La fille automate – Paolo Bacigalupi

Un roman qui me laisse une étrange impression

fille_automatePaolo Bacigalupi est un écrivain américain de SF mais aussi de Fantasy, genre dans lequel il m’avait particulièrement convaincu mais qui reste mineur dans sa bibliographie. J’ai donc voulu approfondir mon exploration de son domaine de prédilection, à savoir la Science-fiction à dominante environnementale, post-apocalyptique et orientée biotechnologies, en lisant son oeuvre phare, La fille automate, qui a obtenu la bagatelle du prix Hugo, du Locus, du Nebula et du John W. Campbell, excusez du peu ! Je suis donc parti confiant, ayant, de plus, déjà lu (et apprécié) l’auteur.

Je ressors cependant de ma lecture avec une impression assez étrange et, pour tout dire, mitigée. Oui, par bien des côtés, La fille automate est un admirable roman, qui méritait sa ribambelle de prix prestigieux, et son worldbuilding, ou du moins une partie de ce worldbuilding, n’est certainement pas étranger à l’affaire. Ce qui m’a principalement posé problème est qu’une autre partie de la construction de cet univers m’en a demandé beaucoup en terme de suspension d’incrédulité, beaucoup trop sans doute, et que n’ayant pu adhérer à certains des postulats de Bacigalupi, cela a eu un lourd retentissement sur le reste de ma lecture. Pour tout dire, j’ai presque eu, par moment, l’impression de plus lire une sorte de variante de Steampunk que le biopunk post-apo que j’attendais, même si sur bien d’autres points, celui-ci est incontestablement (et brillamment) présent.

Contexte – première partie : une grande réussite

Fin du XXIIe siècle (notez que la date n’a probablement pas été choisie au hasard, mais pour permettre de laisser le temps à l’enfoncement progressif de la ville de Bangkok -où se déroule l’action- dans les terres marécageuses où elle a été construite de la placer sous le niveau de la mer). Le moins que l’on puisse dire est que notre planète en a bavé depuis notre époque : guerres « caloriques » (liées à l’approvisionnement en énergie / menées par les grandes puissances riches en ressources alimentaires et énergétiques), épuisement des ressources en pétrole (et visiblement en uranium également), réchauffement climatique qui provoque une montée du niveau des eaux menaçant Bangkok (New York, la Nouvelle-Orléans, Rangoon et Mumbai étant déjà inondées), montée également des fondamentalismes (massacres de chinois par les musulmans de Malaisie, développement d’une sorte de Christianisme radical Vert aux U$A -on se doit de consommer local, de respecter sa Niche écologique-) et mouvements massifs de réfugiés associés, pandémies (qu’elles touchent les humains, les animaux ou les végétaux) et désastres liés à l’ingénierie génétique (dont certains n’ont rien de fortuit…), des organismes génétiquement modifiés s’étant répandus sans contrôle, supplantant les espèces naturelles jusqu’à provoquer leur extinction (on citera le cas des Cheshires, qui étaient à la base le cadeau d’un généticien à sa petite fille -et à ses amis- lors de son anniversaire, et qui ont fait disparaître les chats normaux : difficile de lutter contre un concurrent qui a un pelage caméléon capable de le rendre quasiment invisible !), s’étant conjugués pour redessiner radicalement la géopolitique telle que nous la connaissons.

La Malaisie, donc, est livrée à l’Islam radical, la Thaïlande et le Viêt Nam sont en guerre pour le charbon mais aussi le jade et l’opium, la Chine est désunie, la Birmanie exsangue, l’empire américain a disparu, remplacé par un pouvoir corporatiste et religieux originaire du Midwest, l’Union Européenne est fractionnée, l’Inde et d’autres pays d’Asie sont devenus de quasi-colonies des grandes entreprises de biotechnologie, bref la carte du monde n’a plus grand chose à voir avec ce que nous connaissons. L’ingénierie génétique et la fin de l’ère dite de l’Expansion (pour entrer dans celle de la Contraction) ont redessiné rapports de force et carte mondiale. Car quand les maladies, naturelles ou artificielles, ravagent les cultures et les hommes, celui qui est capable de fournir des graines immunisées a le pouvoir, celui d’une nouvelle forme d’esclavagisme. Car bien évidemment, il fournit des semences stériles, lui permettant de tenir sous sa coupe des nations entières autant de temps qu’il lui plaira. Seule la Thaïlande a refusé les menaces d’embargo des corporations spécialisées dans les biotechnologies, et a survécu grâce au piratage génétique et à une banque de semences secrète qui attire bien des convoitises chez les américains du Midwest (elle contiendrait assez de gènes pour garder une longueur d’avance sur les mutations des pandémies pendant longtemps, ces transnationales ayant épuisé toutes les options disponibles).

Notez que certains ont expérimenté avec tout autre chose que des chats ou des graines : les japonais ont créé le Nouveau Peuple, des humains génétiquement modifiés pouvant servir de soldats d’élite (d’ailleurs fournis aux vietnamiens, qui les emploient comme éclaireurs et troupes de choc) ou de, hum, secrétaires / compagnes. Dans ce dernier rôle, on les appelle des filles-automates, car, entre autres modifications (comme une peau sans pores, plus agréable au toucher mais qui fait qu’elles ne supportent pas la chaleur), on a ajouté des limitations biomécaniques qui font que leurs mouvements sont saccadés, ce qui correspond non seulement à une certaine conception esthétique nippone (notamment lors de la cérémonie du thé) mais surtout à un moyen facile de les repérer si elles sont lâchées dans la nature : il leur est difficile de passer inaperçues. L’analogie avec les Réplicants de Blade Runner est évidente, sauf que dans l’univers de Paolo Bacigalupi, nul n’aura jamais besoin de test de Voight-Kampff pour les distinguer des humains normaux. Notez qu’on leur a implanté des instincts (probablement tirés du génome canin) et qu’on les a impitoyablement endoctrinées pour que l’obéissance au maître soit un impératif absolu (plus des modifications de nature hormonale qui font qu’elles prennent un plaisir involontaire même lorsqu’on leur inflige les plus brutaux et révoltants des sévices sexuels ; même quand elle est horriblement violée, sa programmation génétique force la fille-automate à jouir -ce qui m’a vaguement rappelé un point croisé dans Mindstar de Peter Hamilton-).

À part à la rigueur les mouvements saccadés, toute la partie du worldbuilding que je viens de vous décrire m’a parue très convaincante, sans compter qu’elle s’inscrit (tout comme l’atmosphère excessivement noire du roman) parfaitement dans les codes du Biopunk (règne des corporations, biotechnologie plutôt que cybernétique, etc). C’est l’autre partie du worldbuilding, celle qui concerne les sciences physiques et pas le réchauffement climatique ou l’ingénierie génétique, qui ne m’a pas convaincu.

Contexte – deuxième partie : euh lol ?

L’auteur est donc parti du principe que les ressources pétrolières sont épuisées (ou que celles qui existent encore ne sont plus exploitables, que ce soit à cause de contraintes techniques ou du fait d’un prix d’extraction qui ne serait pas rentable), et ne dit pas un mot du nucléaire. Dans son univers, on exploite le charbon (quand on n’a pas le choix, qu’on est riche ou militaire, parce que sinon, les coûts de compensation carbone sont prohibitifs), le méthane récupéré en faisant fermenter les déchets (y compris les cadavres…) et surtout l’énergie stockée dans des ressorts évolués, donc indirectement la puissance musculaire, que ce soit celle des humains ou de bêtes de somme génétiquement recrées (les Mastodontes), coucou Jurassic Park ! Nous avons donc des véhicules alimentés par la détente contrôlée desdits ressorts, des armes à ressorts projetant des disques tranchants et non plus des balles, etc.

Alors autant le dire tout de suite, quand j’ai vu les sources / formes de stockage d’énergie choisies par l’auteur dans son ère de la Contraction, je suis resté plus que dubitatif. Je comprends tout à fait la logique des Mastodontes créés par ingénierie génétique et des produits permettant aux ressorts de ne pas casser eux aussi issus d’OGM dans le cadre d’un roman Biopunk, mais il n’en reste pas moins que cela a généré deux problèmes en moi : premièrement, je n’ai tout simplement pas pu mettre mon incrédulité de côté. Même si d’un coup de baguette magique, j’enlevais là, tout de suite, toute trace de pétrole et d’uranium de la surface de la Terre (y compris dans les endroits peu / pas exploités comme l’Arctique, l’Antarctique, etc), il resterait une ahurissante variété de sources d’énergie sur la planète : vent, solaire, différentes formes d’hydroélectricité (classique avec barrages, hydroliennes, centrales marémotrices, exploitation de l’énergie de la houle), clathrates de méthane (j’ai lu il y a quelques semaines que les chinois venaient de mettre au point un procédé pour les exploiter), fission nucléaire au Thorium, voitures à hydrogène, etc. Et les progrès sont incessants : là encore, j’ai récemment lu qu’on avait mis au point des membranes qui, sans avoir l’impact des hydroliennes, avaient un rendement intéressant, puisque leurs ondulations captaient l’énergie cinétique des courants sous-marins pour la convertir en électricité. Bref, La fille automate n’est certes pas un livre de Hard SF, et vu son orientation biopunk, au moins une partie des sources / systèmes de stockage devaient forcément être liés aux biotechnologies, mais passer de la masse des possibilités existantes à des ressorts remontés par des éléphants du Cénozoïque recréés par génie génétique, comment dire… Sans compter le complet ridicule des armes à ressorts : il y avait des armes à feu bien avant qu’on exploite le pétrole, et il y en aura après : pourquoi recourir à des machins à ressorts tirant des disques aiguisés ? C’est grotesque. Mais bon, à part en SF militaire, où en général, les auteurs ont au moins une vague idée de ce qu’ils racontent dans ce domaine, le reste de la SFFF est bien connu pour raconter absolument n’importe quoi en matière d’armes à feu (je vous en ai fourni bien des exemples au cours des années sur ce blog, et je continue à en croiser tous les jours).

Ce qui me conduit à parler de mon second point de crispation : outre le fait que ces histoires de ressorts et de Mastodontes ne soient pas franchement réalistes (même si, je le répète, il ne s’agit pas de Hard SF), elles font aussi moins science-fiction que… eh bien quasiment Steampunk / Clockpunk. Pas sur l’aspect uchronique et rétrofuturiste (puisque l’action se passe au XXIIe siècle), ni sur un aspect néo-victorien (ça, par contre, aurait pu arriver, cf L’âge de diamant) mais dans le combo dirigeables (eh oui, pour Bacigalupi, pas de kérosène = plus d’avions ! -même si là encore, des solutions de remplacement existent-) + voies de développement technologiques « autres » (les fameux ressorts). Inutile de dire que cet étrange grand écart entre une anticipation / fiction climatique / un biopunk tout à fait réaliste sur certains points et assez abracadabrant sur d’autres a lourdement impacté ma lecture.

Pour résumer, j’ai été extrêmement convaincu et impressionné par certains pans du worldbuilding, et pas du tout par d’autres, à un point tel que ça m’a quasiment sorti du récit. Je signale toutefois que l’immersion dans ce Bangkok du futur est tout à fait exceptionnelle, à tel point qu’on s’y croirait. La quatrième de couverture compare La fille automate à certaines œuvres de Ian McDonald, et si, pour moi, ce dernier a globalement fait un meilleur boulot que Bacigalupi, l’américain ne souffrira, en terme de rendu d’un contexte « exotique » (pour nos yeux occidentaux) futuriste, pas de la comparaison entre sa Fille automate et La maison des derviches (roman auquel qu’on peut mettre en parallèle avec celui-ci sur de nombreux plans), par exemple.

Intrigue et personnages, rythme

J’anticipe un peu sur la partie « Thématiques », mais fondamentalement, tout le roman, à quelque niveau que ce soit, tourne autour des changements de paradigme, et les personnages n’échappent pas à la règle. Nous suivons Anderson Lake, l’employé d’une des firmes de biotech du Midwest qui, tout en ayant mis au point des algues générant une substance permettant de concevoir des ressorts révolutionnaires, cherche activement à avoir accès à la banque de semences des Thaïs, en commençant par… confirmer son existence. À l’attitude du Ministère de l’économie, favorable à une plus grande ouverture du pays vers l’extérieur, on comprend rapidement qu’alors que Bacigalupi a installé un premier paradigme décroissant, celui-ci est sur le point de basculer dans une nouvelle ère d’Expansion (même s’il y a une inertie gouvernementale qui fait qu’on agit toujours majoritairement comme si le monde était toujours en Contraction). Mais le tout-puissant Ministère de l’environnement veille au grain, notamment via un personnage surnommé le Tigre de Bangkok, un incorruptible qui a tout de l’Eliot Ness du XXIIe siècle. Sauf que certains de ses subordonnés ne sont pas aussi fidèles qu’il le croit, et qu’au lendemain d’une grande victoire, la situation va basculer du tout au tout… Et d’ailleurs, en parlant de subordonnés à la loyauté douteuse, celui de Lake, un chinois ayant échappé aux purges islamistes en Malaisie, vivant ainsi un radical changement de paradigme quand, d’entrepreneur richissime, il passe au statut de réfugié méprisé, obligé de raser les murs, n’est pas mal non plus : sa principale préoccupation est de chercher à s’emparer des secrets génétiques contenus dans le coffre de son patron et de les vendre à la pègre locale.

D’une façon plutôt surprenante, Emiko, la fille automate qui donne son nom au roman, n’apparaît qu’assez tardivement (70 pages) et a finalement un rôle relativement effacé, même si elle est le catalyseur involontaire de certains changements de paradigme sociétal et politique. En fait, le sien est le passage du statut de jouet (sexuel), à la merci de la cruauté et des fantasmes des autres, avec une mentalité servile et soumise inscrite jusque dans ses gènes via des instincts d’origine canine, à celui de personne et, mieux encore, de l’état de victime à celui d’individu ayant un pouvoir de vie ou de mort sur l’humain normal, pouvant le supprimer avec une terrifiante facilité, bref de terrifiant prédateur. Finalement, Emiko est à l’être humain de base ce que le Cheshire est au chat domestique. On ajoutera qu’avant le début du livre, ce personnage avait, comme le chinois Hock Seng, subi un autre violent changement de paradigme : alors qu’au Japon, elle était considérée comme une merveille, abandonnée en Thaïlande, elle est méprisée, utilisée comme jouet sexuel, moquée, et en constant danger dès qu’elle croise les Chemises Blanches du Ministère de l’Environnement (qui prend son rôle très au sérieux).

Aucun de ces personnages n’est fondamentalement inintéressant (leur psychologie est très travaillée), mais mon problème avec eux est que soit je les ai trouvés profondément antipathiques (particulièrement Gibbons ; leur comportement et / ou leurs motivations ne sont pas franchement recommandables, et ils sont nombreux à se trahir les uns les autres : c’est certes du Bio-/Cyber-punk, mais tout de même !), soit j’ai eu du mal à m’intéresser à eux, soit je les ai trouvés trop irréalistes pour me convaincre (le fait qu’Emiko soit aussi sensible à la surchauffe du fait de la structure modifiée de sa peau fait que, selon moi, elle ne devrait pas être aussi efficace qu’une biocréation militaire, et qu’elle aurait dû se faire tuer ; et je ne parle même pas d’un protagoniste mort, qui continue à avoir un rôle dans l’histoire -même si c’est plus une manifestation de la conscience d’un autre personnage qu’un phénomène surnaturel, qui pour le coup m’aurait définitivement sorti du bouquin-). D’ailleurs, dans le même genre, la légèreté avec laquelle les Cheshires sont relâchés dans la nature m’a parue totalement abracadabrante. Le seul qui m’ait vraiment intéressé est Jaidee, et, dans une moindre mesure, sa lieutenante.

J’ajoute que le rythme lent du roman (sans compter des scènes parfois dispensables) n’aide pas forcément à se passionner pour lui, et qu’il faut atteindre la page 200 environ pour que des infos 1/ nous soient données significativement et 2/ plus clairement. Sans compter que Bacigalupi n’est pas à l’abri de grossières contradictions, comme les citrons qui sont déclarés être une espèce disparue avant de faire une réapparition « miraculeuse » à deux reprises dans la suite du roman. On signalera enfin, pour les âmes sensibles, que certaines descriptions des viols et sévices sado-maso infligés à Emiko sont hardcore.

Un petit mot sur l’impression (slovaque : il faut croire qu’il n’y a pas d’imprimeurs en recherche de contrats en France…) : elle est de fort mauvaise qualité. C’est fréquent (ce qui n’excuse cependant rien, bien au contraire) dans les éditions de poche, tous éditeurs confondus, mais là c’est tout spécialement flagrant. Ou alors (et c’est souvent ce que me répondent les éditeurs concernés en pareil cas), je dois être particulièrement « malchanceux » car le seul exemplaire raté du lot débarque chez moi…

Thématiques

Elles sont tout à fait passionnantes, que ce soit au niveau de l’écologie (le thème phare de l’auteur), de la crise énergétique, du danger des manipulations génétiques et de la façon dont des multinationales sans scrupules pourraient en profiter (notamment pour ces histoires de semences stériles), de la post-humanité, des changements de paradigme, de la montée des extrémismes (religieux, idéologiques -y compris écologistes-), des cycles économiques et de la façon dont le système capitaliste peut s’adapter aux types de changements précédemment décrits (Plus de pétrole ? Vendons des ressorts ! Un pays nous refuse l’accès, défie nos embargos et pirate nos designs génétiques ? Convainquons-le qu’il est dans son intérêt de nous ouvrir en grand ses portes !), de la façon dont les sociétés humaines pourraient s’adapter (ou pas) à un cocktail radical de changements (réchauffement + pénurie de ressources + pandémies -y compris artificielles-, etc), des violences faites aux femmes et de l’esclavage via Emiko, du statut légal des posthumains biofabriqués et de leur contrôle (ou pas, d’ailleurs), de l’hypocrisie gouvernementale (un ministère Thaï conspire avec les étrangers pour en contrer un autre, et privilégier les intérêts économiques par rapport à la sécurité sanitaire -ce qui devrait vous évoquer des choses si vous lisez cette critique au moment de sa parution, non ?-), la marchandisation du vivant, la propriété intellectuelle des designs génétiques, et j’en passe. Inutile donc de dire que ce roman est d’une richesse peu commune, et va vous faire réfléchir car le problème est que ce que décrit Bacigalupi est souvent terriblement réaliste, et pourrait donc tout à fait arriver (au moins sur certains plans).

Cependant, je ressors de ce roman avec la très étrange impression d’avoir lu à la fois un livre de tout premier ordre et celle d’avoir eu affaire à un bouquin qui est loin de m’avoir complètement satisfait, et encore moins charmé, et ce sur plusieurs plans. Un sentiment vraiment inhabituel chez moi, et de fait pas franchement agréable. J’ai d’ailleurs eu du mal à rédiger cette critique, du moins d’une façon suffisamment claire pour que chacun comprenne ce que j’avais sincèrement admiré et pas du tout aimé là-dedans.

La fin est assez vertigineuse et surprenante, avec un dialogue ayant un fort écho de celui entre Roy Batty et Eldon Tyrell. Une morale à tirer du livre est que le capitalisme est éternel (ce paradigme là ne changera pas vraiment, il utilisera juste des armes différentes pour se perpétuer : il mutera mais ne sera pas remplacé par un autre paradigme), et qu’il trouvera toujours un moyen (pour citer un des personnages) d' »acheter un pays ». Une autre est qu’un tigre en cage reste un tigre, et que même quelqu’un prêt à tout pour survivre peut faire preuve d’altruisme. Bien qu’encensé par divers prix littéraires et par le sérail, ce roman, bien que je reconnaisse la qualité (d’une partie) de son worldbuilding et la profondeur de ses thématiques, ainsi que l’immersion dans une Thaïlande futuriste plus vraie que nature et une anticipation écologique d’une rare puissance, a tout de même trop de défauts (pour un plébéien de la blogosphère comme moi, du moins) pour que je lui décerne la distinction suprême de (roman) Culte d’Apophis.

Pour aller plus loin

Si vous souhaitez avoir un deuxième avis sur ce roman, je vous conseille la lecture des critiques suivantes : celle de Blackwolf, celle du Chat du Cheshire (qui devait lire ce livre mettant en vedette ses congénères, c’était une obligation morale !), de Gromovar, de Xapur, de Yogo, de la Geekosophe,

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20 réflexions sur “La fille automate – Paolo Bacigalupi

  1. Tout à fait d’accord avec ton impression !
    Bon, sur le côté worldbuilding, comme je n’ai aucune formation scientifique et ne réfléchis jamais (ou très peu) à ce genre de choses, je n’ai pas vu le souci de l’énergie.

    Mais par contre je suis également ressortie de ma lecture (y’a quelques années) avec cette impression d’un truc à la fois excellent et à la fois moyen.

    Je crois que j’ai eu des difficultés à m’impliquer avec les personnages, et la description des sévices infligés à Emiko tient limite de la fétichisation. Y’a un côté très malsain et il n’était pas nécessaire d’aller jusque là, ni de revenir toujours sur sa peau etc… Elle est fétichisée par l’auteur, pas uniquement les personnages autour, et que dire de la pseudo histoire d’amour… à part « mouais ».

    Ça allait mieux sur la fin néanmoins, et comme tu dis, tout un pan du worldbuilding et du côté politique c’est excellent.

    Il ne fait pas partie de mes incontournables et je le recommanderais difficilement parce que trop abrupt côté immersion sans que ça vaille VRAIMENT le coup. J’aime l’abrupt quand y’a du wahou derrière, là y’a de l’abrupt et du « ok, intéressant ».

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  2. Malgré ta chronique, je ne sais toujours pas quand je vais prendre le temps de lire cette œuvre. Tout ce que je lis à son sujet va dans le sens de ta chronique. Sinon, du même auteur je te conseille Water Knife. Il faudra d’ailleurs que j’en fasse la chronique un de ces jours.

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  3. Ravi de voir une critique de ce bouquin débarquer ici !
    Peu habitué de ce genre de SF « crue » à l’époque, j’avais adoré (ne serait-ce que pour la façon pour tous les personnages de raisonner en permanence en « calories » pour compter la force de travail, la qualité de la nourriture, etc.)… tout en me demandant pourquoi Paolo avait sciemment esquivé la question des énergies renouvelables, du nucléaire, etc…
    Eh bien j’ai pu lui poser la question directement, aux Utopiales, en 2016 ! Et il m’a répondu que sa SF présentait une version « distordue » du futur afin de mettre l’accent sur certaines problématiques en en écartant d’autres, son but n’étant pas de prédire un futur globalement crédible mais bien un avenir exagéré, tiré dans une direction précise (comme le font pas mal d’auteurs SF en somme, par ailleurs). J’en suis revenu avec le souvenir d’un type très chaleureux, à la fois passionné et inquiet (plus un exemplaire dédicacé de Water Knife, qui est certes moins ambitieux mais très prenant… même s’il comprend aussi des passages glauques un peu superflus). Je n’ai pas posé de questions sur le gout de l’auteur pour la torture de personnages, cependant !

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    • Je vois mal ce qui l’empêchait de grossir le trait environnemental, au niveau des enjeux des manipulations génétiques, etc, tout en évitant les mammouths et la technologie basée sur les ressorts, qui, à mon avis, dessert le propos plus qu’autre chose. En tout cas, merci pour ce très intéressant témoignage 😉

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  4. très mitigé également, j’ai eu beaucoup de mal à entrer dans ce roman qu’on m’avait chaudement recommandé. En particulier au niveau de la crédibilité des postulats scientifiques (les mastodontes, les limites des « automates » quand à la température, les problèmes de transport). Cependant une construction basée sur l’environnement et un peu de thermodynamique c’était intéressant. Le roman reste passablement pessimiste et plusieurs personnages franchement abjects. Là ou ou j’ai bien accroché c’est la localisation en Thaillande. Là ou j’ai décroché c’est dans les scènes de violences sexuelles selon moi inutiles. Même s’il m’a mis mal à l’aise, je le garde quand même dans ma liste de recommandations d’oeuvres à lire.

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  5. J’ai découvert l’auteur avec ce livre et depuis, je suis fan de ses futurs proches et si lointains à la fois, j’ai presque tout lu de lui y compris ses romans a priori jeunesse. J’ai même pu le voir aux Utos et je recommande le recueil La Fille-Flûte. Du coup, ma suspension d’incrédulité se porte bien !

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  6. Ping : La Fille automate – Paolo Bacigalupi – Les Lectures de Xapur

  7. Parfaite chronique qui analyse parfaitement la richesse et les failles du worldbuilding de ce roman. J’avais adoré mais j’étais aussi gêné par certains aspects que tu soulèves très justement. Il n’en reste pas moins un très bon roman bien divertissant que j’ai préféré à tous les autres titres de l’auteur.

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  8. Nos avis sont assez similaires, même si pour ma part les incohérences en termes d’énergie ne m’ont pas gênées. J’ai bien apprécié la diversité des thèmes abordés et l’univers plutôt glaçant et bien pensé. J’ai en revanche eu du mal avec une noirceur souvent excessive, certaines scènes avec Emiko ne sont pas nécessaires à mon goût, des personnages souvent antipathiques (bien que crédibles) et une immersion assez difficile tant les premières pages sont opaques.

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