A kiss with teeth – Max Gladstone

Dracula in love 

a_kiss_with_teethNon, non, non, Max Gladstone n’est pas que l’auteur de l’excellent cycle The craft sequence, il donne aussi dans le texte court et propose d’autres univers ou styles de SFFF que l’Arcanepunk ! C’est même un nouvelliste relativement prolifique (ce n’est pas Robert Silverberg non plus, hein !) pour ses trente-quatre ans, puisqu’il peut se prévaloir de la publication de onze nouvelles via différentes plates-formes.

Avec cette critique, je redonne un sang neuf (ah, ah !) à mon cycle de lecture littérature vampirique de référence, lancé en 2016 et laissé de côté en 2017. Je vous en rappelle le but : en plus de vous présenter les romans de vampires qui sont considérés comme une référence du genre (Carmilla, etc), que ce soit grâce à leurs pures qualités littéraires ou du fait de leur influence sur les textes consacrés à la créature parus après eux, il vous donne aussi des pistes si vous ne souhaitez surtout pas lire du Twilight (ou la grosse majorité de la Bit-Lit, qui peut être mise dans le même sac). Continuer à lire « A kiss with teeth – Max Gladstone »

The lady astronaut of Mars – Mary Robinette Kowal

Touchant

lady_astronaut_kowalMary Robinette Kowal est une autrice américaine qui présente l’étonnante particularité d’être, en même temps, une marionnettiste professionnelle, ainsi qu’une narratrice pour les livres audio d’autres auteurs de SFFF, comme John Scalzi, Seanan McGuire, Cory Doctorow ou encore Kage Baker. La novelette dont je vais vous parler aujourd’hui a gagné le prix Hugo (la plus prestigieuse récompense dans le domaine de l’imaginaire) en 2014 pour cette catégorie de textes. Je vous rappelle d’ailleurs la nomenclature anglo-saxonne, basée sur le nombre de mots : à moins de 7500, on parle de Nouvelle, de 7500 à 17500 de Novelette (ou de « nouvelle longue » chez nous), de 17500 à 40 000 de Novella (ou de « roman court » en France), et au-delà de Roman (Novel dans la langue de Shakespeare). Mais revenons à nos moutons : cette novelette, donc, s’inscrit dans le même univers que deux romans à paraître en 2018, The calculating stars (sorti en juillet) et The fated sky (prévu en août), et les trois textes font partie du cycle Lady Astronaut. Le plus étonnant dans l’histoire est que les deux romans constituent le prélude de la novelette !

Rendons à la gens Julia, ou plutôt aux Harkonnen, ce qui leur appartient, puisque c’est le camarade FeydRautha qui a attiré mon attention sur ce texte. Je suis toujours à la recherche d’exemples à vous donner pour illustrer mes articles taxonomiques, et cette novelette (ou plutôt les romans qui en constituent le prequel) me paraissant être un exemple d’Atompunk, j’ai décidé de vous en proposer une critique. Notez qu’elle est disponible gratuitement (mais en anglais) sur le site de TorContinuer à lire « The lady astronaut of Mars – Mary Robinette Kowal »

Hold-time violations – John Chu

Un worldbuilding très original

hold_time_violationsHold-time violations est une nouvelle signée John Chu, spécialiste de la forme courte, et d’ailleurs primé dans cette catégorie lors de la remise du prix Hugo 2014 (excusez du peu !) pour The water that falls on you from nowhere. Toute sa production est caractérisée par un worldbuilding particulièrement original, et le texte qui va nous occuper aujourd’hui (que je classifierais personnellement dans le New Weird) ne déroge pas à cette tradition.

Si vous vous penchez attentivement sur les littératures de l’imaginaire dans leur ensemble, vous vous apercevrez qu’un grand nombre de romans, voire de sous-genres entiers, se concentrent sur l’élite, ou sur des élus commençant modestement mais appelés à devenir le sauveur du monde / un amiral ou général de légende / etc. Il y a finalement peu d’œuvres de SFFF (science-fiction, Fantasy, Fantastique) qui se préoccupent des types en bas de l’échelle, des cols bleus. Dans cette dernière catégorie, un exemple emblématique est à mon avis le film Alien, qui montre après tout une bande de routiers de l’espace confrontés à l’indicible. Hold-time violations adopte une approche hybride : il nous montre le boulot d’une jeune femme assurant la construction et l’entretien / la réparation d’une vaste installation de plomberie. Sauf que l’installation en question sous-tend les lois de la physique, qu’elle se trouve dans un autre univers, et que son existence / accès n’est connue ou réservé qu’à une mince élite !  Continuer à lire « Hold-time violations – John Chu »

Jubilee – Karl Schroeder

Roméo et Juliette dans l’espace

jubilee_schroederJubilee est une nouvelle écrite par Karl Schroeder, auteur canadien plutôt prolifique mais peu traduit en France (seuls Ventus et Permanence l’ont été). Ce texte court se déroule dans le même univers que son roman stand-alone Lockstep (qui sera critiqué sur ce blog… un jour), mais il peut se lire de façon indépendante.

La singularité de ce contexte tient au fait que la société de la planète extrasolaire lointaine où se déroule l’action est divisée en deux populations différentes : une, les realtimers, vit une vie normale, tandis que les Locksteppers (les synchronisés, disons) sont en stase et ne se réveillent que pour un mois tous les trente ans. Du moins, c’est la moyenne. Mais que se passe-t-il quand deux installations abritant des gens en stase se détestent tellement qu’elles se désynchronisent exprès, que lors d’une des rares conjonctions où leurs habitants sont éveillés en même temps une jeune femme de l’une tombe amoureuse d’un adolescent de l’autre, et qu’ils commencent à s’échanger des lettres lors de leurs périodes de réveil postérieures successives ? Et que la société des Realtimers commence à changer en fonction de cet échange épistolaire hors du commun et de cet amour qui transcende les siècles ?  Continuer à lire « Jubilee – Karl Schroeder »

A burden shared – Jo Walton

La quintessence de la Science-Fiction

burden_shared_waltonA burden shared (« Un fardeau partagé ») est une nouvelle de SF publiée par Jo Walton en 2017. Nous sommes un certain nombre à penser que la forme courte constitue le pinacle de ce que les littératures de l’imaginaire ont à offrir, et ce genre de texte en constitue une magistrale démonstration. En moins de vingt pages, l’auteure galloise bâtit un monde original et soulève tout un tas de questions intéressantes. Cette nouvelle est de celles qui, bien des heures, des jours, voire des années après l’avoir achevée, vous conduira à réfléchir sur ce qui y est traité. Bref, c’est la quintessence de ce que le genre a à offrir. Et outre le fond, tout dans la forme est réussi, de la couverture parfaitement en accord avec l’idée centrale du texte au style plein d’émotion et d’empathie de Jo Walton. Voilà, de plus, une nouvelle qui a tout pour plaire à celui ou celle qui a apprécié l’humanisme de Mes vrais enfants, et qui, via la combinaison de sa faible longueur, de son niveau d’anglais accessible et de sa qualité, constitue une porte d’entrée idéale pour qui voudrait s’essayer à la lecture en anglaisContinuer à lire « A burden shared – Jo Walton »

Deeds of men – Marie Brennan

Une transition intéressante à défaut d’être indispensable

deeds_of_menDeeds of men est une longue nouvelle qui se situe entre les tomes 1 et 2 du cycle La cour d’Onyx, par Marie Brennan (c’est ce qu’on appelle, sur Goodreads, un « tome 1.5 »). Elle se déroule trente-cinq ans après la fin de Minuit jamais ne vienne et quatorze avant In ashes lie, donc en 1625. Nous suivons un des personnages du tome 1, Michael Deven, qui enquête sur le meurtre de celui qu’il avait choisi comme successeur au poste de Prince à la cour des Fae (je vais y revenir). Pour celles et ceux qui se poseraient la question d’une éventuelle traduction, il se trouve que je l’ai moi-même soumise aux responsables de l’Atalante, qui ont eu la gentillesse de me répondre. En substance, l’idée est présente dans leur esprit, mais aucune décision ferme n’a été arrêtée pour le moment. Je vous invite donc à vous exprimer dans les commentaires de cet article, afin de leur montrer que vous seriez prêts à acheter ladite hypothétique traduction, et de les aider à faire leur choix  😉 Continuer à lire « Deeds of men – Marie Brennan »

Le modèle de Pickman – H.P. Lovecraft / L’autre modèle de Pickman – Caitlin R. Kiernan

Dunwich, Innsmouth, Boston, Hollywood, c’est le même destin !

ghoul_LovecraftC’est désormais presque une tradition, pas un mois sans parler d’une nouvelle signée Caitlin R. Kiernan sur ce blog. Et pas un mois non plus sans composer pas à pas ma petite anthologie Apophienne idéale du meilleur de ce que les Lovecrafteries du XXIe siècle ont à nous offrir. Dans ce registre, L’autre modèle de Pickman signé par l’autrice est un représentant de choix, tant il revient avec régularité dans différentes anthologies, qu’elles soient françaises ou anglo-saxonnes (vous trouverez une liste de liens en fin de critique). Comme son nom l’indique, ce texte est basé sur un de ceux du maître, Le modèle de Pickman, ce qui fait que je vous en propose également la critique, « en tandem » pourrait-on dire. Comme avec beaucoup de Lovecrafteries modernes, la nouvelle de Kiernan met en exergue ce qui était laissé dans l’ombre, voire complètement passé sous silence, chez H.P.L (les femmes, l’homosexualité, le sexe et la pornographie), tout en répondant, pour une certaine catégorie de créatures, aux mêmes questions posées dans Le cauchemar d’Innsmouth, par exemple.  Continuer à lire « Le modèle de Pickman – H.P. Lovecraft / L’autre modèle de Pickman – Caitlin R. Kiernan »

A colder war – Charles Stross

Presque une claque !

cold_war_cthulhuJe continue à me bâtir ma propre anthologie (oui, ça y est, j’ai le mega-melon !) idéale des Lovecrafteries du XXIe siècle, en explorant aujourd’hui la nouvelle A colder war, par Charles Stross. Notez que ce texte a été traduit en français dans le cadre du projet Exoglyphes, sous le titre Une guerre encore plus froide. J’ai pour ma part lu cette histoire en VO, dans l’anthologie New Cthulhu : the recent Weird (qui contient d’autres excellents textes -signés Caitlin R. Kiernan, China Mieville, Neil Gaiman ou Kim Newman, excusez du peu !-, et dont j’aurais sans doute l’occasion de vous reparler). Sachez que cette novelette est également présente dans plusieurs autres anthologies anglo-saxonnes et qu’elle est lisible gratuitement en ligne ici.

Notez que ce texte, s’il ne relève pas à proprement parler du cycle de la Laverie, est toutefois situé dans un univers qui en très proche, au ton près (je vais en reparler).  Continuer à lire « A colder war – Charles Stross »

Black ships seen south of Heaven – Caitlin R. Kiernan

Une nouvelle presque aussi intéressante que son prélude, mais dans un genre légèrement différent

mi_goBlack ships seen south of Heaven est une nouvelle néo-Lovecraftienne signée Caitlin R. Kiernan, que l’on peut trouver dans le volume 4 de l’anthologie Black wings (of Cthulhu), dirigée par le plus grand spécialiste de l’oeuvre du génie de Providence, S.T. Joshi. La nouvelle Agents of dreamland, dont je vous ai récemment parlé, en constitue un prélude (il est d’ailleurs amusant de constater que ce dernier est en fait plus long -et à mon avis plus intéressant- que le texte d’origine). Si celui-ci relevait plutôt du volet science-fictif de la bibliographie de Lovecraft, Black ships navigue, lui, dans des territoires plus complexes, certes toujours connotés SF (post-apo, horrifique), mais mélangeant aussi certains éléments plus mythologiques.

En tout cas, du fait de sa prodigalité en la matière ou de la haute qualité, en moyenne, des textes proposés, Kiernan s’inscrit sans conteste parmi les écrivains de premier plan des Lovecrafteries modernes, alors que son nom sera sûrement moins souvent cité que ceux d’Elizabeth Bear, Victor LaValle ou Kij Johnson.  Continuer à lire « Black ships seen south of Heaven – Caitlin R. Kiernan »

L’horreur de Red Hook – H.P. Lovecraft

L’horreur n’est pas toujours là où on le pense !

red_hookCes derniers temps, les éditeurs de SFFF sortent pas mal de textes qui constituent soit la suite d’une nouvelle ou d’une novella antérieure émanant d’un autre écrivain (par exemple Les chroniques de Méduse de Baxter / Reynolds, qui prolonge Face-à-face avec Méduse d’Arthur C. Clarke), soit qui en représentent l’antithèse (par exemple La quête onirique de Vellitt Boe de Kij Johnson, qui donne un point de vue inversé et féministe par rapport à La quête onirique de Kadath l’inconnue de Lovecraft). En pareil cas, la lecture du texte sur lequel la sortie récente se base, si elle n’est pas strictement indispensable, est néanmoins un plus non négligeable. Partant de là, étant donné que La ballade de Black Tom de Victor LaValle va paraître dans quelques semaines, il m’a paru pertinent de lire la nouvelle du natif de Providence sur laquelle ce roman se base (et dont il constitue le négatif photographique, pour reprendre une expression employée par Kij Johnson à propos de son propre Vellitt Boe, qui adopte le même esprit de contre-pied à Lovecraft), à savoir le tristement célèbre L’Horreur de Red Hook, texte d’une quarantaine de pages montrant de façon manifeste le racisme d’H.P.L. Plus ou moins reniée (sur un strict plan littéraire, hein) par son propre auteur, descendue (sur tous les plans) par la critique, y compris par S.T. Joshi, le plus grand spécialiste de l’oeuvre du Maître, cette nouvelle n’a que peu d’intérêt en elle-même, mais par contre, sur le plan de l’intertextualité, sa critique va me servir à enrichir celle du livre de Victor LaValle.

Notez que malgré la couverture de la collection numérique de nouvelles de Bragelonne, il n’y a en fait aucun lien entre ce texte et le « mythe » (qui n’est d’ailleurs pas entièrement Lovecraftien mais en partie une invention d’August Derleth) de Cthulhu : L’horreur de Red Hook est un simple texte… eh bien d’Horreur « classique », par opposition à celle, « cosmique », popularisée par l’auteur. Par contre, il s’agit bien de Fantastique, dans les deux définitions traditionnelles du genre : intrusion d’éléments surnaturels dans un cadre rationnel et hésitation du lecteur entre une explication rationnelle et une autre qui ne l’est pas.  Continuer à lire « L’horreur de Red Hook – H.P. Lovecraft »