Aftershocks – Marko Kloos

Le vieil homme et la guerre

aftershocks_kloosAftershocks est le nouveau roman de Marko Kloos, et le premier d’un cycle inédit, The Palladium wars. J’ai découvert l’auteur il y a deux ans et demi, lorsque j’ai lu Terms of enlistment, tome inaugural de sa saga de SF militaire Frontlines, ainsi que la nouvelle associée Lucky thirteen. J’en avais gardé l’image d’un bouquin très sympathique et à la prose très fluide et efficace, à défaut d’être originale, et m’étais promis de lire la suite. Ce que je n’ai pas encore fait parce que j’ai préféré donner la priorité aux nouveautés et aux grands classiques pas encore lus plutôt qu’à des livres que je percevais comme certes de bonne qualité, mais somme toute mineurs. Et puis est arrivée, en mars, la série Love, Death and robots sur Netflix, dont deux des épisodes (Métamorphes et Lucky 13) sont tirés de textes de Kloos. J’ai donc compris que l’auteur avait pris une dimension que je ne soupçonnais pas, vu que la plupart des autres épisodes de la série sont inspirés par certains des plus grands noms de la SF actuelle, dont John Scalzi, Peter F. Hamilton, Ken Liu ou Alastair Reynolds. De fait, Kloos a rejoint l’écurie Wild Cards de G.R.R. Martin, et a développé une amitié avec Scalzi (sans compter un coup d’éclat anti-Puppies qui lui a acquis la sympathie de nombreux auteurs). Et surtout, désormais, il faut l’appeler MONSIEUR Kloos, parce qu’il a vendu un quart de million d’exemplaires du second tome de Frontlines, Lines of departure (clic).

L’auteur ayant pris une tout autre envergure, et se lançant pour la première fois hors du nid douillet que constituait Frontlines, on peut légitimement attendre de pied ferme sa nouvelle SF militaire, Aftershocks. De fait, l’auteur a voulu surprendre, en inversant totalement un des stéréotypes les plus tenaces du genre : alors que dans beaucoup d’œuvres-phares, on suit un jeune soldat combattant pour le camp des « gentils » (ou du moins qui est persuadé de le faire) au début de la guerre (que son camp est voué à gagner), lui a voulu montrer, tout au contraire, un soldat quadragénaire qui, après le conflit, se retrouve dans le camp des vaincus, des criminels de guerre, des « méchants ». L’auteur vivant aux USA mais étant allemand, les parallèles avec l’Allemagne sont aussi nombreux qu’évidents et pertinents (nous allons en reparler). Au final, c’est donc à une SF militaire plutôt originale à laquelle nous avons affaire, mêle si elle n’est pas dépourvue de défauts parfois agaçants.

Treaty yeah, treaty now *

* Treaty, Yothu Yindi, 1991 (ici version live par Midnight Oil et Yirrmal, 2017).

Il y a 500 ans, des terriens ont colonisé le système de Gaïa (au passage, ce nom n’est donné que deux fois : une -loin- dans le texte, une autre sur la quatrième de couverture -le résumé donnant d’ailleurs une image très distordue du bouquin, je trouve-). Celui-ci comprend six planètes telluriques : il y a tout d’abord Gretia, qui ressemble le plus à la Terre, puis Hadès, une sœur jumelle extrasolaire de Mercure (mais qui, bien que peu colonisée, est à la fois le Las Vegas -casinos- et le Miami -maisons de retraite- de ce système -sans compter ses abondantes ressources en énergie solaire-), Acheron, copie de Vénus où on vit dans des cités flottant à 50 Km d’altitude comme dans Le sultan des nuages de Geoffrey A. Landis, Oceana, une planète-océan, Rhodia, qui n’a qu’un seul petit continent, dont les côtes sont balayées par d’énormes et meurtrières marées créées par ses deux lunes (et donc impossibles à coloniser), et enfin Pallas, au relief si accentué qu’on ne peut vivre que dans des cités en terrasses au flanc des titanesques montagnes, afin de combiner une altitude suffisamment basse pour avoir de l’air respirable et assez de lumière solaire.

Bref, à part la quasi-terrienne Gretia, toutes les autres planètes offrent des conditions de vie plus que limitées, parfois, et en tout cas un potentiel de développement démographique moindre et une vie plus dure. Le seul vrai avantage qu’à une autre planète sur Gretia, c’est le Palladium, dont les plus grosses ressources du système se trouvent sur Rhodia. Or, un alliage ou composé de Palladium sert de supraconducteur à température ambiante dans cet univers, ce qui fait que toute technologie avancée (IA, trains à lévitation magnétique, compensateurs de gravité, etc) est basée dessus.

Dès lors, si Gretia est si favorisée par rapport aux autres (c’est à la fois la planète la plus habitable et la plus riche de Gaïa), il est difficile de comprendre pourquoi c’est elle qui a déclenché la guerre afin de les conquérir. La réponse viendra vers la fin du roman (on se demande pourquoi, d’ailleurs, car c’est clairement un élément de worldbuilding et certainement pas un secret dévoilé) : elle voulait le Palladium de Rhodia. Seulement voilà, en cherchant à diviser les autres mondes du système pour éviter une guerre sur deux fronts, elle a obtenu exactement l’inverse : ils se sont tous coalisés après que Gretia ait attaqué… Oceana (j’ai d’ailleurs eu du mal à suivre la logique militaire qui avait conduit à attaquer cette planète et pas directement Rhodia, histoire de prendre un éventuel processus de coalition de vitesse, mais bon…), et ont formé une Alliance qui, au bout de quatre ans de guerre et un-demi million de morts, a chassé les troupes de Gretia de tous les mondes du système occupés et a imposé une capitulation sans conditions (les Gretians ont préféré se rendre plutôt que de voir leur propre planète envahie, ce qui va d’ailleurs avoir une conséquence pernicieuse : l’homme de la rue n’a pas vraiment le sentiment d’appartenir à une nation vaincue -plutôt qui s’est vue imposer un armistice dégradant- qu’aurait pu donner une invasion en bonne et due forme -j’anticipe un peu, mais ce point fait plus penser à l’après-Première Guerre mondiale qu’à la Seconde-).

Le traité de paix est assez drastique pour Gretia : premièrement, elle est divisée en zones d’occupation, exactement comme Berlin après la dernière guerre mondiale ; deuxièmement, ses citoyens et entreprises doivent payer 15 % de leurs revenus au titre des réparations de guerre (un personnage calcule que dans le meilleur des cas, il faudra un demi-siècle pour rembourser) ; troisièmement, tous les membres des familles dirigeant les grandes entreprises ayant participé à l’effort de guerre Gretian et ayant eu au moins dix-huit ans lors de l’armistice sont éjectés de la direction des corporations concernées.

Globalement, j’ai bien aimé ce worldbuilding, avec sa géopolitique intra-système évoluée qui ressemble à une version extrasolaire de celle de The expanse. On peut aussi remarquer que Kloos s’y entend pour créer des visions d’envergure et / ou magnifiques, comme les arcologies (villes-immeubles) de Rhodia, les cités en terrasses suspendues à flanc de montagne de Pallas, celles s’étendant sur cent niveaux souterrains d’Hadès, celles des nuages d’Achéron, ou encore celles, flottantes, d’Oceana. Malgré tout, il y a 2-3 choses qui me laissent un peu dubitatif, comme l’absence (bien commode pour établir ce que j’appellerais la « géopolitique du palladium ») de ceinture d’astéroïdes ou, plus encore, celle de Géantes gazeuses ou de glace (sachant à quel point elles sont omniprésentes dans les systèmes extrasolaires connus). Par contre, j’ai apprécié le fait que l’auteur tire minutieusement les conséquences de ses postulats de départ : Rhodia, par exemple, plus ou moins une allégorie du Japon (mais avec des noms de vaisseaux grecs !), construit des arcologies parce qu’elle manque de place, ses côtes étant inhabitables et son unique continent de taille modeste. Pour finir sur ce chapitre, on remarquera que si Gretia est une évidente allégorie de l’Allemagne des deux guerres mondiales, Pallas évoque fortement un Népal Gurkha / britannique, avec notamment une emphase mise sur le Kukri (à lame monomoléculaire !) et l’utilisation du rare grade de Colour Sergent, propre ou quasiment aux pays ou territoires du Commonwealth.

My country is going wrong, my country right or wrong *

* My country, Midnight Oil, 1993.

L’action commence cinq ans après la fin du conflit, en 3319 (ou 923 du calendrier local). Aden Robertson, 42 ans, était major dans les Blackguards (les troupes de choc ; comprenez : l’équivalent des Waffen SS sur Gretia, en terme d’aura sinistre et de réputation de bouchers en uniforme -noir, évidemment-), le corps accusé du plus grand nombre de crimes de guerre. Ce n’était cependant pas un combattant, mais un linguiste travaillant dans le Renseignement durant l’occupation d’Oceana. Il n’a d’ailleurs pas tiré un seul coup de feu de tout le conflit. Toutefois, comme tous les autres soldats Gretians, il s’est retrouvé emprisonné sur Rhodia, dans une arcologie où il est extrêmement bien traité. Mais l’heure de la libération a sonné, et Aden se retrouve lâché dans un système de Gaïa où son peuple est l’agresseur impérialiste, la planète égoïste qui avait les meilleures conditions de vie du système et qui en a voulu encore plus, la société qui a une fascination maladive pour l’uniforme et la coupe de cheveux militaire, où on a toujours été conditionné à obéir sans discuter aux militaires et aux policiers, et qui avait de tout temps été plus rigide que celles des autres mondes, notamment en matière de drogues « récréatives ». Et pour Aden, c’est encore pire : les Blackguards sont encore plus détestés que les autres (d’ailleurs, ce sont les derniers relâchés dans la nature). Durant ses années de captivité, il a, comme ses co-détenus, accumulé une solde, qui va lui servir à tenter de rentrer chez lui. On verra que son voyage de planète en planète ne va pas se révéler de tout repos, ni dépourvu de « surprises » (je vais y revenir).

En parallèle, nous suivons aussi Idina, une Palladiène déployée dans la zone d’occupation du même nom dans l’hémisphère nord de Gretia, avec le grade de Color Sergeant. Alors que son unité, en patrouille de routine, tombe dans la première embuscade d’insurgés tendue depuis des années, la jeune femme est blessée et voit ses hommes décimés. Les assaillants, dont l’identité ne sera pas révélée par l’auteur, emploient des armes lourdes et une technologie furtive d’une efficacité hors-norme (d’autant plus que ce type de matériau est d’émergence très récente), d’origine inconnue. Après cet incident, Idina va avoir à cœur de retrouver les insurgés responsables, mais à la place, elle est ré-assignée à la capitale planétaire, Sandvik, où elle va jouer un rôle de Police Militaire et devoir apprendre à coopérer avec la Police Gretiane locale, à commencer par la capitaine Dahl. Et on verra que cette affectation ne se révélera pas non plus de tout repos, vu que la ville est secouée par des manifestations incessantes entre différentes factions, qui protestent essentiellement contre le « servage » imposé par le traité de paix et ses réparations de guerre.

Nous ferons ensuite la connaissance de Dunstan Park, le capitaine du RNS Minotaur, frégate de la Rhodian Navy. Il est assigné à la surveillance de l’orbite de garage où est parqué ce qui reste de la flotte de Gretia, alors que les membres de l’Alliance débattent depuis des années de la façon de se partager équitablement le tonnage et la puissance de feu que cette armada représente. Alors qu’il s’agit d’une ennuyeuse mission de routine, et que la frégate est de toute façon sur le point d’être relevée, un (gros) incident a lieu. Là aussi, Dunstan ne va avoir de cesse de découvrir le fin mot de l’histoire, même après que son vaisseau ait été ré-assigné à une mission de patrouille sur les routes commerciales du système, alors que la piraterie augmente de façon inquiétante.

Nous découvrirons, enfin, Solveig, 23 ans, fille de Falk Ragnar (j’adore ce nom, il pète la classe ^^), fondateur et ex-PDG de Ragnar Industries, troisième plus grosse corporation de Gretia et acteur majeur du secteur de la Défense pendant le conflit. Si je vous donne son âge, ce n’est pas un hasard : lorsque l’armistice a été signé, Solveig était à quelques jours d’avoir 18 ans, et donc elle a échappé au couperet interdisant à toute personne majeure durant le conflit d’avoir ou de conserver des fonctions dans les entreprises liées à l’effort de guerre.  Cinq ans plus tard, elle sort de l’université, et s’apprête à devenir un des vice-présidents de Ragnar, avant, à terme, d’en prendre les commandes. Moyen bien commode, pour le vieux Falk (que j’ai imaginé avec la tête d’un mélange de Malcolm McDowell et de Donald Sutherland, vu sa description), de garder un contrôle indirect sur son entreprise. Au passage, Solveig est le personnage qui bénéficie du plus petit nombre de chapitres (plus que Dunstan, mais moins qu’Idina et surtout qu’Aden, qui se taille la part du lion), et il faut noter qu’après sa première apparition, on ne va pas plus suivre son point de vue avant un GROS moment (je précise que chaque chapitre ne suit qu’un seul protagoniste). Il y a, de plus, une subtilité dans la temporalité de ses scènes qu’on mettra un moment à comprendre. La jeune femme va recevoir un mystérieux mail via la Mnémosyne (l’internet à effet tunnel quantique du système de Gaïa), puis, à la faveur de certains événements, s’intéresser de plus près aux activités de son entreprise, avant d’être projetée de plein fouet dans la tourmente qui frappe la planète Gretia, et dans laquelle Idina est également partie prenante.

Globalement, ces personnages sont plutôt intéressants, même si là encore, Idina et surtout Aden le sont beaucoup plus que les deux autres. La Palladienne permet d’explorer la difficile cohabitation entre anciens ennemis, puisqu’il est malaisé, pour elle, de travailler avec des policiers Gretians qui, quelques années plus tôt, auraient tout fait pour la tuer, et qui ont envahi son monde. Elle est d’ailleurs très nerveuse lorsqu’elle les voit armés, et, par exemple, ne s’assoit jamais dans un véhicule devant eux (une balle dans la tête est si vite arrivée…). Mais à l’inverse, pas facile pour les habitants de Gretia de vivre sous la férule de troupes étrangères présentes sur leur sol, et dans un état qu’ils qualifient de « servage » en raison du poids des réparations de guerre. Aden, lui, est forcément plus attachant que les autres protagonistes, car ce sont essentiellement ses interrogations, ses peurs, ses malheurs, que l’on suit. 

Sur le plan thématique, celles explorées via Aden sont le gros point fort du livre : contrairement à l’écrasante majorité de la SFF militaire, il nous place du point de vue du vaincu, du membre d’une unité honnie de criminels de guerre, du type qui appartenait à une armée qui a été dissoute et une nation mise sous coupe réglée et administration étrangère. Aftershocks (fort bien nommé, on s’en rend désormais compte, puisqu’il explore les répliques du séisme qu’a constitué la guerre) montre comment un quadragénaire qui a passé douze ans dans l’Armée et cinq dans une prison va pouvoir se réinsérer (ou pas…) dans une société qui ne veut pas de lui, où tout a changé trop vite pour qu’il en prenne, parfois, la mesure. Les parallèles avec l’Allemagne de l’immédiat-après-guerre (les deux, en fait : on remarquera avec intérêt que le conflit s’est achevé en 918 du calendrier local et que l’auteur déclare que pendant la majorité de sa durée, il s’est résumé à une « impasse sanglante ») sont évidents, ne serait-ce que via les noms à consonance germanique ou (surtout) scandinave associés à Gretia (vaisseaux Mjolnir ou Sleipnir, la capitale planétaire qui s’appelle Sandvik, le prénom Solveig, etc). Le pire étant que Aden n’a tué personne, étant un gratte-papier de linguiste des services de renseignement… La vision de la chose de Kloos étant d’ailleurs nuancée : il montre une intolérance des autres peuples du système, qui mettent tous les Gretians dans le même sac, mais montre aussi que même les non-combattants n’ont pas la conscience propre : il y a notamment des allusions à un racisme dirigé contre la couleur de peau foncée des Palladiens de la part des très pâles Gretians.

L’aspect SF militaire

Je ne vais pas revenir sur les singularités de ce roman (point de vue du vaincu, du soldat « âgé », action qui se place après la guerre), plutôt rassurer les amateurs des formes classiques de ce sous-genre : oui, on s’y bat tout de même / il y a de l’action. Pas des masses non plus (le gros du bouquin montre plutôt la réinsertion dans la vie civile / hors de prison d’Aden), mais il y a quelques combats, impliquant Idina (volet terrestre) et Dunstan (volet spatial). Concernant la première, on a un traitement assez intéressant des armures de combat, motorisées ou non, bien que le sujet soit loin d’être aussi mis en avant ou développé qu’on aurait pu le souhaiter. Concernant le second, on a quelque chose qui ressemble, en terme de niveau de technologie, à Valiant Dust (mais plus dans une optique de frégate anti-aérienne ou anti-sous-marine moderne que de croiseur de la Première guerre mondiale), et en terme d’ambiance ou de traitement à du Honor Harrington des débuts de la saga. Et je dis bien d’ambiance : le niveau technologique est loin de celui de l’Honorverse, car ici, on « file » à 7-15 G, pas à 700, et on est loin des batailles épiques à coups de dizaines de milliers de missiles échangés entre centaines de vaisseaux de plusieurs millions de tonnes chacun, mais plutôt sur une échelle beaucoup plus modeste.

Ces quelques scènes d’action servent à rythmer le récit qui, sans cela, serait assez pépère, un peu trop à mon goût, d’ailleurs. Mais il faut bien le dire, celui qui connaît déjà Marko Kloos risque d’être surpris : on est très loin de l’intensité nerveuse et de l’action débridée de Frontlines. Au passage, alors que l’auteur, dans Terms of enlistment, s’était inspiré de La chute du Faucon Noir et de Aliens, ici l’inspiration est plus à chercher du côté du film Le royaume, réalisé par Peter Berg.

Bien mais…

Trois points sont très intéressants dans ce livre : la singularité du traitement sur le plan de la SF militaire, la géopolitique de ce système où plusieurs planètes ont été colonisées / le worldbuilding, et surtout les thématiques de fond : la façon dont d’anciens ennemis doivent cohabiter (voire travailler ensemble), dont une personne dont l’armée et la nation qu’il a jadis servies n’existent plus peut se réinsérer (affrontant le regard des autres qui ne voient en lui qu’un criminel de guerre) après des années de captivité, dont un peuple conquérant et fier se voit mis en coupe réglée et doit tolérer la présence de troupes étrangères sur son sol, le militarisme inhérent à la société de Gretia, les guerres liées à une ressource industrielle rare et indispensable, le traitement des prisonniers (voire criminels) de guerre, le processus d’acceptation d’une défaite militaire, etc.

Toutefois, j’ai trouvé quelques points faibles à ce roman : outre des longueurs (en général et pour certains points de vue en particulier, celui d’Aden étant à mon sens trop développé, et certaines scènes de « vie quotidienne » s’étirant démesurément), une relation entre deux des personnages qui est téléphonée, un bouquin un peu léger en action débridée pour de la SF militaire (certes atypique), l’auteur m’a fait à un moment une « promesse », et ne l’a pas tenue, et ça, ça m’a posé un gros souci. Je m’explique : avec les attaques, celles auxquelles sont confrontés Idina et Dunstan, ainsi que certains points liés à Solveig, Kloos nous conduit à nous dire « ah oui, je vois, l’explication est la suivante ». Sauf que si on est un minimum expérimenté, on se dit que c’est trop balourd pour être la vraie explication, et qu’avec un écrivain qui est tout de même loin d’en être à son premier bouquin de SF militaire, ce n’est probablement qu’un écran de fumée. Et puis il y a une phrase prononcée par le capitaine d’un vaisseau pirate capturé, et surtout le fait qu’on se rend compte que Kloos a très soigneusement évité de parler de quelque chose dont, pourtant, il aurait dû, dans un worldbuilding aussi méticuleux, forcément dire bien plus. Et puis on se remémore le contexte d’un certain jeu… j’allais dire de rôle, mais qui est plus un jeu de combats entre armures assistées qu’autre chose. Et donc, on se dit que l’auteur va lâcher le gros twist, la méga-révélation, à la fin de ce tome 1. C’est ce que le mystérieux avertissement de ce capitaine pirate suggère très fortement. Et puis… rien. Alors je ne sais pas combien de tomes sont prévus, mais j’ai des doutes sur le fait que ce cycle soit envisagé comme une simple trilogie. Sinon ladite révélation aurait vraisemblablement eu lieu. Ou alors c’est moi qui me suis fait des films (même si je n’y crois guère).

Bref, je lirai la suite, ce n’est pas un souci, mais j’espère qu’elle sera un peu plus vigoureuse, parce que là, c’est à la limite de la langueur, parfois !

En conclusion

Avec Aftershocks, Marko Kloos se lance dans un second cycle de Science-Fiction martiale complètement différent de Frontlines. Inversant certains stéréotypes de la SF militaire, il suit un ex-soldat quadragénaire, relâché de prison cinq ans après la fin d’une guerre que sa nation a perdue, ainsi que ses efforts pour se réinsérer dans un système extrasolaire où son peuple, jadis fier, est réduit à un quasi-servage économique et humilié par une drastique occupation militaire qui rappelle fortement celle de Berlin (tout le fond thématique étant d’ailleurs une allégorie et un mélange de la période suivant chacune des deux guerres mondiales en Allemagne). Dans le même temps, on suit un fantassin et un officier spatial de deux des planètes ayant gagné la guerre, qui sont confrontés à des actes de guérilla inédits dans l’ampleur et la sophistication des moyens utilisés. Enfin, nous ferons la connaissance d’une jeune femme, qui reprend les rênes d’une des corporations majeures de la planète vaincue.

SF militaire atypique, sans une tonne d’action, plus orientée vers le fond que vers le pew pew (même s’il y en a), un peu longue (donnant parfois une impression de langueur), Aftershocks a ses qualités (worldbuilding, aspect géopolitique, thématiques, singularité dans le sous-genre concerné), mais aussi, à mon sens, un gros défaut : l’auteur nous fait sentir qu’il nous mène en bateau, nous conduisant à penser quelque chose qui sera révélé être un écran de fumée à la fin de ce tome 1 (ce que certains éléments semblent fortement suggérer)… et puis rien. Aucun twist, aucune grosse révélation à la fin. Bref, on reste un peu désappointé et beaucoup sur sa faim. En espérant que la suite soit un peu plus nerveuse et riche en coups de théâtre (il y en a un ou deux dans ce tome 1, mais ils sont si téléphonés qu’ils tombent complètement à plat) et en action.

Niveau d’anglais : c’est du Kloos –> c’est lisible par tous ou quasiment.

Probabilité de traduction : Je ne parierais pas dessus, vu que l’Atalante, le seul éditeur qui publiait significativement de la SF militaire jusque là, semble se réorienter dans des directions très différentes et ne conserver que les cycles martiaux en cours (le second de Jamie Sawyer) et les locomotives dans le genre Honor Harrington.

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2 réflexions sur “Aftershocks – Marko Kloos

  1. Dans les derniers tomes de Frontlines je dirais qu’on est quand même assez loin de tomes « plein d’action ». Alors certes il y a toujours au moins un passage très intense par tome, mais sa longueur à tendance à diminuer au fur et à mesure pour se concentrer sur les personnages et leur approfondissement (sauf peut etre Fields of Fire vu que c’était un peu le tome d’aboutissement de tout les précédents, la partie action était donc prédominante).
    Par exemple dans le tout dernier sorti (Points of Impact) l’élément déclencheur de la partie action arrive à 60% du livre, et il faudra encore pas mal de temps pour y arriver vraiment ensuite.

    Cet effet ne me déplaît pas du tout donc je pense que Aftershocks a tout les éléments pour me plaire, il est d’ailleurs bien sur prévu bientôt 🙂 (je voulais terminer tout les tomes de Frontlines avant de me lancer dedans, et c’est maintenant chose faite)

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    • Mouais, enfin bon, Terms of enlistment, par exemple, c’est tout de même 1/ énormément d’action (beaucoup plus que dans le tome 1 d’Honor Harrington, par exemple) et 2/ de l’action très intense. Là, il y a 1/ peu de scènes d’action et 2/ certaines ont une intensité plus que moyenne. Donc j’ai préféré prévenir que certes, c’était une SF où 3 des 4 personnages étaient militaires (ou anciens militaires), mais où il ne fallait pas s’attendre non plus à ce que ça pète dans tous les sens, et que par rapport à la moyenne (et j’insiste sur le terme) de ce qu’avait proposé Kloos, on était en-dessous en terme d’intensité. Parce que peu importe si une scène d’action tarde à arriver, si elle est longue et très intense. C’est le cas, par exemple, dans certains des Honor Harrington (ou cycles dérivés, comme Saganami) : faut attendre la fin ou quasiment pour voir de l’action, mais ça dure 85 pages, ça explose dans tous les sens, et on en tremble pour les héroïnes et héros tellement c’est tendu.

      Pour le reste, oui, ça a clairement tous les éléments pour te plaire.

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