An alchemy of masques and mirrors – Curtis Craddock

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Beaucoup de bruit pour rien

alchemy_craddockAn alchemy of masques and mirrors est le premier roman de Curtis Craddock, auteur américain vivant au Colorado et enseignant l’informatique à des prisonniers dans un pénitencier. Après l’avoir achevé et fait quelques recherches pour la rédaction de cette introduction, je me suis également aperçu qu’il s’agissait du premier tome d’un cycle, The Risen kingdoms, alors que franchement, vu que la fin boucle tous les arcs narratifs, je ne m’attendais pas vraiment à une suite. Même si vu la place accordée au worldbuilding, j’aurais dû m’en douter. Pas sûr, cependant, que je lise le tome 2, vu à quel point j’ai eu du mal à finir celui-ci. Même si il y a certains points que j’aimerais bien voir éclaircis sur l’origine de ce monde.

Sur Goodreads, ce roman bénéficie d’une note de 4.1 (sur un peu plus de 300 évaluations, ce qui reste modeste), et ses lecteurs avaient l’air très enthousiastes. De fait, le mélange de genres proposé (Mousquetaires, sorcellerie, vaisseaux des airs) avait l’air assez original et attractif. Au final, on se retrouve avec un monde auquel il est assez difficile d’adhérer, avec une fausse originalité qui cache en fait un grand classicisme, avec un des deux protagonistes auquel il est malaisé de croire, avec une narration verbeuse et une intrigue convolutée qu’on a hâte de voir se terminer (enfin), après le 18e coup de théâtre et la 27e révélation (en trois chapitres). Bref, je m’attendais à me régaler, et c’est avec un grand soupir de soulagement que je l’ai achevé et que je suis passé à (beaucoup) plus intéressant, à savoir le tome 4 de The shadow campaigns (qui sera la dernière critique publiée sur ce blog en 2017 : il est de tradition, sur le Culte, de finir chaque année sur un genre mal-aimé en France et de commencer l’année suivante de la même façon. Cette fois-ci, donc, nous allons finir sur de la Flintlock et commencer 2018 avec de l’Heroic Fantasy -féminine-). Mais revenons à nos moutons ! 

Genres, influences

Premier problème : comment classifier ce livre ? La citation de Charles Stross sur la couverture parle de Gaslight Fantasy, ce qui n’est qu’un terme alternatif pour la Gaslamp que vous devez commencer à bien connaître si vous suivez ce blog depuis un petit moment (et si ce n’est pas le cas, ou si vous rencontrez un autre terme qui vous est inconnu dans cette critique, rendez-vous sur cette page, tout vous sera expliqué !). Si on considère que Gaslight / Gaslamp = mélange de Steampunk et de Fantasy, ok. Sauf que parmi les dérivés du Steampunk, Gaslamp désigne plutôt une fantasy à science rétrofuturiste victorienne ou georgienne, et pas quelque chose inspiré par Alexandre Dumas. Je préfère donc parler, pour ma part, d’un mélange de Swashbuckling (Fantasy de cape et d’épée) ou de Flintlock (Fantasy à mousquets) et de Clockpunk, autre dérivé du Steampunk plutôt centré sur la période pré-Georgienne et post-Renaissance, où la technologie de la vapeur est remplacée par celle des engrenages et autres ressorts. Sans compter un aspect Fantasy politique d’assez haute volée.

Second problème : aspect Steampunk ou pas, je ne suis même pas certain qu’on ait réellement affaire à de la Fantasy ou à un mélange Steampunk / Fantasy. De nombreux indices me conduisent plutôt à penser que nous sommes en fait en présence de Post-apocalyptique et de Science-Fantasy. Ces dernières décennies, ce genre de roman de SF ou de Science-Fantasy déguisé en Fantasy classique a été récurrent, qu’il s’agisse du cycle de Hawkmoon de Michael Moorcock, de celui de Shannara de Terry Brooks ou de divers exemples critiqués sur ce blog (histoire de vous éviter le spoiler fatal, si vous cliquez sur les liens suivants, c’est à vos risques et périls : hop, hop, et hop). Impossible de trancher à la lecture de ce simple tome 1, donc pour l’instant je ne l’ai pas classé en Science-Fantasy, même si je suis raisonnablement sûr de mon fait.

D’autre part, deux influences littéraires ont profondément marqué l’auteur : Alexandre Dumas, d’une part (je vais y revenir dans la partie « univers ») et… Frank Herbert d’autre part (même chose, mais dans la partie « intrigue »). Si la première est évidente dès les premières pages, la seconde met beaucoup plus de temps à se dévoiler, et implique pas mal de spoilers, ce qui fait que je vais rester relativement discret.

Univers

Malgré les possibilités infinies offertes par le genre, la plupart des romans de Fantasy restent relativement classiques : l’action se passe sur une planète de type terrestre tout à fait banale (même si elle est imaginaire) et il est très rare que les fondations du monde soient plus exotiques que cela (Pratchett). Rien de tel ici : les humains vivent sur des fragments de terre (certains de la taille d’une île, d’autres de celle d’un continent -les cratons, terme géologique existant-) flottant, grâce à une substance appelée Aether, au-dessus d’un abysse gazeux (divisé en diverses couches : une de gaz toxiques -le Miasme-, une d’orages permanents, etc) qui, d’après les calculs des philosophes empiriques (savants), ferait… dix mille kilomètres de profondeur. Il y a bien entendu des couches atmosphériques au-dessus des terres, de plus en plus froides au fur et à mesure que l’on s’élève (et de moins en moins respirables), mais nettement moins épaisses. Les humains nobles (ceux qui possèdent des facultés magiques) sont supposés descendre de dix saints et saintes, qui ont échappé à la fragmentation du Primus Mundi (le premier monde), après qu’une certaine Iav ait tenté de connaître le secret de la vie détenu par le Bâtisseur (Builder), provoquant ainsi la naissance du diable local (le Breaker) et l’éclatement du monde. Depuis, on attend le Sauveur (Savior).

Il existait à l’origine dix lignées, ayant chacune un(e) saint(e) pour ancêtre, représentant chacune une forme de sorcellerie différente (je vais y revenir) et autant de dynasties royales pour un nombre égal de royaumes. Aujourd’hui, deux de ces lignées se sont éteintes (malgré le fait que le Temple ait pour mission d’éviter cela à tout prix), et une a été bannie. L’histoire se concentre sur deux des survivantes, celle des porteurs de la Marque Sanguinaire de L’empire céleste (dans les deux cas, en français dans le texte : signalons d’ailleurs de nombreux termes dans notre langue dans le texte anglais, ainsi qu’un nombre conséquent de termes espagnols) et des Glasswalkers (marcheurs de verre) d’Aragoth. Traduisez : France de Louis XIII ou XIV pour le premier de ces deux pays, Espagne de la même époque pour le second. Notez qu’une troisième lignée de sorciers est vaguement mentionnée, et que les autres, ainsi que les nations correspondantes, sont presque totalement laissées dans l’ombre (dans ce tome 1 seulement ?).

L’aether qui maintient les skylands en l’air peut être extrait et raffiné, et incorporé à la quille éthérique (aetherkeel) de navires des airs (rien à voir avec des dirigeables, ce sont de vrais bateaux à voiles flottant dans les cieux), afin d’explorer le ciel profond (l’équivalent de l’océan sur une planète normale), de commercer, de voyager, etc. Notez qu’on défend aux femmes toute connaissance (lecture de la langue des saints, sciences, etc), et que le Temple, la religion qui attend l’arrivée du Sauveur et préserve les lignées sorcières issues des Saints, a la curieuse habitude de doter ses plus hauts dirigeants de prothèses faites d’engrenages, de ressorts et de pistons, d’yeux artificiels en forme de gemme brillante, de bâtons lançant des éclairs, etc. Ils ont le monopole sur ces technologies steampunk (ou modernes mais déguisées, difficile à dire), tandis que les profanes utilisent une technologie globalement comparable à celle de l’époque des Mousquetaires, à part, donc, les vaisseaux aériens et des « lampes alchimiques ». Notez que plus le récit avance, et plus on découvre des artefacts visiblement issus de techniques évoluées, dont des robots et une sorte de chambre de torture déformant l’espace.

Bon, bon, bon. A ce stade, ça doit vous paraître très original. En fait, tout ce que je viens de décrire ne sert, fondamentalement, à rien. Qu’on colonise le tout nouveau Craton Riqueza via des vaisseaux des airs flottant sur une quille éthérique ou qu’on se lance à la découverte des terres exotiques de l’Amérique après un voyage sur des navires flottant sur l’eau, la différence n’est que cosmétique. Ce que je veux dire par là est que, finalement, contrairement à d’autres éléments de ce livre, l’auteur n’en fait pas grand-chose et crée plus de frustration qu’autre chose. Quelle est l’origine et la nature de ce monde bizarre ? L’aether est-il une substance magique naturelle, artificielle, ou un nom folklorique cachant de l’anti-gravité ? S’agit-il d’une géante gazeuse avec une couche d’oxygène-azote créée par terraformation ou un vrai monde fantasy où les terres flottent sur des flux de particules surnaturelles ? Les artefacts quondam sont ils magiques, Steampunk ou issus d’une technologie SF perdue ? (certains passages du livre sont particulièrement en faveur de cette dernière hypothèse, au passage).

Et finalement, qu’est-ce que ça change à l’intrigue ? La réponse est simple : rien du tout. Nous sommes sur un cas très différent des Elfes de fer par exemple, un cycle où, si on enlevait les elfes, les mousquets et l’Inde de Fantasy, l’intrigue et le concept s’effondreraient. Par contre, c’est un élément exotique qui, si on l’ajoute à un côté Steampunk, voire science-fantasy, au côté Mousquetaires / Dumas et au côté Dune, commence à faire un drôle de mélange des genres et des atmosphères. Je l’ai souvent rencontré ces derniers temps, et j’ai presque toujours eu du mal à y croire ou à apprécier l’ambiance résultante (sauf dans un ou deux cas). Là, je dois dire que ça a été la pire de ces expériences : je n’arrivais tout simplement pas à mettre côte-à-côte un Mousquetaire, des îles et des vaisseaux des airs, des robots et des cyborgs steampunk, et de la sorcellerie. J’aurais facilement pu intégrer deux, voire trois de ces éléments ensemble (les exemples ne manquent pas sur ce blog, que ce soit en Flintlock ou en Gaslamp Fantasy), mais là c’était juste trop pour moi. Pas aussi gloubi-boulga que Rebelle du désert, mais pas loin tout de même !

Au passage, un argument en faveur de l’hypothèse « ce monde est en fait de la SF ou de la Science-Fantasy » : outre le fait que tout cela ressemble à une géante gazeuse partiellement terraformée (avec des skylands formés de fragments de lunes ou même de la Terre, qui serait le « Primus Mundi » détruit), avec une dispositif anti-gravité pour atténuer la pesanteur ambiante et maintenir les cratons dans une couche d’oxygène-azote artificielle, une des lunes de ce monde s’appelle Kore, comme un de celles de… Jupiter. Comme pour Guerre & Dinosaures, ma connaissance de l’astronomie m’est finalement bien utile !

J’aurais sans doute pu faire abstraction de ce mélange si d’autres éléments de ce livre avaient été plus aisés à digérer, ce qui n’a pas été le cas, comme nous allons le voir un peu plus loin. Mais avant d’aborder ces sujets, un mot de la magie.

Magie(s)

Dans cet univers, on est noble parce qu’on est sorcier, et on est sorcier parce qu’on descend des Saints (on est « sang-béni » –saintblood-). Chaque pays descend d’un Saint-patron différent, et possède UN pouvoir bien spécifique (pas d’arsenal de centaines de sorts ici, on est plus proche des super-héros que d’autre chose). Le plus puissant magicien de chaque royaume étant en général le monarque ou son héritier. Point très important, on ne croise pas les effluves, pardon les lignées, c’est mal, la preuve, c’est le Temple qui le répète depuis 1600 ans et la chute du Primus Mundi. Au passage, le nom de la nation rappelle souvent celui de son Saint Patron : l’empire est dit Céleste à cause de la Sainte du même nom.

Dans l’Empire céleste (la France, quoi !), un sorcier a une ombre écarlate, qui peut agir sur l’ombre (normale) des autres (les clayborn, humains normaux) pour créer paralysie, douleur, leur pomper de l’énergie vitale, voire les tuer. Une application extrême est de neutraliser l’âme originelle et de faire du corps un hôte d’accueil pour l’esprit du magicien. Ce qui fait que le Roi Léon, par exemple, maintient ces « Bloodhollow » (coquilles sanguines -les sorciers portent la « marque sanguinaire »-) dans chaque cour étrangère, lui permettant de projeter sa conscience et d’agir instantanément à l’autre bout du monde, pendant que son vrai corps reste dans son palais. Moi j’appelle ça de la téléprésence  😀

En Aragoth, on peut projeter son esprit à travers n’importe quel miroir et faire jaillir un double (pendant que là aussi, le corps réel reste là où il est) à travers n’importe quel autre, après avoir traversé une sorte d' »hyperespace » situé entre les deux (la magie des miroirs n’est finalement pas si développée que ça en Fantasy, à part chez Stephen Donaldson bien entendu,  qui en a fait le cœur de son univers et de son intrigue dans le cycle de Mordant -dont je possède les trois volumes mais n’en ai lu qu’un seul, faudra que je m’y recolle un jour-). Enfin, il est fait mention (deux fois, très brièvement) de la sorcellerie d’un troisième pays, qui consiste à modifier son apparence dans l’esprit de son interlocuteur, et une quatrième sorcellerie, perdue, est au centre de l’intrigue.

Je dois dire que j’ai trouvé ce magicbuilding plutôt intéressant, même si j’avais beaucoup de mal à faire cadrer ça avec une explication SF post-apocalyptique telle que je croyais la deviner en filigrane.

Intrigue *

* Mask machine, Flying Colors, 2014.

Le récit est divisé en quatre phases informelles, en gros : les deux premières s’étendent sur les deux premiers chapitres, les autres sur le reste du livre. Dans la première phase (1er chapitre), nous suivons Jean-Claude, Mousquetaire du Roi, envoyé assister à l’accouchement de la Comtesse des Zéphyrs. En effet, la loi de l’Empire Céleste statue que nulle dame noble ne peut donner naissance en dehors de la présence du souverain ou d’un de ses représentants (en l’occurrence Jean-Claude), faute de quoi l’enfant est automatiquement considéré comme un bâtard et privé de ses privilèges. Or, il se trouve que le bébé, une fille, est atteint d’une malformation : une de ses mains n’a qu’un seul doigt. Le Comte et la Comtesse étant des personnages particulièrement cruels, notre Mousquetaire, qui a bon cœur, abuse de l’autorité royale (ou l’utilise d’une façon très créative, c’est comme vous voulez), et étend la protection de Grand Léon (Le Roi de Tonnerre) sur l’enfant, qui est après tout sa cousine, histoire d’éviter à la gamine de se faire zigouiller. C’est même lui qui lui donne son nom, Isabelle.

La deuxième partie (qui ne dure, elle aussi, qu’un chapitre) nous montre la jeune fille, désormais âgée de douze ans, montrant un intérêt et des dons précoces pour les mathématiques et la philosophie empirique (les sciences quoi !). Disciplines qui, d’ailleurs, sont interdites aux femmes par le Temple. Alors qu’avec sa suivante, Marie, elle se retrouve dans une situation périlleuse, elle est sauvée par Jean-Claude qui, pour son action lors de sa naissance, a été « condamné » par le Roi a lui servir de protecteur. Et de fait, la fillette, rejetée par le Comte parce qu’elle ne possède pas d’Ombre Sanglante et mal vue par la populace (qui pense que sa main est un signe du démon -malgré le fait que le Temple l’ait déclarée Pure-), va trouver en lui l’affection d’un vrai père de substitution. Hélas, elle va tomber de Charybde en Scylla, et une terrible tragédie va frapper sa suivante…

La troisième partie nous montre Isabelle, à nouveau douze ans plus tard (elle en a donc vingt-quatre). Devenue, sous nom de plume masculin, une célèbre mathématicienne, son destin va basculer lorsque, contre toute attente, elle va être promise à un très, très puissant personnage de la Cour d’Aragoth. Jadis nation mineure, cette dernière est devenue une puissance économique et « navale » (vaisseaux des airs) de premier plan grâce à la part très active prise dans l’exploration du Craton Riqueza (pensez à l’explosion de l’influence et de la richesse de l’Espagne et de son Invincible Armada après la découverte des Amériques). L’empire Céleste, lui, n’a pris qu’une part tardive et mineure dans l’aventure, se retrouvant alors affaibli. Or, le roi d’Aragoth est mourant, la femme de son héritier naturel, son fils aîné, est stérile, et le prince cadet est infirme suite à un accident de chasse. Une alliance avec une cousine du Roi pourrait changer bien des choses dans l’équilibre des pouvoirs !

Dans cette troisième partie, nous faisons la connaissance de nouveaux personnages, et on nous montre le long voyage vers Aragoth, ainsi que les tentatives multiples d’assassinat dont est victime Isabelle. Dans la quatrième partie, enfin, la plus longue, on nous présente l’effroyable écheveau d’intrigues de Cour à Aragoth, et on nous révèle ce qui se cache réellement derrière cette proposition de mariage. Outre le côté éminemment byzantin de la chose, c’est là que l’influence de Dune se fait sentir : l’auteur ne cache pas qu’une des tâches du Temple est de préserver les lignées sorcières issues des Saint(e)s, mais Kantelvar, un des antagonistes, a un objectif bien plus précis en tête… Disons que le Bene Gesserit n’est pas loin !

Que dire de cette intrigue (dans tous les sens du terme) ? D’une part, elle est très complexe, parfois presque trop. Ensuite, elle use et abuse des retournements de situation, attentats et autres révélations, à tel point que le lecteur sature et finit par ne plus s’intéresser aux événements qui, finalement, s’avèrent, en plus, plus prévisibles qu’autre chose (surtout lorsqu’on a saisi l’influence de Frank Herbert). Chaque couche de compréhension n’est pas la vérité, mais un trompe-l’œil qui ne va émerger que quelques dizaines de pages plus tard. Bref, tout comme pour l’univers, l’auteur en a fait beaucoup trop.

Écriture, personnages

Au niveau de l’univers et de l’intrigue, comme on l’a vu, Curtis Craddock en a fait beaucoup trop : le lecteur finit par saturer. Mais cela ne s’arrête pas là : le livre est trop verbeux, notamment dans la longue partie consacrée au voyage. Et pour couronner le tout, les deux protagonistes sont assez mal construits : si Jean-Claude est très, très attachant (notamment via sa fidélité viscérale envers celle qu’il considère comme une fille et son côté grandiloquent et roublard -une sorte de Cartouche croisé avec D’Artagnan-), il alterne entre un mode perspicace presque digne d’un Sherlock Holmes de l’époque du Roi-Soleil et un mode « putain quel con, j’ai rien vu et je me suis fait posséder » qui finit par être étrange. Sans compter qu’il en prend plein la figure et qu’à chaque fois, à moitié mort et avec plus de bandages sur lui qu’une momie de la Quatrième Dynastie, il continue à aller faire le zouave pour retrouver la Princessa. Isabelle qui, elle, n’est pas crédible un instant (du moins à mes yeux) : ayant grandi rejetée et isolée, avec des parents et un frère qui sont des gros tarés sadiques, elle a développé une personnalité super-équilibrée, est pleine de compassion et se fond comme un poisson dans l’eau dans le nid de vipères que constitue la Cour d’Aragoth. Mais bien sûr. Et la marmotte elle… mais je m’égare (damnés mèmes publicitaires !). C’est simple, moi je n’arrive pas y croire : l’oie blanche qui dame le pion à des gens qui baignent dans les intrigues depuis des décennies, la fille issue de deux salopards sadiques qui vit dans la solitude et sur le chemin de laquelle la populace crache en se signant qui est un modèle de sainteté quasi-christique et de gentillesse, de compassion, ce n’est tout simplement pas réaliste. Pour le coup, la thématique récurrente de la vengeance en Fantasy aurait, pour une fois, été bien plus pertinente. Et donc, si je n’y crois pas, ça me sort du récit, point.

Je ne vais pas spoiler, mais disons aussi qu’Isabelle ressemble à la fusion de deux personnages féminins de Dune, et qu’une fois qu’on a compris ça, le reste devient vraiment très prévisible. Sauf la toute fin, où il y a un retournement de situation… disons le carrément, débile. En gros, pour éviter une guerre et dénoncer un mensonge, Isabelle en invente un… énorme. Et comme par hasard, toutes les personnes qui savent que c’en est un jouent le jeu. Là aussi, je n’y crois pas, désolé. Bref, j’avais déjà hâte de fermer ce bouquin, et ce n’est pas cette fin à la noix qui m’a fait changer d’avis !

Le seul point vraiment intéressant au niveau des personnages (à part Jean-Claude, voire Xaviera et « DuJournal ») est la place donnée au handicap et aux personnes dépendantes, que ce soit via Isabelle, Julio ou Marie. Au passage, via cette dernière, on effleure presque une thématique robot / zombie pas inintéressante dans de la Fantasy / Steampunk.

A part ça, le style de l’auteur n’est pas désagréable, mais clairement, il a encore du boulot pour raffiner les scories qui parsèment l’aspect technique de son écriture. Ou alors, il y a un boulot éditorial un peu plus solide à faire. Pour tout dire, j’ai un peu de mal à comprendre pourquoi et comment, sur Goodreads, on s’est autant enthousiasmé pour ce bouquin, car clairement, il y a beaucoup de choses à revoir. Je suis un critique pointilleux (paraît-il), certes, mais quand-même…

Pour terminer sur ce chapitre, sachez aussi qu’il y a pas mal de technobabillage (simulacrasphere, aethervalve matrix, aetherkeel, etc) pour tout ce qui concerne la technologie de l’Aether : c’est rigolo deux minutes, et puis après ça devient vite lassant.

En conclusion

Ce roman (le premier d’un cycle) bénéficie d’une bonne réputation, que j’ai au final un peu de mal à comprendre. L’univers mélange trop d’influences en un gloubi-boulga auquel il est difficile d’adhérer (un peu comme Guerre & Dinosaures, pour celles et ceux qui connaissent), l’intrigue est d’une effroyable complexité, il y a des longueurs et c’est globalement trop verbeux, l’auteur abuse des (fausses) révélations et des retournements de situation jusqu’à saturation du lecteur, une des deux protagonistes n’est absolument pas crédible, et pour finir, c’est trop inspiré par Dune, ce qui fait que le connaisseur démonte vite le truc. Et que dire du retournement de situation final, absolument pas logique ou crédible ? Bref, à part à la rigueur la magie, le personnage de Jean-Claude (très attachant et sympathique), les vaisseaux des airs très Sky Galleons of Mars  (ou plutôt Jupiter, ici) et certains pans de l’univers (dont on se demande tout au long du livre si c’est de la Science-Fantasy, de la SF post-apocalyptique cachée ou de la Steampunk-Fantasy), on a vu nettement mieux dans le genre Fantasy à mousquets.

Niveau d’anglais : globalement moyen. Parfois assez velu au niveau des adjectifs. Pas mal de termes en français ou espagnol dans le texte.

Probabilité de traduction : faible.

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15 réflexions sur “An alchemy of masques and mirrors – Curtis Craddock

  1. Et, finalement, je conclurai comme pour Guerre et Dinosaures. A moins que tu ne sois pas convaincue par le tome 2, je m’abstiendrai.Ce n’est pas comme si je n’avais pas 3 ans de lecture devant moi….

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    • Très franchement, vu ce que j’ai moi aussi en réserve dans ma PAL (sans parler de la wish-list), je doute de lire le tome 2 dans un avenir prévisible. De toute façon, je vais être de plus en plus drastique dans mes choix de lectures de tome 2+, il y a tout simplement trop de sorties en VO pour donner sa chance a un cycle qui part sur des bases trop fragiles pour moi. Donc sauf note hallucinante sur Goodreads (sur un nombre suffisant d’évaluations, bien entendu), en gros les T2+ de toute série bancale ne seront lus que s’il ne me reste plus rien d’autre à lire (et c’est pas près d’arriver), au mieux, ou le plus souvent pas du tout. J’ai déjà décidé de ne pas lire Godblind 2 (comme beaucoup de monde) et The court of broken knives 2 en 2018, par exemple.

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  2. Critique très complète et hyper intéressante. 🙂 Ne maîtrisant pas assez l’anglais, il y avait de toute façon peu de chances que je le lise un jour, mais c’est vrai que, sur le papier, c’était très alléchant. Je pense que je me serais laissée tenter si je n’avais pas lu ta chronique (et si j’avais été capable de lire la VO, bien sûr).

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  3. Aimant bien les histoires de cape et d’épée, j’avais jeté un coup d’œil à ce bouquin. Mais la présentation m’avait plutôt refroidi. Ta chronique me laisse penser que j’ai bien fait de ne pas m’y intéresser.

    Aimé par 1 personne

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