Kane – Intégrale 2 – Karl Edward Wagner

La sword & sorcery qu’aurait pu écrire… Lovecraft !

Kane 2

Je ne vais pas revenir sur les particularités du personnage, du cycle (et de sa place dans la Sword & Sorcery et plus généralement dans la Fantasy old-school) ou de l’univers, si vous voulez vous rafraîchir la mémoire, je vous invite à consulter ma critique du tome 1 de l’intégrale.

Après un excellent tome 1 (comprenant deux romans magistraux), ce second volet de l’intégrale des aventures de Kane allait-il être à la hauteur de son prédécesseur ? Il comprend le troisième et dernier roman complet du cycle, Le château d’outrenuit, ainsi que six nouvelles (dont deux frôlent les 70 pages). Nous allons les examiner tour à tour, avec à chaque fois un résumé ainsi que mon sentiment les concernant. Ce qu’on peut toutefois d’ores et déjà dire, c’est que Karl Edward Wagner est largement aussi à l’aise dans le format court des nouvelles que dans celui, long, des romans.  Continuer à lire « Kane – Intégrale 2 – Karl Edward Wagner »

Les portes de la maison des morts – Steven Erikson

Tel est pris qui croyait prendre

Malazéen_2

(Cet article concerne l’édition Calmann-Lévy de ce roman ; pour l’édition Leha, voir ici).

Malgré un titre qui est la traduction de Deadhouse Gates, second tome du cycle du Livre Malazéen des glorieux défunts, et une couverture française qui signale que ce livre est précisément cela, il ne s’agit en fait que d’une partie du tome 2 de la VO (c’est bon, vous suivez ?). Pour lire la totalité de ce dernier, il vous faudra Les portes de la maison des morts plus La chaîne des chiens, ce dernier étant fort improprement dénommé tome III du cycle par l’éditeur français alors qu’il ne s’agit en fait que du 2.5. Les maisons d’édition françaises commencent à me fatiguer sérieusement à couper tout ce qui dépasse 650 pages dans la VO en deux tomes, ça devient pénible à force et ça génère tout un tas de confusions. Je suis bien conscient que ça présente aussi certains avantages pour le lecteur français (des traductions qui arrivent plus vite, moins d’argent dépensé si finalement le tome 1 ne plaît pas, etc), mais par le Saint Gritche, que c’est lourd ensuite à décanter pour essayer de déterminer quel élément de la VF correspond à la VO…

Je ne vais pas revenir sur les (nombreuses) particularités du cycle, si vous voulez vous rafraîchir la mémoire, je vous invite à vous reporter à la critique du tome 1. Mais entrons plutôt dans le vif du sujet (je précise qu’à partir de maintenant, si je parle de tome 2 ou 3, il s’agira de ceux de la VO, je ne compte pas adopter la numérotation de l’éditeur français : pour désigner le tome III de la VF, j’emploierai désormais l’expression tome 2.5).  Continuer à lire « Les portes de la maison des morts – Steven Erikson »

Un feu sur l’abîme – Vernor Vinge

Un roman de référence sur le thème de la Singularité… et pour cause

fire_upon_the_deep

Vernor Vinge est un professeur de mathématiques (désormais en retraite), un expert de haut niveau en matière d’informatique, et un des grands noms du mouvement transhumaniste. Son nom reste attaché à un essai paru en 1993 dans lequel il prédit, en se basant sur la Loi de Moore, l’émergence d’une super-intelligence artificielle aux alentours de 2035, un phénomène connu sous le nom de Singularité. En clair, l’émergence de cette intelligence supérieure non-humaine rend la destinée (ou la survie…) de l’humanité complètement floue, imprévisible, à partir de ce point. La Singularité a été envisagée dès les années 50, mais c’est Vinge qui l’a le mieux définie et fait connaître.

Mais Vernor Vinge est aussi un écrivain de SF, bien qu’extraordinairement peu prolifique :  4 romans seulement sont parus entre 1992 et 2011, sauf que… trois d’entre eux ont obtenu le prix Hugo, le plus prestigieux du genre. Le premier, chronologiquement parlant, de ces prix Hugo est le roman qui nous occupe aujourd’hui, Un Feu sur l’abîme. C’est une oeuvre extrêmement originale et visionnaire à de multiples niveaux, comme je vais tenter de vous le démontrer.

Continuer à lire « Un feu sur l’abîme – Vernor Vinge »

Marée Stellaire – David Brin

Un incontournable de la science-fiction centrée sur les extraterrestres, un modèle de construction d’univers

maree_stellaire

C’est avec une grande déception et une certaine tristesse que j’ai récemment fait une critique impitoyable (mais correspondant honnêtement à mon ressenti) d’un roman de David Brin, auteur que j’apprécie particulièrement par ailleurs. Pour ceux qui ne connaîtraient pas son oeuvre, il me semblait donc très important de « rééquilibrer la balance » en leur présentant son livre le plus emblématique et le plus réussi, Marée Stellaire. Sorti en VO en 1983, ce roman est titulaire à la fois du prix Hugo et Nebula, ce qui en fait, sur ce plan, l’égal de références prestigieuses comme Dune, Neuromancien ou, pour rester dans le Planet Opera, l’Anneau-Monde de Larry Niven. Il s’agit du second livre d’un cycle, dit de l’Élévation, mais c’est pour moi le véritable début de ce dernier.

Mais, allez-vous me demander, qu’est-ce qui rend ce roman si intéressant, pour ne pas dire incontournable, qu’est-ce qui en fait un des romans « cultes » d’Apophis  ? La réponse est simple : son univers. Continuer à lire « Marée Stellaire – David Brin »

Inexistence – David Zindell

Un roman qui réussit l’exploit d’être à la fois le livre qui ressemble le plus et le moins à Dune, un incontournable de la SF Transhumaniste et de la Hard-SF

inexistence

Cette critique est dédiée à mon ami Renaud, grand admirateur de Dune et de Hard-SF s’il en est. 

Vous avez aimé Dune de Frank Herbert, voire même vous lui vouez un véritable culte et vous êtes à la recherche d’un autre livre qui lui ressemble sur de multiples aspects ? Ne cherchez plus (ou plutôt si, vous allez chercher longtemps, mais pour d’autres raisons ; voir plus loin).

Inexistence est le chef-d’oeuvre de David Zindell et le tome inaugural d’un cycle de quatre romans (dont deux ont été traduits en français, le second étant coupé en deux tomes). Gene Wolfe en personne a déclaré, au sujet de Zindell, qu’il était « un des plus grands talents qui étaient apparus depuis Kim Stanley Robinson et William Gibson, peut-être même le plus grand ». L’auteur américain n’écrit pas que de la SF, puisqu’il a aussi publié un cycle de Fantasy (intégralement traduit). Après un long silence de dix ans, il a sorti, en juillet 2017, un standalone, The idiot gods, consacré aux orques (les animaux, pas la race fantastique) et à leurs ennuis avec ces idiots d’humains.

Continuer à lire « Inexistence – David Zindell »

Le sorcier de Terremer – Ursula Le Guin

Un roman fondamental en matière de Fantasy et de magie

sorcier_terremer

Ursula Le Guin, considérée, au moment où j’écris ces lignes, comme « le plus grand auteur de SF vivant », est aussi une légende de la Fantasy. Très prolifique et active depuis plus d’un demi-siècle, elle est titulaire d’un nombre impressionnant de prix, dont cinq Hugo, six Nebula et dix-neuf (!) Locus.

Le sorcier de Terremer, et plus généralement le cycle de Terremer tout entier, est à mon avis un de ces cycles fondamentaux que tout amateur de Fantasy, ainsi que tout amoureux de la magie, se doit d’avoir lu. Dans mon panthéon personnel, il se place aux côtés du Seigneur des anneaux parmi les œuvres les plus incontournables et les plus chéries. Si ce blog s’appelle « Le culte d’Apophis », c’est parce que je veux vous y présenter (entre autres) mes œuvres « cultes » en SF / Fantasy / Fantastique. En voilà une. Continuer à lire « Le sorcier de Terremer – Ursula Le Guin »

Replay – Ken Grimwood

Un chef d’oeuvre méconnu

replay

Bon, soyons clair, ce roman ne bénéficie pas de la notoriété d’un Dune ou d’un Hyperion. Et pourtant… c’est un vrai chef-d’oeuvre. Non pas parce qu’il exploite un thème particulièrement original (à la base du moins, parce que le développement de ce thème réserve quelques surprises), mais parce que l’écriture et la description de la psychologie des personnages sont tout bonnement exceptionnelles.

Le thème de la boucle temporelle, où le héros garde toute la mémoire de l’itération précédente, n’est pas à proprement parler original. On l’a souvent vu en SF écrite, en film et surtout dans des séries TV (où en général, il bénéficie d’un traitement plus ou moins humoristique). Là où Replay devient intéressant, c’est sur l’ampleur de la boucle, des dizaines d’années. Et là où il devient carrément intéressant, c’est dans le twist introduit dans le mécanisme dans le dernier tiers du roman. Et finalement, dans ses deux derniers chapitres, le roman devient un chef-d’oeuvre grâce à un second et un troisième twist. Je ne vais pas en dire plus pour ne pas vous gâcher le plaisir, mais disons que tout n’est pas aussi classique qu’on pourrait le croire de prime abord dans ce mécanisme de boucle temporelle qu’on pourrait croire à priori vu et revu. Continuer à lire « Replay – Ken Grimwood »

Excession – Iain M. Banks

Un des sommets du cycle de la Culture

excession

La critique qui suit est un extrait d’un article synthétique analysant l’intégralité du cycle de la Culture, que vous pouvez retrouver sur cette page.

Après cinq ans passés à écrire autre chose que des livres sur la Culture (le dernier, L’Essence de l’art, étant paru en VO en 1991), Iain M. Banks revient au cycle en 1996 (1998 en VF) avec Excession. Comme L’Usage des armes, c’est un jalon essentiel dans l’évolution de la saga, à la fois parce que l’humour y prend la place qui sera désormais la sienne jusqu’à la fin, et ensuite parce que l’auteur va commencer à élargir le worldbuilding, et amorcer une entreprise de relativisation de la puissance réelle de la Culture qui atteindra son apogée dans Trames. C’est aussi un tome où on va découvrir d’autres f(r)actions plus ou moins séparatistes du courant principal que la Faction Pacifiste évoquée dans Une Forme de guerre. Encore plus intéressant, il va cette fois donner le rôle de premier plan aux Mentaux (même si l’intrigue secondaire fait la part belle à un couple d’humains), et surtout combiner les deux approches d’analyse, de challenge, de confrontation de la Culture qui ont été les siennes jusque là : il va non seulement continuer à lui tendre un miroir via une faction belliciste des Mentaux de CS qui, comme Zakalwe, trouve que les scrupules moraux de la Culture sont un carcan les empêchant de faire ce qui doit être fait, mais, après les Idirans et l’empire Azadien, il va également la confronter à un troisième système antithétique, l’Affront. Qui est une des plus grandes réussites de Banks, qu’on mesure dans la simple mais complètement antithétique, elle aussi, combinaison de mots qui définit pourtant cette race / civilisation le mieux : « joyeusement agressive » ! Continuer à lire « Excession – Iain M. Banks »

L’usage des armes – Iain M. Banks

Le joyau noir du cycle de la Culture

usage_armes

La critique qui suit est un extrait d’un article synthétique analysant l’intégralité du cycle de la Culture, que vous pouvez retrouver sur cette page.

Publié en VO en 1990 et en VF en février 1992 (soit trois mois après l’Hypérion de Dan Simmons : quelle époque extraordinaire !), étant, donc, le premier livre de la Culture paru dans la langue de Molière (ce qui se justifiait sans nul doute par sa qualité mais a, temporairement du moins, refroidi certaines personnes, dont votre serviteur, de poursuivre la lecture du cycle en raison de son insondable noirceur ; il aurait sans doute été plus pertinent de faire paraître L’Homme des jeux d’abord), L’Usage des armes est un jalon décisif dans l’évolution de cette saga, tout d’abord parce qu’il marque un saut quantique en matière de qualité stylistique (dont le sommet sera atteint, de mon point de vue, dans Excession) et d’ambition littéraire, avec une structure nettement plus complexe que celle, essentiellement linéaire (aux intermèdes d’Une Forme de guerre près), de ses prédécesseurs. De plus, alors qu’Une Forme de guerre était caractérisé par son côté lugubre et L’Homme des jeux par une tension permanente, Banks introduit dans L’Usage des armes une dose significative d’humour, une tendance qui ne fera que se renforcer par la suite. Ce qui ne rend d’ailleurs, quelque part, que plus paradoxal le fait que (et de très loin), L’Usage des armes soit le plus noir des romans de la Culture.

Ce qui deviendra L’Usage des armes a été rédigé par Banks en 1974, bien avant qu’il ne parvienne à publier un de ses livres. Le manuscrit était encore plus long et la structure encore plus complexe que dans la version finale, et c’est l’auteur de SF Ken MacLeod qui a suggéré les modifications qui lui ont donné sa forme définitive. On remarquera avec intérêt que pour un livre rédigé à cette époque, l’écossais apporte à son protagoniste une nuance, une complexité, un côté antihéros, bien plus proche d’un New Space Opera qui n’en est même pas encore à ses balbutiements (qui n’arriveront que l’année suivante) que des personnages très manichéens, très… héroïques, justement, du Space Opera classique, celui de l’Age d’or. D’ailleurs, Zakalwe déclare explicitement abhorrer les héros, leur préférant des « pros sans éclat », ceux qui « ne gagnent pas des médailles, mais des guerres. » Continuer à lire « L’usage des armes – Iain M. Banks »

L’épée brisée – Poul Anderson

Un chef-d’oeuvre oublié et banni de la Fantasy

broken_sword

Pourquoi devriez vous, si vous êtes un adepte de Fantasy, lire ab-so-lu-ment ce roman ?

Parce qu’il y a des elfes naviguant sur des Drakkars, des nains, des Trolls, des Sidhe, les Tuatha de Danaan, Odin et Tyr, le petit peuple et toute la Faërie, des vampires, des démons du Baïkal et des démons chinois, une épée qui a beaucoup inspiré un certain Michael M., des héros dignes des sagas nordiques et des épopées grecques, une dimension tragique et shakespearienne, des berserkers, parce que c’est superbement bien écrit, magnifiquement traduit, d’une puissance évocatrice colossale, parce qu’il y a des batailles épiques et une romance puissante, parce qu’il y a des femmes elfes sournoises et pas avares du tout de leurs charmes (si vous aussi, vous aimez le Seigneur des Anneaux mais que ses elfes tout purs vous lassent…), parce qu’on ne s’ennuie pas un instant et que ça ne fait pas 1500 pages, etc, etc, etc.

Quoi, vous n’avez pas encore acheté ce livre ? Et vous vous prétendez adeptes de Fantasy ?

Ah, vous voulez plus de détails ? Continuer à lire « L’épée brisée – Poul Anderson »