Prador Moon – Neal Asher

Blowing the bastards to Bouillabaisse

prador_moonPrador Moon est un des seize romans (publiés au moment où je rédige ces lignes) de l’énorme cycle Polity, par Neal Asher. S’il est loin d’être le premier livre de la saga si on se réfère à l’ordre de parution, en revanche, dans la chronologie interne de cet univers, il doit théoriquement être lu en premier. Toutefois, étant donné que les sous-cycles ou stand-alone ont la réputation de pouvoir se lire indépendamment, j’ai personnellement commencé par… le seizième et dernier en date, à savoir The soldier. Et comme j’ai beaucoup aimé à la fois l’écriture de l’auteur et son univers, j’ai eu envie de reprendre les choses du début, en attendant le tome 2 du sous-cycle Rise of the Jain, et ai donc suivi l’ordre de lecture recommandé.

Prador Moon, donc, nous montre la première rencontre entre la civilisation humaine (dirigée par les IA) appelée Polity (une société post-pénurie où le luxe est standard et la pauvreté un choix, un style de vie) et des extraterrestres ultra-agressifs nommés Prador (une déformation du mot « Predator », ce que sont ces bestioles sur leur monde d’origine). Comme à son habitude, Neal Asher ne perd pas de temps, brossant de façon rapide et efficace un succinct tableau de son univers avant de vous projeter en plein dedans. Car dès la scène d’ouverture, tout espoir de coexistence pacifique est annihilé par les Prador, qui non seulement massacrent la délégation diplomatique humaine, mais en plus la mangent ! Suivra alors un roman assez court, extrêmement nerveux, au carrefour de la SF militaire et horrifique, avec une petite touche de Hard-SF vraiment très bien faite. Bref, deuxième bouquin du cycle Polity, et deuxième très bon moment de lecture pour moi ! Continuer à lire « Prador Moon – Neal Asher »

L’œil d’Apophis – Numéro 11

Eye_of_ApophisOnzième numéro de la série d’articles l’œil d’Apophis (car rien n’échappe à…) ! Je vous en rappelle le principe : il s’agit d’une courte présentation (pas une critique complète) de romans qui, pour une raison ou une autre, sont passés « sous le radar » des amateurs de SFFF, qui sont sortis il y a longtemps et ont été oubliés, qui n’ont pas été régulièrement réédités, ont été sous-estimés, mal promus par leur éditeur, ont été noyés dans une grosse vague de nouveautés, font partie de sous-genres mal-aimés et pas du tout dans l’air du temps, sont connus des lecteurs éclairés mais pas du « grand public », et j’en passe. Chaque numéro vous présente trois romans ou cycles : aujourd’hui, une large place sera laissée à la Fantasy, puisqu’il s’agit de l’intégrale de La septième épée de Dave Duncan, de Manhattan à l’envers de Peter F. Hamilton et d’Espoir-du-cerf d’Orson scott Card.

Au passage, sachez que vous pouvez retrouver les anciens numéros de l’œil via ce tag ou bien cette page. Je vous rappelle aussi que les romans présentés ici ne sont pas automatiquement des chefs-d’oeuvre ou ceux recommandés par le site à n’importe quel amateur de SFFF (si c’est ce que vous cherchez, voyez plutôt les tags (Roman) Culte d’Apophis ou Guide de lecture SFFF).  Continuer à lire « L’œil d’Apophis – Numéro 11 »

Les jeux de Némésis – James S.A. Corey

Le cycle repart sur de meilleures bases

nemesis_gamesLes jeux de Némésis est le cinquième tome du désormais célèbre cycle The Expanse (dont la contrepartie télévisée, menacée d’annulation par SyFy -l’Eclipse télévisuel-, a été sauvée par le fait que le PDG d’Amazon en est fan -et on le comprend aisément- et a repris la série), qui comptera neuf tomes en tout (le dernier étant prévu en VO en 2019). Les auteurs (Ty Franck et Daniel Abraham, dont James S.A. Corey n’est que le pseudonyme commun) ont d’ores et déjà annoncé qu’une nouvelle trilogie, prenant place dans un univers entièrement différent, suivra après le neuvième opus de The Expanse (qui a donc toutes les chances d’être l’ultime).

Après un tome 3 de mon point de vue très décevant, et un tome 4 tout juste passable, je dois dire que je n’étais que moyennement optimiste concernant ce tome 5. J’avais même plus ou moins décidé d’arrêter ce cycle s’il était aussi peu intéressant que ses deux prédécesseurs. Heureusement, les auteurs ont remis un vigoureux coup de booster, et Les jeux de Némésis est probablement le tome le plus réussi de la série, à ce stade, avec le tome 2. Je serais donc de la partie l’année prochaine, avec la sortie française de Babylon’s ashesContinuer à lire « Les jeux de Némésis – James S.A. Corey »

Indomptable – Jack Campbell

À l’ancienne

indomptable_campbellJack Campbell est le pseudonyme de John G. Hemry, écrivain américain publiant principalement de la SF militaire mais aussi de plus en plus de Fantasy. C’est d’ailleurs un auteur prolifique, tout à fait capable de sortir deux romans par an sur une période prolongée. Il est principalement connu pour son cycle La flotte perdue, dont Indomptable est le premier tome et qui a engendré trois sous-cycles annexes. La saga, inspirée, du propre aveu de l’auteur, par l’Anabase de Xénophon (qui décrit la retraite de mercenaires grecs très profondément enfoncés en territoire perse), montre le lent et périlleux retour d’une armada qui a tenté une frappe de décapitation sur la planète-mère ennemie, qui est tombée dans un piège, et qui tente de rentrer dans son espace d’origine. Vous remarquerez, au passage, que cette saga n’est pas la seule, en SFFF militaire, à être inspirée par l’Anabase, puisque David Weber et John Ringo, par exemple, l’ont également prise pour modèle.

La flotte perdue, c’est l’autre cycle majeur de la SF militaire sortie durant le dernier quart de siècle, avec bien entendu la saga d’Honor Harrington écrite par David Weber. Toutefois, à titre personnel, je ne mettrais pas les deux sur le même plan, les aventures de la Salamandre étant, à mon avis, (nettement) supérieures à celles de Black Jack Geary, pour des raisons que je vais maintenant vous exposer.  Continuer à lire « Indomptable – Jack Campbell »

The freeze-frame revolution – Peter Watts

Watts fait son Zendegi ou son Cérès et Vesta

freeze_frame_wattsThe freeze-frame revolution est un roman court signé Peter Watts, centré autour de Sunday Ahzmundin, un personnage qui apparaissait déjà dans les trois textes consacrés à l’Eriophora dans Au-delà du gouffre. Signalons que la lecture de ces derniers n’est pas indispensable pour comprendre cette novella (l’auteur présente de façon efficace cet univers) mais constitue évidemment un plus (notamment quand Sunday évoque son épiphanie à la surface du soleil, ce qui fait directement référence à la nouvelle Éclat).

Petit résumé, malgré tout, destiné à ceux qui n’ont pas eu l’occasion de lire ces textes : l’Eriophora (nommé d’après un type d’araignée) est un vaisseau-astéroïde de plusieurs dizaines de kilomètres de long qui parcourt la galaxie à une vitesse inférieure à celle de la lumière pour construire, grâce à des robots autoréplicateurs appelés vons (en référence à John von Neumann, évidemment), une toile de portes spatiales permettant un transfert instantané de l’une à l’autre, le tout au bénéfice des successeurs posthumains de l’Humanité. Il possède un équipage de 30 000 humains (génétiquement modifiés et entraînés pour être entièrement dévoués au succès de la mission) en stase cryogénique, partis de la Terre au XXIIe siècle, et dont une poignée ne sont réveillés que si l’IA (faible, au sens informatique de ce terme) de bord, le Chimp(anzé), a un problème qu’elle ne sait pas résoudre dans le système où doit se dérouler le prochain chantier (ce qui ne se produit que dans 6% des cas à peine). En moyenne, une personne ne se réveille que quelques jours tous les… deux millénaires, avant de replonger en hibernation. Au moment où le récit commence, l’Eri (comme il est surnommé) en est à son 32e circuit complet autour de la Voie Lactée, ce qui représente 100 000 portes construites et un voyage de… 66 millions d’années !  Continuer à lire « The freeze-frame revolution – Peter Watts »

Sublimation angels – Jason Sanford

Bof…

sublimation_angelsJason Sanford est un auteur américain assez prolifique en matière de nouvelles de SF, qu’il publie via différents magazines, dont Interzone. Sublimation angels est en revanche une novella (roman court), et la postface nous apprend qu’il ne s’agit que de la première devant décrire ce qui se place sur la planète Eur. La précision est d’importance, puisque comme l’auteur l’explique, le fait qu’il ne s’agisse pas tout à fait d’une histoire isolée peut expliquer le sentiment de trous dans l’intrigue ou le worldbuilding que certains peuvent ressentir (*lève la main*). Au passage, Goodreads n’indique pas d’autre novella appartenant au même cycle, donc il est possible que le projet de l’auteur ne se soit finalement pas concrétisé. Le texte semble pourtant avoir été apprécié, puisqu’il a été finaliste pour le Nebula 2009 dans sa catégorie.

On m’a parlé de lui comme « du Egan, mais en mieux » (l’auteur, lui, dit s’être inspiré de A pail of air de Fritz Leiber, qui traite également de survie sur un monde glacé). Et vu que je suis en train de lire tout ce qui me paraît intéressant en matière de textes courts primés ou finalistes au Hugo / Nebula / Locus / etc ces dernières décennies, et que je m’étais mis en tête qu’il s’agissait de Hard SF, je l’ai mis en haut de ma PAL. Sauf que… ce n’est pas, pour moi, de la Hard SF, et que ça n’arrive pas à la cheville de Egan. Bref, je ressors de cette lecture profondément dubitatif, parce que sans être totalement mauvais, ce roman court présente trop de défauts pour me convaincre, et que j’ai un peu de mal à comprendre pourquoi il a une telle réputation.  Continuer à lire « Sublimation angels – Jason Sanford »

The soldier – Neal Asher

La Culture de Banks passe du côté obscur ! 

the_soldier_v2_asherJe vous ai déjà un peu parlé de Neal Asher dans le tout premier épisode de l’œil d’Apophis, mais cet auteur anglais de science-fiction est si prolifique que je n’ai même pas commencé à aller au-delà de la surface de sa bibliographie. Prolifique, mais très peu traduit : seulement trois romans sur une vingtaine. Outre Voyageurs, qui n’a rien à voir avec le cycle qui nous occupe aujourd’hui, deux autres romans en faisant partie l’ont été par Fleuve Noir : L’écorcheur (le premier tome du sous-cycle Spatterjay) et Drone, un des stand-alone.

Car ce livre, bien qu’il soit le premier d’un cycle, Rise of the Jain, est en fait le seizième (si, si) d’un énorme meta-cycle, Polity (démarré sous forme de nouvelles il y a vingt ans), qui compte trois autres cycles et quatre stand-alone, tous se déroulant dans le même univers.

Vous vous demandez probablement si The soldier est lisible sans avoir lu aucun des quinze autres romans, et la réponse est oui : l’auteur vous fournit tous les éléments pour suivre son histoire même sans rien savoir de la Polity. Qu’on pourrait résumer en une phrase : la Polity, c’est la Culture de Iain M. Banks, mais dans une version sombre, Hard SF, extrêmement militarisée (avec des combats violents et spectaculaires), nerveusement rythmée et conservatrice au lieu de progressiste. Et ça dépote !  Continuer à lire « The soldier – Neal Asher »

Runtime – S.B. Divya

Changer une vie, pas forcément le monde

runtime_divyaSrinivasan Breed Divya a un background d’ingénieur, avec vingt ans de carrière derrière elle. Runtime est sa première novella de SF, finaliste dans cette catégorie de textes pour le prix Nebula 2016. L’auteure a aussi écrit de nombreuses nouvelles, pour des magazines ou des sites comme Tor.com. Elle est, enfin, la co-éditrice du podcast hebdomadaire Escape pod (considéré comme un des meilleurs, sinon LE meilleur podcast de SF du monde) avec Mur « Six Wakes » Lafferty.

Ce texte a impressionné des pointures comme Catherine Asaro et Ken Liu : la première a notamment déclaré qu’elle voyait en Divya une nouvelle star potentielle de la Science-Fiction. Le second a dit que ce futur, ni dystopique, ni utopique mais en lien avec notre réalité, était le genre de SF pertinente qu’il souhaiterait voir plus souvent. De fait, comme l’américain dans L’homme qui mit fin à l’histoire, Divya évoque certes nombre de phénomènes ou de problèmes de nos sociétés, mais se maintient toujours sur une ligne non-militante, non-manichéenne, subtile, nuancée, bref intéressante. Son futur a beau être (post-)cyberpunk, il reste beaucoup plus proche de notre monde réel d’aujourd’hui que nombre d’œuvres du genre. Et ce malgré le fait que l’intrigue est centrée autour d’une course de cyborgs dotés d’exosquelettes !  Continuer à lire « Runtime – S.B. Divya »

Hardfought – Greg Bear

La guerre éternelle… en mieux ! 

hardfought_bearEtant donné que j’ai de la demande pour des critiques de Greg Bear, j’ai décidé de vous proposer quelque chose qui sortait des sentiers battus concernant cet auteur (un peu laissé sur le bord de la route par l’édition française ces dernières années, malgré une production assez prolifique -mais à forte orientation militaire, ceci expliquant sans doute cela-) en vous parlant de Hardfought, une de ses novellas, qui a obtenu le prix Nebula dans cette catégorie de textes en 1984. Il s’agit d’un roman court à la fois très ambitieux, très exigeant et prodigieusement intéressant, montrant le combat interminable et absurde dans lequel sont englués les humains et une race extrêmement ancienne. Car aussi ahurissant que cela puisse paraître, les deux civilisations sont en guerre depuis trente ou quarante mille ans, mais n’ont jamais tenté de communiquer entre elles. Un postulat qui rappelle évidemment La guerre éternelle de Joe Haldeman, sauf qu’ici nous sommes sur quelque chose d’encore plus pointu, dystopique et intelligent. Et clairement, ce texte est tellement hardcore qu’il ne se destinera certainement pas à tous les publics. Sans compter une densité, pour une novella, proprement exceptionnelle : j’ai pris autant de notes pour préparer cette critique que je le fais d’habitude pour un roman trois ou quatre fois plus grand !  Continuer à lire « Hardfought – Greg Bear »

Strata – Bradley Beaulieu / Stephen Gaskell

Mai (21)68

strata_beaulieuStrata est une novella de science-fiction co-écrite par Bradley Beaulieu et Stephen Gaskell (ce dernier apportant probablement son expertise en matière de SF, un domaine dans lequel Beaulieu n’exerce pas). Ce texte Postcyberpunk se déroule au milieu du XXIIe siècle, une période où toutes les ressources énergétiques de la Terre sont épuisées depuis longtemps (chose amusante, ni l’époque, ni cette précision ne sont dévoilées où que ce soit dans ce roman court, à part sur la quatrième de couverture). Pour régler ce problème, on a bâti neuf énormes plates-formes, qui puisent de la puissance à la surface du soleil (et, autant le dire tout de suite, l’amateur de Hard SF qui espérerait une explication un minimum élaborée va carrément rester sur sa faim…) et la transmettent par rayonnement à la planète-mère. L’action se passe sur l’une d’elles, Exx-Pac, où la révolte contre la stratification sociale (d’où le titre, Strata, au passage) et les conditions / contrats de travail gronde depuis longtemps et où une course est sur le point, littéralement, de mettre le feu non pas aux poudres, mais au Soleil ! Continuer à lire « Strata – Bradley Beaulieu / Stephen Gaskell »