Club Uranium – Stéphane Przybylski

Club Uranium n’est pas vraiment la bombe atomique attendue… sauf dans son tout dernier chapitre

club_uraniumClub Uranium est le troisième tome de la Tétralogie des Origines, après La château des millions d’années et Le Marteau de Thor. C’est aussi la traduction d’Uranium Club, version anglaise de Uranverein, le nom du groupe de travail formé par les savants atomistes Nazis. C’est enfin le surnom que s’est choisi, dans le roman, un groupe appartenant au Comité, une officine émanant des cercles financiers, industriels et militaires issus de l’Ivy League, de West Point et d’Annapolis.

La première chose qu’on remarque est bien entendu la couverture signée Aurélien Police : son travail sur les deux premiers tomes était déjà remarquable (esthétique et captant parfaitement l’esprit et les éléments déterminants de l’intrigue des romans en question), mais là, il a clairement atteint de vertigineux sommets. Le résultat est tout simplement époustouflant. Ensuite, on constate que ce tome 3 est nettement plus gros que ses deux prédécesseurs : avec ses annexes, il atteint les 620 pages, contre 368 et 480 pour (respectivement) les tomes 1 et 2. Pour autant, le livre est facile à lire, du fait du style fluide et efficace de l’auteur et grâce à une structure cette fois plus simple et plus linéaire que dans les tomes précédents (du moins dans sa première moitié).  Continuer à lire « Club Uranium – Stéphane Przybylski »

Par les chemins de la soie – Naomi Novik

Feuer Frei !

temeraire_3Le titre (français) de ce troisième tome de la saga Téméraire, Par les chemins de la soie, est particulièrement trompeur, car si son intrigue nous conduit bien sur la route de la soie, les parties se déroulant en Asie puis à Constantinople sont finalement mineures par rapport à la deuxième moitié du livre, qui se concentre sur la Campagne de Prusse et de Pologne. Laurence et Téméraire, faisant escale à Macao après leurs aventures du tome 2, reçoivent l’ordre de filer ventre à terre vers l’Empire Ottoman, où ils doivent assurer le transport vers la verte Albion de trois œufs de dragons vitaux pour l’effort de guerre contre Napoléon (et de préférence avant qu’ils n’éclosent, faute de quoi ils ne seront bons qu’à être refilés à Daenerys Targaryen à prix discount). Problème : l’Allegiance, le transport de dragons qui les a convoyés en Chine, a subi un feu et ne sera opérationnel que dans deux mois. Une seule solution pour tenir les délais : partir par l’intérieur des terres, sous la conduite d’un guide anglo-asiatique mystérieux.  Continuer à lire « Par les chemins de la soie – Naomi Novik »

Le trône de jade – Naomi Novik

Moins de batailles aériennes, mais tout aussi passionnant

temeraire_2Le trône de jade est le second volume du cycle de Téméraire, après Les dragons de sa majesté. Le moins qu’on puisse dire est que la phase de mise en place de l’univers et des personnages est bel et bien terminée, puisque ce tome 2 démarre sur les chapeaux de roue. Inutile de dire que si vous n’avez pas lu le tome 1, il est totalement vain de vous lancer là-dedans en espérant y comprendre quelque chose, ce ne sera pas le cas.

Alors que le tome 1 se déroulait en Angleterre (et un peu en mer), celui-ci déplace l’action vers des contrées beaucoup plus exotiques, à savoir la Chine mystérieuse de l’époque Napoléonienne. Mais le récit ne concerne pas que la destination, car il laisse en fait une part prépondérante (330 pages sur 500) au voyage et à ses péripéties.

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Les dragons de Sa Majesté – Naomi Novik

Une uchronie de Fantasy solide et très intéressante, surtout pour du Young Adult

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Ce roman est le premier du cycle de Téméraire (du nom d’un des protagonistes), qui en compte huit à l’heure actuelle (le neuvième sortira -en anglais- en mai). Ils ont tous été traduits en français, et constituent, au moment où je rédige ces lignes, la quasi-totalité de l’œuvre de l’autrice en format long. Ce cycle est au carrefour de nombreux genres : c’est avant tout une Uchronie de Fantasy (voir mon article), mais il relève aussi, justement sur son volet Fantasy, du type militaire, de la Gaslamp Fantasy (cadre « victorien » -j’y reviendrai- sans les éléments rétro-futuristes du Steampunk) et de la Flintlock (il fait même partie des pionniers de cette famille émergente de romans).

Bien que son éditeur ne le vende pas comme tel (en France), il relève pourtant bel et bien du Young Adult, même si il est plutôt du « bon côté de la barrière » et est parfaitement lisible par un adulte, même ceux qui n’apprécient pas le YA comme votre serviteur (personnages et univers trop pauvres pour moi, dans l’écrasante majorité des cas). Ce qui explique que je vous propose cette critique, et que ce roman se retrouve dans mon Challenge 2016.

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Le marteau de Thor – Stéphane Przybylski

Très bon roman, bon second tome, mais je ne suis toujours pas pleinement convaincu

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Ce roman est le second tome de la Tétralogie des Origines, après Le château des millions d’années. Il en a toutes les qualités (le côté haletant qui fait qu’on le dévore plus qu’on ne le lit, la reconstitution historique absolument sidérante de précision, l’ambition et la maîtrise de la structure narrative, la richesse et la complexité des personnages – du moins la plupart-), mais on y retrouve également certains des défauts du premier tome (la structure à base de flash-backs un peu trop exigeante principalement).

J’ai également constaté dans ce tome 2 l’apparition de nouveaux défauts ou l’aggravation de défauts existants qui font que, malgré d’indéniables et importantes qualités, je ne suis toujours pas à 100 % convaincu par cette Tétralogie pour le moment.  Continuer à lire « Le marteau de Thor – Stéphane Przybylski »

Le guide de l’uchronie – Karine Gobled / Bertrand Campeis

Complet et pertinent sur le fond, très efficace et agréable à lire sur la forme

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Ce livre fait partie d’une collection de guides thématiques proposés par les éditions ActuSF, assez détaillés puisque se baladant en gros entre 290 et 350 pages, et consacrés aux littératures de l’imaginaire : uchronie dans le cas présent, mais aussi steampunk, Robert E. Howard, et ainsi de suite.

Les récits uchroniques sont ceux où l’histoire a pris un cours différent de celui pris dans notre monde, suite à un événement appelé Point de divergence. Même si vous ne le savez pas, vous avez probablement tous lu un livre uchronique un jour ou l’autre, ou bien vu un film / une série explorant cette thématique (ne serait-ce que la saga Retour vers le Futur ou Sliders). En France, le pape, le grand expert de l’uchronie est Eric Henriet (qui signe d’ailleurs la préface de cet ouvrage), qui a rédigé deux essais consacrés à ce thème : évidemment, la comparaison est inévitable avec ces derniers, aussi allons-nous nous en débarrasser immédiatement.

Le fond et la forme du Guide et des deux livres de Henriet sont différents : l’essai de ce dernier, notamment, tente d’être le plus exhaustif possible sur l’historique, la définition et les limites du genre. De plus, la présentation des ouvrages fondamentaux de l’uchronie est, chez lui, intégrée au corps du texte. Comme nous sommes sur le point de le voir, des choix très différents ont été effectués sur le Guide,  qui le rendent complémentaire des ouvrages de Henriet sans se substituer à lui. Pour résumer, là où l’oeuvre de ce dernier serait une « encyclopédie » de « 1000 » pages, ultra-complète mais ultra-dense, le Guide est une sorte de « guide du routard uchronique », plus court, mieux ciblé, et surtout beaucoup plus pratique à utiliser.  Continuer à lire « Le guide de l’uchronie – Karine Gobled / Bertrand Campeis »

What if ? 1 & 2 – Robert Cowley

D’éminents historiens, principalement militaires, imaginent ce qui aurait pu, ou même dû, être

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D’habitude, ce blog parle uniquement de SFFF et pas d’une de mes passions, à savoir l’histoire, principalement militaire. Mais il se trouve que deux livres, publiés sous la direction de Robert Cowley, sont au carrefour de celle-ci et de l’uchronie, ce qui fait qu’ils ont parfaitement leur place en ces lieux. Mr Cowley, lui-même historien militaire (spécialisé dans les conflits américains et européens s’étendant de la Guerre de Sécession à la Seconde Guerre Mondiale) et fondateur de MHQ, un magazine d’Histoire militaire primé, a convaincu certains de ses collègues (et pas des moindres, comme nous allons le voir) d’imaginer ce qui aurait pu se passer si tel événement historique ne s’était pas déroulé de la même façon, ce qui, par définition, constitue une uchronie.

Par souci de simplicité, j’ai décidé de vous présenter les deux ouvrages au sein d’une seule et même critique. Continuer à lire « What if ? 1 & 2 – Robert Cowley »

Anno Dracula – Kim Newman

Un roman sur le thème du vampire qui… vampirise d’innombrables autres œuvres et le temps du lecteur

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Avant-propos : la littérature vampirique et moi, ou :  bienvenue dans The No-Twilight Zone

Propos liminaire : je ne dénigre en aucun cas les goûts des fans de Twilight ou de Bit-Lit, ni les goûts des lecteurs de tel ou tel âge,  j’estime que tout ressenti (le mien ou le leur) est légitime car personnel. J’exprime simplement mon sentiment, mon opinion, je ne la présente pas comme une vérité absolue. N’hésitez pas à passer cet avant-propos pour aller directement vers la critique du livre, mais il me paraît cependant important pour expliquer dans quel état d’esprit je l’ai abordé.

Je suis ce que l’on pourrait appeler un traditionaliste, voire un ultra-conservateur en matière de littérature Vampirique. Pour moi, un ou une vampire est un Prince de la Nuit, un symbole de terreur, de séduction, de classe et de mort, pas un personnage transparent tant il est inintéressant, se baladant impunément en plein soleil, ne saignant que les animaux parce qu’il est « vampiro-végan » et faisant du détournement de mineure un peu paumée.

Vous l’aurez compris, la simple mention de Twilight me fait entrer dans un certain état d’inconfort. Pour moi, lorsqu’on veut écrire une histoire de vampire, on fait du vampire, c’est-à-dire 1/ qu’on essaye de respecter au-minimum les caractéristiques fondamentales de cette créature (ou bien qu’on a une solide explication pour expliquer l’absence ou la perversion de cette caractéristique) et 2/ qu’on tente de respecter l’esprit des romans fondateurs. Appeler son personnage un vampire alors qu’il ne correspond pas à une (voire deux, si on prend en compte le fait de s’en prendre ou pas aux humains) des caractéristiques déterminantes de la créature, ce n’est pas faire de la littérature vampirique, c’est essayer de donner à son héros un semblant de super-pouvoir dans un roman à but essentiellement sentimental taillé pour l’adolescente ou la « young-adult » (une désignation qui me paraît plus un concept marketing qu’une réalité, et à laquelle je n’adhère pas : pour moi, il y a la littérature jeunesse et la littérature adulte, des lecteurs ados et des lecteurs adultes, point).

Car oui, la littérature et les séries TV de ces 15-20 dernières années ont eu une forte propension à faire du bellâtre devant lequel l’héroïne, forcément adolescente, tombe en pâmoison un être à la fois mystérieux (une variante extrême du brun ténébreux) et doté de capacités hors-normes, une sorte de super-quarterback quoi. De Roswell à Buffy, du vampire à l’extraterrestre, les exemples ne manquent pas. Pour revenir à Twilight, les deux acteurs principaux des adaptations ciné, des géants… en matière d’inexpressivité, pâlots et insipides, au charisme proche de celui d’une amibe ne m’ont certainement pas aidé à changer d’avis.

Je ne reproche pas à Twilight d’avoir cherché l’originalité en matière de vampire, plutôt de dénaturer la créature et le genre. Peter Watts par exemple a créé des vampires très originaux dans Vision Aveugle / Echopraxie. La différence entre Watts et Stephenie Meyer, c’est la richesse des livres de l’un sur tous les plans (personnages, intrigue, écriture, solidité de l’univers) et la pauvreté, en comparaison, des livres de l’autre (ou en comparaison des livres de Rice, Brite, etc).

Désolé pour ce long plaidoyer, mais il me paraissait important et honnête d’expliquer quel état d’esprit était le mien avant de commencer ce roman : bien qu’Anno Dracula date de 1992, depuis Twilight et la Bit-Lit, je suis extrêmement méfiant (et c’est un euphémisme) devant tout roman estampillé « vampire », surtout lorsqu’il est précédé d’une réputation aussi unanimement positive (les avis consensuels éveillent ma méfiance). Ce roman allait-il être à la hauteur de celui de Bram Stoker et de ceux de Anne Rice ? Voici la réponse. Continuer à lire « Anno Dracula – Kim Newman »

La rédemption de Christophe Colomb – Orson Scott Card

Un excellent roman aux thèmes multiples

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M’intéressant de près à tout roman impliquant le temps, l’histoire, les uchronies, les paradoxes temporels, etc, j’ai récemment découvert l’existence de ce livre. Après l’avoir lu, je suis étonné qu’il ne soit pas beaucoup plus connu, car clairement, il devrait, selon moi, être une référence dans ces thématiques. Mais pas seulement dans ces thématiques, ce que je vais tenter d’expliquer. Car résumer une telle histoire sans vous gâcher le plaisir de la découverte et des rebondissements ne va pas être facile. Non pas parce que la lecture de cet ouvrage est difficile (c’est vraiment très bien écrit, le rythme et la construction sont proches de la perfection), mais parce que si j’en dis trop, je vais faire des ellipses qui vont saboter le rythme très précis amenant chaque changement de cap de l’histoire minutieusement mis en place par l’auteur. Car dans ce roman, on part avec des certitudes, et au fur et à mesure que l’histoire se déroule, les personnages s’aperçoivent peu à peu que rien n’est en fait ce qu’il semblait être jusque là. Je sais, dis comme ça ça a l’air nébuleux, mais impossible d’en dire plus sans tout gâcher. Continuer à lire « La rédemption de Christophe Colomb – Orson Scott Card »

King of the wood – John Maddox Roberts

Une uchronie saisissante, un grand roman d’aventures

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Cela fait plusieurs années que j’entends parler de ce roman, considéré par certains auteurs  (ou spécialistes) d’uchronies comme une des références du genre. Après l’avoir lu, on peut dire que non seulement il s’agit effectivement d’une fascinante uchronie, mais aussi d’un grand roman d’aventures.

Le monde décrit est celui de l’amérique du milieu du quinzième siècle, mais d’une amérique complètement différente de ce qu’elle était dans notre monde à cette époque. En effet, après avoir découvert ce continent un peu avant l’an mille (comme dans notre histoire), les vikings paiens l’ont, cette fois, colonisé « massivement » pour fuir les persécutions que leur faisaient subir les vikings christianisés en scandinavie. Ils se sont donc installés là où, dans notre histoire, les treize colonies se trouvaient. Quelques décennies plus tard, ce sont les saxons chrétiens d’angleterre, chassés par la conquête normande, qui viennent coloniser ce qui, pour nous, est le québec. Les deux royaumes se livreront deux guerres aux résultats peu décisifs, tout en ayant maille à partir avec les indiens et en commerçant avec les maures, qui se sont installés en Floride, et avec les aztèques. Continuer à lire « King of the wood – John Maddox Roberts »