Shiang – Conn Iggulden

Toujours aussi agréable

ShiangShiang est le second livre de la trilogie Les prodiges de l’empire, après Darien, qui m’avait laissé une impression franchement bonne. On peut d’ailleurs remarquer que Bragelonne propose un rythme de parution française très vigoureux, puisque ce tome 2 débarque moins de six mois après son prédécesseur, et que le tome 3 est annoncé le 12 février 2020. L’intégralité du cycle aura donc été publiée en moins d’un an.

Comme son nom l’indique, ce deuxième roman laisse une large place à la cité de Shiang, celle dont on est originaire Tellius, un des protagonistes du tome 1. Rassurez-vous, cependant, passé un certain point, l’action va à nouveau se dérouler à Darien, et remettre en jeu (à partir du second quart) certains personnages que vous connaissez déjà (même si parmi eux, Tellius se taille très, très largement la part du lion, les autres faisant office de figurants).

Finalement, Shiang m’a laissé une impression au moins aussi bonne que Darien, que ce soit en terme de souffle épique, de qualité d’écriture (c’est extrêmement fluide et prenant, à défaut de sortir toutes les deux phrases des effets de manche de m’as-tu-lu) et d’immersion. Ce cycle me fait un peu le même genre d’impression (bien que pour des raisons différentes) que celui de Vlad Taltos, à savoir une respiration bienvenue entre deux livres exigeants, compliqués, ennuyeux, au style lourd, ou tout ça à la fois. Vivement Le saint des lames !

Situation, intrigue, personnages

Le roman débute dans la ville de Shiang, à des milliers de kilomètres de Darien, et deux ans après la fin du tome 1. Dans cette cité-État, de claire inspiration japonaise, les maîtres du sabre sont des héros adulés et respectés. Taeshin est l’un d’eux, mais il souffre profondément à cause de sortes de tumeurs. Malgré tout, quand le fils de son seigneur le mande, il lui faut faire bonne figure. Il va accompagner le père et le fils à la Cour, où le jeune roi Yuan-Choji révèle avoir retrouvé la trace de son oncle félon, qui, il y a plusieurs décennies, a couché avec la reine avant de s’enfuir. Mais justement, on l’a localisé à l’autre bout du monde, dans une métropole appelée Darien. Je pense qu’il est inutile que je vous donne le nom dudit personnage, car tout le monde a compris qu’il s’agissait de Tellius (pas vrai ?). Le souverain veut donc choisir les quatre meilleurs guerriers du royaume afin de les envoyer attraper le salopiaud par la peau du cou et le ramener fissa à Shiang. Car en plus de ses vilenies passées, l’odieux personnage enseigne la technique secrète des Pas de Mazer, l’âme de Shiang et le bouclier qui la protège depuis mille ans, à des étrangers, ce qui est un tabou absolu. Mais avant que le seigneur de Taeshin ne puisse proposer les services de ce dernier, la maladie rattrape le jeune homme, et il fait sa vedette en s’évanouissant comme une évaporée.

À son réveil, il constate qu’il est aux mains du ministre des finances, qui a la curieuse marotte de vouloir créer des super-soldats à l’aide d’une pierre magique et de câbles électriques. Et non, ils ne deviennent pas verts ni n’ont de bouclier en Vibranium. Avec trois autres pauvres hères, ils vont donc subir de force le processus, qui va conduire à des résultats pour le moins… inattendus. Oui, les quatre hommes vont avoir des pouvoirs (de guérison pour l’un, sur le feu pour l’autre, le vent pour le troisième, et pour le quatrième c’est une bonne question, merci de me l’avoir posée), oui, ils vont légèrement échapper sur les bords au contrôle du savant fou (et du Royaume, par la même occasion), mais non, Taeshin, qui devient le chef de ces quatre cavaliers de l’Apocalypse d’un nouveau genre, n’est plus vraiment Taeshin. Je n’en dis pas plus, mais disons que ça rappelle à la fois Isolation de Greg Egan (passé un certain point du livre, un protagoniste a la même apparence et -au moins pour certains autres personnages- le même nom, mais ce n’est plus la même personne) et peut-être surtout un certain roman de Peter Hamilton (et connaissant la vaste culture SFFF de Conn Iggulden, à mon avis tout ceci n’a rien d’un hasard), plus un petit point qui m’a rappelé l’excellentissime The rage of dragons, et un autre qui m’a évoqué le méconnu mais pourtant très bon cycle de La septième épée.

Il se trouve que nos quatre super-vilains vont sentir, au loin, la présence d’autres Pierres magiques, capables de renforcer leurs pouvoirs. Et devinez où elles se trouvent ? Bingo, à Darien. Ils vont donc partir en direction de la cité, quelques jours après l’équipe de quatre maîtres du sabre envoyée par l’Empereur, qui comprend notamment Hondo, le Saint des Lames, donc le Roger Federer de l’art du maniement du sabre. Heureusement, à Darien, une prophétie a averti Tellius, devenu un haut-gradé de la maison Sallet (coucher avec la patronne, ça aide…), que l’apocalypse allait déferler sur la ville. Il ne connaît pas sa nature, mais il sait qu’il a intérêt à renforcer les défenses de la cité. Il se lance donc dans un grand programme de rénovation et de renforcement des murailles et de création de milices, notamment équipées d’armes à feu. Ce qui ne va pas sans résistance de la part des autres Familles, qui craignent le pouvoir égalisateur de ce nouvel armement, et la possibilité qu’il catalyse une Révolution.

Les trois premiers quarts consistent essentiellement dans la mise en place de l’intrigue et l’arrivée à Darien, tandis que le dernier est une grosse bataille maousse-costaud où ça pète dans tous le sens, pire que dans un film de Michael Bay ou un concert de Rammstein.

Analyse et ressenti

Le début peut être assez déstabilisant, puisque outre de nouveaux personnages et un lieu inédit à l’ambiance radicalement différente par rapport à Darien, l’auteur mêle ambiance japonisante, magie, technologie (lampes à gaz, batteries chimiques générant de l’électricité) permettant de faire son Frankenstein et une atmosphère, passé un certain point, qui flirte avec l’Horreur (et avec le super-héroïque). On signalera d’ailleurs qu’entre cet aspect et les combats très nombreux (surtout dans le dernier quart), la présence de Marias, la jeune esclave de Taeshin, qui en est amoureuse, apporte un peu d’humanité dans ce monde de brutes. On notera aussi que la confrontation entre une culture martiale traditionnelle qui ne jure que par les maîtres du sabre, donc le combat au corps à corps, et une autre qui est en train de créer des régiments entiers de Mousquetaires est intéressante, car elle montre bien que les armes à feu, de par leur simplicité d’utilisation (et c’est aussi en bonne partie le cas pour les arbalètes -mais pas pour les arcs-), révolutionnent complètement l’art militaire dès leur apparition. Sans parler des relations entre gouvernants et gouvernés, bien entendu, puisqu’il est bien plus difficile d’imposer ses volontés avec des types baraqués armés de hallebardes quand le pécore d’en face peut en tuer six en quelques secondes en vidant le barillet de son revolver.

On en apprend beaucoup plus sur les Familles de Darien, leurs origines, leurs relations, leurs artefacts magiques, leurs dirigeants, et ainsi de suite. Le background, à la fois de la ville et du reste du monde, se densifie donc dans ce second tome. Par contre, je suis toujours autant intrigué par la nature exacte de cet univers, car Gabriel, la seconde disons « incarnation » de Taeshin, mentionne à un moment son nom complet (qui est très célèbre dans notre propre Histoire), et demande des nouvelles de deux pays… de notre bonne vieille Terre. Bref, monde imaginaire, parallèle ou Terre d’après la catastrophe, je m’interroge encore (et j’espère que le tome 3 éclaircira un peu cette question).

Le style reste toujours aussi fluide et agréable, ça se lit tout seul, sans saturer. Le long combat qui occupe tout le dernier quart est épiquissime, comme le dirait, avec son accent de la Belle Province, un de mes philosophes préférés, Jean-Marc Généreux, dans la lignée de celui du tome 1 mais en encore bien plus spectaculaire (si, si). Et puis il y a cette phrase qui fait son petit effet tout de même : « La parole était aux épées, aux pistolets et aux Artefacts ». Il n’y a pas à dire, la Fantasy postmédiévale, ça claque !

Bref, à part cette grosse baston qui fait tout de même un peu redite du roman précédent et une fin assez abrupte (mais fort mystérieuse : on a hâte d’en apprendre plus sur l’Idiot), rien à jeter dans ce tome 2, un digne successeur, toujours aussi agréable, de Darien. Si j’osais la blague à deux balles, je dirais que Shiang n’a rien de Chiant, et… ah merde.

Pour aller plus loin

Si vous souhaitez avoir un deuxième avis sur ce roman, je vous conseille la lecture des critiques suivantes :

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8 réflexions sur “Shiang – Conn Iggulden

  1. J’avais vraiment apprécié le premier et la capacité d’un des protagonistes à « s’étirer » (elias post) et l’ambiance, l’état d’esprit des personnages m’avaient beaucoup plus !
    Je l’avais dans ma wish list, je vais assurément me l’acheter…et j’ai hâte de découvrir le point qui ta fait penser à the rage of dragons.
    Comme d’habitude, ta critique est un véritable plaisir à lire, surtout sur un roman que j’attends 😉

    Aimé par 1 personne

  2. Ping : Darien – C.F. Iggulden | Le culte d'Apophis

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