The soldier – Neal Asher

La Culture de Banks passe du côté obscur ! 

the_soldier_v2_asherJe vous ai déjà un peu parlé de Neal Asher dans le tout premier épisode de l’œil d’Apophis, mais cet auteur anglais de science-fiction est si prolifique que je n’ai même pas commencé à aller au-delà de la surface de sa bibliographie. Prolifique, mais très peu traduit : seulement trois romans sur une vingtaine. Outre Voyageurs, qui n’a rien à voir avec le cycle qui nous occupe aujourd’hui, deux autres romans en faisant partie l’ont été par Fleuve Noir : L’écorcheur (le premier tome du sous-cycle Spatterjay) et Drone, un des stand-alone.

Car ce livre, bien qu’il soit le premier d’un cycle, Rise of the Jain, est en fait le seizième (si, si) d’un énorme meta-cycle, Polity (démarré sous forme de nouvelles il y a vingt ans), qui compte trois autres cycles et quatre stand-alone, tous se déroulant dans le même univers.

Vous vous demandez probablement si The soldier est lisible sans avoir lu aucun des quinze autres romans, et la réponse est oui : l’auteur vous fournit tous les éléments pour suivre son histoire même sans rien savoir de la Polity. Qu’on pourrait résumer en une phrase : la Polity, c’est la Culture de Iain M. Banks, mais dans une version sombre, Hard SF, extrêmement militarisée (avec des combats violents et spectaculaires), nerveusement rythmée et conservatrice au lieu de progressiste. Et ça dépote !  Continuer à lire « The soldier – Neal Asher »

Runtime – S.B. Divya

Changer une vie, pas forcément le monde

runtime_divyaSrinivasan Breed Divya a un background d’ingénieur, avec vingt ans de carrière derrière elle. Runtime est sa première novella de SF, finaliste dans cette catégorie de textes pour le prix Nebula 2016. L’auteure a aussi écrit de nombreuses nouvelles, pour des magazines ou des sites comme Tor.com. Elle est, enfin, la co-éditrice du podcast hebdomadaire Escape pod (considéré comme un des meilleurs, sinon LE meilleur podcast de SF du monde) avec Mur « Six Wakes » Lafferty.

Ce texte a impressionné des pointures comme Catherine Asaro et Ken Liu : la première a notamment déclaré qu’elle voyait en Divya une nouvelle star potentielle de la Science-Fiction. Le second a dit que ce futur, ni dystopique, ni utopique mais en lien avec notre réalité, était le genre de SF pertinente qu’il souhaiterait voir plus souvent. De fait, comme l’américain dans L’homme qui mit fin à l’histoire, Divya évoque certes nombre de phénomènes ou de problèmes de nos sociétés, mais se maintient toujours sur une ligne non-militante, non-manichéenne, subtile, nuancée, bref intéressante. Son futur a beau être (post-)cyberpunk, il reste beaucoup plus proche de notre monde réel d’aujourd’hui que nombre d’œuvres du genre. Et ce malgré le fait que l’intrigue est centrée autour d’une course de cyborgs dotés d’exosquelettes !  Continuer à lire « Runtime – S.B. Divya »

Strata – Bradley Beaulieu / Stephen Gaskell

Mai (21)68

strata_beaulieuStrata est une novella de science-fiction co-écrite par Bradley Beaulieu et Stephen Gaskell (ce dernier apportant probablement son expertise en matière de SF, un domaine dans lequel Beaulieu n’exerce pas). Ce texte Postcyberpunk se déroule au milieu du XXIIe siècle, une période où toutes les ressources énergétiques de la Terre sont épuisées depuis longtemps (chose amusante, ni l’époque, ni cette précision ne sont dévoilées où que ce soit dans ce roman court, à part sur la quatrième de couverture). Pour régler ce problème, on a bâti neuf énormes plates-formes, qui puisent de la puissance à la surface du soleil (et, autant le dire tout de suite, l’amateur de Hard SF qui espérerait une explication un minimum élaborée va carrément rester sur sa faim…) et la transmettent par rayonnement à la planète-mère. L’action se passe sur l’une d’elles, Exx-Pac, où la révolte contre la stratification sociale (d’où le titre, Strata, au passage) et les conditions / contrats de travail gronde depuis longtemps et où une course est sur le point, littéralement, de mettre le feu non pas aux poudres, mais au Soleil ! Continuer à lire « Strata – Bradley Beaulieu / Stephen Gaskell »

Dans la toile du temps – Adrian Tchaikovsky

A lire absolument ! 

dans_la_toile_du_tempsLe 12 avril 2018, sort en français Dans la toile du temps d’Adrian Tchaikovsky, roman que j’ai lu en anglais il y a un an et demi. Je ne saurais trop vous conseiller de le lire, car c’est, à mon sens, une des œuvres majeures de la science-fiction sortie ces dernières années (et l’ultime livre sélectionné par Gilles Dumay avant le début de l’ère Godbillon). Si vous voulez en savoir plus à son sujet, je vous invite à vous reporter à ma critique de la VO, sachant que celle-ci ne s’exprimera évidemment pas sur la qualité de la traduction, de la relecture, de l’édition, etc, bref tout ce qui est propre à la VF. Avec cet article, j’inaugure aussi un nouveau tag, Sortie en VF, qui vous permettra de faire le point sur tous les livres critiqués à l’origine en VO qui ont été traduits en français plus tard. Vous le trouverez tout en bas de la colonne latérale du blog.

Ce livre vous intéresse, vous êtes client d’Amazon et souhaitez soutenir le blog ? Passez par un des liens suivants pour votre achat, cela ne vous coûte strictement rien de plus mais permet d’aider à financer l’infrastructure du blog (nom de domaine, thèmes payants, espace de stockage, etc) :

Acheter la version papier (VF)

Acheter la version Kindle (VF)

The gone world – Tom Sweterlitsch

Le roman définitif sur le voyage temporel et les univers parallèles ? 

gone_worldTom Sweterlitsch est un écrivain américain qui a débuté sa carrière en 2014. Il est peut-être surtout connu pour être le co-auteur des scénarios de trois courts-métrages (RakkaFirebase et Zygote) avec Neill « District 9 » Blomkamp. C’est d’ailleurs ce dernier qui va réaliser l’adaptation cinématographique du roman qui nous occupe aujourd’hui, The gone world. Celui-ci mélange voyage dans le temps, univers « parallèles » (voir plus loin) (vaguement) uchroniques, post-apocalyptique, le tout lié par l’enquête menée par un agent spécial du désormais célèbre Naval Criminal Investigative Service. Time Opera et NCIS, il n’en fallait pas plus pour me convaincre ! Je pensais tomber sur un thriller temporel dans le genre du Déjà vu de Tony Scott, avec éventuellement un peu de Leroy Jethro Gibbs dedans, mais j’ai en fait eu affaire à quelque chose de beaucoup plus ambitieux, d’une qualité littéraire impressionnante et d’une envergure science-fictive bluffante. Il y a certes quelques vagues zones d’ombre (je vais en reparler), mais certainement pas de quoi impacter négativement l’impression d’ensemble.  Continuer à lire « The gone world – Tom Sweterlitsch »

Luna – Lune du loup – Ian McDonald

Presque aussi bon que son prédécesseur

Luna_2_mcdonaldLune du loup est le volet intermédiaire de la trilogie Luna, par Ian McDonald, dont le tome 1 avait sans aucun doute été une de mes lectures les plus marquantes de 2017. Toute la question était donc de savoir si l’auteur allait à nouveau nous proposer un roman aussi prenant et haletant. La réponse est : presque. Si, globalement, ce second Luna est très intéressant et plutôt rythmé, il n’échappe pas à une baisse d’intensité relativement marquée entre l’incident sur Creuset et l’épisode au Brésil, ce qui représente tout de même quelque chose comme 100 pages. Mais avant et après ce point, par contre, c’est clairement passionnant et plein de rythme et de tension dramatique. Et ce alors que ce tome 2 ne bénéficie pas de l’effet de surprise du premier.

Le tome 3 (Moon rising) est attendu le 31 juillet en VO, espérons, donc, que la traduction sera rapide !

Continuer à lire « Luna – Lune du loup – Ian McDonald »

Places in the darkness – Chris Brookmyre

Même si le thème central n’est pas original, ce mélange de polar et de SF reste vraiment très solide

pitd_brookmyreChristopher Brookmyre est un écrivain écossais, auteur de polars / thrillers de premier plan (son cycle Jack Parlabane s’est vendu à plus d’un million d’exemplaires, et ce rien qu’au Royaume-Uni !), membre du mouvement littéraire Tartan noir (mêlant les codes du roman écossais classique et ceux du hardboiled, plus des influences européennes). Depuis quelques années, il écrit aussi de la SF, genre dont relève Places in the darkness. Un grand spécialiste du roman noir qui écrit de la Science-fiction, un résumé intéressant, un précédent essai dans le mélange des genres (Bedlam) qui avait été, en son temps, grandement apprécié par Iain M. Banks en personne, voilà qui ne pouvait qu’attirer ma curiosité ! Ma seule crainte était que l’aspect SF ne soit qu’un décor ou un prétexte, mais elle s’est révélée infondée : il est en fait au cœur de l’intrigue.

Au final, même si la thématique SF centrale n’est pas originale, et a été vue (en -un peu- mieux) ailleurs (notamment chez Gérard Klein et Greg Egan), elle reste solidement traitée, et, ajoutée à un aspect polar qui, sans surprise, se révèle très bon, donne un roman très recommandable pour un lecteur anglophone aimant ce style de mélange des genres et d’atmosphère. Continuer à lire « Places in the darkness – Chris Brookmyre »

From darkest skies – Sam Peters

Beaucoup de potentiel, un résultat assez décevant (tout en restant d’un niveau correct)

from_darkest_skies_petersFrom darkest skies est le premier roman de Sam Peters. Les remerciements nous apprennent que l’univers du livre est issu d’une campagne de jeu de rôle (si j’ai bien tout saisi), et que l’auteur n’a lu Carbone modifié de Richard Morgan qu’après avoir écrit son propre livre. Précision heureuse, car il y a en effet certaines (vagues) ressemblances entre les deux œuvres. Mais à vrai dire, j’en verrais plus encore avec celle de Peter Hamilton, lui-même grand utilisateur de policiers du futur (Paula Myo, La grande route du Nord), voire même avec Dan Simmons (l’IA qui enquête sur sa propre mort) et Alastair Reynolds (la dite IA a été construite à partir des aperçus de la personnalité de l’épouse décédée du protagoniste disponibles en ligne, un peu comme la reconstitution d’Eunice Akinya dans la trilogie Les enfants de Poséidon).

Premier roman, donc, et cela se voit : trop ambitieux pour son propre bien, parfois maladroit ou un peu difficile à suivre, From darkest skies n’est pourtant pas dépourvu de qualités, bien au contraire. Sam Peters travaille actuellement sur la suite, Species traitor (il ne s’agit donc pas d’un one-shot, même s’il peut éventuellement se lire comme tel) et aura, on l’espère, corrigé ces défauts de jeunesse.  Continuer à lire « From darkest skies – Sam Peters »

Dogs of war – Adrian Tchaikovsky

Encore un chef-d’oeuvre !

dogs_of_warDogs of war est le nouveau roman d’Adrian Tchaikovsky, très prolifique auteur de SFF britannique, aussi à l’aise en Fantasy qu’en SF, qui m’avait bluffé avec l’excellent Children of time. S’il s’agit toujours de science-fiction, le contexte est cette fois différent, puisqu’il concerne la Terre d’un futur très proche (une grosse génération, à priori) et s’inscrit dans le sous-genre militaire. Nous suivons un groupe de bioformes expérimentales, des animaux (chien, ours, reptile, abeilles -ah, j’ai capté l’attention de Lutin, là-) transformés par l’ingénierie génétique et la cybernétique, et utilisés pour mener une sale guerre corporatiste au sud du Mexique. Endoctrinées et dotées de puces de Feedback devant les contrôler, les bestioles finissent cependant par penser par elles-mêmes et par s’interroger sur la pertinence des ordres… Cependant, cette partie martiale n’est qu’un (long) prologue pour quelque chose de beaucoup plus profond et ambitieux, en lien avec un thème récurrent chez l’auteur : la coexistence et les relations entre formes de vie différentes, les relations entre une créature et son créateur.

Avec ce titre, nous revitalisons un peu le cycle SF biologique lancé l’année dernière et un peu laissé de côté en 2017. J’en profite aussi pour en lancer un autre, le cycle anticipation militaire, qui se propose de réunir des romans se passant dans un futur très proche et tentant de réfléchir, d’une façon un minimum réaliste, à ce que pourrait être la guerre demain.  Continuer à lire « Dogs of war – Adrian Tchaikovsky »

Le sultan des nuages – Geoffrey A. Landis

Ça plane pour moi !

sultan_nuagesGeoffrey Alan Landis est un sacré bonhomme, c’est le moins qu’on puisse dire. Scientifique travaillant à la NASA (spécialiste de l’énergie solaire), il est aussi poète et un écrivain de SF très prolifique, spécialisé dans la forme courte. Il a obtenu, pour ses nouvelles et novellas, la bagatelle d’un Nebula, un Locus, deux Hugo et un prix Theodore Sturgeon, ce dernier précisément pour le texte dont je vais vous parler aujourd’hui. Il s’agit d’un roman court d’une centaine de pages (très aérées), présenté sous une superbe couverture (une de plus !) signée par l’impeccable Aurélien Police. Je n’achète plus si souvent mes bouquins sous forme physique (l’e-book coûte moins cher et prend moins de place), mais là…

Le sultan des nuages constitue un mélange de Postcyberpunk, de Hard-SF (compréhensible sans problème) et de Planet Opera, servi par une vision pleine de Sense of wonder et non dépourvue d’une certaine poésie (ce qui se comprend sans peine vu le background de l’auteur). Décrivant une forme de colonisation de la planète Vénus, il s’impose comme une des références dans ce domaine, aux côtés des textes d’écrivains plus prestigieux comme Ben Bova, Alastair Reynolds ou Kim Stanley Robinson en personne.  Continuer à lire « Le sultan des nuages – Geoffrey A. Landis »