Apophis Box – Juin 2022

apophis_box_1L’Apophis Box est une série d’articles… n’ayant pas de concept. Enfin presque. Bâtie sur le modèle des « box » cadeau, vous y trouverez à chaque fois trois contenus / sujets en rapport avec la SFFF, qui peuvent être identiques ou différents entre eux, et qui peuvent être identiques ou différents de ceux abordés dans la box du mois précédent. Pas de règle, pas de contraintes, mais l’envie de créer du plaisir, voire un peu d’excitation, à l’idée de découvrir le contenu de la nouvelle Box. Celle-ci est dévoilée au mitan du mois. Le but étant aussi de me permettre de publier des contenus trop brefs pour faire l’objet d’un des types d’articles habituellement proposés sur ce blog ou dérogeant à sa ligne éditoriale standard, et bien sûr de pouvoir réagir à une actualité, à un débat, sans être contraint par un concept rigide.

Vous pouvez retrouver les Apophis Box précédentes via ce tag.

Une blogueuse : Vanille

Certains parmi vous le savent, je participe, depuis six numéros, à la relecture de Bifrost. C’est-à-dire que je reçois les épreuves et traque les coquilles et autres erreurs éventuelles (et il y a parfois des choses très subtiles, comme la mention du fait que quelqu’un a travaillé pour une société qui, à l’époque, n’avait pas fusionné avec une autre pour exister sous le nom mentionné dans le texte). Lorsque je reçois le cahier critique, il y a un nom que je guette toujours, parce que je sais que la recension va être tournée d’une façon particulièrement élégante et agréable à lire (même si je ne suis pas forcément d’accord avec l’avis exprimé sur le livre concerné). Ce nom, c’est celui de Camille Vinau, alias Vanille, que ceux d’entre vous qui lisent actuellement le Hors-série UHL 2022 ont désormais appris à connaître (et à apprécier !) via son guide de lecture vous indiquant par quel(s) bout(s) prendre la collection.

Mais Vanille n’est pas qu’une des rédactrices de Bifrost parmi d’autres (dont votre serviteur), c’est aussi une blogueuse tenant un site pittoresquement nommé La bibliothèque derrière le fauteuil (ce qui nous évite un des innombrables « Les lectures de XXX »). Ce qui est intéressant dans la blogosphère SFFF est la multitude de manières de rédiger une critique, que ce soit en termes de ton (formel, voire académique ou au contraire détendu -Ours Inculte Style-, ou bien, comme en ces lieux, un peu entre les deux), d’angle d’approche (analytique, ressenti, un peu des deux), de longueur (entre le Post-it SFFF et le Culte ou Nébal, il y a un monde !), et ainsi de suite. Ce que j’aime sur le blog de Camille est que finalement, sa manière de rédiger une recension n’appartient qu’à elle, ce qui fait qu’elles ne ressemblent pas à celles que vous trouverez sur des légions d’autres blogs. Sans compter, comme j’en ai déjà dit un mot, une plume d’une élégance rare (et je rappelle que je ne suis pas de ceux qui confondent style pompeux et style riche et / ou agréable), la plus agréable, de mon point de vue, dans le milieu, avec celle de Lutin sur Albédo. Même si les sites des deux femmes sont très différents : la manière de relater une lecture de Lutin est nettement plus proche de ce que vous trouvez sur le Culte que celle de Vanille. Cela ne m’empêche pas d’apprécier cette dernière : après tout, c’est la variété de ses différents écosystèmes de blogueurs qui fait la force et l’intérêt de la blogosphère, à mon sens. Toutefois, l’article initial qui a servi de modèle au guide de lecture UHL publié dans le HS 2022, est, lui, tout à fait dans l’esprit de ce que je fais ici, par exemple via mes guides sur Peter Hamiltonle cycle de la Culture et l’Honorverse.

Bref, n’hésitez pas à aller faire un tour sur La bibliothèque derrière le fauteuil, ne serait-ce que pour soutenir une blogueuse s’étant lancée assez récemment dans l’aventure et dont le travail, à mon sens, mérite d’être bien plus connu ! (Attention toutefois, il semblerait qu’un indicible effet secondaire se manifeste en cas de lecture prolongée de ces écrits impies : une perturbante addiction et attirance pour le lait de coco).

Bifrost 107 – Les nouvelles

Le 7 juillet 2022, paraîtra le cent-septième numéro de Bifrost (7/7/107, donc), un spécial fictions comme le magazine en publie de temps en temps, et qui remplace le dossier habituellement dévolu à un(e) auteur(e) par plus d’espace dédié aux nouvelles (et ici : novelette) publiées en son sein. Et ces textes bénéficieront d’un écrin exceptionnel, à savoir une couverture dessinée par l’illustre Florence Magnin en personne, une des illustratrices préférées de votre serviteur depuis plus de trente ans.

Ayant eu le privilège de les lire avant quasiment tout le monde, vu ma participation à la relecture de Bifrost, je vais vous donner un court avis à leur sujet : le cahier fictions s’ouvre sur Deux vérités, un mensonge de Sarah Pinsker (illustrée par Anouck Faure), le plus long texte du lot (33 pages). Je l’ai trouvé très intéressant presque tout le long (avec un je-ne-sais-quoi de Stephen King), mais sa fin très étrange m’a laissé plutôt dubitatif. Pour le coup, le voyage (dans les souvenirs d’enfance d’une jeune femme, impliquée, à l’époque, dans une très singulière émission de télévision) s’est révélé nettement plus intéressant que la destination.

Suit Après les âges sombres de Jean-Marc Ligny, texte illustré par Matthieu Ripoche (dans un style que j’aime beaucoup) et qui, comme son nom l’indique, se place dans un contexte post-apocalyptique. On y retrouve les thématiques liées au changement climatique qui traversent une partie de l’œuvre de cet écrivain, dans un monde en reconstruction et avec un personnage qui tente de vivre en harmonie avec la nature. J’ai beaucoup aimé cette nouvelle (bien qu’elle soit très prévisible, dans son intrigue ou l’exploitation de ses thématiques), qui, sans faire l’impasse sur la noirceur (notamment via l’antagoniste), est tout de même positive et s’achève sur un savoureux trait d’humour. Sans compter un style d’une efficacité redoutable.

Le numéro se poursuit sur une nouvelle de Ken Liu, Les cinq éléments de l’esprit du cœur, sans doute la plus réussie de ce numéro après celle d’Audrey Pleynet (voir plus loin), illustrée par Florent Bossard (sans faire injure à l’artiste : bof). Une capsule de survie s’écrase sur une planète où se trouvent des humains primitifs, arrivés là on ne sait comment (au début du texte). Leur art médical et nutritionnel parait plus relever, pour Tyra, l’héroïne naufragée, de la superstition que de la science, jusqu’à ce que… Un texte très réussi, comme d’habitude avec l’auteur, avec une base scientifique à la fois solide et plutôt originale.

Suit Ombres de Ketty Steward, nouvelle illustrée (de façon réussie, à mon sens) par Franck Goon. C’est, à mon avis (qu’on n’est pas forcé de partager, n’est-ce pas), le seul texte intégralement raté des six, à la fois en lui-même et SURTOUT quand on le compare aux autres, particulièrement à ceux de Ligny et Pleynet, qui prouvent, eux, qu’on peut être engagé sans donner dans le militantisme énervé bouffant tout l’aspect littéraire du texte, à commencer par une fin complètement ratée tant elle est abrupte.

Heureusement, la nouvelle suivante (à nouveau illustrée par Matthieu Ripoche), Sarcophage, de Ray Nayler, remet ce numéro sur les rails (c’est la troisième meilleure des six, pour moi, après celles de Pleynet et Liu)  : très différente de Père, publiée dans un Bifrost précédent, mais pas moins intéressante, elle met en scène, comme celle de Ken Liu, un astronaute qui se retrouve en péril quand sa planète de destination se révèle bien plus hostile que prévu. Alors que les réserves d’énergie de son scaphandre s’épuisent, il mène une course infernale contre la montre pour rejoindre un dépôt de matériel susceptible de lui sauver la vie, quand il s’aperçoit qu’il n’est pas seul sur ce monde… Cette nouvelle, clairement réussie et dont l’interprétation de la fin a divisé la rédaction du magazine (dont votre serviteur, mais néanmoins divinité), l’est toutefois, à mon sens, moins que Père (et probablement moins fédératrice). Pour tout dire, Sarcophage ressemble un peu à ce que Iain M. Banks aurait pu écrire s’il avait rayé le mot « fin » de sa nouvelle Descente, et n’est pas tout à fait sans parenté (de mon point de vue) avec Les cercueils de Robert Reed.

La dernière, mais non des moindres, de ces six nouvelles (illustrée avec son brio habituel par Nicolas Fructus) est Encore cinq ans de l’excellente Audrey Pleynet, qu’on attendait chez le Bélial’ depuis très (trop…) longtemps. Et on espère que ce n’est qu’un début, et qu’elle finira, outre Bifrost, par faire son apparition en UHL. Sur une base similaire au texte de Ligny (la Terre se meurt de la surpopulation, surconsommation, du changement climatique, etc.), mon autrice française de SF préférée livre un texte éblouissant, qui se permet d’ôter la couronne qui paraissait promise à Ken Liu, également présent au sommaire de ce numéro (excusez du peu !). Je ne vais pas en dire plus, sinon que, de mon point de vue, ce texte au parfum vaguement Asimovien est l’antithèse de celui de Ketty Steward : engagé, certes, mais ne sacrifiant pas à son militantisme sa qualité littéraire, tant il est maîtrisé et à mon avis parfait de la première à la dernière ligne, sur quelque plan que ce soit (rythme, thématiques, fin, atmosphère, émotion, réflexion, etc.). Un modèle du genre !

Bref, ce numéro 107 spécial Fictions est à mon avis très réussi, avec deux textes de très haute volée (Pleynet, Liu), un à peine en-dessous (Nayler), un de fort bonne tenue (avec une savoureuse fin), celui de Ligny, un (Pinsker) dont la fin étrange et assez décevante ne doit certainement pas masquer le grand intérêt des 32 pages qui la précédent, seul le texte de Steward étant, de mon point de vue, très, très clairement en-dessous de tous les autres.

Graine d’irréalité : l’Empire Khazar

Dans Graine d’irréalité, je tente de vous montrer des moments ou des endroits intéressants dans l’Histoire du monde, qui peuvent servir d’inspiration à des uchronies (bien entendu) mais pas seulement (les auteurs de Fantasy s’inscrivant dans des mondes secondaires peuvent baser une de leurs civilisations ou leur scénario dessus). Parlons aujourd’hui des Khazars, peuple de Ciscaucasie ayant existé entre le VIe et le XIIIe siècle (leur empire s’éteint toutefois progressivement à partir du Xe). Vous trouverez beaucoup plus de détails à leur sujet sur wikipedia. Sa particularité saillante (outre la complexe géopolitique au centre de laquelle cette nation se trouve, état-tampon et / ou agissant par procuration entre Byzance, les Omeyyades, les Abbassides ou les Sassanides, ou encore son système politique diarchique) est la conversion (qui ne fait pas l’unanimité parmi les Historiens, toutefois, du moins pas sur une base plus large que la noblesse) de ses élites au Judaïsme, en partie pour échapper au prosélytisme de ses voisins et / ou ennemis chrétiens ou musulmans. Cette foi devient même la religion d’État, bien que les croyants des autres ne soient ni persécutés, ni empêchés de pratiquer leur culte.

Je pense qu’il est inutile que je vous explique les énormes conséquences qu’aurait la survie d’une pareille nation, sur l’histoire des Juifs, celle de l’Ukraine ou de la Russie, voire sur celle de Byzance. On a là, à mon sens, le terreau de formidables uchronies, avec un potentiel au moins égal à d’autres empires / nations disparu(e)s, comme le Songhaï ou la Bactriane, par exemple (dont nous reparlerons un jour ou l’autre dans l’Apophis Box).

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15 réflexions sur “Apophis Box – Juin 2022

  1. Le texte de Liu est-il paru à l’origine dans Lightspeed ? Parce que si c’est le cas j’ai dû le lire à l’époque de sa sortie. Si je me souviens bien il y est question de médecine traditionnelle chinoise..

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  2. Merci pour cet avis en avant-première sur ce Bifrost 107 !
    Pour rebondir sur les Khazars, tu as lu “Le Dictionnaire Khazar” de Milorad Pavić, paru chez Le Nouvel Attila il y a quelques années ? Le texte n’a rien d’uchronique et louvoie en marge des littératures de l’imaginaire, mais prend à bras le corps la question de la religion et de la disparition de ce peuple.

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  3. Ping : Les escales du mois de mai – Le nocher des livres

  4. Bonjour Apohis, cela fait un an environ que je suis ce blog. Je voulais tout d’abord vous remercier pour ce contenu de qualité qui m’a fait découvrir de nouveaux horizons en littératures de l’imaginaire. (C’est grâce au culte que je me suis lancé avec grand plaisir dans la lecture du livre Malazéen et du Prince du Néant, notamment). J’ai deux question: que pensez vous des instrumentalités de la nuit de Glen Cook? Qu’elle est le niveaux d’attention requise? Je voulais également savoir si un article consacré au magicbuilding était prévu?
    P.s: Je sais qu’il à été indiqué que sur ce blog on se tutoie, mais je préfère rester prudent face à un dieu du chaos.

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    • Bonjour,

      les Instrumentalités sont, pour moi, le troisième plus gros « Everest » littéraire en Fantasy avec les cycles d’Erikson et de Bakker. Le niveau d’attention requis est vraiment extrêmement élevé, surtout au début.

      Une série d’articles sur le Magicbuilding est en projet depuis des années, mais ce n’est qu’un parmi d’autres et pas le plus prioritaire (il est très probable que la série d’articles sur les megastructures / Big Dumb Objects arrive en premier, vu que j’ai accumulé pas mal de documentation sur le sujet).

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