Face-à- face avec Méduse et autres nouvelles – Arthur C. Clarke

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Les 0.99 euros les mieux dépensés de mon existence

meeting_with_medusaFace-à-face avec Méduse et autres nouvelles est un recueil de textes courts signés Arthur C. Clarke comprenant, outre la nouvelle éponyme (Nebula 1973 de la meilleure Novella), Marée neutronique et Retrouvailles. Je ne vais pas vous présenter l’auteur, vu qu’il fait partie des happy few dont le nom est connu même du grand public pas vraiment amateur de SF. Je vous dirais en revanche que Clarke a une place spéciale dans mon panthéon personnel, à la fois comme maître de la Hard SF, un de mes sous-genres de prédilection, et comme le tout premier auteur de science-fiction que j’ai lu lorsque j’avais environ dix ans (comme quoi, hein, la Hard SF qui serait systématiquement ardue à lire…).

Vous devez vous demander pourquoi je vous propose cette critique, et pas celle d’un texte plus fondamental de Clarke : la raison en est simple, Bragelonne a la bonne idée de publier, en janvier, Les chroniques de Méduse, roman co-signé par deux autres grands maîtres de la Hard SF, Alastair Reynolds et Stephen Baxter, et qui est une suite de la nouvelle de Clarke. N’ayant pas encore eu l’occasion de lire cette dernière, il m’a donc paru pertinent de combler cette lacune avant d’attaquer le roman, et de vous faire bénéficier d’une recension dans la foulée. Et puis tant qu’à faire, autant proposer celles des deux autres textes, c’est cadeau. Et pourtant, c’est mon anniversaire, je devrais en recevoir, pas en distribuer  😀

Mais avant d’examiner chacun des trois textes (qui n’ont aucun lien entre eux, d’ailleurs), deux mots sur le Clarke nouvelliste : les gens connaissent de l’illustre écrivain principalement ses romans (surtout des titres comme 2001 ou Rendez-vous avec Rama -qui a bénéficié d’un sérieux coup de projecteur récent avec l’arrivée de 1I/ʻOumuamua-), mais c’est aussi un auteur de nouvelles assez prolifique (sans atteindre le niveau de Silverberg non plus) et surtout franchement doué. Spécialiste de la nouvelle à chute (mes préférées), cette dernière peut soit être amusante (c’est le cas dans deux des textes de ce recueil, ou dans Supériorité par exemple), soit être absolument vertigineuse (comme moi, vous garderez sans doute longtemps en mémoire celles de Les neuf milliards de noms de Dieu ou, mieux encore, celle du magistral L’étoile). Je ne peux donc que vous conseiller vigoureusement, que ce soit via cet ouvrage ou d’autres, de découvrir cet aspect de Clarke, vous ne le regretterez pas.

Face-à-face avec Méduse

Dernières décennies du XXIe siècle. Dans une basse atmosphère rendue aux dirigeables (on fait le tour du monde en 90 minutes grâce à des vols suborbitaux), Howard Falcon est le plus illustre capitaine et pilote de ces aéronefs (et non, je ne suis pas obsédé par les dirigeables ou les vaisseaux des airs en général, même si mes deux dernières lectures les concernent, ce qui est également le cas du livre qui fera l’objet de la prochaine critique -qui va être un sacré morceau à rédiger…-). Alors qu’il teste le Queen Elizabeth, paquebot de luxe des airs de près d’un demi-kilomètre de long, un terrible accident à lieu.

Douze ans plus tard, Falcon est aux commandes d’un vaisseau spatial devant larguer une capsule-ballon, le Kon-tiki, dans l’atmosphère de… Jupiter, afin que les réflexes extraordinaires de ce pilote d’exception permettent de mener à bien l’exploration de la géante gazeuse qu’aucune sonde automatique ou aucun appareil piloté par téléprésence n’a été jusqu’ici en mesure de réaliser. Mission périlleuse en raison des dangers de l’environnement, ou du fait que c’est la première fois qu’un aérostier doit se préoccuper de ce qui se passe en-dessous de lui et pas de son plafond !

medusaCette épopée, qui refait, aux yeux du grand public de cette époque, des voyages spatiaux à nouveau une grande aventure et non plus la routine ennuyeuse qu’ils étaient devenus, a deux gros intérêts pour le lecteur : un sense of wonder prodigieux lié aux particularités à la fois belles, terribles et vertigineuses de Jupiter (sans doute le plus beau texte dans le genre avec 2010 du même auteur ou Géantes de Peter Watts), d’une part, et la découverte d’une vie (la fameuse Méduse qui donne son titre à la nouvelle, et dont une couverture anglo-saxonne a donné une représentation saisissante, que je reproduis ci-contre -Asimov n’étant pas l’auteur, mais l’anthologiste / le prête-nom publicitaire pour faire vendre-) pourtant réputée impossible dans cet environnement (en raison de voies métaboliques à basse énergie). On appréciera au passage l’utilisation de sa propre version de la Directive Première par Clarke ! Et cette nouvelle a aussi, à mes yeux, le mérite de proposer à un complet néophyte souhaitant s’initier à la Hard SF une porte d’entrée plutôt abordable en terme de difficulté de compréhension. Et bien entendu, elle me paraît un préalable utile (bien que pas strictement indispensable) à la lecture du roman de Baxter et Reynolds. Par contre, si vous n’êtes pas intéressé par ce dernier mais juste par l’exploration de Jupiter, sachez que ce texte a beaucoup inspiré le passage où l’entité qui fut Dave Bowman plonge sous l’atmosphère de la géante gazeuse dans 2010, roman de onze ans postérieur à cette nouvelle. Certes, c’est ici souvent (mais pas toujours) plus développé, mais on peut considérer que sur certains points, ça fait vaguement doublon, je préfère prévenir. Même si personnellement, cela ne m’a pas gêné, tant j’ai toujours trouvé ce passage fascinant.

Sachez enfin que je m’étais presque persuadé que cette fois, cette nouvelle n’aurait pas de chute, ce qui fait que j’ai été surpris quand celle-ci a débarqué sans prévenir. Et pourtant, un indice était bel et bien là ! Je vous conseille aussi de ne pas lire le résumé du roman de Baxter / Reynolds à paraître avant de lire cette nouvelle, faute de quoi il va vous spoiler cette ultime révélation. Qui, d’ailleurs, rappelle un point très précis de 2001. Mais chut !

Au final, Face-à-face avec Méduse est une excellente nouvelle, que ce soit en elle-même ou en prélude au roman de Baxter / Reynolds, surtout si les géantes gazeuses, leurs merveilles et leurs mystères vous fascinent.

Marée neutronique 

Dans ce texte ultra-court, nous apprenons ce qui est arrivé au supercroiseur Flatbush lors de la guerre contre les Mucoïdes, monstres gélatineux venus de la Nébuleuse du Sac à charbon, alors qu’il s’est approché d’un peu trop près d’une étoile à neutrons. Il s’agit d’une nouvelle à chute humoristique, mais le seul problème est que malgré les efforts émérites du traducteur, le trait d’esprit se perd complètement en français, ce qui fait que le gag tombe à plat. Dommage, mais, de fait, à part les particularités esquissées à très grands traits d’une étoile neutronique, ce texte n’a guère d’intérêt.

Retrouvailles

Tout aussi courte et humoristique, cette autre nouvelle, où des étrangers qui se présentent comme nos « frères perdus » approchent rapidement de la Terre en émettant un message radio, a en revanche une chute particulièrement savoureuse, mettant en avant l’aspect humaniste (souvent oublié, à mon goût) de Clarke. Un excellent texte, qu’on devrait faire lire dans toutes les écoles !

En conclusion

Jadis (au début des années 2000), on trouvait ces Librio à 10 francs (1.3 euros, à la louche) qui restent certains de mes meilleurs achats en SFFF (Clarke, Asimov, Lovecraft, William Gibson, etc). Eh bien voilà un autre excellent achat à faire, mais pour 0.99 euros cette fois ! Outre une nouvelle d’une soixantaine de pages qui a le double intérêt d’être pleine de sense of wonder et de vous permettre de mieux comprendre Les chroniques de Méduse (roman co-signé par Alastair Reynolds et Stephen Baxter et offrant une suite au texte de Clarke), à paraître en janvier 2018 en français, ce petit recueil vous offre deux minuscules autres textes à chute humoristique, un dispensable en raison d’un jeu de mot intraduisible ou quasiment et un autre particulièrement savoureux et humaniste. Bref, si vous voulez rêver et sourire à petit prix, voilà une idée de cadeau à (vous) faire !

Pour aller plus loin

Si vous souhaitez avoir un deuxième avis sur ce texte, je vous conseille la lecture des critiques suivantes : celle de Yogo,

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21 réflexions sur “Face-à- face avec Méduse et autres nouvelles – Arthur C. Clarke

    • Je suis tout à fait d’accord avec ce qui est spécifié dans la page que tu mets en lien : voilà en effet un très bon exemple de texte pour montrer ce qu’est le sense of wonder.

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  1. Tiens, rigolo, j’ai eu la même démarche en apprenant la sortie du livre du duo dynamique.
    Par contre j’ai été la lire dans le recueil « Odyssées », toujours chez Bragelonne. Pour 28 euros les 106 nouvelles, ça nous met la nouvelle à 26 centimes: imbattable mon bon monsieur! Ce recueil est un vrai bonheur, un poil rétro, mais toujours bon (un peu comme l’intégrale Philip K Dick de Denoël). A déguster au fil du temps et pour les siècles à venir (2061, 3100 et au delà…).
    Cheers, Philippe.
    Conseil d’écoute: Sigur Ros (Inni, le live), sur le vieux sage, c’est pas mal…et Daniel Cavanagh (Monochrome)

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    • Je pense que nous serons nombreux à avoir la même démarche.

      J’aime beaucoup ce que fait Anathema (même si j’ai une préférence pour la période Duncan Patterson), mais je n’ai pas eu le temps de jeter un œil sur leur nouvel album.

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  2. Voilà une excellente idée d’article!! En effet, j’ai repéré le roman Baxter Reynolds qui sort en début d’année prochaine et je compte bien le lire! Je ne savais pas qu’il s’agissait de la suite à la nouvelle de Clarke. Je confirme c’est très pertinent de nous proposer cet avis ainsi que de préciser la source.
    Je fonce me payer cette nouvelle (moins chère qu’un café).
    Merci APo!
    Excellent retour.

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    • Non, ça ne me paraît pas débile, il y a tant d’auteurs majeurs en SF qu’on ne peut pas tout savoir sur chacun d’entre eux 😉
      Je te conseille aussi le recueil (papier, cette fois) Les neufs milliards de noms de Dieu et autres nouvelles, on le trouve facilement et à prix assez modeste d’occasion, et il contient (entre autres) trois des meilleures nouvelles de Clarke (dont La sentinelle, le précurseur de 2001).

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  3. La nouvelle face à face avec la Méduse est aussi la base du quatrième tome du cycle « Base Vénus » de Paul Preuss (et AC Clarke).
    La série n’est pas extraordinaire mais reste lisible.

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    • Le résumé de la nouvelle m’a aussi évoqué cette lecture. J’avais bien aimé le cycle à l’époque mais après plus de 20 ans, les dirigeables sur Jupiter sont le seul point que j’ai gardé en mémoire sur la série. Avec les explications sur le chiffre Playfair pour crypter des messages qui m’avait aussi marqué.

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  5. J’avais aussi repéré cette parution chez Bragelonne (avec une très très belle couverture !) et j’avais aussi dans l’idée de lire cette nouvelle, au sommaire de l’intégrale « Odyssées ». Les grands esprits se rencontrent ! 😉
    Et du coup, j’apprends qu’en plus c’est une lecture hautement recommandable, alors qu’attends-je, hein ! 😀

    Aimé par 1 personne

    • En effet 😉

      Je suis plus dubitatif sur la couverture. Elle est soignée, les couleurs sont jolies, mais je n’ai pas eu le coup de cœur nécessaire pour précommander la version physique plutôt que l’électronique. Il faut dire que cela divise le prix par deux, ça doit jouer aussi 😀 (enfin ça et le fait que je n’ai plus de place sur mes étagères -ou où que ce soit, d’ailleurs-, que j’ai reçu 5 romans et 3 BD pour mon anniversaire et que les cadeaux de Noël arrivent…).

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