The Expanse – Tome 1 – L’éveil du Léviathan – James S.A. Corey

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Quand Peter Hamilton rencontre Greg Bear, kim Stanley Robinson et Alastair Reynolds

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Ce premier volume, écrit en collaboration par deux auteurs (dont James SA Corey n’est que le pseudonyme commun), est le premier d’une série qui en compte déjà 5 (en anglais) et qui en comptera à terme 9. Déjà, lorsqu’on a dit ça, et qu’on a jaugé la taille du livre (600 pages), on commence à voir une parenté avec Peter F. Hamilton et ses sagas-fleuves. Cette impression ne fait que se renforcer à la lecture : du style (efficace et descriptif plus que « littéraire ») à la richesse dans la description de l’univers en passant (mais c’est un point important) par le mélange SF et Horreur, on ne peut que penser à Peter Hamilton en lisant l’Eveil du Léviathan.

A Peter Hamilton, oui, mais pas seulement : en effet, on a la nette impression que les deux auteurs sont avant tout de grands fans de SF eux-mêmes, et qu’ils ont patiemment intégré puis restitué en un tout cohérent dans leur roman ce qu’ils ont lu dans les romans majeurs des autres parus ces 25 dernières années.

Attention, on ne parle pas de plagiat, mais d’un roman catalogue / hommage comme a pu l’être un certain… Hyperion en son temps, et dans lequel la narration est également polyphonique (même s’il n’y a que deux voix et pas six comme dans Hyperion) : en effet, la plus grande partie du roman voit un chapitre suivant Holden alterner avec un autre nous montrant les événements vus selon le point de vue de Miller, et ainsi de suite (du moins jusqu’à ce qu’ils se retrouvent ensemble).

Il y a donc de nombreuses fées qui se sont penchées sur le berceau de ce tome 1, et si la principale a pour nom Peter F. Hamilton, quelles sont les autres ? La première qui vient à l’esprit est Kim Stanley Robinson, puisque le contexte géopolitique fait plus ou moins fortement penser à celui de la Trilogie Martienne (relations économiques, diplomatiques, culturelles ou militaires entre différentes colonies du système solaire, flux migratoires, etc), tout comme le fait que c’est un propulseur à fusion révolutionnaire qui déclenche véritablement la colonisation à grande échelle de l’espace.
La seconde influence qui vient à l’esprit est celle d’Alastair Reynolds, d’abord parce que ce roman est un des rares où l’homme se traîne encore dans des vaisseaux infraluminiques et ne traverse pas la galaxie entière en deux jours via l’hyperespace. Lorsqu’on avance dans le roman, ce sont d’autres aspects de l’univers de Reynolds qui se retrouvent dans l’Eveil du Leviathan, mais je ne vais pas en parler pour ne pas spoiler. Tout comme je vais éviter de parler d’une assez forte influence de Greg Bear pour la même raison.

Pour autant, lorsqu’on est lecteur régulier de SF, on capte aussi, à la lecture, d’autres influences, plus mineures, discrètes ou subtiles. Les personnages de Miller et de Fred évoquent par certains aspects un certain Fedhman Kassad (personnage emblématique d’Hyperion), le premier parce qu’il chasse sa Monéta tout au long du roman, le second parce qu’ancien militaire spécialiste du nettoyage et de la remise au pas de colonies rebelles, surnommé « le Boucher » (tiens, tiens…), il s’est ensuite tourné vers la dissidence et milite désormais pour des solutions plus pacifiques. Au passage, Miller est une forte réminiscence du personnage de flic / enquêteur officiel tenace qui ne lâche jamais une affaire, quelle que soit sa complexité, qui est présent dans chacun des Peter Hamilton.
Personnellement (mais je peux me tromper), j’ai aussi vu une certaine influence de Neal Asher dans le but originel de ce qui est caché dans Phoebe (on peut faire un parallèle avec Voyageurs, roman de cet auteur).

Toutes ces influences étant posées, ce mélange entre ces prestigieuses influences est-il réussi ou indigeste ? De mon point de vue, il est vraiment réussi. Certes, que ce soit dans le style, les personnages, l’univers ou l’intrigue, l’œil averti capte les influences des grands anciens et des grands pontes, mais ce n’est pas pour cela que l’intrigue est prévisible ou la lecture ennuyeuse. Au contraire, le style est fluide, l’intrigue prenante, et personnellement, j’ai digéré les 600 pages en deux jours, ce qui ne m’arrive plus si souvent que ça. Attention toutefois, il faut tenir compte du fait que (de mon point de vue du moins), nous souffrons d’un tel manque de bon Space-Op depuis un certain temps que le jugement ne peut qu’être un peu faussé : pas sûr que si nous avions une dizaine de bons Space-Op par an, tous éditeurs confondus, j’ai eu un jugement aussi indulgent sur ce qui, après tout, ne brille pas vraiment par son originalité.
Mais bon, pour tout dire (et ça risque d’en faire hurler certains), l’avant-dernier Peter Hamilton (La grande route du nord) est aussi un roman catalogue / hommage de grands auteurs ou classiques de la SF, mais malgré toute l’admiration que j’ai pour cet auteur, je trouve que James SA Corey a mieux réussi dans l’exercice que lui. De plus, même si le nombre de tomes prévu pour la série et le nombre de pages de chaque roman évoquent aussi Hamilton, la phase de mise en place de l’intrigue et des personnages est nettement moins longue chez James SA Corey, et il a eu l’idée bienvenue de se concentrer sur 2-3 personnages principaux (3 si on compte Fred), pas 42 comme dans le Hamilton moyen.

En conclusion

Au final, ça fait du bien de voir un bon Space-Op, même s’il n’est pas original (à vrai dire, ça fait du bien de voir un Space-Op tout court, m’enfin passons…). L’écriture, sans être aux sommets du genre, reste fluide et surtout prenante. Les personnages, même s’ils sont TRÈS stéréotypés (le capitaine sans peur et sans reproches, le flic alcoolique, divorcé, cynique mais prenant à cœur sa mission), restent fort sympathiques, et on s’attache vraiment et rapidement à eux. Le contexte est excellent, réaliste (on pourrait dire Hard-SF, mais ça reste lisible par tout le monde, nous ne sommes pas chez Greg Egan) et finement décrit, avec plein de détails « qui font vrai ». L’histoire est prenante et réserve un énorme cliffhanger à la fin. Et surtout ce mélange SF / horreur, avec un fort parfum de Peter Hamilton, rappelle les heures de gloire de l’Aube de la Nuit, il y a 16 ans.

Au final, je recommande vivement ce roman, qui sans renouveler le genre (et pour cause) en propose une fort sympathique déclinaison ou compilation.

Pour aller plus loin

Si vous souhaitez un deuxième avis sur ce roman, je vous recommande la lecture des critiques suivantes : celle de Lorhkan, celle de Yogo, celle de Blackwolf

Ce livre est le premier d’un cycle : vous pouvez retrouver sur Le Culte d’Apophis la critique du tome 2, du tome 3

6 réflexions sur “The Expanse – Tome 1 – L’éveil du Léviathan – James S.A. Corey

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