Les cercueils – Robert Reed

Renaissance

coffins_reedJe vous ai souvent parlé, sur ce blog, de Robert Reed (notamment dans les numéros deux et dix de L’œil d’Apophis) : s’il n’est pas le plus littéraire ou le plus doué des écrivains de SF américains, il y a toutefois quelque chose dans sa prose qui me pousse à toujours y revenir, notamment un Sense of wonder souvent assez vertigineux (sans atteindre toutefois ce qu’on peut trouver chez Rajaniemi, Egan et Baxter, voire Ken Liu sur certains textes). Or, je me suis récemment aperçu que l’auteur, que je connaissais surtout pour ses romans, était aussi un nouvelliste plutôt prolifique (sans atteindre les hauteurs Silverbergiennes, n’exagérons rien !). Et que dans ces textes courts, certains avaient soit été nominés, voire primés, à des prix prestigieux, et que d’autres piquaient franchement ma curiosité. Je vais donc vous proposer, à partir de maintenant, d’explorer peu à peu ce gisement, en commençant par la nouvelle Les cercueils (en anglais : Coffins), disponible en français dans le recueil Chrysalide ou bien en VO sous forme électronique au prix d’un café (et encore, ça dépend où vous allez le boire !). C’est certes un texte très court (moins de vingt pages), mais prenant et vertigineux. Il a initialement été publié (en anglais) en décembre 1992.

Contexte et résumé

Le protagoniste initial est un humain, dont le nom n’est jamais mentionné. Il est envoyé vers la Nouvelle Mars, une lointaine planète extrasolaire, afin d’ouvrir une filiale de son entreprise. Cependant, avant d’entamer son voyage, il a un mauvais pressentiment : il sent que quelque chose va mal tourner. Et ce même si le vaisseau spatial est le moyen de transport le plus sûr qui existe.

Lesdits vaisseaux, infraluminiques (mais assez rapides, apparemment), transportent leurs passagers dans des « cercueils ». Vu que je n’aime pas ce terme (qui, en plus, ne correspond finalement guère à ce qui se passe dans la nouvelle), je vais, pour ma part, parler de sarcophages. Ces derniers sont en fait de quasi-vaisseaux autonomes, la propulsion en moins. Dotés d’une IA, de mécanismes d’auto-réparation, de champs d’énergie, d’un réacteur à fusion, d’un module cryogénique et de la faculté de recycler les ressources nécessaires à leur passager et de prendre soin de sa santé, ils sont virtuellement indestructibles et d’une endurance quasi-infinie. Chaque vaisseau en transporte des dizaines de milliers. Les passagers ont la possibilité de voyager éveillés ou pas. Le protagoniste anonyme choisit d’être placé en sommeil cryogénique, mais, pour sa bonne santé, il doit être réveillé une semaine tous les dix ans (le sarcophage ne peut pas réparer d’éventuels dommages s’il est gelé).

Comme vous vous en doutez, tout ne va pas bien se passer, et de fait, cinquante-neuf ans après son départ du Système Solaire, l’astronef est percuté par une comète non-cartographiée, et détruit. Certains de ses sarcophages, par contre, survivent à l’impact et continuent de dériver sur la trajectoire initiale. Alors que les chances d’être récupéré sont réelles mais très faibles, le sarcophage va prendre soin de son passager, le réveillant un mois tous les cinq ans pour réparer les ravages des radiations, puis de la vieillesse. Sachant que l’espérance de vie, dans ce futur, est de mille ans, l’odyssée de l’humain et de son sarcophage à travers les étoiles, puis… les galaxies va se poursuivre… longtemps. Jusqu’à ce que…

Ressenti et analyse

Robert Reed aurait pu faire de ce texte quelque chose de, certes, vertigineux, mais aussi de sinistre (j’imagine tout à fait ce qu’aurait pu donner le même postulat de départ aux mains de Clarke, par exemple). D’ailleurs, si vous voulez lire quelque chose dans ce goût là, je ne saurais trop vous conseiller la nouvelle Descente de Iain M. Banks (la plus noire de la partie SF de son oeuvre, et de loin, à mon avis), dans le recueil L’essence de l’art, publié par mes camarades Mammésiens. Mais tout au contraire, l’auteur américain a décidé d’en faire une histoire d’un optimisme étonnant, d’un sense of wonder (sentiment de stupéfaction / épiphanie / vertige / peur devant les merveilles de l’espace, les progrès d’une science ultra-avancée, des échelles spatiales ou temporelles démesurées, etc) assez prodigieux, et dotée d’un certain côté poétique. Il s’agit, de plus, d’une version à la fois radicale et assez novatrice de la panspermie et de la panthropie, la propagation de (respectivement) la vie / la vie « humaine » (hum…) dans l’univers.

Bref, ce n’est peut-être pas la meilleure nouvelle de SF de tous les temps (Reed a fait mieux), mais c’est à lire, et c’est le genre de texte qui vous reste dans un coin de la tête pour longtemps.

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