Guide de lecture SFFF – Découvrir la (ou progresser en) SF militaire

ApophisBien moins monolithique qu’on ne l’imagine souvent, la Science-Fiction militaire rassemble en réalité des romans très différents, qui, à part un cadre qui concerne les forces armées et une intrigue qui met en scène des soldats, ne partagent pas forcément beaucoup de points communs : certains (rares), sont antimilitaristes, certains se déroulent sur Terre et dans un futur proche alors que d’autres nous projettent, des siècles ou des millénaires dans le futur, dans de grands conflits interstellaires, certains mettent l’emphase sur les amiraux à la tête de vastes forces spatiales tandis que d’autres se concentrent sur les Marines ou soldats de base, qui font le sale boulot au sol ou en abordant les astronefs ennemis en apesanteur, et ainsi de suite.

Cependant, par souci de simplicité, je vais traiter toute la SF militaire dans un seul article synthétique, vous signalant pour chaque livre ce qui fait sa singularité ou son intérêt en particulier.  Continuer à lire « Guide de lecture SFFF – Découvrir la (ou progresser en) SF militaire »

The citadel of weeping pearls – Aliette de Bodard

Encore une réussite !

weeping_pearls_de_bodardThe citadel of weeping pearls est une deuxième novella faisant partie du vaste cycle de textes courts s’inscrivant dans l’univers Xuya, dont je vous parlais il y a peu dans cette critique. Et une fois encore, une enquête est au centre du récit, menée par un trio constitué par deux humains et un Mindship (je vous invite, pour l’ensemble de la critique, à vous référer à celle mise en lien plus haut pour avoir la signification / explication de certains termes spécifiques à ce contexte). Alors que le Dai Viet est sous la menace d’une invasion, la scientifique qui aurait pu lui donner les moyens de se défendre a brusquement disparu. Un Général, ancien amant de l’impératrice, sera chargé de la retrouver. Sauf qu’en fait, la source des armes recherchées par la disparue était en fait la Citadelle où s’était retranchée la fille aînée rebelle de la souveraine, une installation spatiale qui s’est évanouie il y a trente ans. Et le retour potentiel de l’héritière du trône ne semble pas plaire à tout le monde, ce qui fait que les suspects sont nombreux !

Deuxième novella dans l’univers de Xuya pour moi, et nouveau très bon moment de lecture, à vrai dire encore plus que la première fois ! Bref, c’est un cycle auquel je reviendrai avec plaisir à l’avenir. Surveillez aussi l’excellent blog de l’ami FeydRautha, il chronique également pas mal de textes de l’auteure !  Continuer à lire « The citadel of weeping pearls – Aliette de Bodard »

Empire of silence – Christopher Ruocchio

Le nom du vent + Dune + Gladiator = Empire of silence ! 

empire_of_silence_1Christopher Ruocchio, dont Empire of silence est le premier roman (et le tome inaugural d’une tétralogie appelée Sun Eater), n’est pourtant pas tout à fait un néophyte dans le monde de l’édition : il exerce en effet l’activité d’assistant editor chez Baen Books. Ce livre nous arrive précédé d’une énorme réputation, créée par les lecteurs anglo-saxons ayant bénéficié de SP, servi de Beta-lecteurs ou ayant lu l’ouvrage en avance pour le compte de telle ou telle maison d’édition : l’évocation d’un mélange du Nom du vent et de Dune revient en effet avec une grande régularité. Ce qui ne peut qu’éveiller la curiosité, à la fois vu la notoriété immense des œuvres concernées et leur côté antinomique : le cycle de Frank Herbert fonctionne par prolepses (des prophéties nous montrent sans arrêt ce qui va / peut arriver), tandis que la saga de Patrick Rothfuss est une analepse géante (un personnage célèbre fait son autobiographie et raconte comment il est devenu ce qu’il est aujourd’hui). Et, de fait, le buzz autour de Empire of silence est immense : le paratexte (qui fait plusieurs dizaines de pages, et comprend un -indispensable- Dramatis Personæ, un glossaire, un catalogue des différentes planètes évoquées, etc) nous apprend qu’il a d’ores et déjà été traduit en français (pas seulement acheté, traduit) et en allemand, alors qu’il sort à peine dans l’édition anglo-saxonne !

Alors, le bouquin est-il à la hauteur de sa réputation naissante ? Pas totalement, en fait. Outre un monstrueux manque d’originalité, il y a un gros problème de longueur et un travail éditorial qui n’a pas été correctement fait (ce qui est étonnant vu le background professionnel de l’auteur…), tant il aurait pu être allégé de centaines de pages sans retentissement majeur sur l’impact de l’histoire, bien au contraire. Pourtant, d’un autre côté, ce livre est très loin d’être mauvais (juste perfectible), et je lirai avec grand plaisir sa suite : je me refuse juste à parler de chef-d’oeuvre, pour ma part. Pas pour le moment, en tout cas. On verra pour les tomes 2+.  Continuer à lire « Empire of silence – Christopher Ruocchio »

The Tea master and the detective – Aliette de Bodard

Cette novella est la preuve qu’on peut mêler thé et vaisseaux spatiaux sans faire sombrer son lecteur dans le sommeil !

tea_masterAliette de Bodard est une autrice française ayant comme particularité d’écrire… en anglais. Se décrivant elle-même comme la reine des anglicismes et ayant plus l’impression de réécrire ses propres textes que de les retranscrire dans la langue de Molière (voir l’interview accordée au camarade Xapur), elle fait traduire ses nouvelles ou romans par quelqu’un d’autre lorsqu’une sortie en français est souhaitée.

La novella dont je vais vous parler aujourd’hui fait partie d’un énorme cycle de textes courts (26 nouvelles, si mon compte est bon, plus deux autres novellas) appelé Xuya, un (New) Space Opera qui, contrairement à tous les autres ou quasiment (je vais y revenir -un peu-) ne prend pas pour modèle la civilisation occidentale moderne ou la Rome antique mais plutôt la Chine impériale et le Viêt Nam (les racines de l’auteure, par sa mère).  Vous devez vous demander si The tea master and the detective est lisible sans rien connaître de cet univers, et la réponse est oui. Et ce d’autant plus que vous vous apercevrez rapidement qu’en fait, vous connaissez déjà les bases de l’intrigue, car cette novella est tout simplement une transposition (avec certains twists, évidemment) d’une enquête de Sherlock Holmes et du Dr Watson dans un lointain futur et un cadre asiatique !  Continuer à lire « The Tea master and the detective – Aliette de Bodard »

Ravencry – Ed McDonald

Encore meilleur que le tome 1, si, si !

ravencryRavencry est le second tome du cycle qui s’appelle Raven’s mark en VO et Blackwing en VF, après Blackwing (VO) / La marque du corbeau (VF). L’auteur a déclaré que pour l’instant, trois romans étaient prévus (le dernier, Crowfall, sortira lors de l’été 2019), mais qu’il n’excluait pas d’en écrire d’autres, situés dans le même univers mais mettant en jeu un personnage différent.

Le livre précédent ayant reçu un accueil ma foi fort enthousiaste (surtout pour un premier roman), les attentes étaient donc fortes concernant sa suite. Et ce d’autant plus que certains lecteurs avaient été un poil déstabilisés par le détachement du personnage principal par rapport à ce qui arrivait (un sentiment que je ne partage pas vraiment, pour ma part). Que ces gens là se rassurent, cependant : cette fois, Ryhalt est carrément ultra-concerné par ce qui arrive, et ce non pas sur un, mais plusieurs plans ! Certes, ce tome 2 a quelques petits défauts sur la fin (mais rien de rédhibitoire), mais globalement, il a repris avec succès la recette de son prédécesseur, en l’améliorant encore. Plus d’action, plus de Désolation, plus d’immersion, plus d’émotion. Bref, vivement le tome 3 ! Continuer à lire « Ravencry – Ed McDonald »

Summerland – Hannu Rajaniemi

Brillant !  

summerlandHannu Rajaniemi est un auteur finlandais (vivant désormais en Californie), mathématicien et physicien de haut niveau écrivant également de la SFF (il a déclaré avoir été poussé dans les deux carrières -la scientifique et la littéraire- par la lecture des ouvrages de Jules Verne). Nouvelliste aussi bien que romancier, il est surtout connu pour sa trilogie consacrée à Jean le flambeur, dont seul le premier volume a été traduit chez nous : Le voleur quantique. Son nouveau roman, Summerland, un stand-alone, ne ressemble pourtant en rien (à part peut-être sur les thèmes de la mémoire, de la surveillance ou de la longévité et de ses effets sur la personnalité des gens) à ce dernier et plus généralement au registre Hard SF dans lequel on classe cet écrivain le plus souvent : il s’agit d’une relecture uchronique et rétrofuturiste de la guerre d’Espagne et des luttes entre services secrets de différentes nationalités qui l’entourent, basée sur une sorte de variante assez étonnante du Dieselpunk (revu à la sauce SOS Fantômes). Mais nous en reparlerons.

C’est un roman relativement exigeant (et j’insiste sur le « relativement », surtout pour ceux qui ne sont pas allés jusqu’au bout du Voleur quantique) parce qu’il impose d’assimiler de nombreux nouveaux concepts en à peine 330 pages, mais en tout cas l’univers proposé est assez unique et franchement intéressant.  Continuer à lire « Summerland – Hannu Rajaniemi »

Les coureurs d’étoiles – Poul Anderson

(Presque) aussi bon que les deux tomes précédents, mais dans un genre parfois assez différent

cours_étoiles_andersonLes coureurs d’étoiles est le troisième des cinq tomes de La Hanse galactique de Poul Anderson, après Le prince-marchand et Aux comptoirs du cosmos. La couverture (superbe), toujours signée Nicolas Fructus, représente un des héros emblématiques de cet univers, Adzel. On peut donc supposer que Chee Lan aura les honneurs de celle d’un des deux derniers livres du cycle.

Les trois nouvelles de 50-70 pages et le roman court qui en fait le double ont toutes un point commun : ce sont des histoires de premier contact entre la Ligue et de nouvelles civilisations. Et on peut aussi remarquer que plusieurs présentent un schéma récurrent, soit entre elles, soit avec des textes des autres tomes. Ce n’est cependant pas toujours le cas : certaines des nouvelles ont un ton différent, et se démarquent parfois assez radicalement des autres. Mais, au final, c’est peut-être ce qui fera l’intérêt des Coureurs d’étoiles (par analogie aux coureurs des bois, terme employé dans La clé des maîtres), à savoir un certain renouvellement, même si, d’un autre côté, les deux derniers textes peuvent un peu décontenancer ceux qui sont là pour le côté truculent de Van Rijn ou la ruse de Falkayn.  Continuer à lire « Les coureurs d’étoiles – Poul Anderson »

L’œuf du dragon – Robert Forward

Chef d’oeuvre de Hard SF / worldbuilding / création d’alien pour les uns, à fuir pour les autres devant tant de faiblesse et d’aridité littéraire

dragon_s_egg_forwardRobert Forward (1932-2002) était un physicien américain (un pionnier dans la détection des ondes gravitationnelles), dont le travail tout ce qu’il y a de sérieux et réel, pour la NASA, l’US Air Force ou d’autres organismes prestigieux, semble relever de cette science-fiction qu’il finira par écrire en parallèle d’articles scientifiques : il a étudié la possibilité de réaliser concrètement une variante de l’ascenseur spatial, la propulsion par antimatière, le voyage dans le temps, la matière à masse négative, etc. Il a publié onze romans, relevant (logiquement) de la Hard SF, dont le plus connu est L’œuf du dragon, dont je vais vous parler aujourd’hui. Sorti en VO en 1980 (et titulaire du prix Locus – catégorie premier roman- 1981), ce texte a été traduit en France en 1984 puis est sorti en poche en 1990 (notez qu’il existe une suite, Starquake, qui, elle, n’a jamais été traduite). Premier livre de l’auteur (qui devait initialement être co-écrit avec Larry Niven, ce qui n’a au final pas pu se faire. Au passage, Forward remercie aussi Frank Drake, Hans Moravec et Freeman Dyson, excusez du peu !), il se révèle un coup de maître sur le plan du réalisme scientifique, de la construction de l’univers et de la race extraterrestre rencontrée par les humains, et surtout du Sense of wonder, et ceci pour une raison toute simple : les Cheela vivent… à la surface d’une étoile à neutrons !

Considéré comme un chef-d’oeuvre de la Hard SF dans la lignée de Mission Gravité de Hal Clement (c’est l’auteur lui-même qui établit la filiation dans l’appendice), on peut regretter que L’œuf du dragon et son auteur aient autant été oubliés aussi bien en France qu’aux USA : aujourd’hui, lorsqu’on parle de ce genre de Science-Fiction, bien peu sont ceux qui citent Forward comparé à Egan et autres Baxter ou Watts ; le roman n’a pas été réédité depuis près de trente ans en VF et n’existe pas sous forme électronique (sauf en VO -c’est d’ailleurs dans la langue de Shakespeare que je l’ai lu- : remarquez toutefois que sa suite n’est pas disponible sous cette forme même en anglais). Si on ajoute à ce lourd dossier à peu près la même situation (en pire : pas de version électronique du tout, même en VO, pas réédité depuis des lustres) pour son autre livre majeur, Le vol de la libellule (qui décrit de façon réaliste un voyage par vaisseau à voile solaire vers l’étoile de Barnard), on se retrouve devant un des pires cas d’abandon d’un auteur majeur dans un sous-genre donné. Il me semble que du côté de Saint Mammès, il y a une bande d’amateurs de Hard SF, enfin, je dis ça, hein, je dis rien… Continuer à lire « L’œuf du dragon – Robert Forward »

Prador Moon – Neal Asher

Blowing the bastards to Bouillabaisse

prador_moonPrador Moon est un des seize romans (publiés au moment où je rédige ces lignes) de l’énorme cycle Polity, par Neal Asher. S’il est loin d’être le premier livre de la saga si on se réfère à l’ordre de parution, en revanche, dans la chronologie interne de cet univers, il doit théoriquement être lu en premier. Toutefois, étant donné que les sous-cycles ou stand-alone ont la réputation de pouvoir se lire indépendamment, j’ai personnellement commencé par… le seizième et dernier en date, à savoir The soldier. Et comme j’ai beaucoup aimé à la fois l’écriture de l’auteur et son univers, j’ai eu envie de reprendre les choses du début, en attendant le tome 2 du sous-cycle Rise of the Jain, et ai donc suivi l’ordre de lecture recommandé.

Prador Moon, donc, nous montre la première rencontre entre la civilisation humaine (dirigée par les IA) appelée Polity (une société post-pénurie où le luxe est standard et la pauvreté un choix, un style de vie) et des extraterrestres ultra-agressifs nommés Prador (une déformation du mot « Predator », ce que sont ces bestioles sur leur monde d’origine). Comme à son habitude, Neal Asher ne perd pas de temps, brossant de façon rapide et efficace un succinct tableau de son univers avant de vous projeter en plein dedans. Car dès la scène d’ouverture, tout espoir de coexistence pacifique est annihilé par les Prador, qui non seulement massacrent la délégation diplomatique humaine, mais en plus la mangent ! Suivra alors un roman assez court, extrêmement nerveux, au carrefour de la SF militaire et horrifique, avec une petite touche de Hard-SF vraiment très bien faite. Bref, deuxième bouquin du cycle Polity, et deuxième très bon moment de lecture pour moi ! Continuer à lire « Prador Moon – Neal Asher »

L’œil d’Apophis – Numéro 11

Eye_of_ApophisOnzième numéro de la série d’articles l’œil d’Apophis (car rien n’échappe à…) ! Je vous en rappelle le principe : il s’agit d’une courte présentation (pas une critique complète) de romans qui, pour une raison ou une autre, sont passés « sous le radar » des amateurs de SFFF, qui sont sortis il y a longtemps et ont été oubliés, qui n’ont pas été régulièrement réédités, ont été sous-estimés, mal promus par leur éditeur, ont été noyés dans une grosse vague de nouveautés, font partie de sous-genres mal-aimés et pas du tout dans l’air du temps, sont connus des lecteurs éclairés mais pas du « grand public », et j’en passe. Chaque numéro vous présente trois romans ou cycles : aujourd’hui, une large place sera laissée à la Fantasy, puisqu’il s’agit de l’intégrale de La septième épée de Dave Duncan, de Manhattan à l’envers de Peter F. Hamilton et d’Espoir-du-cerf d’Orson scott Card.

Au passage, sachez que vous pouvez retrouver les anciens numéros de l’œil via ce tag ou bien cette page. Je vous rappelle aussi que les romans présentés ici ne sont pas automatiquement des chefs-d’oeuvre ou ceux recommandés par le site à n’importe quel amateur de SFFF (si c’est ce que vous cherchez, voyez plutôt les tags (Roman) Culte d’Apophis ou Guide de lecture SFFF).  Continuer à lire « L’œil d’Apophis – Numéro 11 »