Trois chefs-d’œuvre de la Science-Fantasy, Extraterrestres : oui, mais…, et « Vieux, pas obsolète »
L’Apophis Box est une série d’articles… n’ayant pas de concept. Enfin presque. Bâtie sur le modèle des « box » cadeau, vous y trouverez à chaque fois trois contenus / sujets en rapport avec la SFFF, qui peuvent être identiques ou différents entre eux, et qui peuvent être identiques ou différents de ceux abordés dans la box du mois précédent. Pas de règle, pas de contraintes, mais l’envie de créer du plaisir, voire un peu d’excitation, à l’idée de découvrir le contenu de la nouvelle Box. Le but étant aussi de me permettre de publier des contenus trop brefs pour faire l’objet d’un des types d’articles habituellement proposés sur ce blog ou dérogeant à sa ligne éditoriale standard, et bien sûr de pouvoir réagir à une actualité, à un débat, sans être contraint par un concept rigide.
Vous pouvez retrouver les Apophis Box précédentes via ce tag.
Au sommaire de cette box de février 2025 :
Trois chefs-d’œuvre de la Science-Fantasy
La Science-Fantasy est un registre des littératures de l’imaginaire qui paraît faussement simple à définir : un mélange de SF et de Fantasy. En réalité (et j’en sais quelque chose, vu que j’ai écrit un essai sur le sujet), c’est tout au contraire le genre (ou sous-genre, selon votre conception de la chose) le plus difficile à cerner, tout simplement parce que contrairement à des romans de Hard SF ou de Dark Fantasy (par exemple), qui obéissent tous à des codes communs et se ressemblent tous plus ou moins, deux romans de Science-Fantasy différents peuvent être presque totalement différents l’un de l’autre, selon ce qui est pioché dans chaque genre, à quelle dose et la manière dont c’est exploité. Je vais d’ailleurs vous donner un exemple de la chose en vous présentant trois immenses chefs-d’œuvre du domaine, chacun illustrant un dosage différent entre SF et Fantasy.
Le premier de ces ouvrages emblématiques (et celui qui a la plus grande part de SF dans le mélange) de la Science-Fantasy est Le Grand Livre de Mars de Leigh Brackett. À jamais associée à une Mars fantasmée, paradoxalement à la fois décadente et flamboyante, venue se fracasser sur le mur du Réel quand les premières sondes spatiales ont atterri sur la planète rouge, qu’on croyait jusque là dur comme fer habitable, voire habitée, la prose splendide et épique de celle que l’on a nommée la Dame de Mars se lit avec toujours autant de plaisir en 2025. Elle décrit un futur où les Terriens ont conquis le Système solaire grâce à leur technologie avancée. Les martiens, eux, sont plus primitifs, malgré une histoire incroyablement longue (146 siècles documentés). Les seules armes qu’ils utilisent sont l’épée, la lance ou l’arc, sauf quand des équipements terriens sont employés, ce qui reste extrêmement rare. Pourtant, ils ne sont pas technologiquement primitifs parce qu’ils auraient une intelligence inférieure à celle du Terrien : la vérité n’est pas qu’ils n’ont jamais su, mais plutôt qu’ils ont développé une technologie avancée et qu’ils l’ont perdue au cours de leur interminable Histoire (la nouvelle Le Jardin du Shanga évoque une succession de guerres atomiques), voire que les factions les plus avancées parmi eux, humaines, surhumaines ou extra-humaines, ont choisi de la censurer. La Mars de Brackett fascine ainsi par sa combinaison de culture et de barbarie, d’élégance et de vigueur farouche, parfaitement décrite dans un style virtuose, au pouvoir évocateur pratiquement sans pareil. Si vous le souhaitez, vous trouverez plus de détails sur cet omnibus comprenant trois romans et un recueil de nouvelles dans cet article.
Deuxième ouvrage emblématique de la Science-Fantasy (avec, cette fois, un dosage tendant plus vers le deuxième de ces genres, mais malgré tout une nette présence de SF), et deuxième grande dame des littératures de l’imaginaire, Witch World : Le cycle de Simon Tregarth est un autre omnibus, comprenant cette fois deux romans, signés Andre Norton (1912-2005). Si son nom ne dira rien au lecteur français moyen, c’est en revanche une référence absolue pour le lectorat et surtout les auteurs de SFF anglo-saxons : avec près de 70 ans de carrière et plus de 300 livres publiés, elle a eu une influence considérable sur des générations entières d’autres écrivains. L’autrice (obligée, comme d’autres, d’adopter un pseudonyme masculin pour être éditée et lue dans un milieu connu, à l’époque, pour sa misogynie) est ainsi une icône à l’égal d’une Leigh Brackett, voire d’une Ursula Le Guin.
Pour le soixantième anniversaire de la parution du premier tome de son cycle phare, Witch World (comprenant des dizaines de textes, dont des romans co-écrits avec d’autres auteurs et des recueils de nouvelles supervisés par Norton), Mnémos a eu l’excellente idée de proposer, dans une traduction inédite, un omnibus comprenant les deux premiers romans de cette vaste saga, trente ans après la précédente édition française. Le point de départ est très classique, dans la lignée du Trois cœurs, trois lions de Poul Anderson ou du Une Princesse de Mars d’E.R. Burroughs : un terrien moderne franchit, pour fuir ses ennemis, un portail dimensionnel, et se retrouve dans un autre lieu, et / ou peut-être un autre temps. Un monde de Fantasy centré sur le pays d’Estcarp, dirigé par les Sorcières, vu que seules certaines femmes peuvent posséder le Pouvoir (avec un grand « P », sous-entendu magique). Ses ennemis, au nord et au sud, veulent sa perte, se défiant de sa magie et de sa gynocratie. Les hommes, cependant, n’y sont pas réduits à un statut inférieur : ils remplissent leur propre rôle, assurant la défense martiale de la contrée. La défiance envers les Sorcières s’étend cependant même à certains de leurs alliés, les Fauconniers, ce qui ne les empêche pourtant pas de faire front commun quand une mystérieuse nation venue d’Ailleurs (autre continent, autre temps, autre monde ?), le Kolder, use d’une autre forme de pouvoir, la science, d’une façon terrifiante. D’ailleurs, les vestiges d’âges plus avancés technologiquement ne sont pas inconnus à Estcarp et ses environs : lance-darts, lumières électriques, générateurs, etc.
Peut-être en réaction au fait d’être obligée de prendre un pseudonyme masculin, Norton a créé une Science-(High)Fantasy hautement féministe, sans pour autant donner dans la radicalité ou la guerre des sexes, sans sacrifier à un côté engagé le souffle épique de l’aventure, du combat entre magie et science, entre Bien et Mal. Sur quelque plan que ce soit (y compris celui de la romance), cet omnibus se révèle être une lecture très enthousiasmante, magnifiée par une excellente traduction, et une œuvre sans nul doute à la hauteur de sa considérable réputation.
La troisième œuvre emblématique de la Science-Fantasy (et celle où la part de SF est minoritaire par rapport à la dose de Fantasy employée dans le mélange) est le cycle de Kane de Karl Edward Wagner, un de mes préférés en SFFF. Imaginez un personnage qui aurait la puissance physique et la carrure de Conan, la soif de sang de Stormbringer, l’habileté martiale de n’importe quel Champion Éternel de Moorcock, qui serait un leader-né comme Aragorn, avec une connaissance du monde ancien égale à celle de Gandalf, l’intelligence démoniaque de Moriarty, la connaissance des pratiques occultes de Ged, Elric ou Pug, le sens politique d’un Lannister, et pour couronner le tout, qui ne pourrait mourir qu’au combat, pas de vieillesse, comme Connor ou Duncan McLeod… Imaginez maintenant que ce personnage soit pire qu’immoral, qu’il soit complètement amoral. Il n’a ni dieu, ni maître, ou plutôt si, il en a un, et c’est lui-même. Ce personnage ne fait pas le bien. Jamais. Ni par hasard, ni contre son gré, ni en dépit des circonstances. Ja-mais. Il joue avec le sort du monde ou avec celui de royaumes, voire de continents entiers comme d’autres jouent avec les pièces d’un échiquier. La mort de centaines de milliers de soldats, même les siens, ne le trouble pas. Car sa soif de pouvoir, d’or et de meurtre ne connaît aucune limite. C’est bon, vous imaginez ? Eh bien ce personnage, c’est Kane. Peut-être le plus fascinant de tous ceux jamais créés en littératures de l’imaginaire.
Je ne peux donc que conseiller chaudement la lecture de ses aventures, que ce soit en matière de Sword & Sorcery, de Science-Fantasy ou en général. Sur le deuxième aspect, Kane se retrouvera confronté aux races du monde préhumain, qui utilisent un mélange terrifiant de technologie et de magie (dont des sous-marins !), et même à une… Intelligence Artificielle (OUI, OUI) venue des étoiles ! Si vous souhaitez en savoir plus sur les aventures du géant roux aux yeux glacés de meurtrier, je vous propose sur ce blog les critiques de chacun des tomes de ses aventures : tome 1, tome 2 et tome 3.
Extraterrestres : oui, mais…
Admettons que vous vouliez écrire un contexte, de roman, de Jeu de rôle ou de quoi que ce soit, où la Terre est soit envahie, soit plus pacifiquement visitée, par des êtres (plus ou moins) non-humains venus d’ailleurs, MAIS que, pour une raison ou une autre, vous refusiez qu’il s’agisse de classiques extraterrestres venus d’une autre étoile (par exemple parce que vous trouvez toutes les méthodes possibles pour le voyage, de l’Hyperpropulsion aux Arches spatiales, irréalistes, ou parce que vous voulez vous démarquer d’autres oeuvres en étant plus original) : de quelle solution, quelle provenance, quel moyen de transport, d’êtres de quelle nature disposez-vous pour remplir votre objectif ? La réponse est : beaucoup !
La première solution est de faire venir vos visiteurs non pas d’une autre étoile… mais de la nôtre. Vous allez me répondre que les sondes spatiales ont prouvé qu’aucune forme de vie comparable à l’humain ne peut exister dans le Système Solaire, même pas sur Mars et Vénus sur lesquelles, pourtant, on a longtemps fondé de grands espoirs (à l’époque de la rédaction de certaines des oeuvres phares de Leigh Brackett, notamment). Donc soit vous décidez de proposer une forme de vie aux fondamentaux biochimiques totalement autres, par exemple originaire de Titan (satellite de Saturne), soit, si vous tenez impérativement à une forme humanoïde basée sur les mêmes fondamentaux que nous (vie à base de carbone, respirant de l’oxygène, utilisant de l’eau comme solvant, stockant son information génétique sous forme d’ADN, etc.), il vous reste une solution qui, certes, a elle aussi été invalidée par la science, mais qui reste moins invraisemblable qu’un astronef supraluminique ou un vaisseau à générations ayant mis des dizaines de millénaires à franchir les gouffres interstellaires : la Contre-Terre.
« La quoi ? », allez-vous probablement me répondre ; à la fin du cinquième siècle avant notre ère, un pythagoricien, Philolaos de Crotone, établit un nouveau modèle de l’univers qui, de façon intéressante, n’est ni Géocentrique (la Terre n’est donc pas au centre du cosmos), ni Héliocentrique (le Soleil n’est donc pas non plus le corps autour duquel la Terre et les autres planètes orbitent). Selon lui, notre monde orbite autour d’un corps appelé le Feu Central (parfois également appelé la Tour de guet de Zeus), qui est le siège des dieux. Dans cette conception, le Soleil n’est qu’un miroir reflétant ledit Feu, et ce dernier est invisible depuis la Terre, ou en tout cas depuis la Grèce. Or, dans ce modèle, un autre corps est lui aussi invisible depuis notre monde : la Contre-Terre, ou Antichthon. Aristote expliquera plus tard l’inclusion de ce corps, supposé en tout point semblable à la Terre, pour justifier l’existence de certains phénomènes astronomiques comme les éclipses de lune ou, surtout, pour porter le nombre de corps orbitant autour du Feu Central de neuf à dix, chiffre considéré comme parfait par les pythagoriciens. D’autres avancent qu’il a été introduit pour apporter un équilibre au système, l’asymétrie étant une notion repoussante pour les grecs, et plus encore pour leurs mathématiciens. Supposée être en tout point semblable à la Terre, en matière de taille ou de composition, la Contre-Terre orbiterait à 180° par rapport au Feu Central, ce qui fait qu’elle serait en permanence masquée par lui et donc invisible depuis la Terre.
Bien entendu, ce modèle n’est plus valable depuis le XVIe siècle, mais pourtant, l’hypothèse spécifique de la Contre-Terre a perduré après cela, sous la forme d’une planète partageant l’orbite de la Terre mais masquée car évoluant de l’autre côté du Soleil. L’absence d’effets gravitationnels visibles puis les vues directes de la zone prises par les sondes spatiales ont définitivement écarté son existence, mais vous pouvez très bien imaginer que ce n’est pas le cas… et c’est ce que font certains pour expliquer les OVNIs. En effet, quelle est l’hypothèse la plus réaliste ? Que des astronefs aient traversé les gouffres interstellaires, ce qui est totalement inimaginable dans l’état actuel de nos capacités et projections technologiques, ou qu’ils viennent « juste » d’une planète cachée par la masse et la lumière du Soleil ? Sachant, par ailleurs, que la Contre-Terre, évoluant dans la Zone d’Habitabilité de notre étoile, aurait autant de chances d’avoir développé une vie indigène que nous… Sachez également qu’une Contre-Terre bien réelle aurait d’autres avantages pour un auteur souhaitant faire une SF qui, sans être Hard (cette dernière excluant l’existence d’un tel monde) serait tout de même plus solide qu’une colonisation interstellaire : en effet, pourquoi lancer des expéditions vers d’autres étoiles, voire même se fatiguer à se poser sur l’aride Mars ou l’empoisonnée et surchauffée Vénus, quand une deuxième Terre, qui n’a nul besoin de Terraformation, est à portée de main, avec notre technologie actuelle ?
Pour terminer sur le sujet, sachez que si on trouve de nombreuses références à une Contre-Terre ou une Antichthon (ou des termes connexes comme une « Antiterra », « Terre Miroir », etc.) si on cherche des exemples d’oeuvres de SF exploitant ce concept, l’écrasante majorité ne correspondent en fait PAS à ce que je viens de vous décrire : soit la planète concernée est artificielle (la Contre-Terre des comics Marvel), soit elle ne se trouve pas dans le Système Solaire mais dans un autre, soit elle est située dans un univers parallèle, soit elle est bien l’opposée de la nôtre mais sur le plan moral et pas orbital, ou bien plusieurs de ces caractéristiques à la fois, ou d’autres encore. Un des seuls vrais exemples (un minimum connu) de l’utilisation d’une Contre-Terre pythagoricienne est constitué par les Chroniques de Gor de John Norman, œuvre très controversée pour son côté machiste (et ce n’est rien de le dire…) et BDSM, qui donnerait à nos féministes l’opportunité de prouver l’existence du phénomène d’auto-combustion spontanée si elles venaient à en lire un seul des 38 tomes (dont 16 traduits, ce qui, quand on y réfléchit, est ahurissant quand on voit des cycles autrement meilleurs être abandonnés bien avant la moitié par nos chers éditeurs hexagonaux, ou même jamais traduits).
Une autre solution est de faire venir vos Visiteurs (avec un grand « V » – mais non, pas les lézards) de la fameuse neuvième planète du Système Solaire, celle qui, sous une forme ou une autre, ressurgit périodiquement dans l’ufologie ou l’astronomie. Supposée avoir une orbite tellement longue et elliptique qu’elle n’est visible ou proche de la Terre que tous les quelques millénaires (voire dizaines de millénaires), ce monde, parfois imaginé comme une supergéante gazeuse, parfois comme une super-Terre tellurique, a peu de chances d’avoir développé une espèce indigène (absence de lumière, absence de chaleur sauf par rayonnement infrarouge d’une Naine Brune ou malaxage gravitationnel de son écorce comme pour Io, notamment), mais par contre, il pourrait abriter une espèce que je qualifierais de Silurienne. C’est-à-dire une race non-humaine mais s’étant développée sur Terre (ou pas, d’ailleurs, elle peut tout aussi bien être née sur une Contre-Terre ou sur Mars, quand celle-ci était plus propice à la vie) dans un passé vieux de centaines de millions d’années, avant d’épuiser les ressources de notre monde (celles-ci s’étant depuis renouvelées notamment grâce au brassage permanent de couches géologiques induit par la tectonique des plaques et la lente formation de nouveaux hydrocarbures) et de devoir, pour survivre, aller ailleurs (le formidable roman La Nuit du faune de Romain Lucazeau est un excellent exemple d’application de cette hypothèse ou expérience de pensée). Vu qu’elle serait beaucoup moins lointaine que même les plus proches étoiles, une super-Terre, une grosse géante gazeuse / de glace ou même une Naine Brune (et, dans ces deux dernier cas, leur cortège de lunes) seraient une destination de choix pour une civilisation mourante en recherche d’une grande quantité de terres à coloniser et de ressources naturelles, bien plus que Titan, Vénus ou d’autres mondes situés en-deçà de la Ceinture de Kuiper. On peut imaginer que le développement technologique terrien (ondes radio / de télévision / radar, éclat des explosions nucléaires, etc.) finisse par indiquer aux « Siluriens » qu’il y a un nouveau locataire sur leur monde d’origine, et qu’ils décident de lui rendre visite (y compris parce qu’ayant épuisé les ressources de leur colonie, ils convoitent celles, régénérées, de la Terre).
Une autre hypothèse de source de visiteurs extraterretres-mais-pas-venus-d’une-autre-étoile relève de la variante pas-venus-d’une-autre-étoile…enfin-presque : vous avez peut-être entendu parler d’Oumuamua, cet astéroïde incontestablement en provenance d’un autre système que le nôtre, et que certains pensaient même être un vaisseau à la dérive rempli d’extraterrestres. Si l’hypothèse ne peut être ni prouvée, ni totalement infirmée, il n’en reste pas moins qu’outre les « cailloux » à la dérive, il y a quelque chose de bien plus gros et nettement plus intéressant qui chemine, invisible, dans les ténèbres entre les étoiles : les planètes errantes. En effet, trente ans de découvertes de systèmes extrasolaires, ainsi que des simulations numériques et même des observations directes (de nébuleuses, de mémoire), ont prouvé que les jeunes systèmes planétaires voyaient les mondes récemment formés, parfois même encore en phase d’accrétion, changer brutalement d’orbite, passant parfois d’une extrémité à l’autre d’un système stellaire (et on parle là de milliards de kilomètres !), occasionnant de puissants effets et résonnances gravitationnels aboutissant apparemment très fréquemment, pour ne pas dire de façon routinière, à ce que chaque système en formation perde des planètes. Dans les amas d’étoiles, où celles-ci sont bien plus proches qu’ailleurs, elles peuvent éventuellement être recapturées par une sœur de leur soleil d’origine, mais dans l’écrasante majorité des cas, les abîmes interstellaires sont d’une telle vastitude que leur destin est d’errer à jamais en leur sein, avec une probabilité infinitésimale d’un jour se réchauffer à la lueur bienfaisante d’un autre astre du jour. Infinitésimale… mais pas nulle. Le roman Le Monde de Satan de Poul Anderson offre un magistral exemple de la chose (j’en profite pour glisser qu’entre son protagoniste truculent, la qualité de son worldbuilding et de son aspect Planet Opera, le cycle dont il fait partie est très hautement recommandable, un de mes meilleurs souvenirs de lecture de ces dix dernières années).
Alors vous allez me dire, « Ouuuui, on te voit venir Apo, y’en a une qui s’approche du Système Solaire et puis y’a des extraterrestres dessus, big brain here ! » suivi de « Mais c’est pas réaliste ton truc, sans source de chaleur, ils survivent comment sur un monde où l’atmosphère gèle, hein ?! ». Ce à quoi je répondrai : lisez Hot Rock de Greg Egan, outre le fait que c’est un monument de Hard SF et de Planet Opera, il renversera totalement vos perspectives sur le type de planète le plus accueillant. Plus généralement, on peut imaginer qu’une vie d’un type inhabituel se développe sur une planète déjà errante, ou qu’une vie plus proche de notre modèle ait développé une technologie, et qu’un accident cosmique, une expérience ou une guerre éjecte son monde de son système d’origine (c’est ce qui arrive dans la série de SF britannique des années 70 appelée Cosmos 1999). À partir de là, soit cette espèce vit une vie normale dans son très singulier biotope, soit, pour attendre le jour (très) hypothétique où, dans son errance, elle passera suffisamment près d’une autre étoile, elle utilise sa technologie pour entrer en sommeil cryogénique, stase temporelle, numérisation et vie en Réalité Simulée, etc. Ce scénario là rend relativement improbable l’hypothèse « juste des visiteurs amicaux » : entraînée par sa vitesse, la planète errante ne sera pas capturée par le Soleil ; dès lors, ses habitants n’ont qu’un temps limité pour s’établir dans le Système Solaire et régénérer leur civilisation. Ce qui leur laisse donc deux choix : s’établir ailleurs que sur Terre (ce qui équivaudra à échanger un milieu plus ou moins inhospitalier pour un autre), par exemple sur Mars, ou s’emparer de notre planète par la force. Ou alors vous pouvez bâtir un scénario type District 9 (le film) ou Defiance (la série), celui des réfugiés interstellaires avec lesquels les terriens doivent apprendre à cohabiter.
Un scénario fréquent est que les visiteurs ou envahisseurs, (plus ou moins) apparentés à l’être humain ou pas du tout, viennent d’une autre Terre, un monde parallèle, ou d’une dimension coexistant avec la nôtre. Le premier cas est illustré par les Kromaggs de la série Sliders, des Hominidés distincts de l’Homo Sapiens sapiens originaires d’une Terre parallèle, qui détestent notre espèce et l’ont exterminée dans plus de 150 versions de notre planète. Dotés d’une technologie avancée (armes à énergie, vaisseaux, voyage entre mondes parallèles, etc.) d’uniformes quasi-Nazis et d’un comportement similaire à celui de ces derniers, ils se révèlent être des adversaires aussi abominables que redoutables déterminés à régner sur le Multivers et à effacer toute trace de nous. Un autre exemple, vertigineux, est donné dans l’excellent La Voie Terrestre de Robert Reed : les Terres parallèles sont arrangées comme les perles d’un collier, ou comme une voie ferrée, ce qui fait qu’on ne peut passer à volonté de la A à la D mais qu’on doit passer d’abord par la B puis la C avant d’arriver à destination. Et comme la Voie a deux sens, c’est pareil pour passer de A à D- (moins) que pour aller de A à D+. Lorsque la première civilisation humaine l’a découverte, elle a envoyé non pas une mais deux expéditions la parcourir, une dans chaque sens. Notre Terre reçoit la visite d’une de ces deux expéditions, qui parcourt la Voie depuis plus d’un million d’années pour apporter l’amour, la paix, la guérison de toutes les maladies, la fin du réchauffement climatique et d’autres dons merveilleux aux différentes cultures et variantes de l’Humanité qui se sont développées dans cette myriade de mondes parallèles. Un type bien de chez nous se fait passer pour un des membres de l’expédition, histoire d’emballer facilement les filles. Tout va se compliquer pour lui lorsqu’il va être pris dans le kidnapping du leader des Vagabonds (comme ils se font appeler) et être contraint de descendre la Voie. Robert Reed fait non seulement preuve d’une imagination / d’un sense of wonder colossal (avec lui, on a l’habitude) mais procède surtout à une véritable réinvention du thème rabâché des univers parallèles.
Enfin, le visiteur / envahisseur peut venir d’une autre époque (certains pensent que les pilotes des OVNIs ne sont pas des extraterrestres mais nos descendants venus d’un futur plus ou moins lointain, y compris un qui l’est tellement qu’ils ont muté ou évolué, naturellement ou via l’ingénierie génétique, jusqu’à avoir l’air extraterrestres alors que ce sont bel et bien des terriens), ou d’une dimension coexistant avec la nôtre sans être pour autant forcément une Terre parallèle : les envahisseurs du très sous-estimé Le Fini des mers de Gardner Dozois, un des Une Heure-Lumière les plus boudés par le public et pourtant, de mon point de vue, un des plus stimulants intellectuellement, relèvent de ce cas, du moins si on accepte la réalité de l’invasion (je développe les différentes hypothèses sur cette question dans la critique mise en lien). Notez d’ailleurs que comme je le fais remarquer dans ladite chronique, Lovecraft lui-même avait suggéré quelque chose de connexe à propos des créatures de « son » Mythe (ou plutôt de celui d’August Derleth, mais passons). J’en veux pour preuve cet extrait de Dagon : « Que savons-nous, avait-il déclaré d’une voix pédante et fébrile, du monde, de l’univers qui nous entoure ? Les moyens que nous possédons pour recevoir des impressions sont ridiculement peu nombreux, et notre connaissance des objets qui nous environnent est infiniment restreinte. Nous ne voyons les choses que de notre point de vue, et nous n’avons aucune idée de leur vraie nature. Avec cinq faibles sens, nous prétendons appréhender le cosmos complexe et sans limite, alors que d’autres êtres, qui possèdent un éventail de sens plus large, plus fort, ou différent, peuvent percevoir des univers entiers de matière, d’énergie et de vie, qui sont à portée de notre main, et qui ne peuvent pourtant jamais être détectés par nos organes sensitifs. J’ai toujours pensé que de tels mondes inaccessibles existent, près de nous. »
« Vieux, pas obsolète » *
* Terminator 800/modèle 101 (Arnold Schwarzenegger), Terminator Genisys, 2015.
On peut considérer, de prime abord, que dans un contexte interstellaire de SF, une superpuissance d’envergure galactique à un instant T sera toujours technologiquement supérieure à ce que produisait une superpuissance du lointain passé, que celui-ci se mesure en millénaires, millions, voire milliards d’années. Les échanges techniques, l’étude de ruines, d’épaves ou d’archives d’espèces disparues, la compétition entre espèces rivales tirent, sauf énorme catastrophe d’ampleur galactique, toujours le niveau vers le haut, jusqu’au palier de ce qu’il est possible d’accomplir, si tant est qu’il existe (et il existe dans la majorité des univers), du moins en gardant une existence physique par opposition à une vie postphysique telle qu’on la croise chez Arthur Clarke ou Iain M. Banks par exemple. Et puis après tout, si l’espèce A est toujours là alors que l’espèce B s’est auto-détruite ou a été exterminée à un stade beaucoup plus précoce de son développement, c’est que, sauf insigne malchance, A est plus maline que B, et que, donc, si, contre toute attente, des représentants de B venaient à réapparaître, ils seraient bien inspirés d’être très polis avec A, qui, sinon, pourrait les aplatir avant même que sa bière ne tiédisse. C’est, du moins, ce que la logique tendrait à dicter. Sauf que…
Sauf qu’on peut très bien imaginer que les espèces du temps présent pensent avoir atteint le sommet de l’échelle de la technologie, alors qu’en fait, elles se trouvent sur un replat et que le sommet est encore au-dessus. Dès lors, si une machine vieille d’un milliard d’années se réveille, elle peut, malgré son ancienneté et les lustres d’évolution technologique sur lesquels a vogué la galaxie civilisée, toujours être technologiquement supérieure à tout ce qu’on peut lui opposer. parce que son espèce n’a pas atteint le replat, mais bel et bien le sommet, ou en tout cas un point plus haut de la montagne ou de l’échelle. On en trouve un très bon exemple dans le roman Trames de Iain M. Banks, qui fait partie d’un vaste cycle mais peut se lire de façon isolée si vous le désirez. Opposé aux machines des Morthanveldes, une civilisation aussi avancée que la Culture qui donne son nom à cette saga fondamentale en SF, un drone extraterrestre antédiluvien les vainc ou les asservit avec une aisance terrifiante, ce qui provoque une totale incompréhension chez les grandes puissances galactiques, les Impliqués : comment un engin si ancien peut-il dépasser les créations les plus récentes ? Mais bel et bien parce que pour paraphraser un certain Terminator vieillissant, « Vieux n’équivaut pas à obsolète » !
Dans le fabuleux Un Feu sur l’abîme de Vernor Vinge, une expédition humaine ouvre une Archive (avec un grand « A ») informatique extraterrestre qui était restée fermée depuis plusieurs milliards d’années, libérant une IA antédiluvienne d’une puissance redoutable, la Perversion (avec un grand « P »), qui subvertit tout sur son passage, autres IA, posthum… enfin post-êtres, quoi, vaisseaux et ainsi de suite. Dans cet univers, les espèces intelligentes de la Voie Lactée (et même d’autres galaxies) communiquent entre elles via le Réseau, géniale anticipation de l’Internet moderne (le roman a une trentaine d’années). On pourrait donc croire qu’un « programme » aussi ancien n’a aucune chance de pénétrer des firewalls et autres antivirus modernes, pas vrai ? Eh bien un autre roman, très mauvais, celui-là, à savoir l’épouvantable La Veillée de Newton de Ken macLeod, a au moins le mérite d’apporter une réponse : il est rare que le noyau d’un système d’exploitation ou autre gros programme soit complètement réécrit d’une itération ou version à l’autre, ce qui fait que même des lustres après sa conception, il y a des chances que ses programmes « descendants » possèdent une partie d’une architecture / du code similaire, donc les mêmes vulnérabilités. Et on peut même dire qu’étant très profondément enfouies dans l’architecture « moderne », ces parties « ancestrales » ont des chances de donner accès à de hautes fonctions de contrôle / des privilèges de rang élevé, permettant ainsi de subvertir / contrôler le hardware / wetware / software sur lequel le programme tourne ou dont il constitue un sous-programme, donc, dans le cadre du roman, une IA, un cerveau cybernétisé, un vaisseau, un Habitat spatial. Et le gros problème avec une meta-civilisation galactique reliée par un Réseau supraluminique, c’est que l’infection peut, littéralement, s’étendre comme un feu de brousse franchissant d’un bond l’abîme entre les étoiles. Ancien ne veut donc pas plus dire inoffensif chez Vinge que chez Banks.
Dans l’univers de l’énorme cycle Polity de Neal Asher, le volume spatial occupé par l’entité politique éponyme, transhumaine et dirigée par des IA, l’était jadis par plusieurs races extraterrestres, disparues les unes après les autres il y a plusieurs millions d’années. Et pour cause… L’une d’entre elles était les Jain, qui ont laissé derrière eux une pico- et femto-technologie si avancée que quelques heures d’étude peuvent faire faire plus de progrès à une culture (^^) comme la Polity qu’en une décennie de recherche intensive, alors qu’elle-même maîtrise déjà la téléportation interstellaire, le voyage supraluminique, la nanotechnologie et d’autres miracles du même ordre. Le problème, c’est que la subversion et la destruction de toute vie intelligente et de toute technologie qu’elle produit sont au cœur même de la programmation de la tech Jain… Toute espèce qui, malgré les avertissements, se met en tête de vouloir l’exploiter, la contrôler, finit par s’apercevoir que malgré toutes les précautions, les procédures et les labos « sécurisés », les illusions, au moins temporaires, de maîtriser la bête, celle-ci finira toujours par s’étendre comme un virus et infliger ce que dans Demolition Man, on appelait un « Meurtre, Mort, Détruire ». Une fois encore, même une technologie vieille de plusieurs millions d’années reste supérieure à tout ce que les races galactiques modernes ont su produire, et elle achève de prouver que non, décidemment, « vieux » ne rime pas avec « obsolète » (ça se voit que j’ai fêté mes cinquante ans il y a quelques semaines, ou pas ?).
***
Excellent !
Je connais et admire le premier, mais n’ai pas lu les deux autres.
Merci à toi
SV
J’aimeAimé par 1 personne
Merci ! Je te recommande vraiment le Andre Norton, c’est un bijou. Et tout comme le Karl Edward Wagner, c’est un des rares ouvrages qui atteint l’excellence stylistique et la puissance évocatrice et épique de Leigh Brackett.
J’aimeJ’aime
Belle « box » !
Resté accroché tout le long ^^
Et noté quelques lectures potentielles…
J’aimeAimé par 1 personne
Merci !
J’aimeAimé par 1 personne
Les 3 tomes de l’intégrale de Kane sont dans ma PAL depuis l’automne dernier, il me tarde vraimentde les « attaquer » mais comme c’est quand même conséquent j’attends d’avoir des vacances :)J’ai également (finalement) lu l’intégralité des aventures de Stark (Livres de Mars) l’année dernière et l’impression que j’ai eu c’est que lors de la lecture on passe un bon moment, mais que c’est surtout un peu plus tard que les images et la dimension de cette fresque se révèlent…Merci pour cette bonne box riche de références qui vont encore faire gonfler cette PAL !
J’aimeAimé par 1 personne
Aaaah, j’ai hâte d’avoir ta future impression sur Kane, du coup ! N’hésite pas à repasser en dire un mot !
J’aimeJ’aime
Je suis intriguée par « le cycle « Witch World » d’Andre Norton et le cycle de Kane de Karl Edward Wagner !
Et bon anniversaire (en retard).
J’aimeAimé par 1 personne
Merci ! Je fais très régulièrement du prosélytisme pour le cycle de Kane, c’est vraiment une des sagas de Fantasy (avec un aspect science-fantasy, ici) que j’aimerais faire découvrir au plus grand nombre, comme le cycle de Vlad Taltos, celui de R. Scott Bakker et quelques autres.
J’aimeAimé par 1 personne
Je viens de me prendre de plein fouet mon inculture SF ! Décidément il m’en reste des choses à lire, pas assez d’une vie pour tout découvrir 😥
Magnifique article, vertigineux même. Les « extra-terrestres » c’est une branche de la SF que j’apprécie particulièrement et ton article me le prouve encore une fois : il y a tellement de possibilités !
La nuit du Faune que tu cites est, avec Le problème à trois corps, un des romans qui m’a le plus marquée ces dernières années. Des lectures exceptionnelles ! Et je recommande aussi le très bon La Maison des Soleils sorti l’année dernière.
J’aimeAimé par 1 personne
Oui, La Maison des soleils est en effet très bon. Je l’ai lu en VO début 2018 :
J’aimeJ’aime
Superbe article, comme d’habitude (mais il y a des habitudes dont on ne se lasse pas) et alors la phrase sur les féministes concernant la lecture de l’oeuvre de John Norman, les chroniques de Gor, m’a fait beaucoup rire : « qui donnerait à nos féministes l’opportunité de prouver l’existence du phénomène d’auto-combustion spontanée si elles venaient à en lire un seul des 38 tomes ». J’en ris encore…
J’aimeAimé par 1 personne
Merci ! L’humour est une composante essentielle de l’ADN de ce blog 😀
J’aimeJ’aime
j’ai adoré cette box ! Merci 🙂
J’aimeAimé par 1 personne
Merci à toi !
J’aimeJ’aime
J’ai toujours un peu de mal à me positionner sur la science fantasy. Sur le papier, ça semble génial mais à la lecture, c’est souvent moins original que ce qu’on aurait pu croire.
Hasard, je viens de terminer la lecture de Le vol du dragon, premier volume de cycle de la Ballade de Pern (paru en 1968, je découvre sur le tard) d’Anne McCaffrey qui, je crois, rentre dans cette catégorie. Passé le très bon prologue, le reste se lit comme un roman de fantasy traditionnel. Ce n’est pas un problème, d’autant que j’ai beaucoup aimé, mais… la science est vite oubliée pour laisser place une fantasy (presque) chimiquement pure.
Je verrai bien où la suite m’emmènera.
J’aimeJ’aime
Je te confirme que c’est bien de la Science-Fantasy.
J’aimeJ’aime
Ah oui Kane c’est plutôt stylé, sûrement le meilleur de l’heroic fantasy. Cela dit, l’auteur est plus doué dans le format long. J’ai trouvé les 3 romans meilleurs que les nouvelles.
Concernant la science fantasy justement, tu as déjà lu du warhammer 40k ? Vu la montagne de bouquins, je me demande si je m’y mettrais un jour. Les fantômes de Gaunt a plutôt bonne réputation je crois et apparemment l’inspiration vient de la série Sharpe de Bernard Cornwell.
Encore Neal Asher ! Sadique !
Et pour la technologie vieille mais loin d’être obsolète, en jeu vidéo on a aussi les Berserker de Fred Saberhagen, qui ont sûrement inspirés les moissonneurs de Mass Effect d’ailleurs. Tu y as joué ?
J’aimeJ’aime
Non, pas lu de romans Warhammer 40 K (autant j’aime l’univers de Warhammer Fantasy, autant j’ai toujours eu beaucoup de mal avec celui de W40K, à part les Tyranides ou les Necrons), et non, je n’ai pas joué à Mass Effect non plus (mais vu que c’est réputé inspiré par Babylon 5, je m’y mettrai sûrement un jour).
J’aimeJ’aime
Ayant vu Babylon 5 aussi, je confirme que l’inspiration est assez flagrante, que ce soit sur les espèces extraterrestres minbari/asari, la thématique génocidaire avec les narns/krogans, ou l’aspect géopolitique sur lequel on peut jouer par nos choix.
Je n’en ai pas lu non plus, pour l’instant je regarde les vidéos youtube d’indomitus 40k qui sont excellentissimes, même si de base on est pas trop passionné par l’univers comme moi (par contre il faut avoir le temps, la dernière dépasse les 4h !).
J’aimeJ’aime
Oui, je regardais aussi ses vidéos aux débuts de sa chaine. Je dois même dire qu’elles ont un peu fait monter mon intérêt pour cet univers, même s’il reste encore trop de choses qui me déplaisent (l’aspect culte du surhomme, culte de la personnalité, le mélange des genres, etc.) pour que ça rejoigne mes univers cultes. Et puis comme tu le soulignes, au fur et à mesure la durée des vidéos a augmenté de plus en plus fortement. Vu que je suis abonné à quelque chose comme 250 chaines Youtube, clairement, les vidéos de cette durée, ce n’est pas possible. Autant je peux faire autre chose (du genre travailler sur une critique pour le blog) sur une vidéo de podcast tennis ou autre chose qui ne nécessite pas une attention de tous les instants, autant sur une vidéo de Lore / Background comme les siennes, c’est bien plus difficile. Du coup, je reste abonné, mais je ne regarde même plus ce qu’il sort. Il ferait mieux de les découper en tranches de 30-45 minutes et de les sortir les unes à la suite des autres, la quantité de contenu serait la même mais ce serait plus digeste. En plus, cela permettrait d’alimenter plus régulièrement sa chaine. Surtout que d’après ce que j’en sais, il a lâché son boulot pour ne vivre que de ça.
J’aimeJ’aime
250 chaînes ?? T’es un malade ! XD
Oui d’ailleurs il a dit qu’il ne ferait pas plus long pour les prochaines, perso ça fait longtemps que je regarde ses vidéos par petits bouts de 30 min par-ci par-là. Il les découpe en chapitres alors c’est plus digeste comme ça.
Les deux dernières concernent les origines de l’empereur et de l’imperium avant l’hérésie d’Horus, c’est assez peu abordé dans le lore et encore mieux fait que d’habitude.
Sinon pour l’aspect du lore que tu critiques, j’ai toujours vu ça comme un 2nd degré assumé. Wh40k c’est de la démesure dans tous les sens où quoi qu’on regarde, tout est « énorme ». Même si l’empereur est glorifié en permanence dans l’univers, nous, en tant que spectateur extérieur, on peut clairement voir que tout ça est stupide et que l’hérésie d’Horus a été provoquée en partie par ses erreurs de jugement, comme n’importe quel être humain normal. Ce que devient l’imperium au 40e millénaire illustre la perte de contrôle total de l’humanité sur ce qu’elle a créé et le régime devient l’exact opposé de ce que l’empereur voulait qu’il soit, comme ironie suprême.
L’imperium est un mélange entre la culture et l’impérialisme de l’empire romain, l’administration et la politique de l’URSS et la xénophobie et le fanatisme du IIIe reich. Alors comme Paul Atréides, l’empereur n’est que la représentation du leader fort que l’on suit pour son charisme et entre les mains duquel on place le destin de tout un peuple, comme Alexandre le grand (le vaisseau de l’empereur s’appelle d’ailleurs le « bucéphale » ^^), Jules César, ou Napoléon.
Pris au 1er degré, l’univers est juste bas du front, bourrin et stupide, voire d’extrême-droite, mais en voyant ça comme une grande critique envers les travers des sociétés humaines, ça devient plus intéressant.
J’aimeJ’aime
Encore une box que je déguste comme une boîte de rare et délicat caviar !
et encore merci pour toutes ces découvertes même si c’est parfois rageant de découvrir que certains romans ne sont plus édités.
Concernant Witch Wired je voulais savoir ce que tu pensais des critiques qui trouvent le héros creux et le côté féministe m’as assez téméraire (pouvoirs seulement si on reste vierge…) ?
J’aimeJ’aime
Witch World, tu veux dire ? Je n’ai pas trouvé le héros plus creux que ceux d’autres romans de la même époque (après, c’est typiquement le genre de remarque qu’est capable d’asséner un chroniqueur incapable de la base même d’une critique digne de ce nom, à savoir replacer l’œuvre dans son contexte), même si je me doute que vu d’aujourd’hui, il peut paraître un peu monolithique. Concernant le féminisme qui ne serait pas assez « téméraire », si par ce qualificatif il faut comprendre « radical » je trouve que tout au contraire, le sens de la nuance est une force du roman, pas une faiblesse ou quelque chose à critiquer. De plus, ce n’est pas le seul roman à lier absence de sexualité / conception et magie, Elizabeth Bear ou Ursula Le Guin font la même chose, respectivement pour les femmes et les hommes (ce n’est qu’après avoir perdu son pouvoir que Ged peut outrepasser sa chasteté, si je me souviens bien de ma lecture – lointaine – de Tehanu). La chose reste cependant assez rare pour être soulignée (en tout cas à ce degré de netteté) et est donc pour le moins audacieuse ou, dit autrement, téméraire… non ?
Au cas où :
J’aimeJ’aime
merci pour la réponse à laquelle je m’attendais et qui du coup va me faire lire Witch world 😜
J’aimeAimé par 1 personne