Apophis Box – Mars 2025

SF et Évolution / Provolution, IA se servant de l’humain à son insu, Extension des horizons : la téléportation et mini-chronique : Crimson Tempest – Anthony James

L’Apophis Box est une série d’articles… n’ayant pas de concept. Enfin presque. Bâtie sur le modèle des « box » cadeau, vous y trouverez à chaque fois trois contenus / sujets en rapport avec la SFFF, qui peuvent être identiques ou différents entre eux, et qui peuvent être identiques ou différents de ceux abordés dans la box du mois précédent. Pas de règle, pas de contraintes, mais l’envie de créer du plaisir, voire un peu d’excitation, à l’idée de découvrir le contenu de la nouvelle Box. Le but étant aussi de me permettre de publier des contenus trop brefs pour faire l’objet d’un des types d’articles habituellement proposés sur ce blog ou dérogeant à sa ligne éditoriale standard, et bien sûr de pouvoir réagir à une actualité, à un débat, sans être contraint par un concept rigide.

Vous pouvez retrouver les Apophis Box précédentes via ce tag.

Au sommaire de cette box de mars 2025 :

Nous sommes légion – Dennis E. Taylor

Après la Weird Fiction, la Weir Fiction !

Dennis E. Taylor est un programmeur informatique devenu écrivain de SF, et le moins qu’on puisse dire est que ce vécu professionnel se sent à la lecture de son roman, qui est qualifié de Hard SF (je rappelle que « Hard » signifie dans ce contexte « solide » – sous-entendu sur le plan du réalisme scientifique – et pas « difficile » à lire. Et d’ailleurs, ce bouquin est un magnifique exemple de la chose, tant il se lit avec une admirable facilité), même s’il faut bien s’entendre sur le sens donné ici au terme : c’est de la Hard Science du fait de l’emphase sur la technique (l’ingénierie), pas du fait d’un respect absolu des lois de la Physique telles qu’actuellement comprises (il y a des communications supraluminiques, par exemple). Et je m’empresse de préciser que ce n’est pas QUE ça : en fait, plus on avance dans le livre, plus on s’aperçoit qu’il balaye très large en termes de sous-genres ou de thématiques de la Science Fiction. Je ne suis guère fan de la couverture de l’édition française (vous trouverez celle de l’édition polonaise plus bas, vous verrez la différence…), mais au moins, elle a le mérite de moins crisper un certain lectorat que celle de la VO, qui marque clairement l’aspect (un parmi d’autres) SF militaire de l’ouvrage (même si là aussi, on est aux marges de ce domaine, vu que le personnage central n’est pas vraiment militaire, du moins au début ; vous comprendrez en lisant cette histoire), et elle souligne de façon détournée l’aspect fun et assez ludique du roman.

Nous sommes légion, donc, est le deuxième roman de l’auteur, et surtout le premier d’un cycle qui se nomme Nous sommes Bob en français et Bobiverse en anglais. Sur les cinq tomes de la VO, seuls les trois premiers ont été traduits, et vu que le tome 4 a plus de quatre ans, je suis pessimiste sur le fait que la traduction soit menée à bien. Toutefois, il se passe tellement de choses dans ces romans et ils sont tellement enthousiasmants que vous auriez tort de vous en priver sur le seul prétexte d’une traduction incomplète : j’ai achevé Nous sommes légion en moins de 24 heures, ce qui, si vous me suivez depuis un moment, devrait vous donner un indice très fort de sa qualité. Je ne lis même pas un Honor Harrington à cette vitesse, c’est tout dire !

Histoire de recontextualiser, j’ai acheté ce livre en promo Bragelonne il y a des années, l’ai laissé dormir dans un coin de ma liseuse parce que l’aspect SF humoristique éveillait ma méfiance, puis ai décidé d’y revenir récemment parce qu’il est centré sur 1/ le téléchargement de consciences humaines 2/ dans des sondes interstellaires, deux sujets qui m’intéressent beaucoup. Et là, ça a été la grosse claque : constamment surprenant, constamment réjouissant, ce bouquin, dont j’avais visiblement beaucoup sous-estimé l’intérêt, s’est révélé être une très bonne lecture, au style extrêmement fluide et plaisant, alliant un fond qui, s’il n’atteint pas les sommets himalayens des plus grands maîtres de la Hard SF, n’en est pas moins réel, à une forme qui, elle, rappelle fortement Andy Weir, avec un protagoniste fort sympathique, doté d’un solide sens de l’humour (de geek !), d’un inébranlable optimisme, et surtout d’une faculté à toujours trouver (ou presque) la solution technique qui va le sortir d’une situation périlleuse. Balayant, de plus, de nombreuses thématiques SF, Nous sommes légion me paraît être une très bonne porte d’entrée dans une SF un minimum ambitieuse mais abordable par quasiment tous les profils de lecteur, un tour de force pas si répandu que cela ! Bref, je ne saurais trop vous conseiller de le lire et de le faire lire, vous ne le regretterez pas ! Continuer à lire « Nous sommes légion – Dennis E. Taylor »

Dans le berceau du temps – Adrian Tchaikovsky

Le Crépuscule des dieux

Le 12 mars 2025, paraîtra en français le troisième tome du cycle entamé avec l’excellent Dans la toile du temps et poursuivi dans le magistral Dans les profondeurs du temps, sous le nom Dans le berceau du temps. J’ai, pour ma part, lu la version anglaise de ce roman, et ne peux donc pas me prononcer sur la qualité de la traduction (sinon pour dire que celle du titre évite un spoiler potentiel – pour les lecteurs les plus expérimentés en SF, du moins – mais du coup perd le clin d’oeil plein de sens caché de la VO), de la correction, la relecture et ainsi de suite. Je peux en revanche dire qu’à part dans ses derniers 10%, de loin les plus clairs et les plus intéressants (en fait si intéressants qu’on peut regretter amèrement que Tchaikovsky n’en ait pas fait le cœur de son roman), ce troisième volet est LOIN du niveau de ses deux prédécesseurs, il est vrai très élevé. Et je dis bien troisième, pas forcément dernier : la fin du livre sent très fortement le jalon avec un potentiel quatrième bouquin (envers lequel je serai, du coup, fortement méfiant : je n’en ferai l’acquisition que quand un Feydrautha / Anudar / Gromovar aura donné un avis positif dessus).

Ceux qui n’ont lu Tchaikovsky qu’en français pourraient être étonnés par un avis aussi négatif ; ceux qui, comme moi, ont lu une partie de sa vaste bibliographie VO (et le mot est faible…) savent que l’auteur est capable du meilleur (ce qui a été traduit, essentiellement) mais aussi de choses allant du passable au dispensable en passant par le plutôt mauvais. Ce cycle est le joyau de sa couronne (SF, du moins : en Fantasy, sa décalogie Shadows of the Apt – dont je proposerai la critique du premier tome dans les mois à venir – peut revendiquer ce titre), et on aurait pu espérer qu’il conserve sa qualité de bout en bout : cet espoir a clairement été déçu. Sur le fond comme (surtout) sur la forme, Dans le berceau du temps est une grosse déception, qui vire même partiellement au calvaire quand les longueurs se conjuguent à une narration inutilement convolutée et à un propos auquel on est loin de tout comprendre, avant que les dernières dizaines de pages ne clarifient et ne relèvent le niveau. Pas de quoi sauver ce bouquin pour autant : il m’est pénible de le dire, parce que pour moi ses deux prédécesseurs sont deux monuments de la SF de haute volée récente, mais vous pouvez vous dispenser sans grand regret de sa lecture. Vous garderez ainsi une bonne image de ce cycle. Seule l’hypothétique parution d’un tome 4 au niveau des deux premiers pourrait redonner un intérêt à ce tome 3, à la rigueur. Continuer à lire « Dans le berceau du temps – Adrian Tchaikovsky »

The Two faces of war – Rob J. Hayes

Tout le talent de Rob J. Hayes condensé en une courte nouvelle

Si vous vous inscrivez à la Newsletter de Rob J. Hayes, vous recevrez en cadeau trois nouvelles (sous forme électronique) qui se déroulent dans certains des nombreux mondes créés par l’auteur, dont celui du cycle Mortal techniques dont je vous ai parlé plusieurs fois sur ce blog. Le texte en question, The Two faces of war, est accolé au premier chapitre du roman Never Die (c’est donc aussi l’occasion d’en avoir un aperçu, même si le plus intéressant en est la fin et ses énormes et très inattendues révélations), et avait à l’origine été publié dans Art of war, une anthologie réunissant quarante auteurs de Fantasy qui avaient accepté d’écrire à titre gracieux une nouvelle au profit de Médecins sans frontières. Et parmi les quarante, il y avait quelques noms connus des aponautes, comme, donc, Hayes, mais aussi Mark Lawrence, Brian Staveley (Skullsworn), John Gwynne (L’Ombre des dieux), Sebastien De Castell (The Malevolent seven), Nicholas Eames (La Mort ou la gloire), Ben Galley (Chasing graves), Ed McDonald (La Marque du corbeau), Anna Stephens (Godblind), Anna Smith Spark (The Court of broken knives) ou encore R.J. Barker (The Bone ships, qui sort en français dans quelques semaines).

Notez que même si The Two faces of war est supposé se dérouler dans l’univers de Sword & Sorcery d’inspiration asiatique du cycle Mortal Techniques, il pourrait en fait prendre place dans n’importe quel monde ayant une technologie de niveau médiéval. Même pas médiéval-fantastique ou oriental, juste médiéval. Je ne cite d’ailleurs ce texte sur ce blog consacré à la SFFF que parce qu’il émane d’un auteur exerçant son art dans le registre des littératures de genre et l’ayant publié à l’origine dans une anthologie de Fantasy. Et parce qu’il offre un éclatant aperçu (et gratuit, qui plus est) du formidable talent de Hayes. Continuer à lire « The Two faces of war – Rob J. Hayes »

Dinosaures – Walter Jon Williams

Glaçant

Le paradoxe avec Walter Jon Williams est qu’il est méconnu à la fois de la nouvelle génération de lecteurs de SF mais aussi (et là, de prime abord, c’est plus surprenant) des vieux briscards du fandom traditionnel : les premiers n’en auront jamais entendu parler, ou seulement via La Peste du léopard vert sorti en UHL chez le Bélial’ en 2023, les seconds savent son importance en matière de Cyberpunk… mais réduisent souvent l’auteur à cette facette de sa bibliographie. Or, elle est bien plus vaste que ça, allant de romans Historiques d’aventure navale à de la SF militaire, en passant par des ouvrages de Jeu de rôle et par une SF Trans- ou Posthumaniste de haute volée (dont l’UHL susnommé et surtout le BEAUCOUP trop méconnu Avaleur de mondes). C’est de ce dernier registre dont relève la novelette (longue nouvelle, une trentaine de pages ici) dont je vais vous parler aujourd’hui, Dinosaurs. Ce texte est disponible en français (sous le nom Dinosaures), dans l’anthologie Futurs à gogos (qui, par ailleurs, comprend aussi d’autres nouvelles plus ou moins intéressantes, dont une de Geoffrey A. Landis), parue en 1991 mais que vous aurez probablement du mal à trouver d’occasion. En revanche, il se trouve sans problème sous forme électronique (mais en anglais, bien qu’il soit d’un niveau franchement accessible), pour moins d’un euro. C’est d’ailleurs dans la langue de Shakespeare que je l’ai lu.

Lorsque je cumule plusieurs lectures très mauvaises / décevantes (respectivement Le Sabre de neige de Salomé Han et – la VO de – Dans le berceau du temps d’Adrian Tchaikovsky), j’ai pour habitude d’enchainer avec une valeur sûre, histoire de rééquilibrer ma chimie cérébrale et de garder intacte ma motivation à lire de la SFFF. Et je dois dire que Dinosaures ne m’a pas (vraiment) déçu, bien qu’il manque de l’atome de tranchant ou de sense of dread nécessaire pour lui faire franchir le pas qui sépare un très bon texte d’un Culte d’Apophis. Une lecture certes glaçante, comme nous allons le voir, mais vraiment très digne d’être faite. On espère aussi que quelqu’un aura l’idée de rééditer cette nouvelle, parce que c’est carrément dommage qu’elle ne soit plus (facilement) à la disposition du lectorat français. Continuer à lire « Dinosaures – Walter Jon Williams »

Le Sabre de neige – Salomé Han

Être et paraître

J’ai reçu ce roman dans le cadre d’un Service de presse fourni par l’éditeur. Merci à Gilles Dumay pour cet envoi.

Salomé Han est, comme nous l’apprend son interview sur le site d’Albin Michel Imaginaire (AMI), une autrice française vivant depuis une décennie en Corée du sud. Et donc, très logiquement, elle a choisi d’inscrire son premier roman, Le Sabre de neige, tome inaugural d’une trilogie (mais on nous précise qu’il peut se lire de façon isolée), dans un Japon fantasmé, et… « Eh, une minute, dans un Japon fantasmé ? Mais pourquoi pas en Corée, nom d’Apophis ?! », vous dites-vous probablement. Ayant, comme nombre d’entre nous, grandi exposée aux mangas et aux anime, elle a fait le choix d’écrire d’abord sur le pays du soleil levant plutôt que sur celui du matin calme, mais assure qu’elle a plusieurs projets, dans différents sous-genres de la SFF, prenant pour cadre ce dernier. On lui souhaite sincèrement de pouvoir les concrétiser.

Ne faisons pas durer le suspense : nous avons affaire à un premier roman assez hautement critiquable, à une Fantasy pour gros débutants (voir plus loin), dangereusement proche d’un New Adult, et, surtout, à une incontestable Romantasy, malgré le fait que l’idée qu’on accole cette étiquette à son livre paraisse visiblement risible à l’autrice. Mais après tout, AMI n’a pas forcément vocation à ne s’adresser qu’à des vétérans de la SFF, et la Romantasy a le vent en poupe, donc pourquoi ne pas surfer sur la vague ? J’entends toutefois presque Gilles Dumay nous dire : « Ah non, non, ce n’est pas de la Romantasy, c’est une Dark Romance Yaoi avec un pervers narcissique dans un Japon réenchanté, ça n’a rien à voir ! ». Continuer à lire « Le Sabre de neige – Salomé Han »

Le Chemin de l’espace – Robert Silverberg

Certes Silverbergien, mais pas seulement

J’ai reçu ce roman dans le cadre d’un Service de presse fourni par le Bélial’. Merci à Erwann Perchoc et Pierre-Paul Durastanti pour cet envoi.

Le Chemin de l’espace est la réédition, publiée en 2024, d’un roman de Robert Silverberg, avec une traduction révisée par Pierre-Paul Durastanti, par ailleurs directeur de la collection dans laquelle paraît l’ouvrage (Pulps, chez le Bélial’). Dans la préface, l’auteur revient sur l’histoire éditoriale complexe de ce dernier, composé de cinq novelettes (longues nouvelles) d’une cinquantaine de pages chacune. Attention, il ne s’agit pas, pour autant, d’un fix-up (de textes qui n’avaient initialement rien à voir et qui ont été réunis plus tard en un tout plus ou moins cohérent par l’ajout de passages supplémentaires, voire d’un fil rouge : un écrivain comme A.E. van Vogt, par exemple, était un spécialiste de la chose), puisque ces cinq textes ont toujours été pensés comme une Histoire cohérente du Futur / d’une religion scientifique. On a plus affaire à une intégrale qu’à un fix-up, techniquement.

Comme la quatrième de couverture le rappelle à juste titre à un public SF des années 2020 dont la maigre connaissance du domaine est de plus en plus lacunaire, Robert Silverberg est un des géants du genre (je vous ai par exemple souvent parlé sur ce blog de son recueil Le Nez de Cléopâtre ou de certains des textes qui le composent, par exemple dans cet article). Pour appuyer son propos, le rédacteur de ladite quatrième cite certains des chefs-d’œuvre de l’auteur, comme Le Livre des crânes, L’Homme dans le labyrinthe et L’Oreille Interne. Cette sélection, si elle reflète effectivement certains des livres majeurs de Silverberg, n’est à mon avis pas faite au hasard : ces trois romans exploitent en effet deux thématiques (l’immortalité pour le premier, les pouvoirs psi pour les deux autres) centrales dans Le Chemin de l’espace. Dans la préface, l’auteur déclare avoir initialement voulu s’inspirer de Neil R. Jones, Cordwainer Smith et Poul Anderson, mais que le résultat final ne reflète pas leurs oeuvres (à part celle du premier, auteur totalement inconnu en France mais important dans l’histoire du genre via les concepts créés ou l’influence sur d’autres écrivains majeurs ; on pense à Murray Leinster, en moins prononcé). En fait, l’ouvrage est, d’abord, très Silverbergien, comme nous allons le voir, mais pas seulement : il fait également penser à d’autres auteurs (y compris des gens ayant publié leurs romans après celui de Silverberg), de Frank Herbert à Isaac Asimov en passant par Walter M. Miller.

Si je ne ferais pas de ce Chemin de l’espace un roman incontournable en SF ou dans la bibliographie de Silverberg, il se lit avec fluidité et développe méthodiquement l’ascension d’une de ces religions scientifiques fréquentes dans l’histoire de la Science-Fiction (Asimov, Iain M. Banks, A.E. van Vogt, etc.), et peut constituer une synthèse abordable d’au moins un pan de l’œuvre protéiforme de l’auteur (SF, Fantasy, Uchronie) et surtout de certaines de ses thématiques de prédilection (dont les pouvoirs psi). C’est déjà pas mal ! Continuer à lire « Le Chemin de l’espace – Robert Silverberg »

De l’espace et du temps – Alastair Reynolds

There and back again

J’ai reçu ce roman dans le cadre d’un Service de presse fourni par le Bélial’. Merci à Erwann Perchoc pour cet envoi.

Je ne pense pas avoir besoin de présenter Alastair Reynolds, ni aux fidèles lecteurs de ce blog (c’est le huitième texte de cet auteur qui y est chroniqué), ni à ceux de Bifrost (dans le numéro 110, qui lui est consacré, je vous parlais du cycle centré sur La Maison des soleils et d’Éversion) ou à ceux des livres du Bélial’, qui publie encore une fois la novella du gallois qui est le sujet de cet article. Mais au cas où, sachez que Reynolds est un des maîtres de la Hard SF, ce sous-genre de la Science-Fiction qui ne doit PAS se comprendre comme « SF difficile à lire » (il renferme des textes de tout niveau de difficulté) mais bel et bien comme « SF solide sur le plan scientifique / technique ».

Ce texte, au parcours éditorial tortueux (que l’auteur nous détaille dans la postface), est vraiment surprenant, et ce sur quatre plans différents : d’abord, après un départ diesel, il accélère de façon exponentielle ; ensuite, alors qu’au début, nous sommes sur un registre précis de la SF (le post-apocalyptique, la survie d’un homme seul sur Mars comme dans le roman / film du même nom), la suite, très singulière, va changer de sous-genre et de thématique, passant de la Hard SF à un posthumanisme radical ; d’un postulat de départ sinistre (la fin quasiment actée de notre espèce), il va se muer en récit à la gloire de la persévérance et de l’ingéniosité de l’Humanité ; enfin, et c’est sans doute là le plus ahurissant, après avoir atteint le sommet indépassable du Posthumanisme, on va revenir à quelque chose de plus proche de l’expérience humaine, « mortelle », comme si Frodon Sacquet redébarquait de Valinor pour retrouver el famoso « la vie d’avant ». Si je me suis fait la réflexion, avant un stade pivot de ma lecture, que ce texte était bien sympa mais qu’on pouvait se demander ce qu’il faisait en Une Heure-lumière, la suite a balayé ce doute (homme de peu de foi que je suis…) et donc oui, c’est sans conteste un texte à la hauteur de la prestigieuse collection. Datant du début de la carrière de Reynolds, il y fait déjà preuve d’une imagination, d’une ambition, d’une démesure, d’une vision et d’une qualité qu’il ne fera que confirmer, encore et encore et encore, durant les vingt années suivantes. Si je n’en ferai pas tout à fait un (roman) culte d’Apophis ou un des sommets de la collection (qui restent pour moi Rossignol d’Audrey Pleynet et L’Homme qui mit fin à l’Histoire de Ken Liu), parce que ça ressemble tout de même pas mal à des tas d’autres oeuvres, je le recommande toutefois sans réserve, surtout si vous connaissez déjà et appréciez l’auteur. Mais ce texte me paraît aussi être une bonne porte d’entrée dans son œuvre, voire en Hard SF. Continuer à lire « De l’espace et du temps – Alastair Reynolds »

Blood Brothers Beyond – Rob J. Hayes

Hayes se révèle aussi à l’aise dans le registre émouvant que dans l’épique

Je vous ai déjà parlé sur ce blog du cycle Mortal Techniques de Rob J. Hayes, auteur auto-édité très prolifique et très talentueux, véritable couteau suisse capable de balayer un éventail assez ahurissant de sous-genres de la SFF (de la Fantasy essentiellement, mais pas seulement). Ce cycle comprend des textes de différentes tailles (du roman à la nouvelle en passant par la novella), cinq pour le moment, d’une Sword & Sorcery d’inspiration asiatique, Chine ou Japon selon les cas. Leur particularité est que s’ils partagent un univers (imaginaire) commun, ils peuvent tous se lire de façon indépendante. J’avais été très impressionné par le roman Never Die, notamment par sa fin absolument bluffante qui remettait tout le reste en perspective, ainsi que par la nouvelle The Century blade, épique et surnaturelle s’il en est, surtout dans un genre, la Fantasy, qui va, tout au contraire, de plus en plus vers le « réalisme » (la Low Fantasy, en termes taxonomiques). Ayant récemment acquis tous les autres textes du cycle, je me suis avidement lancé dans la lecture du plus court d’entre eux et du plus récent, Blood Brothers Beyond. Que vous pouvez acquérir à un prix fort sympathique, aussi bien en version électronique que papier (à la couverture d’une qualité hallucinante, une constante dans ce cycle), cette dernière n’étant pas plus onéreuse qu’un Une Heure-lumière.

Si cette novella est moins épique et réserve moins d’énormes révélations que les deux textes précédents, elle offre en revanche une émouvante catharsis, la façon de dire au revoir à un frère décédé. La lecture de la postface ne fait que confirmer que le récit a une composante autobiographique, car cela se devine clairement à la lecture du texte. Je sors, une fois de plus, très satisfait de la découverte d’un texte de Hayes, et me réjouit de penser qu’il me reste deux romans pleine taille (dont un de près de 650 pages) à lire dans cette saga. Continuer à lire « Blood Brothers Beyond – Rob J. Hayes »

Dix sagas de SFF à lire pour… leur système de magie

Vous trouverez sur ce blog un grand nombre de guides de lecture, qu’il s’agisse de ceux où les livres sont classés par sous-genre, relèvent d’une thématique commune (il y en a aussi dans l’Apophis Box) ou concernent un auteur bien précis. Le néophyte y trouvera de quoi le guider dans la jungle des milliers de titres de Science-Fiction ou de Fantasy publiés, tandis que le vétéran y cherchera la perle rare qui aurait échappé à son radar au fil de décennies, parfois, de lecture de nos genres de prédilection. Il y a toutefois une autre façon de proposer aux aponautes des conseils de lecture, en regroupant les romans non pas par sous-genre, thématique ou auteur commun, mais par caractéristique saillante, qu’il s’agisse d’un univers particulièrement intéressant, de personnages hors-normes, d’une ambiance unique, etc. Le guide que je vous propose aujourd’hui se concentre sur dix écrivains / sagas / livres tout particulièrement recommandables sur le plan de leur système de magie. Il a été conçu pour venir en complément / illustration de mon récent article sur le magicbuilding, mais peut aussi évidemment se lire de façon isolée. Sachez aussi qu’un seul guide de lecture, surtout s’il a vocation à rester digeste, ne saurait mentionner tous les ouvrages qu’il est important ou intéressant de lire dans un domaine littéraire donné : il est donc possible que je propose une deuxième liste de lecture consacrée à la magie dans le futur (manière polie de vous inviter à vous dispenser d’un commentaire du type « il y a aussi le bouquin X / cette liste ne comprend pas le roman Y, liste nulle, c’est un scandale, Apophis imposteur » ; commentez tant que vous voulez ce qui est présent dans l’article, pas ce qui en est absent).

Vous pouvez retrouver les autres guides de lecture par caractéristique saillante commune sous ce tag.

N’oubliez pas que contrairement aux autres types de guides que je propose sur le Culte, qui ont été conçus pour être, autant qu’il est humainement possible de l’être, consensuels (on parle de romans qui, sur le plan mondial, font consensus dans le genre traité) et objectifs, ceux par caractéristique saillante contiennent une plus grande part de subjectivité, de choix personnel (je vous propose donc une liste, ma liste, pas LA liste). C’est particulièrement vrai sur un sujet comme les personnages, par exemple : si dire que ceux de l’auteur Z sont monodimensionnels est factuel (si ce sont des archétypes ambulants pouvant être décrits en quelques mots, voire un seul, et qui n’évoluent jamais, on peut difficilement les qualifier autrement), par contre entre deux autrices ou auteurs dignes de ce nom (proposant des personnages complexes, nuancés, qui évoluent), le lecteur A pourra trouver ceux de X fascinants, tandis qu’ils laisseront B totalement froid, alors que ce deuxième lecteur vouera un culte à ceux de l’auteur Y, qui ne marqueront par contre pas spécialement A ou C, et ainsi de suite. Au-delà d’un minimum vital de maîtrise technique et / ou de talent littéraire possédé par l’auteur, apprécier l’ambiance, les personnages, le style ou certains autres facteurs de son roman est essentiellement subjectif, même s’il existe certains écrivains qui, sur ce plan précis, font un large consensus (voire l’unanimité) autour d’eux. Continuer à lire « Dix sagas de SFF à lire pour… leur système de magie »