A colder war – Charles Stross

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Presque une claque !

cold_war_cthulhuJe continue à me bâtir ma propre anthologie (oui, ça y est, j’ai le mega-melon !) idéale des Lovecrafteries du XXIe siècle, en explorant aujourd’hui la nouvelle A colder war, par Charles Stross. Notez que ce texte a été traduit en français dans le cadre du projet Exoglyphes, sous le titre Une guerre encore plus froide. J’ai pour ma part lu cette histoire en VO, dans l’anthologie New Cthulhu : the recent Weird (qui contient d’autres excellents textes -signés Caitlin R. Kiernan, China Mieville, Neil Gaiman ou Kim Newman, excusez du peu !-, et dont j’aurais sans doute l’occasion de vous reparler). Sachez que cette novelette est également présente dans plusieurs autres anthologies anglo-saxonnes et qu’elle est lisible gratuitement en ligne ici.

Notez que ce texte, s’il ne relève pas à proprement parler du cycle de la Laverie, est toutefois situé dans un univers qui en très proche, au ton près (je vais en reparler). 

Contexte et intrigue

L’histoire commence dans les seventies (puis s’étend sur plusieurs années) : un analyste de la CIA, Roger Jourgensen, est chargé de lire et de résumer, afin d’en faire une présentation à la Maison Blanche, un rapport ultra-secret sur les progrès des soviétiques en matière d’utilisation d’armement… disons venu d’ailleurs. Du petit, qui peut se balader en camion lors de la parade militaire sur la Place Rouge (les, hum, serviteurs, issus de pièces rapportées par une expédition archéologique -celle des Montagnes hallucinées– en 1926 -1930 chez Lovecraft, au passage-), au gros, celui piqué aux Nazis après la fin de la Seconde Guerre mondiale (qui eux-mêmes l’ont extrait d’une cité sous-marine, seewhatimean ?) et depuis conservé, en sommeil, dans un immense bunker en béton en Ukraine, dans un endroit nommé, ahem, Tchernobyl.

De fil en aiguille, nous découvrons ainsi, que ce soit sous forme d’autres rapports (ce qui donne un petit aspect disons épistolaire à ce texte) ou de vision directe des événements une fois que Roger est recruté pour faire partie du comité secret (dirigé par le bien réel Colonel Oliver North) qui chapeaute tout ça, toute l’étendue de l’utilisation, que ce soit par les américains ou les russes, de créatures ou de technologies occultes (et liées au Mythe Lovecraftien) dans le cadre de la Guerre Froide. Les USA se mettent en mode Stargate, tandis que l’Armée Rouge déploie les Serviteurs en Afghanistan. Mais ce ne sont pas les seuls acteurs du jeu : en Irak notamment, Saddam fait joujou avec une certaine clé et une certaine porte (les initiés comprendront), ce qui conduit ses adversaires à des alliances pour le moins étonnantes (Israël fournissant à… l’Iran de Khomeini la bombe atomique !).

Il y a, outre le (new) Weird, l’Histoire secrète (le grand public n’est évidemment pas au courant de tout cela) et l’uchronie (Kennedy ne subit pas de tentative d’assassinat -ou y survit ?- et passe à deux doigts de briguer un second mandat, Ligachyov dirige l’empire soviétique à la place de Gorbachev), un puissant aspect science-fictif là-dedans : puisque l’URSS est leader dans le domaine des armes occultes (une autre course aux armements jadis lancée par l’organisation Todt), l’Amérique mise tout sur le nucléaire, à un point jamais vu dans notre propre version de la Guerre Froide. On met ainsi au point des bombardiers dotés de réacteurs nucléaires, leur permettant de rester en l’air en permanence, et armés avec des missiles balistiques à propulsion atomique, avec le triple effet Kiss Cool de balancer des bombes H, de tout péter grâce à l’onde de choc de leur réacteur certifié Mach 3 et enfin de faire tomber une pluie de Plutonium issue de leur cœur une fois que leur stock d’ogives est épuisé. De plus, Stross donne aux Serviteurs une nature non pas bio- mais nano-technologique très intéressante.

Mon avis

Franchement, je suis passé à deux doigts d’être bluffé par cette nouvelle, tant la fusion entre éléments Lovecraftiens, réels, uchroniques et science-fictifs est pertinente et superbement réalisée. Ce texte permet aussi de se rendre compte de ce qu’aurait pu donner le cycle de la Laverie sans le côté geek (il y a certes une intervention assez longue de Stephen Jay Gould, mais en mode gravitas) et humoristique, mais plutôt avec un ton noir et empli de gravité. Je ne vais pas spoiler la fin, évidemment, mais disons que c’est franchement dark, même si tout part d’une blague de Reagan, qui a réellement existé mais qui, dans notre propre ligne temporelle, n’a heureusement pas eu les mêmes conséquences !

Et c’est justement la toute fin du texte qui m’a posé un petit problème : j’ai du relire la dernière page deux fois, et même là je n’étais pas certain d’avoir saisi la pensée de Stross. Il a donc fallu que je cherche un peu sur le net pour la comprendre. Fin qui m’a d’ailleurs rappelée celle d’une nouvelle du recueil Ribofunk de Paul Di Filippo.

En conclusion

Cette nouvelle, qui mêle Guerre Froide et Mythe de Cthulhu dans une perspective uchronique et science-fictive marquée, est tout simplement excellente (on regrettera malgré tout une fin cryptique). L’inclusion d’éléments Lovecraftiens dans une Histoire qui est presque la nôtre (et qui est connexe -même si pas identique- de celle du cycle de la Laverie) est bluffante, et l’ambiance, noire et sérieuse, tranche avec celle des travaux déjà liés à l’oeuvre du génie de Providence signés Stross, plutôt geek et humoristiques. On est ici incontestablement en présence d’un des textes majeurs des Lovecrafteries du XXIe siècle, et qui, je le précise, n’est pas conçu dans une perspective anti-Lovecraftienne comme certains autres (Vellitt Boe, Black Tom, L’éclosion des Shoggoths). Il ne pourra toutefois être pleinement compris et apprécié que par quelqu’un qui a un degré même basique de connaissance du bestiaire Lovecraftien, car Stross ne fait guère de pédagogie pour les non-initiés.

Niveau d’anglais : moyen.

Probabilité de traduction : traduit par Exoglyphes.

L’illustration est due à Wraithdt.

Pour aller plus loin

Si vous souhaitez avoir un deuxième avis sur cette nouvelle, je vous conseille la lecture des critiques suivantes : celle d’Anudar,

10 réflexions sur “A colder war – Charles Stross

  1. Lovecraft, encore et toujours… j’en peux plus !!!!

    Avec tous ce qui tourne autour de la seconde guerre mondiale, voilà le deuxième sujet qui me fait fuir un livre.

    Voilà, c’était mon commentaire inutile de la journée.

    Merci Apo, et j’ai même lu ta chronique de bout en bout. 🙂

    Aimé par 1 personne

      • En fait, il y a juste un pépin : j’avais pas fait attention que c’est un texte dans une anthologie… et si je suis fan de Stross, je ne le suis pas au point de m’offrir une antho pour ne lire sans doute qu’un seul texte à l’intérieur 😛

        Dommage !

        J'aime

    • Oui, vu que c’est une nouvelle qui n’a jamais bénéficié de sa propre couverture vu qu’elle a systématiquement été intégrée dans des anthos ou recueils, j’ai cherché une image qui pouvait l’illustrer, et je me suis rappelé de celle là.

      Aimé par 1 personne

  2. Pingback: Mars 2018, pour un deuxième tour de calendrier – Albédo

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