Rebelle du désert – Alwyn Hamilton

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Un roman de « Paranormal romance Weird West Arabian Gunpowder Fantasy » (avec du X-Men dedans)

rebelle_desertRebelle du désert, qui paraît chez Pocket Jeunesse, conte l’histoire de la jeune Amani, 16 ans, qui fuit sa triste vie d’orpheline en compagnie d’un bel étranger ténébreux, mystérieux et à la mâchoire carrée, un fugitif dont elle tombe amoureuse. Intrigué par ce livre Young Adult, conseillé par Elbakin, le site français de référence en matière de Fantasy, je… mais, non ! Ne partez pas ! Mais oui, vous êtes bien sur Le Culte d’Apophis ! Quoi ? Non, pas besoin d’exorciste, c’est bien moi ! Vous dites ? L’invasion des quoi ? Non, aucun être extraterrestre n’a colonisé mon cerveau…

Bon, trêve de plaisanterie (et je m’empresse de préciser que je ne critique les goûts et lectures de personne, c’est juste que ce roman ne correspond pas spécialement aux critiques faites sur ce site -qui tendraient plutôt vers la dark fantasy guerrière, la SF militaire, transhumaniste et la Hard SF-), parlons plutôt d’Alwyn Hamilton, l’auteure : cette jolie jeune femme canadienne de 26 ans vit à Londres, après avoir passé l’essentiel de son enfance dans notre beau pays. Ce livre est son premier roman, paru cette année (la traduction a été rapide…) après que 8 maisons d’édition aient participé aux enchères. Il a depuis été publié dans neuf pays. C’est le premier volume d’une trilogie, le second devant sortir en février 2017 en Angleterre (sous le titre Traitor to the throne) et le troisième étant prévu pour 2018.

Ce roman était, d’après ce que j’en savais, la combinaison de deux sous-genres de la Fantasy qui m’intéressent beaucoup : celle des Mille et une nuits et… la Gunpowder Fantasy ! Vu l’intérêt considérable que je porte à chacune des deux, il était donc logique que je me rue sur ce bouquin, même… si c’est du Young Adult et que la quatrième de couverture ne m’inspirait pas du tout confiance. Vous l’avez compris, j’ai fait un pari, en me basant essentiellement sur la critique parue sur Elbakin : a-t’il été payant ? Pas du tout. Par contre, ce livre me réservait une grosse surprise : il relève en fait également du… Weird West ! 

Once upon a time in the West *

Dire Straits, 1979.

Vous ne connaissez pas le Weird West ? En réalité si, sauf que vous ne le savez pas. Ce genre (littéraire, BD / comics et cinématographique, pour l’essentiel) mêle en fait le Western avec autre chose, qu’il s’agisse d’Horreur, de Fantasy (comme dans ce roman d’Alwyn Hamilton), de SF (comme dans le film Cowboy & Aliens) ou de Steampunk (cf le film Wild Wild West).

Je m’attendais évidemment à une ambiance arabisante, sauf que dès les premières pages, j’ai compris que j’avais en fait affaire à du Western-Couscous (par analogie au Western-Spaghetti) : du niveau technologique des pistolets (à barillet, à six coups) en passant par les trains, les saloons (qui ne s’appellent évidemment pas comme cela) et les villes minières, tout y est. Sauf qu’il y a aussi des Djinns, des Goules, des Bouraq (je vais y revenir), que l’héroïne s’appelle Amani et pas Caroline (<– référence subtile à la famille Ingalls) et que le pays s’appelle le Miraji et pas l’Amérique. Bref, voilà une grosse surprise, mais est-elle bonne ou mauvaise ? Je suis très partagé, à vrai dire : sur le papier, l’idée était franchement bonne, sauf qu’elle a souffert de deux défauts, un inhérent au Weird West, un à l’auteure :

  • D’abord, une spécificité du Weird West est que les deux genres qui sont mélangés (l’un étant toujours le Western) gardent totalement leur identité propre, ils cohabitent mais l’un ne phagocyte pas l’autre. Le souci, c’est que le genre associé, l’Arabian Fantasy, possède lui-même une atmosphère très distinctive, et qu’essayer de la faire cohabiter avec le Western ne serait évident pour aucun auteur.
  • Et c’est là que se situe le second souci : pour un premier roman, c’était le genre de mélange casse-gueule qui ne pouvait pas vraiment réussir, et qui, de fait, ne réussit pas réellement à convaincre. C’est le syndrome Ann Leckie, encore une fois : j’en suis à mon premier roman, mais j’essaye à tout prix d’employer des techniques avancées que je ne maîtrise pas.

Ceci étant posé, le côté Weird West se démarque suffisamment de la Flintlock Fantasy (Gunpowder Napoléonienne), notamment via le niveau technologique, pour que ce livre soit, sur ce plan et sur le papier, assez intéressant (mais voyez plus loin quand-même…).

Et sur le plan Arabian Fantasy, alors ? Je vais anticiper le reste de la critique, mais je dirais que ça n’a qu’un intérêt très relatif, lourdement limité par son statut d’ouvrage Young Adult (pardon, jeunesse, le YA c’est chez la concurrence…). Rien à voir, en terme de solidité de l’univers, de l’intrigue et surtout des personnages, avec Les douze rois de Sharakhaï ou avec Les Mille noms (qui se déroule dans une ambiance mélangeant thé à la menthe, armes à feu et magie, lui aussi).

Par contre, je trouve une grande qualité à ce mélange Gunpowder Fantasy / Arabian, surtout dans le cadre d’un roman YA : c’est de faire prendre conscience au lecteur, et ce très jeune, que le genre ne se réduit absolument pas au cadre européen (premier point) et médiéval (second point).

Mais en fait, l’auteure ne s’arrête pas là : elle ajoute (sans surprise, je dois dire) une dimension Paranormal romance à ce mélange. Sans surprise ? Pas si sûr. Je vais éviter de spoiler, mais disons que même si je ne suis pas un amateur de ce genre là, Alwyn Hamilton m’a réservé un twist assez intéressant.

Bon, donc ça y est, on a fait le tour des genres auxquels appartient ce roman ? Non, non, non, ami lecteur, car dans le dernier tiers du bouquin, miss Hamilton a décidé que hop, 4, c’était pas assez, allez, on en ajoute un autre !

Cinquante nuances de (Jean) Grey

En effet, Amani va s’acoquiner avec une bande de jeunes rebelles, dont un certain nombre sont en fait des Demdji (comprenez : les enfants d’un Djinn et d’une mortelle). Ils ont tous une marque cosmétique distinctive, du genre des yeux jaunes ou des cheveux d’une couleur inhabituelle (vous me direz, pas besoin d’être issu d’un être surnaturel pour ça, il suffit d’être inscrit sur SuicideGirls). Et surtout, ils ont tous un don : la plupart du temps, il a trait au comportement manipulateur des Djinns, et relève donc de l’illusion, la polymorphie ou la suggestion mentale. Sauf que des fois, c’est plus hardcore que ça, et ça implique le contrôle du feu ou du sable, ce qui est tout de même plus classe.

A vrai dire, quand j’ai réalisé que l’auteure avait tout simplement recréé en quelque sorte les X-Men ou une équipe de mutants équivalente, je me suis dit qu’elle exagérait, tout de même : son roman appartient déjà à d’innombrables sous-genres, fallait-il vraiment en ajouter un autre ? En faire des magiciens n’était pas suffisant ? (d’ailleurs, puisqu’on en parle, à part des créatures / races magiques et ces pouvoirs transmis à leurs enfants, il ne semble pas y avoir de magie « classique » utilisable par les humains « normaux » dans cet univers). Je m’attendais presque à voir débouler une rousse incendiaire disant :

« – Bonjour les djinn’s… euh pardon, les djeun’s, moi c’est Djinn… désolée Jean Grey, et je vais vous apprendre à vous servir de vos pouvoirs de mutants… euh de demdji. C’est quoi ton pouvoir, petit ?

– Je peux créer des illusions, m’dame.

– Ok, ton nom de code sera Garcimore alors. Et toi ?

– Moi, je peux faire croire aux autres ce que je veux dans leur tête…

– Ok, tu seras Classe politique française. Et vous, les jumeaux ?

– Nous, on peut se transformer en ce qu’on veut : en chat, en oiseau géant de la taille d’un B-52, etc.

– Et la loi de la conservation de la masse ?

– La quoi ?

– C’est pas grave, c’est du young adult, et puis après tout, c’est magique… Bon, tu seras A380 alors. « 

Bref… là c’est carrément l’overdose (et encore, je ne peux pas tout dire pour ne pas spoiler, mais il y a aussi du Star Wars dans la recette de ce gloubi-boulga). Je trouvais Guerre et Dinosaures lourd et maladroit au niveau du mélange des genres, mais à côté de ce roman, c’est un chef-d’oeuvre digne du World Fantasy Award. Et puis franchement, singer les X-Men, avec même de la militarisation de mutants là-dedans…

L’univers *

Blue Sky Mine, Midnight Oil, 1990.

Il est relativement simple à résumer : nous avons un pays d’inspiration arabe, globalement, le Miraji (un Sultanat), mais, comme nous l’avons vu, avec une nette ambiance western. Il se trouve que ce pays est au carrefour de deux mondes : l’est, dans lequel on a inventé les armes à feu, et l’ouest, où les Gallans tentent de conquérir par la force tous leurs voisins. Ces mêmes Gallans ont placé le Sultan actuel sur son trône et l’y maintiennent en dépit de la rébellion menée par son fils aîné. En échange, le Miraji, plus gros producteur d’armes de la planète, approvisionne leur politique militariste et impérialiste.

Jusqu’ici, c’est clair et tout va bien, même si le message de l’auteure est très flou : les Gallans, aux yeux bleus, nordiques, à l’accent guttural et dont le Général s’appelle Dumas (elle n’a pas apprécié son enfance chez nous, Alwyn ?), sont décrits comme de vilains impérialistes-militaristes qui veulent imposer leur culture et leur religion occidentale ; dans le même temps, l’auteure fait déplorer par son héroïne le traitement des femmes dans la société du Miraji, et sa rébellion veut jeter à bas le Sultanat pour mettre en place une démocratie inspirée de celle des équivalents locaux des grecs : donc en gros, personne n’est respectable, et le mode de vie occidental, d’un côté c’est le mal, de l’autre c’est le bien ? Euh trololol ?

Du moins, tout va bien jusqu’à ce que l’auteure tente de nous expliquer pourquoi le Miraji (et le patelin de l’héroïne en particulier, vous savez, celui qui fait cent mètres de long et abrite cent personnes) possède THE plus grosse usine d’armes (comprenez des six-coups, pour l’essentiel) au monde : il se trouve qu’ailleurs, les Êtres premiers (Djinns, Rocs -les oiseaux géants-, Goules, Bouraq, etc) et la « Terre vivante » détruisent les usines des autres, parce que le métal et les immortels font mauvais ménage (pensez aux fées qui craignent par dessus tout le « fer froid »). Certaines particularités du Miraji (le désert, le fait de répandre de la poussière de fer autour de l’usine) et du patelin d’Amani font que là, par contre, on peut produire du revolver à la chaîne. D’où l’importance stratégique du pays. Ok, pourquoi pas. Sauf qu’on nous précise, plus loin, au détour d’un paragraphe, que les Gallans ont zigouillé depuis longtemps les Êtres premiers de chez eux. Ce qui, si j’ai deux neurones qui connectent, signifie qu’ils pourraient donc faire autant de manufactures de pistolets qu’ils le veulent, non ? Ben non, même pas. Ça ne leur est pas venu à l’idée, apparemment. Pas plus que de répandre de la poussière de fer, de tendre des chaînes d’acier autour du site, et toutes ces sortes de choses. Sont un peu limités, les gars, hein…

Bref, comment dire : la géopolitique (si j’ose dire, c’est du young adult, hein) se veut subtile, mais elle est bancale. Ou alors c’est moi qui n’ai pas tout compris. Oui, ça doit être ça. Sinon pourquoi 8 éditeurs se seraient écharpés pour ce machin ?

Et les incohérences et maladresses ne font que commencer… L’ambiance est supposée être arabisante, mais comment s’appellent certaines villes ou certains villages ? (pas tous bizarrement, les autres ayant des noms plus conformes à l’atmosphère moyen-orientale attendue : une incohérence de plus) : Deadshot, Juniper City, Dustwalk. Alors de deux choses l’une : ou l’auteure est une feignasse et ne s’est pas ennuyée à chercher une traduction (ou quelque chose ayant une consonance) arabe de tout ça, ou la traductrice aurait pu faire l’effort de chercher une tournure française équivalente, histoire qu’on ait moins l’impression d’avoir un livre mélangeant trois langues (noms arabisants, anglophones et gros du texte français). Bref… Oh, je vois bien un intérêt, donner une ambiance plus western : mais franchement, rien qu’avec les six-coups, les trains à vapeur et les villes minières, on avait compris, merci.

Et ça continue… Amani parvient à capturer un Bouraq (il y a cent personnes au bas mot qui essayent, mais comme par hasard c’est elle qui y arrive…), un cheval légendaire issu du vent et du sable du désert qui est, normalement, la monture des héros et des princes. Le machin qui peut vous emmener à l’autre bout du monde sans se fatiguer (dit explicitement dans le texte). Et que fait notre héroïne, au bout de, quoi, dix pages ? Elle le vend pour s’acheter… un billet de train pour la capitale. Alors qu’elle est recherchée et qu’elle a des chances non négligeables de se faire gauler dans le train. Alors que le reste du pays tuerait pour avoir la chance d’en posséder un. Et tout ça à moitié prix. Je veux bien suspendre mon incrédulité, mais là, c’est comme si, dans le Seigneur des Anneaux, Gandalf vendait Gripoil en échange de 42 pièces d’or, une pierre à aiguiser et un parchemin porno, parce que aller à Minas Tirith en carriole, c’est plus la classe. N’importe quoi (remarquez, après, ça dépend du contenu du parchemin porno, mais c’est un autre problème…).

Je continue ? Amani et les rebelles veulent stopper un train qui transporte une arme de destruction massive. Pour cela, ils vont poser des explosifs dans un tunnel que le convoi va emprunter, de façon à le stopper et à prendre d’assaut les wagons. Ils arrivent sur le site la veille au soir. Et qu’est-ce qu’ils font ? Ils vont pioncer direct et font la grasse mat’. Et bien évidemment, le train n’arrive pas du tout à l’heure prévue, le tunnel n’est pas piégé, et ils se retrouvent cul nu, le pantalon sur les chevilles. Je ne connais pas un seul commando qui arrive sur le site d’une embuscade et qui va dormir sans poser les charges d’abord. Mais bon…

Lors de l’assaut proprement dit, nous avons droit au passage sidérant suivant :

J’avançai un doigt sur la détente, et l’autre main sur mon deuxième pistolet

Donc je résume : tu prends d’assaut un train blindé de soldats armés jusqu’aux dents, tu as deux armes, mais tu n’en dégaines qu’une ? Qui fait ça ? Tu vas attendre que le gars d’en face te tombe dessus pour la sortir de l’étui ou du fourreau ? C’est ce que j’ai toujours répété : pour être crédible dans la description d’un combat ou d’une guerre, il faut avoir une expérience martiale / une idée claire de ce dont on parle. N’importe quoi, même avoir fait de l’escrime, du tir sportif, etc. Sinon, désolé, ça ne marche pas. Et je ne vous parle même pas du moment où, poursuivis par des soldats, Amani et le fugitif se planquent, et où sa première (sa seule) idée est… de rouler une pelle au jeune homme…

Les personnages *

Red Hot, Mötley Crüe, 1983.

En trois mots : stéréotypés, mono-dimensionnels, pathétiques. C’est du Young Adult, certes, mais quand-même…

Amani réunit TOUS les clichés auxquels vous pouvez penser : orpheline, élevée par son oncle (qui veut l’épouser et lui faire des trucs cochons) et sa tante (une épouvantable marâtre), avec avant ça un beau-père violent, impulsive et qui n’écoute rien à ce qu’on lui dit, comme par hasard capable de tirer comme une déesse de la guerre au pistolet, sujet des attentions de tous les garçons du patelin, avec un ami infirme qui va attirer les larmes du lecteur sensible dans une scène déchirante, et j’en passe.

Non seulement il n’y a pas une once d’originalité là-dedans sur un plan général, mais sur un plan plus particulier, je lui trouve des ressemblances plus que suspectes avec l’héroïne de Sharakhaï (paru l’année d’avant) : mère tuée par le pouvoir en place (et pendue dans les deux cas), ascendance floue, volonté de l’héroïne de se venger, badass une arme à la main, et ainsi de suite.

Les autres personnages sont soit des ectoplasmes, soit des stéréotypes (la fille du général, badass mais belle à tomber par terre). Le co-protagoniste, le fameux rebelle en fuite, est également complètement prévisible et dans les codes du genre (Paranormal romance et Arabian Fantasy).

Zéro surprise également du côté du fond : c’est un roman d’apprentissage, dont l’héroïne est une gourdasse qui ne connaît rien sur son propre pays, la géopolitique, qui n’a jamais vu une vraie ville ou un train, etc. Par contre, on voit qu’elle a seize ans, la gourgandine, elle ne pense qu’à ça :

De si près, je voyais une fine cicatrice sur sa lèvre supérieure. Nos souffles se confondaient. J’aurais facilement pu m’approcher et embrasser cette cicatrice.

Ou encore, plus loin :

Le contact de nos corps déclencha une telle onde de chaleur en moi que je voulus m’éloigner avant de prendre feu

(et je précise qu’ils s’effleurent à peine, hein).

L’écriture (la traduction ? )

En plus d’un mélange des genres abusif et mal maîtrisé, le style est parfois très maladroit (et visiblement, la relecture, le travail éditorial et probablement celui de la traductrice n’ont pas été faits correctement). On retrouve souvent un nombre effarant de répétitions du même mot dans un paragraphe ou sur une page donnée. Visiblement, toute l’équipe qui nous a pondu ça, de l’auteure aux relecteurs en passant par les deux éditeurs et la traductrice, ne connait pas l’usage des synonymes ou celui des tournures de phrase différentes qui évitent les répétitions. Quelques exemples :

p 119 :

Lorsque la Destructrice de Mondes avait tué le premier Être Premier, il avait explosé et était devenu la première étoile dans le ciel nouvellement noir. Lorsqu’ils avaient entendu parler de la mort, les Êtres Premiers, à qui Dieu avait donné une vie illimitée, avaient pris peur. C’était à l’aube de la première guerre et le ciel nocturne se remplissait d’étoiles à mesure que les Êtres Premiers tombaient. Les Djinns, les plus intelligents des Êtres Premiers […] Ils avaient ainsi façonné le Premier Mortel […]

(enfin, je dis ça, mais la cosmogonie n’est pas forcément inintéressante, par ailleurs).

p 256-257 :

Le sable se souleva puis explosa entre les deux en les envoyant au sol. Je courus vers Shazad pendant que le sable retombait et me mis à genoux à côté d’elle, alors qu’elle finissait de tousser et cracher le sable qu’elle avait avalé […] Le sable s’agitait sous mes pieds, se transformait en tourbillon, en une petite tempête de sable […]

En tout, le mot « sable » est employé sept fois en une seule page (la 257).

Alors attention, ce n’est pas tout le temps comme ça, c’est souvent plus facile à lire, même si le style n’a absolument rien de captivant et encore moins de recherché. Au moins, ça se lit vite : c’est très aéré, avec une grosse taille de police de caractères, et peu de pages de toute façon.

Au-delà du style, ou du procédé du mélange des genres qu’elle ne maîtrise pas du tout, Alwyn Hamilton à la désagréable habitude de faire de petits chapitres avec des cliffhangers artificiels censés entretenir l’intérêt : sauf que, pour ça, il aurait fallu, comme le terme l’indique, laisser le personnage suspendu par le bout des doigts dans le vide au moins un chapitre, en alternant le point de vue avec celui d’un autre protagoniste ou antagoniste. Ou en faire un gros en fin de tome 1 et laisser le lecteur mariner un an jusqu’au tome 2. Parce que bon, un « cliffhanger » résolu en tournant la page, hein…

En conclusion

Ce roman young adult, qui nous arrive encore une fois présenté comme la huitième merveille du monde, est à éviter tant il est mauvais sur tous les plans : personnages ultra-stéréotypés, héroïne ressemblant de façon suspecte à celle de Sharakhaï, écriture très maladroite, univers qui ne tient pas debout, côté gnan gnan, incohérences sur incohérences dans l’intrigue, et surtout, un invraisemblable et insipide mélange d’un nombre hallucinant de genres (Paranormal Romance + Weird West + Arabian Fantasy + Gunpowder + Comic Fantasy  / X-Men) qui ne fonctionne pas.

Le seul intérêt que je trouve à ce livre est éventuellement d’éveiller l’intérêt du (jeune) lecteur pour une fantasy qui n’est dérivée ni de l’Europe, ni de la période médiévale, et qui mélange magie, créatures fantastiques, trains à vapeur et armes à feu.

J’attire particulièrement votre attention sur le fait que dans ma critique, j’ai tenu compte du fait que j’avais affaire à un roman Young Adult et que je n’étais donc pas du tout le public visé, ni du fait de mon âge (bientôt 42 ans), ni de mon niveau d’exigence en ce qui concerne la Fantasy. Cependant, pour avoir lu une bonne partie du cycle de Téméraire de Naomi Novik, je suis bien placé pour dire que, avec les mêmes critères de jugement, on peut parfaitement trouver de l’intérêt à certains romans YA, à condition qu’ils présentent un univers cohérent, une intrigue et des personnages intéressants et un style agréable, voire solide.

Bref, c’est peut-être conseillé aux adultes par Elbakin, mais c’est vivement déconseillé par le Culte d’Apophis, hein. Inutile de dire que je n’arrive pas à comprendre comment 8 maisons d’édition anglo-saxonnes ont pu s’écharper pour ce machin, et qu’il ne faut pas compter sur moi pour lire la suite (ce qui, n’importe quel lecteur familier du blog pourra en attester, est très rare chez moi).

 

 

22 réflexions sur “Rebelle du désert – Alwyn Hamilton

  1. Ah ah! Je te prend sur le fait : tu es passé du côté obscur de la force, lire du Young Adult! Trêve de plaisanteries! J’ai beaucoup ri à la lecture de ta critique : tu t’en es donné à cœur joie pour mon plus grand plaisir! Merci de t’être sacrifié pour nous : Ben du coup, je ne perdrai pas mon temps à le lire (même si la couverture est jolie!).

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  2. Dès les deux premières lignes de ta critique, je devinais deux choses : tu n’avais pas aimé et j’allais bien me marrer. Bingo!
    Pourtant, je ne pensais pas avoir droit à un moment aussi agréable cette fin d’été, vu que tu ne voulais pas que l’on te suggère des titres susceptibles d’éveiller aussi bien ta plume humoristique. J’ai aussi adoré tes trouvailles et le dialogue avec Grey est super.
    Merci beaucoup de cet excellent moment, je compatis toutefois avec ta lecture décevante.
    Ah, je précise, je vias passer mon chemin sur ce titre.

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      • Oh!Oh! Cela va donner alors. J’adore le ton que tu emploies généralement, et particulièrement pour les daubes. D’ailleurs c’est évident dès les premiers mots! Je ne te souhaite pas de tomber souvent ou régulièrement sur ce genre de livres, mais c’est quand même incontournable de te lire lors de ces événements!

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  3. Ce n’est arrivé qu’à la moitié de cette superbe présentation que je me suis exclamée : « mais je l’ai lu moi aussi, par Toutatis ! ». Bon je n’ai pas reconnu le nom de l’auteur et comme je l’ai lu en VO, il y a quelques mois déjà, le titre n’a pas fait tilt.
    Eh bien, te voilà absous par une grande appréciatrice et consommatrice de YA : je n’ai pas aimé non plus. Pour de nombreuses raisons, dont beaucoup que tu cites (pas tout, je suis bien moins pointue et donc moins susceptible d’être gênée), mais principalement pour un défaut fréquent dans les YA encensées du moment : une dissonance majeure entre ce que devraient être les personnages, psychologiquement parlant, étant donné le contexte (dystopie, fantasy, bref un monde dur et impitoyable où les personnages ont beaucoup souffert), et l’insistance ridicule et déplacée de l’auteur de les faire agir et parler comme des personnages modernes, super cools, du genre high-school à l’américaine (déjà caricatural en soi).
    Pouah… C’est exaspérant et comment diable s’immerger dans l’histoire ?
    Je viens de retrouver la même faille (en moins marquée, j’ai finalement plutôt bien aimé) dans un autre roman YA qui plaît énormément en moment, « Six of Crows » de Leigh Bardugo (ne t’inquiète pas, ce n’est pas un conseil de lecture ^-^). C’est vraiment une manie ! : /
    L’imagination c’est bien, mais sans cohérence et crédibilité de base, ça tourne en eau de boudin…
    (j’ai écrit un com sur cette lecture, mais en anglais sur GR, je ne l’ai donc pas copié sur Amazon)

    Bon, en tout cas merci pour cette bonne lecture (je parle de ton avis hein), très intéressante et tout autant distrayante ! 😀

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    • Merci 🙂

      Je suis tout à fait d’accord, la dissonance entre le monde 1/ fantastique et 2/ dur d’une part, et le ton très High School d’autre part est absolument imbuvable.

      Je suis ravi de voir que quelqu’un d’autre est critique envers ce roman, parce que jusque là (sur Babelio notamment), c’est un concert de louanges. Ce que je remarque, cependant, est que la plupart des gens qui adorent manquent de références et points de comparaison en fantasy classique (et adulte), ceci expliquant sans-doute cela.

      Sinon, je pensais justement à toi, je lis actuellement un roman en VO (à partir de ce mois-ci, il y aura en moyenne une critique de livre lu en anglais par mois), Children of time d’Adrian Tchaikovsky, qui, sans être irréprochable, est franchement intéressant sur bien des plans. Critique à venir vendredi, normalement.

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      • Et le plus frustrant est qu’il est difficile d’expliquer ce genre de répugnance, qui est plus une affaire de ressenti ! Les lecteurs ont dû être charmés par le mix d’ambiances et par les personnages, assez stéréotypés, c’est sûr – mais justement (comme me l’a un jour fait remarqué mon super coach en écriture, alors que je prétendais m’en éloigner volontairement et énergiquement) les stéréotypes existent parce qu’ils ont plu la première fois et qu’ils continuent de plaire. Je crois qu’on a tous des faiblesses pour certains stéréotypes, qu’on va alors tolérer – voire adorer (ça peut être l’ancien Marine revenu de tout à l’humour cynique et désabusé ou le séducteur sans scrupule qui va trouver enfin la femme qui le domptera), tout en étant devenu hyper critique face aux autres stéréotypes (le séducteur sans scrupule qui va trouver enfin la femme qui le domptera ou l’ancien Marine revenu de tout à l’humour cynique et désabusé ^-^).

        Pour Children of times, eh bien justement il est dans mon immense pile à voir (ie la pléthore discolorations balancés sur mon kindle !), il me tente bien, je vais le remettre sur le dessus illico presto 🙂
        Et je surveille la chronique par ici !

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        • En fait, lorsqu’on regarde les profils sur Babelio, on s’aperçoit qu’on a affaire, à l’écrasante majorité, à des lecteurs / lectrices de romance paranormale, qui ne lisent quasiment pas de fantasy adulte / classique.

          Personnellement, j’ai du mal avec les stéréotypes, j’aime bien les personnages originaux, et qui cassent justement ce genre de code.

          Concernant Children of Time, c’est brillant par certains côtés, par contre niveau dialogues et certains personnages (les humains), c’est perfectible. Du coup, je ne sais pas si tu vas aimer. Ça dépend aussi du fait que tu aies aimé ou pas Les fourmis de Bernard Werber, parce que ça ressemble en fait à une version Hard SF de ce livre / cycle mélangée avec le cycle élévation de David Brin.

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          • Je pense que les lecteurs qui sont également très présents sur les sites de lecture sont plus souvent des lectrices de ce genre, les lecteurs d’un certain type de romans sont beaucoup moins expressifs, moins bavards, moins généreux en partage, peut-être (nan j’ai pas dit feignants ! ^-^). D’autre part la plupart des lecteurs ont un ou des genres de prédilection, dont ils ne sortent pas ou rarement ; du coup les clichés empruntés à d’autres genres peuvent leur paraître très originals et séduisants. L’exemple le plus effarant est le roman « Soulless » de Gail Carriger, qui m’a été conseillé par des lecteurs « solides », et présenté comme fin et délicat, façon classique vintage, par des lectrices de goût, et qui n’est une vulgaire romance historique bateau, sans saveur ni personnalité ni imagination (et j’en ai lu et apprécié plein, je parle en connaissance de cause). J’en suis restée baba !

            Pour Children of times, je vais lire l’extrait, qui devrait être suffisamment représentatif vu la longueur du livre. Je n’ai pas lu les fourmis (ma culture classique pêche, une vraie passoire dans tous les domaines, je vais le flanquer dans ma pal… hop, c’est fait) et j’ai été incapable de lire le livre d’élévation qui m’avait été conseillé en premier tome, j’ai trouvé ça complètement raté du point de vue des personnages (rien à faire, je n’ai jamais pu croire au côté animalio-humain, limite ridicule et douloureux à lire) et très barbant (les chants, erk). Mais j’aime en théorie la hard SF (il n’y a pas si longtemps je croyais que c’était ça, la vraie SF, et que le reste était du pipeau), alors j’ai un peu d’espoir quand même…

            A propos des fourmis, qui est présenté comme une sorte de Watership Down, as-tu lu ou vu passer The Bees de Laline Paull ? J’ai trouvé ça remarquable.

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            • Non, pas lu, mais je viens de parcourir les critiques de Lama et de K., et d’après les remarques faites par ce dernier sur l’introduction dans un univers sensoriel différent, je me dis qu’il y a des chances que du coup, lui et toi aimiez Children of time : c’est le même procédé, mais avec les araignées et dans une moindre mesure les fourmis. L’univers sensoriel décrit est plus basé sur la perception olfactive / phéromonale, le toucher / les vibrations et le sens spatial tridimensionnel que sur la vue et l’ouïe, sens prédominants des humains / mammifères / vertébrés. De plus, l’auteur repense toute la vision du monde en fonction des réseaux, puisqu’une toile est un réseau et que la toile est un élément fondamental de la vie de l’araignée. Par exemple, lorsque la civilisation araignée met au point la radio, les prêtres / scientifiques pensent avoir accès à la « toile invisible » qui parcourt l’univers. J’ai trouvé ça extrêmement pertinent, personnellement.

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              • Très possible, en effet ! J’adore la biologie et je déplore qu’elle soit aussi peu utilisée en SF (contrairement à la physique qui a toujours dédaigné mon amour -_- )

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            • J’ai également lu Soulless de Carriger et pour les mêmes raisons. La lecture est très aisée et le roman s’achéve en quelques heures, mais j’en suis sortie au bout du compte dépitée. Effectivement une romance steampunk sans aucune originalité…

              Je note Children of time!

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  4. Pingback: Comprendre les genres et sous-genres des littératures de l’imaginaire : hors-série n°2 – Gunpowder et Flintlock Fantasy | Le culte d'Apophis

  5. Pingback: Skullsworn – Brian Staveley | Le culte d'Apophis

  6. Au moins contrairement à ceux qui ont lu ce livre, je n’aurais pas perdu mon temps en voyant cette critique, vu les touches d’humour dedans ! On dirait une des histoires de Wattpad que j’ausculte régulièrement en expliquant ce qui va ou non à l’auteur, tout en tentant de rester ouvert. Cela dit, c’est vrai que comme tu la présente, il y a peu d’espoir en ce qui concerne la suite…
    Pour ma part, je me méfiais du mélange des genres comme de la peste, mais j’ai fini par m’y habituer (space fantasy, steampunk…). Alors le cocktail western/arabe aurait-il pu réussir ? Peut-être, je n’en sais rien. Quoi qu’il en soit, merci pour cette critique très complète. (Et moi de ne plus trouver le sommeil en me demandant si je n’ai pas moi aussi le syndrome Ann Leckie en ayant mis douze personnages principaux alors que je n’en suis même pas à la page 100…).

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