L’œil d’Apophis – Numéro 13

Eye_of_ApophisTreizième numéro de la série d’articles l’œil d’Apophis (car rien n’échappe à…) ! Je vous en rappelle le principe : il s’agit d’une courte présentation (pas une critique complète) de romans qui, pour une raison ou une autre, sont passés « sous le radar » des amateurs de SFFF, qui sont sortis il y a longtemps et ont été oubliés, qui n’ont pas été régulièrement réédités, ont été sous-estimés, ont été noyés dans une grosse vague de nouveautés, font partie de sous-genres mal-aimés et pas du tout dans l’air du temps, sont connus des lecteurs éclairés mais pas du « grand public », pour lesquels on se dit « il faudra absolument que je le lise… un jour » alors qu’on ne le fait jamais, et j’en passe. Chaque numéro vous présente trois romans ou cycles : aujourd’hui, il s’agit de Black Man de Richard Morgan, L’essence de l’art de Iain M. Banks et du cycle Terremer d’Ursula Le Guin.

Au passage, sachez que vous pouvez retrouver les anciens numéros de l’œil via ce tag ou bien cette page. Je vous rappelle aussi que les romans présentés ici ne sont pas automatiquement des chefs-d’oeuvre ou ceux recommandés par le site à n’importe quel amateur de SFFF (si c’est ce que vous cherchez, voyez plutôt les tags (Roman) Culte d’Apophis ou Guide de lecture SFFF).

Black Man – Richard Morgan

black_man_morgan_pocheLa sortie récente de la série Altered Carbon, tirée d’un roman de Richard Morgan, a (re)mis en lumière le britannique, qui était jusqu’ici connu des lecteurs de SF chevronnés mais pas forcément du grand public. En pareil cas, l’éditeur espère toujours qu’un « ruissellement » aura lieu, et que les spectateurs de la série qui ont voulu en savoir plus et se sont tournés vers le livre dont elle a été tirée s’intéresseront aussi au reste de l’oeuvre de son auteur. D’où la réédition, parfaitement logique, de Black Man, avec un bandeau informant l’acheteur potentiel que l’oeuvre est cousine avec la série. Toutefois, l’expérience montre que ce « ruissellement » a rarement lieu : si le bouquin / cycle dont est tirée une série à succès bénéficie souvent, dans son sillage, de ventes qui peuvent être très conséquentes, ce n’est pas le cas (ou en tout cas certainement pas dans les mêmes proportions) pour le reste de la bibliographie de son auteur. Et j’aurais tendance à dire que cela s’est vérifié pour Black Man : sur 17 critiques parues sur Babelio au moment où je rédige ces lignes, seules… 2 ont été publiées après la diffusion d’Altered Carbon. Voilà donc un bouquin qui entre tout à fait dans l’esprit de « remise en lumière » qui m’a conduit à vous proposer L’œil d’Apophis.

Si Black Man n’atteint pas tout à fait la qualité de Carbone modifié, et si son héros, Carl Marsalis, n’est pas aussi charismatique que Takeshi Kovacs, le roman reste intéressant, comme vous en convaincra sûrement ma critique complète. Sachant aussi que ce que vous avez aimé ou détesté dans la saga de Kovacs, vous le retrouverez en grande partie dans celle de Marsalis, à commencer par un côté réaliste, coup-de-poing, sexuel, noir et violent. Sachez aussi que Richard Morgan a publié, en fin d’année dernière, un autre roman, Thin air, qui se déroule dans le même univers que Black Man, mais avec un héros différent et pouvant se lire sans problème de façon indépendante. Et ce bouquin est tout à fait excellent (on espère d’ailleurs, pour les non-anglophones parmi vous, une traduction), comme je l’explique dans cette critique.

L’essence de l’art  – Iain M. Banks

state_of_the_art_belialDans le numéro 11 de L’œil d’Apophis, je vous parlais de Peter Hamilton, auteur bien connu pour ses romans mais pas du tout pour ses nouvelles, alors qu’elles sont souvent excellentes (j’en ai encore eu une preuve éclatante il y a quelques jours dans Mission Critical). Eh bien figurez-vous qu’un autre écrivain britannique, le très regretté Iain M. Banks, est un peu dans le même cas : la plupart des gens ne savent pas qu’il existe en français un recueil de textes courts (sept nouvelles et une novella, dont cinq ne relèvent pas de son cycle phare, celui de la Culture) appelé L’essence de l’art et signé par l’écossais.

Dans cet ouvrage, éclate tout le talent de l’auteur : l’humour (parfois décalé) y côtoie, voire se mêle avec, la plus grande des noirceurs. S’il fallait retenir deux textes, je choisirais la novella éponyme, qui répond à une question inscrite en filigrane dans le cycle de la Culture (à savoir : quelles sont les relations de cette dernière avec la Terre ?), et peut-être surtout la nouvelle Descente, texte extrêmement noir mais aussi suprêmement marquant, qui représente, des années avant, ce qu’à essayé de faire Christian Léourier dans le récent Helstrid, mais en dix fois mieux. Banks était une voix unique dans la SF (et à vrai dire dans la littérature en général, puisque toute son oeuvre ne se résume pas à celle de l’imaginaire), et la lecture de ce recueil montre à quel point il a laissé, en ayant le mauvais goût de se Sublimer (comme il l’aurait dit lui-même), un vide immense dans le genre.

Cycle Terremer – Ursula Le Guin

terremer_intégraleEt en parlant de décès qui a laissé un vide immense dans le genre, comment ne pas évoquer Ursula Le Guin ? Si elle est plus connue pour la partie SF de son oeuvre, l’autrice a aussi laissé son empreinte en Fantasy. Si son cycle de Terremer n’est pas à proprement parler oublié (toute sa bibliographie a été remise en lumière à sa mort, et les efforts de certains, comme Relax / Bazar sur Babelio, ont assuré qu’il reste dans les mémoires), je constate cependant souvent que tel ou tel blogueur ou critique majeur ne l’a pas lu. Ou pas entièrement. Et pourtant… Si je devais faire une liste de dix cycles indispensables en Fantasy, il y figurerait sans conteste. Et quand quelqu’un me demande quoi lire pour débuter dans ce genre, c’est souvent ce que je conseille en premier. Sachez, pour l’anecdote, qu’on peut lire d’énormes âneries sur le premier tome (et parfois sur certains des autres), comme le fait que ce serait du Young Adult avant l’heure et indigne d’un lecteur adulte d’aujourd’hui (ce qui est complètement faux : bien au contraire, c’est un univers d’une exceptionnelle profondeur philosophique), ou le fait que ce serait « du sous-Harry Potter » (outre le fait que Terremer a été publié plus de vingt ans avant, là encore sa profondeur atomise l’oeuvre de J.K. Rowling). Bref…

Terremer est un cycle où le talent d’écriture (les silences y ont autant de poids que les paroles), la poésie de l’univers, l’élégance et le côté précurseur (par sa simple présence) du système de magie, l’excellence des personnages, le fait que chaque tome ne constitue en rien une seconde itération de son prédécesseur et un fort aspect féministe se conjuguent pour donner à la Fantasy une de ses sagas les plus intelligentes, les plus philosophiquement profondes, socialement pertinentes et une de ses œuvres les plus belles et les plus marquantes. Bref, ne procrastinez pas, lisez-le ! Pour ma part, j’ai lu tout ce que l’autrice avait écrit sur cet univers, mais c’était bien avant l’ouverture de ce blog, aussi ne trouverez-vous que les critiques des deux premiers tomes sur le Culte : Le sorcier de Terremer et Les tombeaux d’Atuan. Sachez que les autres composantes du cycle, romans ou recueil de nouvelles, sont au moins aussi intéressantes (de mon point de vue, Tehanu atteint des sommets).

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17 réflexions sur “L’œil d’Apophis – Numéro 13

    • Eh bien déjà, il y a un certain nombre de gens qui semblent ne pas se rendre compte que ce n’est pas parce qu’un livre sort durant l’année A qu’il a été écrit cette année là. Donc quand quelqu’un lit une édition récente de Terremer, qu’il ne connaît pas Dame Ursula et ne fait pas attention à la date de sortie de la VO (indiquée au début de chaque roman traduit), il peut se faire avoir. Et dire « ah, une copie d’Harry Potter ».

      Ensuite, pour certaines personnes, héros adolescent + roman initiatique = YA. Or, ce qui différencie le YA des romans adultes, c’est le degré de profondeur de ceci ou cela (psychologie des personnages, épaisseur de l’intrigue, développement du monde, complexité de l’écriture, etc), pas le fait que le héros soit ado et découvre la vie.

      Mais bon, j’ai préféré prévenir, histoire que certains ne se détournent pas de bouquins qui, comme tu le soulignes fort justement, sont formidables, juste parce qu’ils ont entendu dire qu’ils sont ceci ou pas cela. En plus, honnêtement, certaines couvertures n’aident pas (celles des éditions poche les plus récentes) : on dirait carrément de la littérature jeunesse 😀

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  1. Bien d’accord, Terremer atomise complètement Harry Potter et plusieurs autres. Plusieurs ados ont accroché à la SF et la fantaisie après que je leur ai fait lire Terremer. Pour moi qui lis peu de Fantasy c’est l’ouvrage majeur avec le cycle des épées de Lieber. je l’ai lu dans l’édition Opta CLA, il y a bien longtemps , les illustrations de cette édition étaient superbes et donnaient envie de le lire.

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  2. Oh! je plussoie pour Terremer!
    C’est une œuvre indispensable à tout amateur de fantasy. Pas de fantaniaiserie, certes, il faut aimé l’essence même de ce genre. On ne parle que de GoT, Sda et dernièrement du Livre des Martyrs, en oubliant souvent Terremer. Or quand je vois – ou lis – combien cette trilogie a influence tant d’auteurs, je trouve injuste d’y passer à côté. Je ne suis pas experte dans l’histoire de la Fantasy, pourtant il me semble que Le Guin fondait déjà à son époque une base à sa magie. Sanderson s’en est librement inspiré avec Elantris et Rothfuss dans Le Nom du vent également.

    Pour Morgan, je ne sais pas. Pour Banks, il est déjà chez moi! 😉

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    • Tout à fait, à une époque où la magie était essentiellement de l’ordre du « ta gueule, c’est magique », Le Guin proposait quelque chose de beaucoup plus évolué, réfléchi, expliqué, structuré.

      Tout à fait, Le Guin a influencé un grand nombre d’auteurs de Fantasy. Quand j’ai chroniqué Time’s Children de D.B. Jackson, par exemple, j’ai tout de suite repéré son influence, et elle a été confirmée des mois plus tard dans une interview.

      Donc tout ça mis bout à bout, il m’a effectivement paru important, à l’heure où, comme tu le soulignes très justement, on parle beaucoup de GoT et du Livre des martyrs, de souligner qu’il y avait d’autres grands cycles (et des cycles moins noirs -ou d’une noirceur différente, disons- et offrant un autre rôle aux dragons, qui plus est).

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  3. Merci pour la mise en lumière de Terremer, je l’ai depuis 6 mois mais n’avais toujours pas trouvé la vraie motivation pour l’ouvrir ! C’est maintenant chose faite 🙂
    Par contre, la couverture m’a beaucoup plu et ne m’a pas fait penser a de la jeunesse.

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  4. Hehe Procrastination sur Terremer… enfin pas tant que ça. Ca ne fait pas mille ans que je connais, et que je me dis qu’il faut que je découvre ce monument… et depuis la réédition Livre de Poche… je me dis qu’il faut sauter le pas (l’année dernière du coup)…
    Ca sera peut-être LE livre qui entrera dans ma Pile en août! (vu que j’aurais les vacances devant moi ;-))
    Tu es très encourageant en tout cas.

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    • Oui, je crois qu’on peut parler de monument, que ce soit sur le plan de la philosophie qui sous-tend l’univers, du caractère inoubliable de l’ambiance et des personnages, du traitement de la magie et des dragons, de l’importance de l’aspect féministe, etc. En même temps, c’est de l’Ursula Le Guin, et rien que ça, ça en dit déjà long sur la qualité 😉

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  5. Terremer est un très beau cycle, mais je pense qu’il déstabilise un peu les gens parce que le premier tome a un effet simili-Harry Potter qui peut perturber (bien qu’il soit très différent et surtout sacrément antérieur) et qu’on est loin de la grosse fantasy avec plusieurs milliers de pages d’aventures. Mais c’est aussi ce qui fait tout son charme.
    En tout cas je te rejoins, Tehanu c’est vraiment le sommet du cycle, il est d’une incroyable richesse ce roman où il ne se passe pourtant pas grand chose.

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    • J’avais commencé à relire le cycle et à proposer des critiques au tout début du blog, il faudra que je continue avec les tomes 3-5 et Les contes de Terremer, à l’occasion.

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  6. Oups, je n’ai jamais lu Terremer… En fait, j’avais vu une adaptation en série TV au début des années 2000 puis le manga qui ne m’avaient pas du tout emballé. Et j’avais commencé Lavinia aussi et idem, je l’avais laissé de côté. Bon, il faudrait peut-être que je me force à aller vers le roman original ?

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