre de l’auteur (qui devait initialement être co-écrit avec Larry Niven, ce qui n’a au final pas pu se faire. Au passage, Forward remercie aussi Frank Drake, Hans Moravec et Freeman Dyson, excusez du peu !), il se révèle un coup de maître sur le plan du réalisme scientifique, de la construction de l’univers et de la race extraterrestre rencontrée par les humains, et surtout du Sense of wonder, et ceci pour une raison toute simple : les Cheela vivent… à la surface d’une étoile à neutrons !

Considéré comme un chef-d’oeuvre de la Hard SF dans la lignée de Mission Gravité de Hal Clement (c’est l’auteur lui-même qui établit la filiation dans l’appendice), on peut regretter que L’œuf du dragon et son auteur aient autant été oubliés aussi bien en France qu’aux USA : aujourd’hui, lorsqu’on parle de ce genre de Science-Fiction, bien peu sont ceux qui citent Forward comparé à Egan et autres Baxter ou Watts ; le roman n’a pas été réédité depuis près de trente ans en VF et n’existe pas sous forme électronique (sauf en VO -c’est d’ailleurs dans la langue de Shakespeare que je l’ai lu- : remarquez toutefois que sa suite n’est pas disponible sous cette forme même en anglais). Si on ajoute à ce lourd dossier à peu près la même situation (en pire : pas de version électronique du tout, même en VO, pas réédité depuis des lustres) pour son autre livre majeur, Le vol de la libellule (qui décrit de façon réaliste un voyage par vaisseau à voile solaire vers l’étoile de Barnard), on se retrouve devant un des pires cas d’abandon d’un auteur majeur dans un sous-genre donné. Il me semble que du côté de Saint Mammès, il y a une bande d’amateurs de Hard SF, enfin, je dis ça, hein, je dis rien… Continuer à lire « L’œuf du dragon – Robert Forward »

Prador Moon – Neal Asher

Blowing the bastards to Bouillabaisse

prador_moonPrador Moon est un des seize romans (publiés au moment où je rédige ces lignes) de l’énorme cycle Polity, par Neal Asher. S’il est loin d’être le premier livre de la saga si on se réfère à l’ordre de parution, en revanche, dans la chronologie interne de cet univers, il doit théoriquement être lu en premier. Toutefois, étant donné que les sous-cycles ou stand-alone ont la réputation de pouvoir se lire indépendamment, j’ai personnellement commencé par… le seizième et dernier en date, à savoir The soldier. Et comme j’ai beaucoup aimé à la fois l’écriture de l’auteur et son univers, j’ai eu envie de reprendre les choses du début, en attendant le tome 2 du sous-cycle Rise of the Jain, et ai donc suivi l’ordre de lecture recommandé.

Prador Moon, donc, nous montre la première rencontre entre la civilisation humaine (dirigée par les IA) appelée Polity (une société post-pénurie où le luxe est standard et la pauvreté un choix, un style de vie) et des extraterrestres ultra-agressifs nommés Prador (une déformation du mot « Predator », ce que sont ces bestioles sur leur monde d’origine). Comme à son habitude, Neal Asher ne perd pas de temps, brossant de façon rapide et efficace un succinct tableau de son univers avant de vous projeter en plein dedans. Car dès la scène d’ouverture, tout espoir de coexistence pacifique est annihilé par les Prador, qui non seulement massacrent la délégation diplomatique humaine, mais en plus la mangent ! Suivra alors un roman assez court, extrêmement nerveux, au carrefour de la SF militaire et horrifique, avec une petite touche de Hard-SF vraiment très bien faite. Bref, deuxième bouquin du cycle Polity, et deuxième très bon moment de lecture pour moi ! Continuer à lire « Prador Moon – Neal Asher »

L’œil d’Apophis – Numéro 11

Eye_of_ApophisOnzième numéro de la série d’articles l’œil d’Apophis (car rien n’échappe à…) ! Je vous en rappelle le principe : il s’agit d’une courte présentation (pas une critique complète) de romans qui, pour une raison ou une autre, sont passés « sous le radar » des amateurs de SFFF, qui sont sortis il y a longtemps et ont été oubliés, qui n’ont pas été régulièrement réédités, ont été sous-estimés, mal promus par leur éditeur, ont été noyés dans une grosse vague de nouveautés, font partie de sous-genres mal-aimés et pas du tout dans l’air du temps, sont connus des lecteurs éclairés mais pas du « grand public », et j’en passe. Chaque numéro vous présente trois romans ou cycles : aujourd’hui, une large place sera laissée à la Fantasy, puisqu’il s’agit de l’intégrale de La septième épée de Dave Duncan, de Manhattan à l’envers de Peter F. Hamilton et d’Espoir-du-cerf d’Orson scott Card.

Au passage, sachez que vous pouvez retrouver les anciens numéros de l’œil via ce tag ou bien cette page. Je vous rappelle aussi que les romans présentés ici ne sont pas automatiquement des chefs-d’oeuvre ou ceux recommandés par le site à n’importe quel amateur de SFFF (si c’est ce que vous cherchez, voyez plutôt les tags (Roman) Culte d’Apophis ou Guide de lecture SFFF).  Continuer à lire « L’œil d’Apophis – Numéro 11 »

Les jeux de Némésis – James S.A. Corey

Le cycle repart sur de meilleures bases

nemesis_gamesLes jeux de Némésis est le cinquième tome du désormais célèbre cycle The Expanse (dont la contrepartie télévisée, menacée d’annulation par SyFy -l’Eclipse télévisuel-, a été sauvée par le fait que le PDG d’Amazon en est fan -et on le comprend aisément- et a repris la série), qui comptera neuf tomes en tout (le dernier étant prévu en VO en 2019). Les auteurs (Ty Franck et Daniel Abraham, dont James S.A. Corey n’est que le pseudonyme commun) ont d’ores et déjà annoncé qu’une nouvelle trilogie, prenant place dans un univers entièrement différent, suivra après le neuvième opus de The Expanse (qui a donc toutes les chances d’être l’ultime).

Après un tome 3 de mon point de vue très décevant, et un tome 4 tout juste passable, je dois dire que je n’étais que moyennement optimiste concernant ce tome 5. J’avais même plus ou moins décidé d’arrêter ce cycle s’il était aussi peu intéressant que ses deux prédécesseurs. Heureusement, les auteurs ont remis un vigoureux coup de booster, et Les jeux de Némésis est probablement le tome le plus réussi de la série, à ce stade, avec le tome 2. Je serais donc de la partie l’année prochaine, avec la sortie française de Babylon’s ashesContinuer à lire « Les jeux de Némésis – James S.A. Corey »

The poppy war – R.F. Kuang

Un livre schizophrène, alternant roman d’apprentissage quasi-Young Adult et grimdark fantasy militaire ultra-hardcore

poppy_warRebecca F. Kuang est une sino-américaine de vingt-deux ans, arrivée aux USA en 2000 et étudiante en Histoire de la Chine. Avec The poppy war (tome inaugural d’une trilogie et premier roman de l’auteure), son ambition était de dénoncer les exactions des japonais en Chine durant les années trente et quarante, particulièrement (comme nous l’apprend son site) le massacre de Nankin ou les expérimentations menées par l’unité 731 (j’y reviendrai), ainsi que de montrer comment une personne peut se transformer en dictateur (son personnage principal est modelé sur Mao -en version féminine-). Sur le papier, il s’agit d’une Fantasy militaire (lourdement) grimdark, écrite par quelqu’un qui connaît à la fois bien la Chine et la stratégie / histoire militaire, et qui pense que certaines blessures ne peuvent être refermées qu’après une analyse sans concession du passé. On pourrait donc croire que nous avons affaire à quelque chose d’à la fois solide, engagé et très noir et adulte.

Malheureusement, on s’aperçoit rapidement que ce roman est schizophrène, car il alterne une première moitié qui relève presque du Young Adult (à 2-3 points près) ET qui, de plus, est outrageusement pompée sur Patrick Rothfuss (influence d’ailleurs jamais citée par l’auteure qui, dans un post sur Goodreads, parle plutôt d’Avatar – Le dernier maître de l’air, de La stratégie Ender, de La grâce des rois de Ken Liu et bien entendu du Trône de fer) avec une seconde moitié dont certains passages ne sont vraiment, mais alors vraiment pas faits pour les âmes sensibles. En gros, donc, il y a de tels écarts d’ambiance que ce livre est, pour parler vulgairement, le cul entre deux chaises, divisé en deux moitiés dont chacune plaira à un public bien précis (plutôt Young Adult / adepte de roman d’apprentissage pour la première, et aux fanatiques du plus radical des Grimdarks ou de la plus extrême des Fantasy Historiques pour la seconde) mais (et c’est là le souci) dont l’autre moitié sera détestée par le public en question (les adeptes du Grimdark vomiront la première partie, les fans de YA / roman d’apprentissage la Fantasy militaire extrêmement noire de la seconde partie). Et donc, au final, ce livre n’est taillé pour plaire… à pratiquement personne. Enfin, logiquement et / ou en France, en tout cas. Il faut cependant nuancer lorsqu’on voit la réputation flatteuse et la bonne note dont il peut se vanter sur Goodreads (même si la réception d’un même roman sera parfois très différente entre les USA / l’Angleterre d’un côté et l’Hexagone de l’autre : des livres comme Godblind ou La justice de l’Ancillaire sont là pour en attester).  Continuer à lire « The poppy war – R.F. Kuang »

Indomptable – Jack Campbell

À l’ancienne

indomptable_campbellJack Campbell est le pseudonyme de John G. Hemry, écrivain américain publiant principalement de la SF militaire mais aussi de plus en plus de Fantasy. C’est d’ailleurs un auteur prolifique, tout à fait capable de sortir deux romans par an sur une période prolongée. Il est principalement connu pour son cycle La flotte perdue, dont Indomptable est le premier tome et qui a engendré trois sous-cycles annexes. La saga, inspirée, du propre aveu de l’auteur, par l’Anabase de Xénophon (qui décrit la retraite de mercenaires grecs très profondément enfoncés en territoire perse), montre le lent et périlleux retour d’une armada qui a tenté une frappe de décapitation sur la planète-mère ennemie, qui est tombée dans un piège, et qui tente de rentrer dans son espace d’origine. Vous remarquerez, au passage, que cette saga n’est pas la seule, en SFFF militaire, à être inspirée par l’Anabase, puisque David Weber et John Ringo, par exemple, l’ont également prise pour modèle.

La flotte perdue, c’est l’autre cycle majeur de la SF militaire sortie durant le dernier quart de siècle, avec bien entendu la saga d’Honor Harrington écrite par David Weber. Toutefois, à titre personnel, je ne mettrais pas les deux sur le même plan, les aventures de la Salamandre étant, à mon avis, (nettement) supérieures à celles de Black Jack Geary, pour des raisons que je vais maintenant vous exposer.  Continuer à lire « Indomptable – Jack Campbell »

The freeze-frame revolution – Peter Watts

Watts fait son Zendegi ou son Cérès et Vesta

freeze_frame_wattsThe freeze-frame revolution est un roman court signé Peter Watts, centré autour de Sunday Ahzmundin, un personnage qui apparaissait déjà dans les trois textes consacrés à l’Eriophora dans Au-delà du gouffre. Signalons que la lecture de ces derniers n’est pas indispensable pour comprendre cette novella (l’auteur présente de façon efficace cet univers) mais constitue évidemment un plus (notamment quand Sunday évoque son épiphanie à la surface du soleil, ce qui fait directement référence à la nouvelle Éclat).

Petit résumé, malgré tout, destiné à ceux qui n’ont pas eu l’occasion de lire ces textes : l’Eriophora (nommé d’après un type d’araignée) est un vaisseau-astéroïde de plusieurs dizaines de kilomètres de long qui parcourt la galaxie à une vitesse inférieure à celle de la lumière pour construire, grâce à des robots autoréplicateurs appelés vons (en référence à John von Neumann, évidemment), une toile de portes spatiales permettant un transfert instantané de l’une à l’autre, le tout au bénéfice des successeurs posthumains de l’Humanité. Il possède un équipage de 30 000 humains (génétiquement modifiés et entraînés pour être entièrement dévoués au succès de la mission) en stase cryogénique, partis de la Terre au XXIIe siècle, et dont une poignée ne sont réveillés que si l’IA (faible, au sens informatique de ce terme) de bord, le Chimp(anzé), a un problème qu’elle ne sait pas résoudre dans le système où doit se dérouler le prochain chantier (ce qui ne se produit que dans 6% des cas à peine). En moyenne, une personne ne se réveille que quelques jours tous les… deux millénaires, avant de replonger en hibernation. Au moment où le récit commence, l’Eri (comme il est surnommé) en est à son 32e circuit complet autour de la Voie Lactée, ce qui représente 100 000 portes construites et un voyage de… 66 millions d’années !  Continuer à lire « The freeze-frame revolution – Peter Watts »