Ancestral night – Elizabeth Bear

Sense of banality

ancestral_nightAncestral night est le premier roman d’un nouveau diptyque de science-fiction, White space, signé Elizabeth Bear. J’ai déjà eu l’occasion de découvrir la Fantasy de l’auteure, ainsi que le volet Lovecraftien de son oeuvre, et dans les deux cas j’ai vraiment apprécié la balade. C’est donc en toute confiance que j’ai abordé ce livre, et, de fait, le début était relativement prometteur. Sauf que voilà, la baudruche se dégonfle très rapidement, et, entre autres défauts, ce bouquin réussit l’exploit assez extraordinaire de balancer au lecteur tout un tas d’éléments qui devraient, en temps normal, générer un énorme sense of wonder et qui, ici, ne provoquent qu’un ennui profond et persistant. Car, en gros, Bear a systématiquement fait les mauvais choix, de l’univers à la narration en passant par les personnages, le rythme, l’intrigue, l’antagoniste, et j’en passe.

Alors que (surtout si vous lisez en anglais) les romans de New Space Opera ne sont pas particulièrement rares en ce moment, on vous conseillera de vous tourner vers autre chose pour avoir votre dose hebdomadaire de sense of wonder. J’annonce d’ailleurs tout de suite que je ne lirai pas la suite, vu à quel point je me suis ennuyé à la lecture de cette première partie.  Continuer à lire « Ancestral night – Elizabeth Bear »

The line of Polity – Neal Asher

Trop long et avec trop de points de vue, mais ça reste tout de même fort intéressant ! 

line_of_polity_asherThe line of Polity est le deuxième tome du cycle Agent Cormac, lui-même un sous-cycle de l’énorme saga Polity, dont le dix-septième roman, The warship, paraîtra le 2 Mai (c’est, et de très loin, la parution que j’attends avec le plus d’impatience en 2019). C’est aussi le troisième livre publié par Neal Asher, qui, après Gridlinked, a écrit L’écorcheur (un des très rares composants de Polity à avoir été traduit en français). Dans la chronologie interne de l’univers, il doit être lu en quatrième position, après Prador MoonDrone et évidemment Gridlinked.

Si Neal Asher n’atteint pas encore dans ce tome l’efficacité redoutable dont il fera preuve par la suite, The line of polity m’a paru plus ambitieux que Gridlinked, un peu trop pour son propre bien d’ailleurs : trop long et utilisant trop de points de vue, ainsi, parfois, que des scènes non pas inintéressantes, mais dispensables (à la Peter F. Hamilton), le roman est clairement perfectible. Cependant, Asher nous en met aussi plein les yeux, propose un worldbuilding convaincant, et si les points de vue sont trop nombreux, ils concernent des personnages, protagonistes ou antagonistes, attachants et / ou intéressants. Et sur le plan de la SF militaire, ça reste franchement valable. Bref, si le bilan est contrasté, il reste encore et toujours positif, même si on sent que les tomes suivants (particulièrement les 4 et 5) risquent d’être largement au-dessus, ayant été écrits plus tard, à un moment où le style de l’auteur britannique avait presque atteint son plein potentiel. Continuer à lire « The line of Polity – Neal Asher »

Black friday – Alex Irvine

Glaçant

black_friday_irvineAlex Irvine est un écrivain américain plutôt éclectique, puisqu’il publie aussi bien de la littérature de genre que de la fiction Historique, des textes liés à des univers de comics, de films ou de jeu de rôle, ou bien s’inscrivant dans ceux créés par d’autres écrivains (Isaac Asimov, Tom Clancy -ce dernier point expliquant probablement une solide connaissance des armes à feu-). La nouvelle dont je m’apprête à vous parler, Black friday, est disponible gratuitement (en anglais) sur Tor.com. Elle s’inscrit dans un registre partiellement similaire à celui du récent court roman Vigilance de Robert Jackson Bennett, à une différence cruciale près : il s’agit ici d’une vraie SF d’anticipation, et pas de quelque chose de plus allégorique ou spéculatif.

Au final, et même si Irvine n’a évidemment pas la même place pour développer ses thématiques (et si la fin est un peu abrupte et décevante, quoique logique), sa nouvelle n’a pas vraiment à rougir face à la novella, pourtant exceptionnelle, de Bennett. Continuer à lire « Black friday – Alex Irvine »

Meat and salt and sparks – Rich Larson

Une nouvelle d’une redoutable efficacité

meat_salt_spark_larsonRich Larson est un grand voyageur, mais il est actuellement basé en Alberta. Spécialisé dans les nouvelles de SF, cet auteur est extrêmement prolifique (c’est le recordman du nombre de publications dans ce domaine en 2015), mais très peu traduit en français (deux seulement, dont une cette année). Celle dont je vais vous parler aujourd’hui est disponible gratuitement (en anglais) sur cette page du site de Tor. Et croyez-moi, mais si vous lisez la langue de Shakespeare, vous ne perdrez vraiment pas votre temps avec ce texte, qui commence comme une « banale » science-fiction d’enquête dans un univers Biopunk (également inspiré par David Brin), avant de virer à une SF transhumaniste de très grande qualité sur la fin. Je n’ai d’ailleurs pas pu m’empêcher de remarquer que Meat and salt and sparks était un des textes gratuits les plus mis en favoris (et de loin) par les visiteurs du site, ce qui en dit long sur sa qualité. Continuer à lire « Meat and salt and sparks – Rich Larson »

Fleet of knives – Gareth L. Powell

Loin d’être dépourvu de défauts, mais vraiment très prenant !

fleet_of_knivesFleet of knives est le second tome de la trilogie Embers of war, après le roman éponyme. « Ah, encore un machin en VO, bon je vais faire autre chose… », se dit probablement une majorité d’entre vous. ALLLLLLLLLLLOOOOOOOOOOOOOOO ???!!! Fleet of knives est donc la suite de Embers of war, c’est-à-dire Braises de guerre, donc le bouquin qui sort en français chez Denoël / Lunes d’encre dans six semaines (je vous referai un rappel de sortie le moment venu, pas de panique). Aaaah, ça y est, j’ai récupéré l’attention de beaucoup plus de monde, là !

Son prédécesseur était un roman certes prévisible, certes très (trop ?) inspiré par Iain M. Banks, mais aussi et surtout fort bien écrit et franchement prenant. Ce tome 2 en garde les qualités, mais intensifie les défauts, tout en restant globalement toujours aussi agréable à lire. Au final, si le bilan reste relativement mitigé, je persiste à conseiller ce cycle pour qui aime les bons (New) Space Opera. Continuer à lire « Fleet of knives – Gareth L. Powell »

Helstrid – Christian Léourier

Que de défauts…

HelstridChristian Léourier est un auteur français de SF, écrivant aussi bien à destination des adultes que de la jeunesse (ce qui fait en général sonner des alarmes chez moi, car j’ai souvent constaté un appauvrissement de la partie adulte de l’oeuvre des auteurs concernés -prise de mauvaises habitudes dues à un degré d’exigence moindre du lectorat jeunesse ?-). Il est particulièrement connu pour son cycle de Lanmeur. La novella dont je vais vous parler aujourd’hui, parue dans la collection Une heure-lumière chez le Belial’, n’en fait cependant pas partie. Alors que les premiers retours étaient très encourageants, je dois dire que pour ma part, j’ai trouvé à ce texte de (trop) nombreux défauts, même si j’ai lu avec un certain empressement la seconde moitié, car j’avais fait une hypothèse (qui s’est révélée exacte) que j’avais hâte de confirmer ou d’infirmer. Et donc, sans tout à fait considérer que Helstrid n’est bon qu’à caler une table ou alimenter le poêle à bois, je le tiens cependant pour un titre franchement dispensable, dans une collection qui en contient bien peu. Continuer à lire « Helstrid – Christian Léourier »

Articulated restraint – Mary Robinette Kowal

Un texte à la fois Hard SF et profondément humain

articulated_restraint_kowalArticulated restraint est une nouvelle signée Mary Robinette Kowal, qui s’inscrit entre le tome 1 et le tome 2 de son cycle Lady Astronaut. Elle est disponible gratuitement (en anglais) sur cette page du site de Tor. Elle ne met pas en scène Elma York mais une autre femme astronaute, Ruby, qui est également médecin. Si ce texte est peut-être le plus Hard SF du cycle pour l’instant, il n’en reste pas moins qu’il fait aussi partie de ses moments les plus empreints d’humanité, une combinaison qui peut étonner dans un sous-genre vu par beaucoup comme très axé sur la technique plus que sur l’humain, et donc très froid. Eh bien cette nouvelle est un excellent exemple du contraire. Et si vous avez aimé le film ou l’histoire d’Apollo 13, vous allez adorer ! Bref, si vous lisez l’anglais, pas de raison de vous en priver, d’autant plus que le niveau dans cette langue est accessible et que c’est gratuit. Continuer à lire « Articulated restraint – Mary Robinette Kowal »

Vigilance – Robert Jackson Bennett

Salutaire, indispensable et magistral

vigilance_bennettOn ne présente plus, je pense, Robert Jackson Bennett au public SFFF français (du moins celui qui suit un minimum l’actualité), vu qu’il vient d’être publié chez AMI (American Elsewhere) et qu’il le sera à nouveau en 2020 (Foundryside). Il sort aujourd’hui un petit roman (208 pages) ou une très longue novella, c’est comme vous voulez, appelé Vigilance. Clairement, si Foundryside, par exemple, n’était pas dépourvu de pistes de réflexion, ce livre était en revanche nettement plus orienté divertissement (et jeu entre les codes de la SF et de la Fantasy) qu’autre chose. Rien de tel avec Vigilance, qui n’est que réflexion d’un bout à l’autre, chaque ligne dégoulinant littéralement d’intelligence et d’habileté.

Stéphane Marsan déclarait récemment dans un podcast que pour lui, l’auteur n’était pas à la hauteur de la hype qu’il y avait autour de lui. Malgré tout le respect que j’ai pour le patron de Bragelonne, je pense que la sortie d’aujourd’hui apporte un démenti incontestable à cette opinion. Tant, à mon sens, on tient là un texte majeur, et probablement un des meilleurs d’une année 2019 qui s’ouvre donc sous les meilleurs auspices. Car outre la pertinence du traitement des thématiques liées aux armes à feu, à l’autonomie grandissante de nos auxiliaires informatiques ou aux médias / aux fake news, Vigilance se révélera plutôt surprenant à la fin, même si d’un autre côté, certains points restent très (trop ?) prévisibles.  Continuer à lire « Vigilance – Robert Jackson Bennett »

Isolation – Greg Egan

Vertigineux

isolation_eganIsolation est le deuxième roman publié par Greg Egan, en 1992 en VO et en 2000 en VF, après An unusual angle. On ne présente plus l’écrivain australien, le nom le plus prestigieux dans un sous-genre, la Hard SF, qui ne manque pourtant pas d’écrivains de génie (Baxter, Watts, Reynolds, Rajaniemi, Clarke, etc ; si besoin, voyez mon Guide de lecture). Et à la lecture de ce livre, on comprend pourquoi : Egan pulvérise les frontières, fait preuve d’une audace folle et jongle avec un naturel désarmant avec des concepts scientifiques pointus. On signalera d’ailleurs qu’une bonne moitié du bouquin ne laisse pas vraiment présager à la fois l’ambition mais aussi la difficulté de ce qui nous est proposé. Isolation commence comme une SF d’enquête Postcyberpunk (Nanopunk, pour être précis) lisible par tous avant de prendre un virage radical aux alentours de la page 175, pour se transformer en une Hard SF Posthumaniste très exigeante mais aux implications absolument vertigineuses. Vous êtes donc prévenu, ne vous lancez pas là-dedans à la légère (ou si vous êtes novice en Hard SF), même si l’australien a proposé, il faut être honnête, bien plus ardu que ce roman, et qu’avec un peu de bonne volonté (et éventuellement quelques connaissances en physique quantique), il reste compréhensible. Continuer à lire « Isolation – Greg Egan »

Guide de lecture SFFF – Découvrir la (ou progresser en) Hard SF

ApophisIl y a une profonde incompréhension, de la part du public qui n’en lit pas encore ou qui n’en a que peu lu, au sujet de la Hard SF : certains, qui ne lisent que du Young Adult, pensent que toute la SF adulte ressemble à la Hard SF, ce qui n’est évidemment pas le cas ; d’autres sont persuadés que toute la Hard SF leur est inaccessible, ou bien est réservée aux lecteurs qui ont fait des études scientifiques ou techniques (ce qui, là aussi, est inexact) ; enfin, la majorité des lecteurs est persuadée que toute la Hard SF est du niveau de ses auteurs les plus pointus (typiquement, Greg Egan) ou, plus insidieux encore, que chaque livre de Hard SF d’un auteur donné présente le même degré d’exigence, ce qui, dans les deux cas, est profondément faux : un même écrivain (Greg Egan et Stephen Baxter me paraissent être deux bons exemples) peut, tout en écrivant de la Hard SF dans chaque cas, proposer des textes aux niveaux de complexité très différents. Il y a un gouffre entre Évolution et Exultant de Stephen Baxter, comme entre Zendegi et Schild’s Ladder de Greg Egan ! Et puis bien sûr, il y a les lecteurs qui pensent que tel bouquin est de la Hard SF, alors qu’il ne se qualifie pas vraiment pour ce sous-genre, ou en tout cas pas parmi ses représentants à recommander (cf Retrograde).

En conséquence, la structure que j’ai décidé d’adopter pour ma série de guides de lecture n’a sans doute jamais été aussi pertinente : il est vraiment capital, surtout pour un lecteur non-issu d’une filière scientifique, de commencer sa découverte de la Hard SF par les livres les plus accessibles, faute de quoi vous risquez très fortement de vous dégoûter d’un sous-genre auquel vous ne « comprendrez rien » ! Attention, toutefois, aux généralisations : je connais des lecteurs experts en Hard SF qui n’ont pas du tout une formation scientifique, et à l’inverse, quelqu’un qui bosse à l’ONERA ou au CNRS (les intéressés se reconnaîtront…) peut bien évidemment s’affranchir du parcours conseillé et commencer directement par le plus pointu. Encore que, Schild’s Ladder, une fois encore… Continuer à lire « Guide de lecture SFFF – Découvrir la (ou progresser en) Hard SF »